Vendredi "Veneris Dies"

La dernière sortie du label  NØ FØRMAT! Records, qui est cette fois-ci un EP intitulé "Veneris Dies", nous invite encore une fois à emprunter un chemin de traverse pour mieux nous surprendre. Ce nouveau projet est animé par un duo parisien (Pierre-Elie Robert et Charles Valentin). Ils se sont rencontrés en février 2012, un Vendredi ; avec leurs propres bagages musicaux, l'un classique et baroque, l'autre club techno et house, mais avec des références communes et une sensibilité pour la musique concrète. Bien que difficile à classer, cet œuvre nous entraîne dans une ballade sonore composées de 6 titres qui voguent entre bruitages, sonorités dubstep et electro.
Le titre de l'album "Veneris Dies", "le jour de Vénus" en latin, et le sanglier sur la pochette font référence à la mythologie. Chaque morceau est composé à partir d'enregistrements de bruits du quotidien, de voix ou de sonorités prises dans les rue de Paris ou Venise entre autre, dans une forêt, dans la nature...  S'y ajoutent des sons d'instruments (accordéon, dilruba...), des mélodies qui embellissent chaque plage, dénudées de parole.
Chacune des compositions recèlent une multitude d'émotions. Elles sont parfois épurées et légères, biscornues et complexes, étranges et violentes mais toujours oniriques. Un assemblage riche et surprenant qui nous ensorcelle un peu plus à chaque écoute. La magie opère simplement.  Une musique comme suspendue dans un espace temps non définissable, avec des nappes qui tourbillonnent jusqu'à déformer les sens et qui nous invite à une sorte de vertige chamanique du XXIème siècle. C'est au final un fragile équilibre duquel on ressort avec un sentiment d'apaisement, "le vide et la lumière"...

Vendredi - Veneris Dies - 2014 - NØ FØRMAT! Records

Pouss'disques N° 27 - Remorquage

Ce Pouss'Disques est le vingt-septième du nom, et aussi le premier de l'année 2014. Et on espère qu'il contentera vos petites esgourdes. On a rempli la remorque de cumbia, de mento, de hip-hop, de musique brésilienne et on y a même ajouté un peu de musique italienne (celle de la mafia), et de musique égyptienne ! Enjoy !

Timber Timbre « Hot Dreams »

Le groupe canadien Timber Timbre en est à son cinquième album, et si les deux premiers étaient passés un peu inaperçus, ce n'est pas le cas des suivants (notamment l'album éponyme de 2009, déjà magistrale). Avec « Beat the Drum Slowly », le titre d'ouverture, on rentre dans cet album, comme dans une maison hantée, la trouille au ventre... Et ce n'est pas la voix de Taylor Kirk comme sortie d'outre tombe, qui nous rassure. Mais passée la frousse initiale, c'est la curiosité qui l'emporte. « Hot Dreams », le second morceau nous aidant bien à nous rassurer, nous offrant plus de douceur et plus de légèreté. Un côté aérien accentué par l'intervention finale de Colin Stetson et son jeu de saxophone inimitable. Avec un orgue omniprésent, le son du mellotron tellement spatiale et des cordes magistrales, c'est une atmosphère mystérieuse et cinématographique qui se dégage de cet album. Rien de bien surprenant lorsqu'on sait que Taylors Kirk a fait des études de cinéma par le passé. Sur « Bring Me Simple Men », on pense à l'univers de David Lynch, sur « Resurrection Drive Part II » c'est l'ombre de John Barry, grand maitre de la musique de films, qui plane et avec « Grand Canyon » on replonge dans les grandes années des westerns. Par contre avec avec « Run from Me » on oublie toute référence pour atteindre le sublime !

Timber Timbre - Hot Dreams- Full Time hobby- 2014

Karol conká "Batuk Freak"

A la vue de la pochette, de son look et au premier survol de ce disque, nous pourrions penser que chaque continent doit avoir une réplique de M.I.A. Celle de l’Amérique du Sud s’appellerait alors Karol Conká. Reconnue au Brésil, mais découverte en France depuis peu, la chanteuse née à Curitiba (capitale de l'État du Paraná, au sud de Sao Paulo) est une des figures emblématiques de la scène hip-hop brésilienne. Avec un début de parcours à 17 ans, cette jeune brésilienne de 26 ans arrive pourtant à se démarquer sans réinventer le genre.  Elle  crée un univers original à partir d'un hip-hop au bord de l'explosion. 
Après bientôt dix ans à écumer les salles, la rappeuse et parolière Karoline dos Santos de Oliveira alias Karol Conká se situe à la croisée du hip-hop, de l'électro et du baile funk, mêlant des basses puissantes et des percussions atabaques (percussions traditionnelles du Nordeste du Brézil que l'on retrouve notamment dans la capoeira). Son premier disque distribué depuis novembre 2013 en France, sur le label Mr Bongo, contient quelques bombes. L'ensemble de ses lyrics sont en portugais ce qui donne une touche originale et crée un flux saccadé et tranchant et qui reste un des points fort du disque. Son flot agressif semble en permanence sur le fil du rasoir, parfois dansant, souvent offensif, voir explosif, il nous pousse à quelques hochements de tête. Les instrus originaux mêlent sons traditionnels et beats plus ou moins festifs ou pesants. Quelques unes sont un peu faciles mais bien construites dans l'ensemble. Au final cet album demeure une belle découverte. Reste à voir à l'avenir, comment Karol Conká tiendra la longueur, en espérant qu'elle ne tombe pas dans la "soupe mondiale" qu'elle frôle de justesse...

