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"La belle endormie", Gérard de Cortanze

Le bandeau rouge qui barre le livre est attirant ; ce court roman de Gérard de Cortanze est estampillé d’un voyant « érotique » qui tranche avec le violet de la couverture. Heureusement le nom de l’auteur offre une certaine caution littéraire qui permet de ne pas rougir jusqu’aux oreilles au moment de passer à la caisse.
L’auteur-narrateur poursuit une quête sur ses origines familiales entamée dans d’autres romans, que vous pouvez lire sans rougir (notamment Assam, prix Renaudot 2002 où on retrouve certains personnages de La Belle endormie). Ici l’histoire débute dans une bibliothèque italienne où le narrateur fait des recherches dans les archives. Il déniche des documents inédits : des lettres érotiques signées par une de ses lointaines parentes, Maria Galante. Émoustillé par les lettres et la pulpeuse bibliothécaire le héros poursuit son aventure italienne dans le château familial, transformé en hôtel de luxe mais qui garde son mystère. Le personnage occupe la chambre de son aïeule et bientôt ses nuits deviennent torrides grâce aux visites d’un fantôme très charnel. Les contours de la réalité deviennent de plus en plus flous, on ne sait plus bien quel rôle jouent le propriétaire de l’hôtel ou la gouvernante ; jusqu’à la pirouette finale qui suggère une deuxième lecture du roman.
Le cadre fait évidemment penser aux romans du Marquis de Sade. L’ingénieux entrelacement entre 18ème et 20ème siècle permet d’utiliser un langage cru mais totalement suranné dans les lettres ainsi que lors des rencontres entre les amants. Cela donne lieu à de jolies scènes plutôt classe. De plus Gérard de Cortanze ajoute à son récit un grain de folie qui peut devenir aussi inquiétant que fantaisiste. On passe ainsi avec plaisir d’une scène à l’autre.

La belle endormie, Gérard de Cortanze, Monaco : Éditions du Rocher, 2009

Spécial Animation

Avant la sortie très attendue de Toy Story 3, un Spécial Animation en ce début d'été :


"Shrek 4, il était une fin" Mike Mitchell

La sortie ogresque du moment, difficile d'y échapper! Dernier chapitre des aventures du célèbre Ogre vert et de ses non moins célèbres acolytes. La nouveauté c'est la 3D avec les lunettes. Passés le surcoût de la place qui devient habituel et les pubs en 2D puis en 3D d'une demi-heure, on peut enfin suivre cette nouvelle aventure! Certainement pas le meilleur épisode mais le scénario alambiqué permet de retrouver le bon vieux Shrek du premier épisode, c'est à dire l'ogre vert, célibataire et solitaire qui se baigne dans la boue et fait peur à tout le royaume de for for lointain. la 3D n'apporte pas grand chose mais on se marre bien.


"L'illusionniste" Sylvain Chomet

l'auteur des Triplettes de Belleville sort un nouveau long-métrage d'animation directement adapté d'un scénario inédit de Jacques Tati, l'auteur de Mon Oncle. A la vision du film, cette idée semble couler de source, tant les deux univers se marient bien. Le film est visuellement très beau, le graphisme est magnifique. Par ailleurs ça fleure bon la nostalgie, comme dans un film de Jeunet, les amateurs d'une vision du monde à l'ancienne seront servis.


"Summer Wars" Mamoru Hosoda

Pour finir ce spécial animation, un Manga. Summer Wars est un film étonnant et fabuleux. Il y est question de monde virtuel et de monde réel, d'amour, de mort, de famille, de menace nucléaire, enfin bref beaucoup de thèmes chers à nos amis nippons, toujours partagés entre la tradition et la modernité. Le monde virtuel du film, appelé OZ est directement inspiré du travail de Takashi Muakami. A voir absolument!

"Lo Straniero (L'étranger)" Luchino Visconti

Le film date de 1967, et est ressorti fin 2009 pour les cinquante ans de la mort d'Albert Camus, en copie neuve remastérisée pour l'occasion. Le film a été assez mal reçu à sa sortie de l'époque. Ceci est sûrement du à l'aura du court livre de Camus, souvent considéré, (à juste titre) comme l'un des chef d'œuvres de la littérature française et mondiale. Pourtant quand on le voit aujourd'hui, le film semble brillamment maîtrisé par son réalisateur et fort proche de l'idée et du souvenir que j'avais de ce livre. Une histoire simple et philosophique qui parle surtout de l'existence. Meursault interprété dans le film par Marcello Mastroianni, restera à jamais pour ma part le (anti)héros, qui symbolise l'esprit punk. C'est un anti-conformiste par nature. Sa mère meurt. Il n'a pas envie de pleurer, il ne pleure pas. Il a envie de fumer, alors qu'il se recueille devant sa dépouille, il fume. Son patron lui propose une promotion, il ne l'accepte pas, tout simplement parce qu'il n'a pas besoin de plus, à quoi ça sert? Il rencontre une belle fille, engage une relation, hors mariage, de toute façon il n'a aucune envie de se marier, pourquoi? qu'est ce que ça prouve au fond?..etc. Il sera finalement jugé et condamné à mort pour sa conduite plus que pour le meurtre qu'il a commis. Meursault, ne joue pas le jeu de la convention sociale. IL est juste là! Il ne ment pas! Il est le héros finalement qui s'érige, devant la mauvaise foi intrinsèque de la société, avec ses traditions, ses a priori, sa course effrénée au plus, toujours plus. et le paradoxe est là, il est vu comme l'anti-christ, celui qui ne croit en rien, qui ne respecte rien. Alors que finalement, il ne fait que vivre. La scène de dialogue, entre Meursault et le prêtre interprété par Bruno Cremer dans le film est vraiment essentielle, à voir ou à lire. — Pour finir et pour rester dans l'esprit Punk auquel je faisais allusion, que l'on peut retrouver encore parfois de nos jours dans la bouche par exemple de Depardieu traitant de salope une pseudo journaliste qui à l'image de notre belle société, n'hésite pas à poser une question qui se vautre dans la pornographie du sensationnel, (Va-t-il verser une petite larme pour son fils décédé, devant ma caméra, ouah! ce serait chouette!). Elle espère sûrement gagner un peu plus d'argent ou de reconnaissance pour ça! Depardieu, est ici l'homme révolté de Camus. Depardieu est Punk! Et puisque j'en suis là, et que j'ai une "crise de foi" ce matin, une petite digression qui me semble tout à propos: comme Meursault et Depardieu, je vais mettre mon grain de sel ou plutôt un coup de godasse, histoire de pousser une petite "gueulante" de mi-saison. Je vais dire combien je déteste cette mauvaise foi intégrale et généralisée, que j'appelle le "foutage de gueule", ouvertement assumé de nos politiques! Illustré par exemple par l'ancienne ministre de la culture Mme Christine Albanel, qui pour s'exonérer de la course écœurante au toujours plus rentable, au toujours plus de fric, au toujours plus de rien, arrive à justifier l'autorisation du gouvernement, au plus de fascisme publicitaire sur les chaines privées, en faisait croire, alors qu'elle n'y croit évidemment pas! que ça permettra au bon peuple de voir plus de chef d'œuvre,( comme celui que je viens ici de chroniquer), sur ces fameuses chaines, le dimanche soir. Et pourtant, elle aussi a lu l'Étranger de Camus! Un livre qui fait, ou en tout cas, faisait partie du programme scolaire de notre cher pays! Alors, comme le punk dans la chanson, j'ai juste envie de lui dire à elle (elle était ministre de la culture quand même, c'est la raison pour laquelle c'est elle que je cite!) et ses semblables : "Toi, Monsieur, dedans ta télé, qui s'habille si bien de triste vérité. Arrête de discourer, j'ai rien comprendu, ça m'est rentré par le nez, sorti par le cul! t'as un joli costard, pour enfilé tes bobards, ta cravate épinglée, j' vais m'en servir pour t'étrangler! OUAHAH! OUAH! Ta Gueule!" (je ne me souviens plus du nom du groupe, c'est bien dommage!)

