Spécial "Ewan McGregor "

 
L’acteur incontesté du mois puisqu’il est à l’affiche de 3 films et pas des moindres! Au menu: deux histories vraies et loufoques sur lesquelles plane l’ombre des frères Coen et un thriller signé Polanski!
« I love you Phillip Morris » Glenn Ficarra, John Requa

Ewan campe ici le Phillip Morris du titre. Même si son personnage est secondaire, il incarne à lui tout seul le moteur de l’histoire. Une histoire assez incroyable et vraie qui suit les tribulations de Steven Russel interprété par Jim Carrey. Après un accident de voiture, Russel se révèle être homosexuel et décide de mener sa vie comme il l’entend. Il fait la rencontre en prison de l’amour de sa vie: Phillip Morris. Russel qui est foncièrement arnaqueur, mais aussi romantique mettra tout en place afin de vivre une vie de rêve auprès de Phillip. Une version gay de Attrape moi si tu peux, réalisée tambour battant par deux scénaristes de Bad Santa et produit par Besson!


« Les chèvres du Pentagone » Grant Heslov

Ewan incarne dans ce film Bob Wilton, journaliste d’édition, à la petite vie tranquille jusqu’au jour ou sa femme le quitte. Afin de lui prouver son amour, il part en quête d’aventures et décide de suivre sur le terrain, la guerre en Irak (celle de Deubeulliou). Il rencontre alors Lyn Cassidy un soldat au pouvoir paranormal formé au sein d’un bataillon top secret dirigé par Bill Django. Un bataillon de soldats qui prônent la non-violence, la philosophie new-age et le modèle de vie Beatnick, le tout officiellement financé par l'armée américaine, c'est le monde à l'envers! J’ai adoré ce film même si la réalisation de Grant Heslov perd un peu en rythme sur la fin. L’histoire est géniale, drôle , à la limite de l'absurde et vraie! Le casting est quatre étoiles: Hormis notre ami Ewan, Georges Clooney, Jeff Bridges et Kevin Spacey incarnent des personnages au delà du réel. On est tous des chevaliers Jedi, Obiwan! Allez voir ce film! L’esprit est au dessus de la matière!


« The Ghost-Writer » Roman Polanski

Dans ce thriller de haute tenue, Ewan joue le rôle d’un Ghost-writer, autrement dit ce que l’on appelle en France un Nègre. Engagé pour écrire les mémoires d’un ancien premier ministre britannique (Pierce Brosnan), The Ghost se retrouve au cœur d’une affaire politico-internationale. Un suspens mené de main de maître par Roman Polanski. Pas une fausse note de réalisation, de mise en scène ou de direction d’acteur. Polanski prouve une fois encore, avec ce film sa maestria.

Oh No ! " Dr no's ethiopium"

Le jeune producteur Oh No ! n'est autre que le petit frère de Madlib, activiste boulimique de la scène hip hop. Et, au delà de la parenté, la filiation musicale est évidente entre les 2 frangins. Si Madlib n'a plus besoin de se faire un nom, son cadet commence lui aussi doucement à se placer dans le rang des producteurs inévitables. Son premier album "Exodus Into Unheard Rhythms" avait déjà marqué les esprits, il enchaina ensuite avec le premier volet de la série "Dr No" pour lequel il fouina du côté de la méditerranée. "Dr No's ethiopium" nous amène, comme son nom l'indique, en Éthiopie. C'est dans le riche catalogue musical de ce pays qu'il expérimente ses fusions entre les sonorités traditionnelles et son art du hip hop. Pertinemment, les beats de Michael Jackson (son vrai nom) se marient très bien avec l'éthio jazz de Mulatu Astatke ou les samples vocaux de Tilahun Gessesse, pour ne citer qu'eux. Comme dans la série "The beat konducta" de son illustre frère, les morceaux dépassent rarement les deux minutes, mais l'approche technique et sa façon de triturer les boucles accouchent de pistes riches, loin par exemple du futur tube (à n'en pas douter) de Nas & Damian Marley "As we enter" qui se contentent de poser leurs flows sur le "Yegelle Tezeta" de Mulatu. On peut lui reprocher de s'éparpiller un peu avec les 36 pistes de l'album plutôt que de n'avoir proposé des morceaux un peu plus long tant certaines boucles sont addictives. Mais ne faisons pas la fine bouche car le Californien nous sert ici un très bon disque de hip hop sans dénaturer complètement cette musique de l'est africain. L' éclectisme de Oh No ! est une des forces de son talent, on attend la suite avec impatience.