Karol Conká - Batuk Freak - Mr Bongo - 2013

 

Oy « No Problem Saloon »

Oy, duo constitué de la chanteuse/musicienne mi-suisse mi-ghanéenne Joy Frempong, et du batteur/producteur Lleluja-ha, nous invite à chausser nos pompes spéciales danse pour entrer dans ce « No Problem Saloon ». Un album qui se voit offrir une nouvelle chance, et une meilleure exposition internationale sur le label belge Crammed, après une sortie plus confidentielle l'an dernier.  Et dans ce salon du bonheur se cache un véritable bric à brac ! On y découvre des chansons entraînantes avec une ribambelle de bonnes idées pour un album qui possède un véritable goût d'Afrique. Rien de surprenant puisqu'il est le fruit du voyage de la chanteuse sur le "continent noir", du Mali en Afrique du Sud en passant par le Ghana et le Burkina Faso. Des sons enregistrés sur place sont délicieusement intégrés à la musique du duo berlinois. On entend des klaxons résonner dans les rues, des gens discuter, applaudir, rire : de véritables scènes de vies. Une porte d'un taxi qui claque, ainsi que le vacarme d'une vieille machine à laver sont même utilisées comme percussion et comme basse. « No Problem Saloon » est une véritable alchimie sonore, moderne, et passionnante. C'est un peu un mix entre l'électro de MIA, les bricolages sonores de Tunes-Yards, et la trans de Juana Molina. Un salon aux airs de voyage, dans lequel on s'invite avec bonheur pour une aventure réjouissante.

Oy - No Problem Saloon - 2014 - Crammed Discs

Warpaint “Warpaint”

Prendre le temps de bien écouter cet album était nécessaire pour apprécier s’il n’était qu'un leurre ou bien une petite pépite musicale… Trois ans après leur premier album "The Fool" (oct. 2010), Warpaint revient avec un album envoutant et sensuel écrit dans une maison en plein milieu du désert, dans le parc naturel de Joshua Tree, au sud-est de la Californie. Cette fois, c’est Flood (PJ Harvey, U2, Nick Cave, New Order…) et Nigel Godrich (Radiohead) qui assurent la production. Le quatuor féminin, formé à Los Angeles en 2004, nous offre un album très calme et beau qui pose une ambiance mélancolique dès les premières secondes. Des compositions envoutante, parfois minimaliste, avec un son sillonnant entre folk sombre, trip hop et new-wave déchirante, qui fait penser à certaines productions anglaises. Des nappes envoutantes, des mélodies soyeuses et planantes prennent parfois au ventre appuyées par des chants et quelques envolées aériennes tout simplement magiques. Cette succession de morceaux met dans un état second pour nous embarquer dans une atmosphère onirique, à moitié éveillé… Un album éblouissant…

Warpaint - Warpaint  - Rough Trade - 2014

 

Micah P. Hinson and The Nothing

Micah P Hinson sort aujourd'hui son septième album, un album miraculé qui a bien failli ne jamais voir le jour. En été 2011, le musicien originaire de  Memphis dans le Tennessee est victime d'un terrible accident de la route lors d'une tournée en Espagne. Il ne laisse pas sa peau sur le bitume ibérique, mais tout de même quelques os. C'est un véritable coup dur pour Micah, et on se demande même si il retrouvera un jour l'usage de ses bras et la dextérité de ses doigts. Pour cet album, Micah a été invité au studio Moon River de Santander en Espagne pour y enregistrer pendant deux semaines avec divers musiciens locaux. Il en résulte ces douze titres, où l'on ressent intensément les déchirures et les fragilités du Monsieur. Après une entrée en matière très rock'n'roll et des guitares saturés qui nous prennent par surprise, l'artiste texan nous offre des ballades très touchantes, mais aussi quelques petites escapades country ou américana. On pense parfois à Bruce Springsteen, à The Walkmen, autres pensionnaires du label bordelais Talitres, ou encore Vic Chesnutt pour l’intensité et l'émotion qui transpire de certaines interprétations. Ici la voix de Micah P. Hinson est toujours aussi grave, plus tremblotante que jamais, et bourrée d’émotions !