Lectures croisées « Le Boulevard Périphérique / D'autres vies que la mienne »

Le hasard entraîne parfois des rencontres entre les livres et ces deux romans, Le boulevard périphérique d'Henry Bauchau et D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère peuvent presque se raconter maladroitement par les mêmes mots. Dans les deux cas le narrateur est un homme plus très jeune, un double très autobiographique de l'auteur, et il est confronté à la maladie puis à la mort d'une jeune femme qui laisse derrière elle un compagnon et de jeunes enfants. Mais ensuite il faut compter sur les divergences entre les styles, la construction des personnages et de l'intrigue, l'essence même de l'écriture.


Pour Henry Bauchau rendre visite à sa belle-fille à l'hôpital signifie emprunter chaque jour le boulevard périphérique. Ce trajet et ce lieu douloureux de l'hôpital racontent la vieillesse de l'homme, ses fatigues physiques, ses souffrances, ses doutes. Au chevet de la jeune femme se nouent des relations forcément complexes entre la mère et la fille, la mari et la femme, l'enfant et sa mère, dont l'auteur, également psychanalyste, parle avec justesse et pudeur. Mais l'expérience le ramène aussi à sa propre jeunesse, au temps de la guerre, et à son ami Stéphane, remarquable alpiniste et grand résistant. Il est alors question de vigueur, d'amitiés masculines et d'un autre combat contre le mal représenté cette fois par un officier nazi, le SS Shadow, tortionnaire qui le fascine. A la noirceur de la mort, Henry Bauchau oppose une écriture lumineuse toute en humilité et simplicité. L'introspection à laquelle se livre l'auteur a une valeur universelle et révèle une très grande humanité.


Le titre, D'autres vies que la mienne, l'indique bien, l'auteur parle de parcours de vies mais aussi de lui-même. Car c'est bien l'écrivain qui est au centre du théâtre, l'auteur avec ses doutes existentiels, ses gémissements, ses questionnements, et qui parfois croise la vie d'êtres qui l'émeuvent par la façon dont ils traversent les épreuves et continuent à vivre. Ces drames humains qu'évoquent Emmanuel Carrère sont si puissants que l'émotion nous envahit un peu plus à chaque page. Il est en vacances au Sri Lanka quand le tsunami s'abat sur la région. A l'abri avec sa famille dans un hôtel en hauteur il ne soupçonne ce qui s'est passé que bien des heures plus tard quand les rumeurs du drame arrivent jusqu'à eux. Il rencontre alors Delphine et Jérôme qui sont anéantis par la mort de leur petite fille. On est à la fois terriblement ému par leur histoire et sans cesse agacé par cet auteur un peu trop nombriliste, comme coupé des autres à la fois à cause de son statut social et de sa position d'intellectuel qui souffre de ne pas savoir aimer. Et cette impression perdure quand Emmanuel Carrère raconte l'histoire de sa belle-sœur, juge toujours du côté des plus démunis, handicapée qui ne se plaint jamais, femme et mère de famille discrète et admirable et qui sera emportée par un cancer. Le récit vous tire des larmes mais on est parfois un peu gêné par la posture de l'auteur et qui donne à voir des vies, des hommes et des femmes à la fois singuliers et ordinaires.

Ces deux romans s'appuient sur un évènement similaire, qui fait naître des résonances intimes chez les deux auteurs mais Henri Bauchau souffre avec les autres tandis qu'Emmanuel Carrère ne semble pas éprouver une telle empathie mais montre plutôt l'étendue de son égo.

Henri Bauchau, Boulevard périphérique, Arles : Actes Sud, 2008. Prix du livre inter 2008.
Emmanuel Carrère, D'autres vies que la mienne, Paris : P.O.L, 2009.