Oh No! - Dr No's ethiopium - 2009 - Stones Throw


Pomegranates - Persian Pop, Funk, Folk, and Psych of the 60s & 70s

Les années 60 et 70 correspondent à un bouillonnement musical intense à travers le monde. L'Angleterre voit la naissance des Beatles et des Stones, les États Unis verront  l'émergence d'Hendrix, du Grateful Dead  et vivront Woodstock, et le jeu de sitar de  l'Indien Ravi Shankar inspire nombre de guitaristes pop de Jimmy Page à George Harrison. A cette époque l’Iran vit aussi son âge d’or de la musique pop. Cela durera jusque la révolution de 1979 à partir de laquelle elle fut interdite. Ce sont les artistes de cette période que le label Finders Keepers a choisi de mettre en avant sur « Pomegranates », une compilation de 16 titres à la diversité surprenante. Certains ont un côté blaxploitation, funky voire sexy, à l’instar du titre d’ouverture « Helelyos » interprété par Zia Atabi, le Tom Jones iranien. Un titre incroyablement addictif avec ses cuivres et sa lourde basse à "l'occidental" alliés à des percussions orientales. D’autres sont bien plus « love » avec parfois même un côté un peu kitch. On croit aussi entendre une fanfare balkanique sur « Negar » de Soli, des guitares siciliennes sur « Cheshm-e Man » de Dariush, des percussions africaines sur «  Kofriam » de Zia, ou encore des intros digne de Lalo Schiffrin sur« Bemoun Ta Bemounam » de Googoosh, la star de la chanson iranienne. Mais il ne faut pas se méprendre pour autant, cette compilation renferme avant tout des purs morceaux de funk avec cocottes et claviers d'époque, le tout à la sauce orientale. A découvrir absolument.

Pomegranates - Persian Pop, Funk, Folk, and Psych of the 60s & 70s - 2010 - Finders Keepers

Playlist de la lune : violences au Nigeria

Au Nigeria, la population est toujours à la recherche de son Président Yar'Adua, porté disparu depuis son retour d’Arabie Saoudite où il a passé 3 mois  pour soigner de graves problèmes cardiaques. Certains l'annoncent même mourant voire déjà mort. Il est actuellement remplacé par Jonathan Goodluck, président intérimaire qui vient de dissoudre le gouvernement, s'imposant ainsi comme le nouvel homme fort du pays.
Des attentats  ont visé une conférence de paix à Warri le 15 mars dernier. Une conférence dont l'objectif était de restaurer l'espoir dans le delta du Niger où sont implantées de nombreuses compagnies pétrolières étrangères.
Ces évènements font suite aux massacres auxquels les habitants de la région de Jos, au Centre du Nigeria, ont dû faire face le 7 mars dernier. Une région, qui se trouve être régulièrement le théâtre de violences intercommunautaires, puisqu'en janvier déjà, plus de 300 personnes ont été tuées lors d’affrontements entre chrétiens du sud et musulmans du nord. Ce nouvel épisode, baptisé « Dimanche sanglant », a laissé environ 500 morts avec de nombreuses femmes et enfants tués à la machette. 

Le Nigeria, qui possède aussi d'extraordinaires réserves en gaz, est le premier pays producteur d'or noir en Afrique. Une richesse exploitée essentiellement par les compagnies occidentales. Et on parle de paupérisation de la population puisqu'elle ne profite d'aucune retombée économique, subissant seulement les "retombées" écologiques.
Le Nigeria est aussi un pays à la diversité extraordinaire. Plus de 400 groupes linguistiques. Environ 300 groupes ethniques. Et une diversité religieuse avec les cultes traditionnels africains, le christianisme majoritaire au sud et l’islam, majoritaire au nord. Cette diversité est une richesse unique. Mais des tensions apparaissent notamment entre chrétiens et musulmans même si les évènements de Jos sont associés à une lutte pour des terres fertiles. Des richesses naturelles et des richesses culturelles, aujourd'hui sources de conflit au Nigeria. Il ne fait pas bon être un pays riche en Afrique aujourd'hui!

tilidom.com

1- Amanaz « Africa » issu de l'album « Africa » (1975) 
L'Afrique, aussi surnommée le continent noir, a été marquée au fer rouge par la traite des noirs puis par la période de colonisation. Elle est chantée par les Zambiens d’Amanaz sur cette superbe réédition du label Now Again.

