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B. Dolan « Fallen House, Sunken City »

Avec  sa grosse barbe brune et son crâne rasé, ce mec a une gueule de militaire tortionnaire. Et lorsqu’il pose son flow acéré sur des beats bien sentis accompagnés d’une lourde basse, on sent bien que ce monsieur a quelques revendications (à l’image du site alternatif cofondé avec son collègue de scène et accessoirement patron de label Sage Francis). « Fallen House Sunken City », entièrement produit par Alias, est le 2ème album de B. Dolan,  après « The Failure » sorti à l’origine en 2003 avant d’être réédité sur Strange Famous Records. L'atmosphère de cet album est plutôt sombre et parfois un peu pesante. Mais derrière cette noirceur, derrière des beats drum’n bass et des sonorités électriques voir industrielles, se dissimulent des mélodies imperceptibles à la première écoute qui font de ses morceaux de petites bombes à retardement. Et pour s'en rendre compte, il suffit d’écouter « Leaving New-York », morceau initial post-11septembre, « Marvin », hommage émouvant au prince de la soul assassiné par son pasteur de père, ou encore et surtout « Border Crossing » qui aurait paraît-il demandé 6 mois de taf aux protagonistes pour un résultat monstrueux. Un titre à l’ambiance martiale où les couches sonores se superposent les unes aux autres,  avec des chœurs masculins qui nous prennent aux tripes et une trompette qui donne un air mexicain au morceau. Pour ceux qui avaient cru Nas, le rappeur New-Yorkais, qui annonçait dès 2006 la mort du hip-hop, cet album est chaudement recommandé.

B. Dolan - Fallen House, Sunken City - Strange Famous Records -2010

Sage Francis « Li(f)e »

Le nouvel album de Sage Francis était attendu pour plusieurs raisons :  parce que le bonhomme nous déçoit rarement, parce que 2 singles plutôt efficaces  (« Slow Man » et « The best of times ») nous avaient bien mis l’eau à la bouche, et parce que de nombreuses collaborations avec des pointures de la scène indépendante étaient annoncées. Une longue liste comprenant Jason Lytle l’ex Granddaddy, Tim Rutili et Jim Becker du groupe Califone, Chris Walla, guitariste, producteur de Death Cab for Cutie, Joey Burns & John Convertino de Calexico, Mark Linkous de Sparklehorse, Thomas Hagerman de Devotchka avec le risque inhérent à ce genre de projet : la dispersion. Et malheureusement c'est un peu le cas pour Sage Francis. Certes, il y a des titres très réussis à l’image du single avec Yann Tiersen. « The best of times » est aérien et l’univers féérique du français se marie à merveille avec le flow de l’Américain. Le titre d’ouverture co-écrit avec Jason Lytle «  Little Houdini » est d’une redoutable efficacité et « Diamonds and pearls » porte vraiment bien son nom. La grande majorité des morceaux  lui sied plutôt pas mal mais le style folk-rock a tendance à atténuer, c'est le moins qu'on puisse dire, sa rage intérieur. Et sur certains titres comme  « Three Sheets To The Wind » l'artiste se fourvoie dans une pop-rock à la Franz Ferdinand. Alors même si cet album s'écoute dans l'ensemble avec plaisir, on n'hésitera pas à se tourner vers le récent album de son collègue B. Dolan pour se faire un peu remuer.

Sage Francis - Li(f)e - Strange Famous Records - 2010

Sleep (Of Oldominion) « Hesitation Wounds »

Il est vraiment facile de passer à côté de cet album, déjà parce qu'il est sorti à la fin du mois de juin, une période généralement peu propice à la découverte musicale. Mais aussi et surtout en raison de sa pochette qui laisse plus augurer d'une musique style Megadeth ou autres groupes aux noms improbables comme Decapitated, Monstrosity, ou Pitbulls In The Nursery. Alors Si on n'est pas fan de death metal, on a de grandes chances de laisser ce disque de côté et c'est bien dommage parce qu'on a ici un formidable album de hip-hop. Sleep (Of Oldominion) tire son nom de paroles de Nas « I never sleep because sleep is the cousin of death ». Ce qui donne une idée de la tonalité de l'album. Mais l'atmosphère a beau être plutôt sombre, paradoxalement, c'est une énergie très positive qui en ressort. Sur une musique constituée d'un mélange de samples et d'instruments joués live, une espèce de jungle bourrée d'énergie, le MC américain pose son flow de cinglé à la rapidité parfois vertigineuse. On dodeline de la tête du début à la fin et certains titres sont de véritables tueries comme « Gineli », titre drum'n'bass hyper funky ou encore « Orchestra Of Strangers », une bombe, qui fait d'ailleurs tic-tac, et nous fait chavirer avec le flow incroyable du MC et Toni Hill au refrain. Cet album est signé chez Strange Famous Records, le label de Sage Francis, dont le nom est à lui seul gage de qualité. Il ne reste plus qu'à faire abstraction de la pochette!

Sleep (Of Oldominion) - Hesitation Wounds - Strange Famous Records - 2009