La Canaille « Une goutte de miel dans un litre de plomb »

La Canaille  mélange le rap, ses samples, ses scratchs et son phrasé, avec le rock, ses guitares électriques acérées  et sa ligne de basse, et l’agrémente d’une touche orientale ou de jazz. Et à travers des textes contestataires, ils ont la volonté de réveiller les consciences en se transformant en « haut-parleur de la rue » . Leur discours n'est pas formaté et ils tapent là où ça fait mal. Ils balancent un véritable uppercut à la face des intégristes toutes religions confondues avec « Ni dieu ni maitre », et dénoncent les magouilles politiciennes avec un phrasé à la Loic Lantoine sur « La Course Au Trône ». D'autres morceaux prennent littéralement aux tripes, en narrant une société qui ne se soucie guère des êtres humains sur « Arrêtez ce train », ou en décrivant la nuit de travail d'un ouvrier à « L’usine ». Mais La Canaille reste optimiste et appelle à la persévérance, et à la résistance sur « On recommence » et « Une Goutte De Miel » car « il est hors de question de jeter l’éponge ». Alors La Canaille, et bien j'en suis!

La Canaille - Une goutte de miel dans un litre de plomb - 2009 - Discograph

“Une petite zone de turbulence” Alfred Lot

Je suis pas mal cinéma français ces derniers temps, alors je suis allé voir le dernier Michel Blanc. C’est l’affiche qui m’a donné envie. Elle ressemble à un dessin humoristique et je l’ai trouvée assez drôle. Je dis : "le dernier Michel Blanc", parce que c’est un film écrit par lui et pour lui, bien que réalisé par Alfred Lot réalisateur de la chambre des morts avec Mélanie Laurent. Au "jour d’aujourd’hui", Michel Blanc est le seul rescapé de la bande du Splendid qui peut se targuer de m’amener encore dans une salle obscure voir l’un de ses films. L’histoire est l’adaptation d’un livre de Mark Haddon et s’inscrit dans la continuité du personnage auquel on identifie Michel Blanc depuis plusieurs années, à savoir un hypocondriaque patenté. Rien à dire, mis à part que le film roule tout seul. Ça casse pas des briques, l’histoire est un peu convenue mais c’est plaisant, bien fait, bien joué, bien écrit. On retrouve Miou-Miou toujours très bien, et la jeune génération Mélanie Doutey et Gilles Lellouche au diapason avec leurs personnages. Ce dernier incarne encore une fois un beauf sympa, un ami au grand cœur, le bon copain quoi! Peut-être devrait-il essayer un autre registre maintenant, avant d’être définitivement catalogué dans ce rôle, qui lui va comme un gant ceci dit. La meilleure scène du film est un dialogue entre le personnage de Michel Blanc (Jean-Pierre) et son petit fils. Jean-Pierre, qui a le moral à zéro, disserte sur son manque d’humour et ses angoisses vis à vis de la mort. Après avoir écouté les élucubrations de son grand-père avec intérêt le gamin lâche un “il faut que j’aille faire caca!” typique de cette qualité qu’ont les enfants à passer sans transition du coq à l’âne, d’un sujet grave à une chose pour le moins prosaïque!