2- Seun Kuti & Egypt 80 « African Problems » issu de l'album « Seun Kuti & Fela' s Egypt80" (2008)
Fela Anikulapo Kuti, le Nigérian, a longtemps symbolisé la lutte pour la liberté et l’émancipation du peuple africain. Aujourd’hui Seun a repris le flambeau avec ses musiciens de l’époque.



3- Tony Allen « Morose » issu de l'album « Lagos no Shaking » (2006)
L’ancien batteur de Fela, sur cet album enregistré à Lagos, sur le label  de Damon Albarn, Honest John Records, appelle à lutter contre la morosité avec la participation de la chanteuse à la voix soul Yinka Davies. 
4-La Canaille « Ni dieu ni maitre » issu de l'album « Une goutte de miel dans un litre de plomb » (2009)
L’antagonisme religieux, entre chrétiens et musulmans, se mêle aux revendications territoriales entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades. Cette tension crée un terreau fertile au développement de l'extrémisme religieux. Alors comme le dit La Canaille « Ni dieu ni maitre ».


5- Bob Marley « Burnin & lootin » issu de l'album « Talkin'Blues » (1994) 
Les habitants de la région de Fos, victimes de massacres atroces, pourraient avoir soif de revanche. Un peu à l'image des textes de cette chanson de Bob. « We gonna be, Burnin' and lootin' tonight, To survive, yeah, Burnin' and lootin' tonight, Save your baby life »

6-Junior Murvin « Rescue The Children » issu de l'album « Inna de Yard » (2007)
A Fos, les assaillants s’en sont pris aussi aux femmes qui essayaient de s’enfuir et ont utilisé des machettes contre des enfants. "Sauver les enfants" chante un autre reggaeman, Junior Murvin rendu célèbre par son "Police & Thieves" repris pas les Clash.

7- Children of the Mission (Giorgio Moroder) « Tears » issu de l'album « Party Keller Vol.1 » (2004)
Giorgio Moroder est un italien, producteur de musique électronique des années 80. DJ Shadow sur « Organ donor » a samplé avec délice ce "Tears". Des larmes que le peuple nigérian ne peut certainement réprimer. 

8-The Whitefield Brothers « Lullaby For Lagos (feat. Quantic) » issu de l'album « Earthology » (2010)
L’afrobeat est aujourd’hui internationale, américaine avec Antibalas et Nomo, française avec Fanga, canadienne avec Souljazz Orchestra. Les Allemands de The Whitefield Brothers proposent quant à eux une musique hybride entre funk et afrobeat. Et ici une berceuse pour Lagos. Peut-être pour apaiser les tensions.

9-J.Period & K'Naan « Got My Dream (Fela Tribute) » issu de l'album « The Messengers » (2009)
Sur leur mixtape en l’honneur du grand fondateur de l’afrobeat, K’naan et J Period utilise un sample du célèbre discours de Martin Luther King "I Have A dream". Un rêve en forme de paix pour le Nigeria.

10- Femi Kuti « Day by Day » issu de l'album « Day by Day » (2008) 
« Jour après jour, et nuits après nuits nous travaillons pour que la paix règne ». Derrière des mélodies plus « gentilles », Femi continue de militer à sa façon s'émancipant de l’héritage de son père en intégrant la pop musique à son afrobeat.