Micah P. Hinson and The Nothing - Talitres - 2014 



Nick Waterhouse « Holly »

Avec « Holly » son deuxième album après « Time's all gone » en 2012, le Californien Nick Waterhouse nous propose une véritable réjouissance musicale. Du rythm'n'blues aux relents de rock'n'roll délicieusement rétro. Tout ici est vintage : les claviers, la sonorité de la gratte, les cuivres et plus particulièrement les solos de sax, les chœurs féminins, et même le chant de Nick Waterhouse où l'on entend l'influence de Van Morrisson. On baigne dans une ambiance des années 50 et on pense un peu à Black Joe Lewis, pour le côté revival psyché, mais ici c'est tout de même moins pêchu, moins rock'n'roll, vraiment bien plus rythm'n'blues. Mais qu'est-ce que ça groove ! Écoutez « Holly », au bureau ou à la maison, au casque ou sur des enceintes gigantesques, en voyage ou à la plage, et vous allez vous faire surprendre par une folle envie de danser... Et ne vous en privez surtout pas ! La musique de Nick WaterHouse est loin d'être neuve mais elle est réalisée avec tellement de fraîcheur qu'on se laisse prendre sans aucune résistance et avec beaucoup de plaisir. Et même quand il explore un autre style comme avec « Well it's fine » et son côté jazzy à la Ernest Ranglin, il nous emporte aussi. Merci Beaucoup Monsieur !

Nick Waterhouse - Holly - Innovative Leisure - 2014



Zanmari Baré « Mayok Flér »

Zanmari Baré est un véritable disciple de Danyél Waro, le chantre du maloya, cette musique héritée du chant des esclaves, longtemps dénigrée, voir quasi-interdite jusqu'au début des années 80. La voix est proche, on retrouve la même langue créole qui invite au voyage et une même poésie. La filiation est évidente et Zanmari ne s'en cache pas. Le maître lui a d'ailleurs prêté ses musiciens perso (dont son fils Sami à la kora), lui a aussi offert un texte inédit « Dori La », écrit en 1987, et on le retrouve même sur le titre a capella «  Nout Lang » pour un duo très touchant. Zanmari Baré est né en 1969 à St-Denis de la Réunion. Et il avoue ne pas être tombé dans la marmite du maloya à la naissance puisque ce n'est qu'à partir de la fin des années 90 qu'il a commencé à s'intéresser au kabar, ces rencontres de maloyers qui lancent la romans’, et plus particulièrement au kabar a tèr. Il se fait ensuite connaître avec son groupe Lansiv, qui se forge une grosse réputation sur l'île, avant de disparaitre en 2008. Zanmari se consacre alors à son métier d'éducateur spécialisé. Ce n'est qu'aujourd'hui, à à plus de quarante balais que Zanmari Baré sort son premier album solo. Son maloya est doux, sensible et fragile. Il tourne principalement autour des voix, la sienne bien-sûr mais aussi de superbes chœurs, et quelques percussions discrètes. L’héritier est là ! Longue vie au maloya !

Zanmari Baré - Mayok Flér - Cobalt - 2013

St.Lô « Room 415 »

On les a découvert aux Transmusicales 2012 lors de leur première montée sur scène et une performance scotchante. Ils ont confirmés par la suite (notamment au Festival Art Rock à Saint-Brieuc) tout du long de l'année 2013. St.Lô en live c'est une véritable expérience sonore et visuelle : une alchimie parfaite entre les nappes électros de deux musiciens bretons et le charisme hors du commun de la chanteuse new-yorkaise, Hanifah Walidah que l’on connaissait sous le nom de Sha-Key lorsqu’elle officiait au sein des Brooklyn Funk Essentials. Il restait à confirmer ce potentiel en studio, après un premier ep « Flight & fantasy » prometteur mais inabouti. Et « Room 415 », du nom de la chambre d’hôtel normande dans laquelle a eu lieu leur premièr rendez-vous musical, est une grande réussite. Les morceaux, rodés sur scène, atteignent aujourd'hui leur maturité. On pense à  « In The Pines », folk song traditionnel, popularisé par le Nirvana de Kurt Cobain, et revisité ici à la manière St.Lô, ou encore à « Reach », titre qui remonte à une période antérieure à St.Lô dont Miz Walidah s’est véritablement emparé. On retrouve cette ambiance électronique alliant blues et trip-hop, et la voix soul d'Hanifah Walidah pour un album plein de grooves sombres. St.Lô confirme son potentiel incroyable avec un album plein de classe.

St.Lô - Room 415 - autoproduit - 2014