"La Horde", Yannick Dahan et Benjamin Rocher

Nouvelle tentative du jeune cinéma français dans le film de genre, la Horde est ce que l'on appelle un film de zombie. Un genre dans le genre du film d'horreur ou d'épouvante. Ce premier film au budget de 2 millions d'euros (ce qui est peu pour un film à effets spéciaux) est co-réalisé par Benjamin Rocher et Yannick Dahan. Ce-dernier est un journaliste cinéma qui a notamment officié sur le câble en tant que présentateur d'émissions ayant trait au cinéma de genre. Comme je n'ai pas le câble, je ne connais pas cet homme, mais il est considéré comme un référent en la matière. A la vue du film, on ne peut pas douter que ses auteurs ont une bonne connaissance de ce cinéma tant le film n'apporte rien de nouveau ou presque (je reste mesuré) sous la lune zombiesque.— L'histoire suit un groupe de flics qui pour venger l'un de leur collègue assassiné s'introduisent dans une tour de la banlieue nord de Paris où règnent les truands coupables de ce méfait. Leur plan aurait dû se passer "sang à-Crocs", s'il n'avait fallu compter sur le coup du sort et l'intervention inopinée d'une armée de zombie. Devant l'adversité, flics et truands vont s'associer afin d'essayer de sortir de cette tour infernale en chair et en os! Voilà pour l'histoire qui n'est évidemment pas sans rappeler Assaut de Carpenter ou encore Nid de Guêpe qui faisait déjà référence à Assaut. On aurait aimé que les auteurs essayent de renouveler le genre, un peu comme l'avaient fait les anglais (Danny Boyle) avec 28 jours plus tard, mais au vu de ce postulat de départ il semble que ce ne soit pas dans leurs intentions. Ceci étant, ne soyons pas trop gourmands, c'est un postulat de départ comme un autre et dans ce genre de film ce sont plutôt les relations entre les personnages et l'originalité des scènes qui font la qualité du film. Malheureusement on en sera, de ce point de vue là aussi, pour nos frais! On reproche souvent au cinéma français de ne pas blinder le scénario en usant du brainstorming auprès de plusieurs scénaristes, à la manière du cinéma américain. Or ici il n'y a pas moins de quatre scénaristes crédités au générique de la horde. On ne peut pas dire qu'à ce niveau là le film ait manqué de moyens! Que coûte un bon scénario par rapport à un mauvais? Alors que s' est-il passé au niveau de la production de ce film? Quatre cerveaux et huit mains pour ne pas réussir une seule scène originale ou presque (ici encore je mets un petit bémol), pour ne pas écrire un dialogue au minimum correct, enfin un truc que l'on n'aurait pas déjà vu cinquante mille fois... Vraiment je me pose la question. Au vu du reste du film, à quoi sert la scène en exergue? (je crois cependant qu'elle inscrit le film dans la continuité d'un court-métrage appelé Rivoallan). Le début du film, où l'on suit le groupe qui s'introduit dans la tour n'aurait-il pas été plus intéressant si l'on n'avait pas su tout de suite que ses membres étaient flics. Un petit montage alterné entre cette scène et la scène du cimetière (qui ne sert pas à grand chose non plus) aurait pu être envisagé à mon sens. Une autre idée assez simple aurait été de faire progresser la descente des protagonistes d'étage en étage puisque leur but est de sortir de la tour. Il aurait suffit de quelques plans sur les numéros d'étages pour créer un semblant de suspens dans leur descente infernale. Les zombies sont parfois version Roméro -quand on les voit du haut de la tour- à savoir mous et hébétés (mes zombies préférés d'ailleurs), parfois version moderne comme dans 28 jours, à savoir rapides et prédateurs. Que dire des relations entre les personnages, orchestrées par des dialogues souvent ridicules, voire même risibles (ceci étant c'est peut être voulu mais alors ce n'est pas très clair). Comme dans cette scène par exemple où la tension monte entre les deux frères truands, Adewale et Bola. Bola part clairement en saucisse, voulant se détacher de l'influence charismatique de son grand frère. L'un des héros (Ouessem) qui assiste à la scène comme nous, dit alors à Adewale d'un ton très sérieux : "ton frère va nous poser problème!". Sans blague!!! Personnellement, j'ai ri. Mais je ne suis pas sûr que telle ait été la volonté des réalisateurs... Je n'ai pas bien saisi non plus pourquoi Aurore change de comportement vis à vis de ses collègues flics. Enfin bref j'en passe et des meilleures. — Ceci dit, j'ai vu le film aux Montparnos, et je me demande encore si le projectionniste n'a pas oublié de monter une bobines : au moment où les protagonistes, acculés à une porte, semblent apercevoir des zombies dans la pénombre, il semble se passer quelque chose, mais quoi... A la scène suivante, le groupe est séparé en deux, sans que j'ai pu y comprendre quoi que ce soit! Franchement soit il manque une bobine soit le montage est bizarre... Alors que reste-t-il de la Horde au final? Du sang, des globules et des boyaux, ça oui. Le film est plutôt réussi d'un point de vu gore et l'hémoglobine ne manque pas. Même si encore une fois les scènes où des zombies mangent en gros plan de la chair humaine, ça fait redite de Zombie, le classique du genre. La scène où on découvre le premier zombie (un otage qui vient de se faire descendre dans les toilettes par les truands) est plutôt pas mal. Encore que je n'avais pas compris au début que c'était le type des toilettes... (conseil gratuit : revoir les McTiernan, qui, lui, permet au spectateur de ne pas être perdu dans l'espace de l'action!). C'est le sac plastique sur son visage qui m'a fait comprendre de qui il s'agissait (là aussi plus de tension et de suspens aurait été bienvenue!). A leur décharge, ce zombie là est quand même bien effrayant. Sinon la réalisation est plutôt tonique et le film a clairement gagné mon attention sur la fin avec cette fabuleuse scène ou Ouessem (Jean-Pierre Martins) sur le toit d'une voiture charcute à qui mieux mieux la horde de zombie qui l'attaque. Ces images là sont vraiment impressionnantes et nous font regretter que le reste du film n'ait pas été de ce niveau. Dommage aussi qu'à la toute dernière scène du film, on dirait que les zombies ont disparu. Même si le son nous dit le contraire, on n'y croit peu, tellement l'extérieur de la tour est déserté. La plus grande qualité de la horde est la lumière de Julien Meurisse qui inscrit le film dans une ambiance glauque et putride. Les acteurs quant à eux rament, à part Eriq Ebouaney, Claude Perron, Yves Pignot et Joe Prestia, lequel tire son épingle du jeu en exécutant notamment une scène de baston intense. Une dernière chose, le film est vendu par les médias comme un truc qu'on a jamais vu en France... Certes, mais qu'est ce qu'on en a à faire! Puisqu'on l'a déjà vu ailleurs et en bien mieux!

"Gainsbourg (vie héroïque)", un conte de Joann Sfar

Le titre (ou plutôt le sous-titre) annonce la couleur, il s'agit de conter l'histoire de Serge Gainsbourg, non pas à la manière classique d'un biopic comme c'était le cas dans la Môme par exemple, mais au travers du regard du réalisateur Joann Sfar. Ce dernier étant surtout connu par son activité de dessinateur de BD à succès, avec Le chat du rabbin ou encore Klezmer pour ne citer que les plus connues. Par ailleurs il faut savoir que toutes ses bandes dessinées ou presque ont en commun la musique. Joann Sfar étant sans conteste un grand connaisseur de cet art et un mélomane averti. Pour sa première incursion dans le cinéma (avec un budget confortable), il a donc choisi de conter Gainsbourg. Serge Gainsbourg, figure emblématique s'il en est de la chanson française, auteur et compositeur à succès, chantre de la provocation, star incontesté de la pop culture made in France et éternel insoumis. Un auteur par un autre auteur donc.— Après un générique de toute beauté en animation et dessiné par Sfar lui-même, le film débute à Paris sous l'occupation où il ne fait pas bon être juif. On suit la vie du jeune Lucien Ginsburg, un garçon juif, obligé de porter l'étoile jaune, et dont le père tente en vain de lui enseigner la musique au travers de leçons de piano. Malgré ses facilités pour cet exercice, ces leçons ne semblent pas intéresser le garçon celui-ci se prédestinant à être artiste peintre. Durant cette période on découvre tour à tour les différents centres d'intérêt qui feront de ce jeune garçon le personnage mythique que tout le monde connaît: la peinture, les femmes, la musique et son aversion pour son physique ingrat. La suite parcourt de façon assez originale la vie de Lucien Ginsburg, pianiste jazz de cabaret qui deviendra plus tard Serge Gainsbourg, auteur à succès de la pop musique, des années 50 jusqu'aux années 80. On croise au fur et à mesure les artistes qui ont changé la vie du bonhomme. Sa rencontre avec Boris Vian, interprété par le farfelu Philippe Katerine, son amour "qui dura une chanson" avec Juliette Gréco, interprétée par la toujours sensuelle Anna Mouglalis, sa relation avec la plus belle femme du monde de l'époque, Brigitte Bardot, interprétée par "Elaeudanla Teïtéïa" Casta, impressionnante! Sa rencontre avec Birkin (Lucy Gordon) etc... Au fur et à mesure des années, le jeune et talentueux Gainsbourg se transforme peu à peu en poète maudit Gainsbarre, les deux étant interprétés par un acteur dont la ressemblance avec le modèle est très frappante, Eric Elmosnino, vraiment convaincant.— Sfar joue beaucoup sur le mythe de Faust à travers son portrait de Gainsbourg. érudit de Jazz, et auteur au succès confidentiel, il vendra son âme aux yéyés afin d'acquérir la gloire et l'argent. L'originalité du traitement vient de la façon dont la vie de Gainsbourg est racontée ou contée comme le souligne le titre. Sfar traite la vie de l'artiste qu'il dépeint comme un rêve éveillé où la duplicité du personnage est directement mise en scène à travers un double caricaturé et de carton pâte. La marionnette est souvent intégrée aux scènes et rend le film assez intéressant et étrange, créant des visuels fantasmagoriques. Le procédé est simple mais ça fonctionne plutôt bien, seul petit reproche : le réalisateur joue avec, peut être un peu trop souvent. Sinon impossible de parler de Gainsbourg sans dire un mot sur la musique, en l'occurrence ici la Bande Originale du film arrangée par les soins de Olivier Daviaud (arrangeur notamment de Dyonisos) qui mêle chansons originales, compositions et reprises par les acteurs eux-mêmes, et ce, de belle façon— Gainsbourg (vie héroïque) est un film à voir comme une œuvre à part entière, très bien filmée, et intelligemment réalisée par un auteur de talent qui, rappelons-le, signe ici son premier film.