“Hors de contrôle” Martin Campbell

Comme je l’ai déjà dit, j’aime bien Mel Gibson. Alors, je suis allé voir son dernier film qui signe son retour en tant qu’acteur après 7 ans d’absence (depuis Signes). Il a, entre temps, produit plusieurs films et surtout réalisé le controversé “La passion du Christ” et l’étonnant “Apocalypto”. “Hors de Contrôle” est réalisé comme le souligne l’affiche par Martin Campbell, l’auteur du dépoussiérage de la franchise James Bond, avec Casino Royal. Vendu comme ça, le film est plutôt attrayant. Qu’en est-il vraiment? Pour la petite histoire, le film dont le titre original est Edge of Darkness devait voir s’affronter à Mel Gibson, Robert de Niro dans le rôle du mystérieux Darius Jedburgh. De Niro, qui est en partie d’origine juive, a demandé à Gibson de s’excuser pour les propos antisémites (auxquels je faisais allusion dans une précédente chronique) qu’il a tenus. Devant son refus, De Niro s’est retiré du projet. C’est finalement l’acteur Ray Winstone qui tient ce rôle aujourd’hui. Le film, contrairement à ce que sous-entend l’affiche qui fait penser à un film d’action pur et durs est plutôt un film “à la papa”, un peu mou du genou. Les scènes d’action sont sporadiques dans le déroulement du récit mais plutôt efficaces. Gibson incarne un flic à l’ancienne qui mène son enquête avec son vieil imper et son colt à la ceinture. Le film privilégie les scènes d’acteurs, aux dialogues plutôt bien écrits. Même si ça reste une histoire de vengeance comme l’était Mad Max, le traitement correspond finalement à l’âge de Gibson aujourd’hui. Plus de sentiments, moins d’actions. Gibson doit son succès à l’incarnation de personnages finalement assez subversifs, contrairement à d’autres acteurs de son rang. Il a incarné nombre de rôles qui oscillaient entre la folie et la raison. Ici, son personnage semble plus sûr des valeurs auxquelles il croit. Et finalement il est plutôt contrôlé. Son jeu est toujours intense et il marque le film de son charisme. Un film qui se laisse regarder mais reste mineur dans sa filmographie en attendant de le voir dans le prochain film de Jodie Foster, The Beaver ou il incarne un homme qui parle à une marionnette castor …


« Là où les tigres sont chez eux », Jean-Marie Blas de Roblès

Un nom d'auteur à rallonge mais inconnu, un titre mystérieux, une belle édition suffisent pour donner envie d'ouvrir ce livre, qui tient toutes ses promesses. Pourtant rien qu'en lisant le résumé on se sent perdu entre les époques, les personnages et les continents. Mais on se rassure vite et il ne reste bientôt plus rien de cette impression. Certes ce bon gros pavé qui a pris dix ans de la vie de l'auteur, est dense et fourmille de héros et de lieux exotiques. Malgré tout on passe d'une histoire à l'autre avec plaisir et sans difficulté. L'écriture est fluide, la galaxie des personnages s'organise autour d'Eléazard von Wogau, un intellectuel, journaliste et traducteur, une sorte de Woody Allen amoureux de belles femmes mais angoissé, semant toujours le doute dans ses réflexions et conversations. On parcourt les villages de pêcheurs du Nordeste brésilien, la forêt amazonienne dans le Mato Grosso, les favelas. Ce n'est pas un Brésil de carte postale que nous dépeint l'auteur puisqu'on croise la route d'un ancien nazi devenu familier de la jungle, d'étudiants qui se défoncent, de promoteurs immobiliers et des politiques qui magouillent sans vergogne. L'ambiance festive et ensoleillée peut devenir amère et violente mais on ne sombre pas dans le désespoir. Seule une pointe de mélancolie vous assaille comme dans les chansons populaires du Sertão.
Au dessus de tous les personnages plane également l'ombre d'
Athanase Kircher, jésuite du 17ème siècle, dont Eléazard doit traduire et annoter la biographie. Ce scientifique raté se passionne pour les hiéroglyphes, l'astronomie ou la Chine mais apporte des réponses pour le moins farfelues aux grandes énigmes de son époque.
Pourtant des siècles plus tard Athanase Kircher conserve une certaine emprise sur Eléazard et son entourage.
Ainsi au fur et à mesure des fils se nouent entre les protagonistes. Les distances géographique ou figurée qui les séparent au départ se rétrécissent et des liens se dessinent tout en laissant chacun poursuivre sa destinée.

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Paris : Zulma, 2008.
Prix Médicis 2008. Également disponible en poche.