Fantazio « Cinq Mille Ans de Danse Crue et de Grands Pas Chassés »

Ceux qui parlent le mieux de cet énergumène sont ceux qui ont l'occasion de le voir souvent en concert. En effet, l'Eléfantazio vient de la scène, enfin surtout de la rue ou des squats où il a traîné sa contrebasse pendant de nombreuses années avant d'accoucher d'un premier album "The Sweet Little Mother Fuckin' Show". Il faut dire qu'il rejette en grande partie le music business et de toute façon sa liberté sauvage et son ton iconoclaste serait loin de faire l'unanimité dans le milieu. Pour en revenir au début de mon article, je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de le voir depuis des années et je dois dire que comme les autres festivaliers, j'étais resté scotché. Bon alors Fantazio c'est quoi? Ben, c'est de la chanson, de la poésie absurde et émotionnelle servie sur de la musique inventive, mélange de collages d'instruments et de bruitages, d'instruments ethniques utilisés de façon surprenante. Le subversif commence ses chansons en français et les termine en anglais ou inversement, troque une voix de fillette contre celle d'un crooner ou d'un hurleur de death metal. Ces comptines écorchées font mouche et l'album est émaillé de jolis instrumentaux bruts et touchants. A noter la participation de René Lacaille sur l'excellent titre manifeste "la musique populaire". Un album sous tripes.
Le site de Fantazio

Fantazio - Cinq Mille Ans De Danse Crue Et De Grands Pas Chasses - Autoproduction - 2009

Slug & Murs presents "Felt 3" ( a tribute to Rosie Perez )

Après un soutien à Christina Ricci et Lisa Bonet sur les 2 précédents volumes, Slug & Murs nous présentent "Felt 3 (a tribute to Rosie Perez)". Si la dédicace à l'actrice (Chi8, que devient-elle ?) ne nous touche pas plus que ça, le disque quand à lui mérite franchement qu'on s'arrête dessus. Aesop Rock prend ici les commandes avec des beats où alternent agressivité, finesse ou old school. Sa production balance entre titres festifs et morceaux plus bruts, il en profite pour faire exploser sa créativité. Ses 2 compères rappeurs ne sont pas en reste, leurs flows sont taillés pour ce genre de son. Ils ont trouvé avec Aesop Rock les morceaux où ils peuvent au mieux exprimer leur talent à grands coups de rimes maitrisées. Si les deux premiers "Felt" étaient quand même un niveau en dessous, ce 3ème volume nous envoie deux bonnes nouvelles, le hip hop underground est loin d'avoir dit son dernier mot et Aesop Rock, pour sa première en tant que producteur, frappe très fort.

Slug and Murs - Felt 3 -Rhymesayers - 2009

"Jan Karski", Yannick Haenel

C'est un beau titre, un nom de héros exotique qui semble un peu mystérieux et qui se marie bien avec celui de l'auteur. Jan Karski se révèle être le faux nom d'un homme réel qui ne peut plus reprendre sa véritable identité sans se lancer dans d'inextricables soucis avec l'administration américaine. Un nom de résistant polonais, un nom de Juste, un nom de messager dont personne n'a écouté le message.

Et c'est un beau roman, qui a engendré la polémique au cours de l'automne passé mais qui mêle adroitement émotions et réflexions. Dans la première partie l'auteur décrit la séquence de Shoah, le documentaire de Claude Lanzmann, dans lequel témoigne Jan Karski. Cet officier polonais était le messager de la Résistance polonaise et dès 1942 il est chargé de témoigner auprès des alliés de l'extermination des Juifs. Par l'entremise de Yannick Haenel qui rapporte fidèlement le récit mais qui décrit aussi le visage et la voix du témoin, l'émotion qui gagne Jan Karski lorsqu'il raconte sa visite du ghetto de Varsovie se fait intense pour les lecteurs. Dans un deuxième temps Yannick Haenel s'appuie sur l'autobiographie de Jan Karski, Histoire d'un état secret, pour nous livrer la vie extraordinairement romanesque de cet homme. Mais l'auteur s'attache plus aux faits qu'aux sentiments et on se demande souvent ce qu'a bien pu ressentir le messager quand il constate que son message ne passe pas. On est donc avide de cette voix quand s'ouvre le dernier chapitre, un monologue de Jan Karski. Mais un monologue de Jan Karski imaginé et mis en scène par Yannick Haenel. Et dès sa note préliminaire l'auteur a pris bien soin de préciser qu'il s'agit d'une "fiction" et d'une "invention" tandis que les deux premières parties s'appuient sur des documents historiques. Et le monologue de Jan Karski est très fort. Il foisonne d'émotions et de réflexions intimes.