Quel bilan au printemps?

Le printemps arrive et les compétitions de football se terminent, avant la fameuse Coupe du Monde. Niveau L1, rien n'est joué: il y a donc challenge pour pronostiquer le podium: Bordeaux, que certains voyaient champions à noël (voir l'article "Jusqu'où ira Bordeaux?") est plus que jamais en difficultés: l'usure physique ou la suffisance (comme disait Castello à propos d' Arnofutur en 1999) rendent les choses plus délicates: mais les Bordelais sont toujours dans 3 compétitions et n'ont pas dit leur dernier mot. Derrière l'OL et l'OM se rapprochent (même s'ils ont encore raté l'occasion de passer devant), Lille est toujours là, et les surprenants auxerrois et montpelleriens n'ont rien à perdre et n'accuseront pas de la fatigue des coupes européennes. Cependant, les surprises comme Auxerre et Montpellier, c'est marrant au début, mais si c'est pour les voir se faire éliminer au 1er tour de la Ligue des Champions ça vaut pas trop le coup. En tout cas, je me lance, je dis Lyon 1er, Bordeaux 2ème et Marseille 3ème. Au niveau européen, la bonne surprise vient de nos clubs en Ligue des Champions; ainsi pour une fois les clubs français brillent en C1 et se mettent à rêver de la coupe: tout est possible, il serait trop bête que les Lyonnais s'arrêtent en quart après avoir battu les galactiques du Réal. On se retrouve donc dans une situation inverse à celle connue par le football français ces dernières années: des clubs qui brillent et une sélection à l'agonie. Les bleus peuvent-ils mieux jouer? Oui, car ils étaient tellement mauvais contre l'Espagne qu'ils ne peuvent pas faire pire! Mais des questions se posent : Les joueurs cadres (Henry, Ribery) vont-ils retrouver la forme ou faut-il laisser la place à des joueurs motivés et en pleine bourre (Ben Arfa, Cheyrou, Cissé, ou encore Trémoulinas ou Marveaux). Toujours est-il que beaucoup de choses dépendront de notre meneur de jeu: l'excellent Yohann Gourcuff. Ne sera-t-il pas cuit par la multitude de matchs de la saison, à la manière du grand Zidane, totalement épuisé et inefficace à l'Euro 1996. L'histoire reste à écrire, et celle des bleus se fera jusqu'en juin avec Raymond Domenech...

ps: n'hésitez pas à donner vos pronostics pour le podium final de L1!

Stanley Brinks « Hoots »

Stanley Brinks, aussi connu sous le nom d’André Herman Düne, fabrique des albums à la manière d’un artisan et au rythme d’une chaine industrielle. Déjà à l'époque du groupe Herman Düne qu'il constituait avec son frère David-Ivar, le bonhomme se camouflait derrière différents sobriquets tels Ben Dope, Ben Haschish, Klaus Bong, John Trawling, John Andreas, ou encore Lord Stanislas pour satisfaire sa boulimie créatrice. Depuis 2006 et la fin de sa collaboration avec le groupe pour incompatibilité avec le monde du business musical, André trace sa route en solo. Il enchaine les albums bricolés qu’on ne prend pas toujours le temps d’écouter, préférant attendre le prochain. Mais avec « Hoots » il serait dommage de tenir ce raisonnement au risque de passer à côté d'une petite merveille. Une musique inclassable entre folk et jazz à la simplicité désarmante. Le son du saxo et de la guitare s’imprègnent imperceptiblement dans tout notre être parfois même à la manière des perles de Mulatu Astatke que le bonhomme a certainement beaucoup écouté. Alors, n'attendez pas la sortie du prochain Stanley Brinks mais profitez d'ores et déjà du plaisir que nous offre celui-ci. 

Stanley Brinks - Hoots - 2010

Hamid Drake & Bindu "Reggaeology"

"Reggaeology" est la nouvelle et troisième collaboration de Hamid Drake, batteur jazz virtuose, et de son groupe Bindu où l'on trouve Jeff Parker à la guitare, Jeb bishop & Jeff Albert aux cuivres, Josh Abrams à la contrebasse et Napoleon Maddox aux voix et beatbox.
Le titre de l'album nous amène à penser que c'est encore un disque de jazzmen qui viennent se la raconter en reggae, exercice finalement pas si évident que cela, peu d'essais ont vraiment été transformés en la matière peut être à cause de l'approche de la production dans certains cas. Évidemment ce disque est un rapprochement entre le jazz et l'univers du reggae; l'ensemble prend quand même le large vis à vis de ce style et l'ambiance de l'album nous plonge aussi dans le free jazz, le hip hop et aussi l'Afrique sur "Hymn of solidarity" et un beau son de guembri. On pense même à Rico Rodriguez par moments. Drake et Abrams assurent le groove et donnent à Parker, Bishop et Albert une liberté dont ils profitent avec talent. Le premier morceau de l'album donne d'entrée un aperçu de la qualité des protagonistes de ce bel objet qui en plus de ses vertus musicales permet aussi une entrée en douceur dans le monde du jazz pour tous ceux que cela rebute.

Hamid Drake & Bindu - Reggaeology - Rogueart - 2010

 

Next Stop... Soweto - Township Sounds from the Golden Age of Mbaqanga

Pour celles et ceux qui se sont régalés des dernières sorties signées chez Strut comme Jimi Ténor & Tony Allen, Mulatu Astatké & the heliocentrics, Breakestra, ou encore The Souljazz Orchestra, voila que Strut remet le couvert et nous livre une superbe compilation comme ils en ont le secret, rappelez vous, Nigéria 70, Black Rio, Calypsoul 70; Avec Next Stop Soweto, Strut explore la musique Sud Africaine des années 60-70 ou l'age d'or du township jive, combinaison de rythmes traditionnels zulu, de jazz, gospel, rumba et de funk, plus généralement appelé Mbaqanga et cerise sur le gâteau un volume 2 et 3 devrait suivre courant printemps-été 2010. On en salive d'avance.

Next Stop Soweto - Strut Records - 2010

La Canaille « Une goutte de miel dans un litre de plomb »

La Canaille  mélange le rap, ses samples, ses scratchs et son phrasé, avec le rock, ses guitares électriques acérées  et sa ligne de basse, et l’agrémente d’une touche orientale ou de jazz. Et à travers des textes contestataires, ils ont la volonté de réveiller les consciences en se transformant en « haut-parleur de la rue » . Leur discours n'est pas formaté et ils tapent là où ça fait mal. Ils balancent un véritable uppercut à la face des intégristes toutes religions confondues avec « Ni dieu ni maitre », et dénoncent les magouilles politiciennes avec un phrasé à la Loic Lantoine sur « La Course Au Trône ». D'autres morceaux prennent littéralement aux tripes, en narrant une société qui ne se soucie guère des êtres humains sur « Arrêtez ce train », ou en décrivant la nuit de travail d'un ouvrier à « L’usine ». Mais La Canaille reste optimiste et appelle à la persévérance, et à la résistance sur « On recommence » et « Une Goutte De Miel » car « il est hors de question de jeter l’éponge ». Alors La Canaille, et bien j'en suis!

La Canaille - Une goutte de miel dans un litre de plomb - 2009 - Discograph

“Une petite zone de turbulence” Alfred Lot

Je suis pas mal cinéma français ces derniers temps, alors je suis allé voir le dernier Michel Blanc. C’est l’affiche qui m’a donné envie. Elle ressemble à un dessin humoristique et je l’ai trouvée assez drôle. Je dis : "le dernier Michel Blanc", parce que c’est un film écrit par lui et pour lui, bien que réalisé par Alfred Lot réalisateur de la chambre des morts avec Mélanie Laurent. Au "jour d’aujourd’hui", Michel Blanc est le seul rescapé de la bande du Splendid qui peut se targuer de m’amener encore dans une salle obscure voir l’un de ses films. L’histoire est l’adaptation d’un livre de Mark Haddon et s’inscrit dans la continuité du personnage auquel on identifie Michel Blanc depuis plusieurs années, à savoir un hypocondriaque patenté. Rien à dire, mis à part que le film roule tout seul. Ça casse pas des briques, l’histoire est un peu convenue mais c’est plaisant, bien fait, bien joué, bien écrit. On retrouve Miou-Miou toujours très bien, et la jeune génération Mélanie Doutey et Gilles Lellouche au diapason avec leurs personnages. Ce dernier incarne encore une fois un beauf sympa, un ami au grand cœur, le bon copain quoi! Peut-être devrait-il essayer un autre registre maintenant, avant d’être définitivement catalogué dans ce rôle, qui lui va comme un gant ceci dit. La meilleure scène du film est un dialogue entre le personnage de Michel Blanc (Jean-Pierre) et son petit fils. Jean-Pierre, qui a le moral à zéro, disserte sur son manque d’humour et ses angoisses vis à vis de la mort. Après avoir écouté les élucubrations de son grand-père avec intérêt le gamin lâche un “il faut que j’aille faire caca!” typique de cette qualité qu’ont les enfants à passer sans transition du coq à l’âne, d’un sujet grave à une chose pour le moins prosaïque!