Les critiques ont mis en avant la forme innovante (ou facile) du roman et la polémique s'est emparé de la question des vérités historiques en se demandant où est la limite entre fiction et réalité. "Les alliés savaient et n'ont rien fait" n'est pas un fait prouvé pour tous les historiens. Pourtant cette idée fait écho à de nombreuses tragédies actuelles et nous ramène au conflit en ex-Yougoslavie ou au Rwanda où les gouvernements occidentaux ont laissé faire les atrocités et le génocide. Le personnage de Karski raconte que les Russes ont regardé brûler Varsovie avant d'y pénétrer et cette image fait froid dans le dos parce qu'on a l'impression diffuse que rien n'a changé ; les intérêts diplomatiques ou économiques passent avant tout. Sans doute la parole donnée à Jan Karski ne respecte pas tous les faits historiques mais elle transmet une émotion très puissante et elle s'inscrit dans une réflexion qui dépasse bien les limites de la seconde guerre mondiale pour devenir universelle.

Ecoutez la discussion entre Yannick Haenel et Annette Wievorka, historienne, dans l'émission Répliques.

Yannick Haenel, Jan Karski, Paris : Gallimard, 2009. (Prix Interallié et Prix du roman Fnac)

tUnE-yArDs « BiRd-BrAiNs »

Cet album n'est pas un objet musical tout à fait comme les autres avec ses arpèges d'ukulélé, la voix très personnelle de la chanteuse, les nombreuses boucles et les quelques samples posés dessus. C'est original, un peu bordélique et parfois même à la limite de la cacophonie. Une pop-folk bruitiste qui comblera nombre d’esgourdes aventureuses au risque d'en déstabiliser certaines. Merrill Garbus, originaire de la Nouvelle Angleterre aux États-Unis, est capable de nous mener en transe avec ses chants chamaniques, comme sur « Hatari ». On pense à l'Argentine Juana Molina mais plus dans un style à la Coco Rosie. La rythmique est souvent faite de bric et de broc. Les boucles d’ukulélé sont accompagnées de samples de gamins qui jouent dans la rue ou du toussotement d'un autre. La voix féminine mue parfois pour devenir plus rauque et peut même virer en cri strident, étonnant voir dérangeant. Mais cette femme semble tellement habitée qu'on reste abasourdi et scotché par l'univers de tUnE-yArDs. Un univers bizarre, brut et enfantin, parfois anxiogène et déstabilisant qui nous fait partir en toupie en même temps que sa responsable.

Tune-Yards - Bird-Brains - 4AD - 2009

Royal Bangs « Let It Beep »

 
Royal Bangs se lance dans la fameuse et tant redoutée aventure du second album et ma foi, cette étape douloureuse pour beaucoup semble n'avoir été qu'une partie de plaisir pour ce quintet originaire de Knoxville (USA). Ce "Let It Beep" révèle un joyeux chaos d'influences, rappelant autant le groove funky de The Rapture que le romantisme grunge façon Dinosaur Jr., et même si aux premiers jours de 2010 les Royal Bangs n'ont rien inventé de nouveau, leur énergie fait plaisir a entendre et le titre "My Car is Haunted" en est une parfaite illustration alors en voiture et let it beep. 

Royal Bangs - Let It Beep - 2009 - City Slang



Fanga « Sira Ba »

L'absence de cuivres à part entière dans les précédents albums de Fanga était la particularité de leur afrobeat. Cette approche audacieuse était plutôt convaincante. Le groupe se démarquait donc des formations plus "classiques", du moins dans la forme. Car le combo de Montpellier distillait un son proche de la tradition musicale nigériane ou ghanéenne. Dans "Sira Ba", la section rythmique est épaulée par l'apport d'un sax, Martial Reverdy, intégrant totalement la formation et ce n'est pas qu'anecdotique, il trouve ici sa place dans un ensemble parfaitement maitrisé et son appui renforce le groove du disque. L'énergie des morceaux est omniprésente et irrésistiblement on a envie de remuer. Les guitares, claviers et percussions sont au diapason et la basse-batterie n'a plus qu'à maintenir le cap, le tout avec talent. Winston McAnuff pose sa voix sur le jamaïcain "I go on without you". Les textes de Korbo sont incisifs et The Togo Alls stars illumine le "Dounia pt2" qui conclut l'album en beauté. Le tout rondement mené par Serge Amiano à la réalisation. "Natural Juice", leur précédent album était très réussi, "Sira Ba" met la barre encore plus haut nous servant un son percutant avec son lot de montées rythmiques et d'explosions bien cuivrées. L'afrobeat se porte bien et a trouvé en France l'un de ses grands ambassadeurs. 

Fanga - Sira Ba - Underdog Records - 2009


Kimi Djabate « Karam »

Avec le son si caractéristique de la kora sur « Kodé - (Love) », on pense immédiatement à Toumani Diabaté, le maitre malien de cet instrument à cordes. Par la suite, notamment avec « Karam - [Education] », c’est vers son compatriote disparu Ali Farka Touré que se tournent nos esprits, en raison des sonorités de la guitare, sorte de blues hypnotique. Ces références nous ramènent au souvenir de la session enregistrée en 2005 pour le sublime « In the heart of the moon » alors qu'une suite est à venir chez World Circuit. Pourtant Kimi Djabaté n’est pas originaire de Bamako, ni même du Mali mais de Guinée-Bissau, ancienne colonie portugaise coincée entre le Sénégal, la Guinée et très proche du Mali duquel Kimi conserve tout de même des origines ancestrales.  Il y a quelques siècles, à l’invitation du roi de Guinée, tombé sous le charme de leur musique, des musiciens maliens se sont installés à Tabato, village depuis lors reconnu pour sa musique et sa créativité artistique. C'est là qu’est né Kimi Djabaté et c'est dans cet environnement propice qu'il s’est mis à jouer de la kora avant de se mettre au balafon qui rythme ici l’ensemble des morceaux. Par la suite il animera des cérémonies de mariage et de baptême avant de s'installer à Lisbonne en 1994 à l'occasion d'une tournée européenne du National Music & Dance Ensemble of  Guinée-Bissau. Sa musique fortement imprégnée par la culture mandingue se tourne aussi vers la rumba congolaise, et la musique capverdienne chère à Cesaria Evora. Entre hymne à l’Afrique, aux femmes, à sa mère, le griot dont on ne comprend pas la langue, réussit de façon surprenante à nous emporter dans ses histoires grâce à sa musique, parfois hypnotique, parfois dansante. Chapeau bas !