« Noir américain », Armand Cabasson

Les éditions Thierry Magnier abritent une belle collection de nouvelles destinées à la jeunesse. Dans Noir américain Armand Cabasson s'en donne à cœur joie pour terroriser, indigner ou fasciner les lecteurs adolescents ou adultes. On est un peu étonné au départ par la crudité de ces dix récits qui semble éloignés de l'univers habituel de la littérature adolescente qui distille en général des émotions plus conventionnelles et qui s'empare de sujets plus proches du quotidien de nos têtes blondes.
Dès la première nouvelle le ton est donné et on est légèrement mal à l'aise à la lecture de Jenny et Grapp le monstre. L'auteur nous installe dans la tête d'une petite fille qui dessine des monstres sensés la protéger des dangers qui l'entourent et notamment de son beau-père. Petit à petit on a plus l'impression d'être entré dans l'esprit d'Hannibal Lecter que dans une innocente caboche. D'autres nouvelles suivent une trame policière plus classique, comme dans Le grand méchant loup, où l'enfant redevient une innocente victime et où les flics résolvent les crimes grâce à leur sens de l'observation. On côtoie aussi la littérature fantastique dans L'exquise beauté des cafards, quand Louis, le monstre défiguré, se débarrasse d'une façon peu ragoûtante des manipulateurs qui pensent abuser de lui.
En bref un recueil de nouvelles qui ne laisse pas indifférent et qui fait frissonner. Le titre fait bien évidement référence à la littérature noire américaine mais induit aussi que toutes les histoires se passent outre-atlantique ce qui permet de créer une distance salvatrice avec les personnages. Mais je ne sais si l'autre métier de l'auteur - il est également psychiatre - doit nous encourager ou nous dissuader de mettre ce livre entre toutes les mains.

Armand Cabasson, Noir Américain, Paris : Thierry Magnier, 2008

Lilea Narrative « Echantillodrome »

« Echantillodrome », le titre du nouvel album de Lilea Narrative fait référence au « Videodrome » de David Cronenberg, rien de plus normal pour cet admirateur du réalisateur canadien qui de son propre aveu, n’aurait pas rechigné à composer la musique de « Crash ». Cela donne une petite idée de sa musique, faite de samples et de scratch. Il coupe, il colle, il redécoupe et recolle encore à la manière d’un chirurgien musical, ce qui nous fait penser à l’« Intervention chirusicale » du Doctor Flake d’ailleurs. Les voix, omniprésentes par le biais des samples, et des dialogues cinématographiques donnent une apparence humaine à sa musique « atmosphérique ». C'est souvent sombre surtout si on compare à Wax Taylor, autre adepte français de l’abstract hip-hop mais loin d’être dépressif. Sur « L'école Du Panda » par exemple, il triture encore les samples dans tous les sens, mais le clavier vintage rend le morceau mélodieux. Napoleon Maddox d’IsWhat !? sur « Transport » et Perseph One sur « Hill House » apportent tous deux leurs contribution de MC pour un album qui installe la Normandie sur la map-monde de l’abstract hip-hop aux côtés des américains Blockhead, RJD2 ou DJ Shadow.

Lilea Narrative - Echantillodrome - 2010 - Bax Records

Qui pourra arrêter Lebron James?

Le All Stars Game NBA s'est déroulé le 14 Février dernier à Dallas; pour les néophytes il s'agit de la rencontre d'exhibition entre les meilleurs joueurs de basket du monde. Pas de français présent cette année, Tony Parker ( déjà 3 fois all Star) n'était pas invité, ses blessures à répétition cette année et ses stats en légère baisse (17pts 6passes en moyenne quand même) lui ont couté sa place. Le vainqueur de cette année est le spectaculaire Dwayne Wade de Miami, champion nba en 2006. Mais si vous avez un nom à retenir actuellement , c'est bien celui de LeBron James, 23ans, 2,03m bourré de muscles, de puissance et de détente, déjà 2 fois vainqueurs du All Stars Game, meilleur joueur de la saison passée, auteur en moyenne de 30pts, 8rebonds et 7passes par matchs. C'est un vrai monstre, rapide et aérien, super dunker, que seul lui-même peut arrêter quand son adresse de loin n'est pas là : c'est le seul domaine dans lequel il doit encore progresser. Finaliste malheureux face aux Spurs de Parker en 2007, il ne lui manque, pour la réelle consécration, qu'un titre de champion nba (il va en gagner quelques uns à mon avis). Peut-être cette année, où son équipe des Cleveland Cavaliers s'est renforcé du vieux Shaquille O'Neal et ses 2,17 m pour 145kg. Il faudra pour cela battre les champions en titre: les Los Angeles lakers du fantastique shooteur Kobe Bryant (le meilleur dans ce domaine depuis un certain Michael Jordan) et de l'espagnol Pau Gasol. Lebron James est déjà champion olympique 2008 et il glane avec ses copains (Bryant et Wade évoqués plus tôt) de l'équipe des USA le titre de champion du monde, que seul le collectif espagnol peut peut-être perturber. Et l'équipe de France dans tout ça? Elle sera bien présente, mais avec quelle équipe: les joueurs français de la Nba (Parker, Diaw, Turiaf, Batum), fatigués après l'euro 2009 (5è place, pour une seule défaite en 1/4 , contre les futurs champions espagnols) sont exténués, voire blessés par les 82 matchs (sans compter les playoffs) de la saison nba. Leurs clubs nba hésitent à les laisser partir pour le mondial l'été prochain. Pourtant elle aurait fier allure cette équipe, notamment si elle se renforce de Joakim Noah, très bon cette année. La malédiction qui entoure les bleus depuis quelques années va-t-elle prendre fin? Il faut se dépêcher, les JO de 2012 seront l'ultime objectif pour cette génération dorée.

Amanaz "Africa" ; Witch "Lazy bones !!"

Le label Now Again est en ce moment dans une période faste avec la sortie il y a peu de la compilation "Black man's cry, the inspiration of Fela Kuti", le 2eme album de The whitefield brothers (chronique de Maï ici ) et enfin ces derniers jours la réédition de deux albums zambiens des années 70. Il s'agit de Switch avec "Lazy bones !!" et de Amanaz et son "Africa". Ce sont deux disques majeurs du Zambian psych rock. C'est au moment où la Zambie traverse de graves périodes politiques que ce mouvement musical prend tout son essor. Une émergence de groupe "Zam Rock" voit le jour à Lusaka et chingola. La musique de Amanaz est très directement inspirée du rock de Jimi Hendrix et manifestement de beaucoup de groupes psychédéliques. On y retrouve aussi un petit côté funk sur certains morceaux. L'Afrique est bien entendu présente et les riffs de guitares alternent au gré des pistes entre acidité et sons plus chaloupés, c'est quand même bien de rock qu'il s'agit au final. L'album n'a pas a rougir de ses contemporains continentaux et on ne compte pas les morceaux qui auraient pu se faire une place au soleil si ils avaient disposés d'une distribution équivalente à certaines productions européennes par exemple. Witch tend vers la même direction mais avec un style plus "british" sur certaines pistes. Là aussi on retrouve des riffs de guitare étonnants, on a vraiment l'impression d'être très loin de Zambie. Now Again nous donne donc une belle occasion de (re)découvrir ces deux groupes phares du "Zam Rock", ne boudons pas notre plaisir.

Witch - Lazy bones !! - 2010 - Now again
Amanaz - Africa - 2010 - Now again