Kimi Djabate - Karam - Cumbancha - 2009

<a href="http://kimidjabate.bandcamp.com/track/free-download-kod-love">FREE DOWNLOAD - Kodé (Love) by Kimi Djabaté</a>  

Brownout « Aguilas and Cobras »

"Aigles et Cobras" en français est le titre du second album du collectif Brownout, avec à sa tête le très occupé Adrian Quesada. Entre leurs collaborations avec le Grupo Fantasma (Brownout est une formation réduite du Grupo) ou les accompagnements de Prince en backing-guitar, le combo d'Austin nous sert ici un hardcore-latin-funk où percussions, cuivres et guitares s'en donnent à cœur joie. "Con el cuete" donne le ton en ouverture avec sa grosse basse et ses claviers plutôt bien amenés. Les musiciens alternent avec sérieux les morceaux groovy bien rétros et ambiances plus actuelles grâce à une production impeccable. Les guitares ont une forte place tout au long de l'album avec distorsions, saturations, wah-wah, cocottes et compagnie ce qui fait qu'inconsciemment on ressent un peu de Carlos Santana dans l'ensemble mais pas que. Les influences sont aussi afro ou jazzy et très clairement P-funk sur "Slinky" où l'on croirait entendre un morceau de Funkadelic ou Parliament. Les pistes de l'album sont très variées à dominante funk tout de même. Brownout propose un univers très riche et l'ennuie ne prend jamais."Aguilas & Cobras" est le genre de galette idéale à passer en boucle.

Brownout - Aguilas and cobras - 2009 - six degrees records

Ariana Delawari « Lion of Panjshir »

Lion of Panjshir c'est le surnom de Massoud, combattant pour la liberté en Afghanistan, mais c’est aussi le premier album d’Ariana Delawari, Californienne d’origine afghane. Sa famille ayant quitté l’Afghanistan quelques  jours avant sa naissance en raison de l’invasion soviétique, elle grandit aux États Unis, dans une maison où la musique traditionnelle anime les réunions familiales. En même temps, on l’imagine très bien écouter  Jimi Hendrix, John Lennon, et Janis Joplin, volume à fond, dans sa chambre d’adolescente. Après les attentats du 11 septembre, ses parents retournent dans leur pays d’origine aider à sa reconstruction, sa mère travaillant notamment pour les Nations Unies. Ariana, elle, reste, poursuivant ses études de cinéma. Elle réalisera son premier voyage à Kaboul en Octobre 2002 avant d’y retourner chaque année. L’histoire d’Ariana Delawari, brièvement résumée permet de mieux comprendre cet album à la double culture pleinement assumée et enregistré entre Kaboul et Los Angeles avec le guitariste Max Guirand et le violoniste Paloma Udovic. A Kaboul, l’enregistrement s’est déroulé dans la maison familiale en collaboration avec des musiciens afghans sous la protection de gardes équipés de AK 47. La musique est une juxtaposition d’influences plus qu’un véritable mariage et donne un résultat à la tension omniprésente. Cet album commence de façon très rock un peu à la Scout Niblett et ce n’est qu'à partir du 3ème titre « Be Gone Taliban » que les influences moyen-orientales se font entendre. Après les titres « américains », plutôt tendus, l’émotion n’est que plus forte et l’admirable « Laily Jan » chanté en afghan avec tabla, dilruba et rabab nous transporte littéralement en Afghanistan. Entre cordes et percussions c'est un pur bonheur. On navigue ensuite du Moyen Orient en Amérique avec notamment le superbe « Cheshme Siah Daree », reprise de Ahmad Zahir ou « Don't Fight the Love », dont la ligne de guitare fait penser à celle de Chris Isaak sur « Sailor et Lula », célèbre classique de David Lynch. Pas un hasard puisque cet album est signé sur le label du cinéaste qui a même produit le titre « Suspend Me ».

Ariana Delawari - Lion of Panjshir -2009 - David Lynch MC


vivement 2010


Et voilà 2009 se termine, que retenir sur le plan sportif : la victoire de la coupe par En Avant de Guingamp, « the hand of frog » de Thierry Henry, la vitesse supersonique d'Usain Bolt, Federer s'affirmant comme le plus grand joueur de tennis de tous les temps.

En tout cas, on attend 2010 avec impatience, avec sa fameuse Coupe du Monde en Afrique. Les français n'avaient rien à perdre : qualifiés par la toute petite porte et privés du statut de tête de série, ils tombent dans un groupe à leur portée, c'est bien ça qui fait peur! comme en 2002 : attention, premièrement car nos adversaires ne sont pas si nuls que ça: le Mexique est toujours présent en coupe du monde, souvent qualifiés pour les 8èmes; le pays organisateur se qualifie presque toujours, et l'Uruguay nous rappelle 2002 et un triste 0-0 (tout comme il y a 1an!). De plus, autre problème : Raymond, et sa tactique, sont toujours là, malgré le tentative de putsch du doyen de la FFF. En même temps, autant qu'il aille au bout maintenant. De plus, pour se préparer à faire face à nos 3 adversaires, la Fédé a choisi des sparing partners non-qualifiés : Tunisie, Costa Rica et Chine: Autrement dit, aucune équipe d'Afrique noire ou d'Amérique du sud : fallait le faire. Certes, je critique, mais les bleus ont quand même sacrément de la chance: car en imaginant un parcours idéal, les bleus finissant 1er de leur groupe, joueraient sûrement la Grèce ou le Ghana, et en ¼ les anglais. Donc, sur un malentendu (par exemple des pénaltys) les bleus pourraient se retrouver en ½ finale. Pour y affronter le Brésil, là encore pas de problème on les bat à chaque coupe du monde. Donc, nous voilà en finale, contre l'Espagne, et sur un instant de grâce (à la Thuram contre la Croatie), Toulalan frappe et pour une fois cadre, et marque en pleine lucarne: la France est championne du monde, les journalistes demandent alors à Raymond (comme pour Aimé en 1998) si il va pardonner, ce à quoi il répondra « jamais je pardonerai, jamais! ». Bon, je sais, je m'emballe un peu, car il va falloir pour cela marquer des buts, si possible sans les mains... Bloavez Mad 2010!

« AVATAR », James Cameron

A la veille de l’année 2010, un mot sur le film événement de cette fin d’année. Avatar de james Cameron. Largement promu depuis plusieurs mois, Avatar s’annonçait comme le renouveau du cinéma. A l’image de son auteur, toujours en quête de défi technologique, le film devait être la première pierre posée de ce que sera le cinéma de demain. En ce début de siècle Cameron comme Zemeckis, et quelques autres a l’obsession de créer un cinéma entièrement numérique et virtuel. En quelque sorte ils veulent réussir et créer le parfait dessin animé réaliste. Contrairement aux derniers films de Zemeckis il y a encore dans Avatar quelques vrais acteurs, on remarque notamment la présence de Sigourney Weaver, icône du cinéma de SF depuis Alien et habituée de l’univers de Cameron depuis Aliens, le retour. Sa présence ancre le film dans la continuité historique d’un genre. La présence d’acteurs en chair et en os n’est par ailleurs que le prétexte à amener le spectateur dans ce monde entièrement numérique et à lui faire croire à ce monde. J’avais peur de voir justement un dessin animé très réaliste certes mais un dessin animé quand même. Or de ce point de vue le film est une vraie réussite. Moi qui ne suit pas fan de la technologie 3D très à la mode, je dois dire que j’ai été impressionné par l’effet et le rendu réaliste du monde de Pandora marche extrêmement bien. Cameron a mis les moyens nécessaire pour que son film fonctionne. A la manière des auteurs de BD des années 7O comme Mézières notamment, ou de Bourgeon avec sa série de fantaisie le cycle de Cyann, il a entièrement créer une nouvelle planète avec une faune et une flore spécifique. Le film est un vrai « trip » visuel et on est transposé comme le héros à travers son avatar dans cet univers. De ce point de vue le film s’inscrit d’ailleurs plus dans le genre de la fantaisie du Seigneurs des anneaux que du vrai film de SF, à l’image de Tolkien, Cameron a aussi inventé Le langage des Navi’s les habitants de Pandora. D’un point de vue filmique, Cameron reste le grand réalisateur qu’il a toujours été. Malheureusement même s’il reste aussi un grand conteur d’histoire, puisqu’il mène son film de bout en bout sans qu’on s’ennuie c’est quand même d’un point de vue scénario que le film déçoit. Le message écologique new-age est certes à la mode et plutôt intéressant mais le développement qui y est amené reste proche d’un film de Walt Disney. Un film comme Wall E qui abordait les mêmes thèmes était finalement bien plus original et adulte dans son traitement. Cameron oppose dans son film deux aspects antagonistes qui font de l’être humain ce qu’il est. C’est à dire l’animal dominant et belliqueux avide de conquête et de pouvoir, issu de l’âge de fer et l’homme des origines en osmose avec la mère nature. Ces thèmes parcourent notamment le cinéma d’un autre grand réalisateur, Terrence Malick, mais ses films sont de ce point de vue un peu plus fouillés. De plus L’histoire est parfois hyper prévisible et le schéma du scénario est calqué sur les westerns (et il sont quelques uns) ou un homme blanc est adopté par les indiens. Ceci étant il y a dans Avatar quelques scènes d’action d’anthologie et on peut remarquer chez son auteur une certaine fidélité a ce niveau. Il nous avait concocté dans Aliens le combat des Mères entre Sigourney Weaver et la Bête il y a ici le combat des Pères, deux visions de ce que peut être l’Homme, un être en osmose avec sa terre Mère nourricière, incarné par le héros Jack Sully ou un conquérant destructeur qui a perdu le contact avec la nature, le colonel Miles Quaritch. Au final Avatar est un film à voir pour ce qu’il est : un voyage visuel et un pari technologique impressionnant, mais il reste juste un film d’aventure d’entertainment que j’aurais apprécié à sa juste valeur s’il avait été aussi un pari scénaristique qui l’aurait amené dans la lignée de 2001 plutôt que de Mia et le Migou dont l’histoire est finalement extrêmement proche !


"Contes n°1 à 4", Eugène Ionesco

Dans le Conte n°1 de Ionesco vous retrouverez l'ambiance des familles bourgeoises mais surréalistes des années 50 quand les petites filles s'appellent Josette et que les papas racontent des histoires farfelues. Ce conte ne commence pas par "il était une fois" et n'est pas peuplé de princesses ni de sorcières, mais de femmes de ménage et de parents indignes. Première page : "Ce jour-là, le papa et la maman étaient fatigués. La veille, ils étaient allés au théâtre, au restaurant, puis après le restaurant au guignol. Et maintenant, ils étaient paresseux. Ce qui n'est pas beau pour des parents !...". Le conte n° 4 est aussi magnifique d'absurdité. C'est sans doute le plus connu et il a inspiré un joli court-métrage d'animation de Coralie Van Ritschoten dans lequel Josette devient "Pamplemousse".
De la littérature pour les tous petits (le sous-titre indique dans certaines éditions
pour les enfants de moins de trois ans) mais qui devrait encore plus plaire à leurs parents.

Contes 1, 2, 3, 4, Eugène IONESCO, Etienne DELESSERT, Paris : Gallimard, 2009.