à chacun ses meilleurs albums...

Comme chaque fin d’année voilà le moment du bilan des dits meilleurs albums 2014… jamais exhaustif, toujours réducteur et très subjectif. Nous vous proposons ici un petit tour d’horizons de quelques classements en vrac… histoire d’aller voir ce qui se trame sur d’autres planètes…

Le Canal Auditif, un blogue québécois consacré à la critique des musiques dites indépendantes avec plusieurs sélections de chroniqueurs, Marie Eve Muller par ici, Philippe des Jardins par là ou encore 15 meilleurs EP de 2014 selon Louis-Philippe Labrèche ici.
Songlines propose 10 meilleurs albums de "world music"... 
Une autre sélection de "Global Music" sur Nrp.
Spin, 50 albums pour une sélection très éclectique et étonnante, du black métal à l’électro asiatique en passant par la soul !
Stereogum, un des tous premier blog créé en 2002, plutôt orienté rock indépendant et alternatif.
Sens Critique, le réseau culturel participatif français plutôt consensuel mais avec quelques surprises...
Pitchfork, la sélection du magazine musicale basé à Chicago.
Paste Magazine, un autre magazine américain basé dans l'état de Géorgie cette fois-ci.
Rolling Stones,  la sélection du magazine internationalement connu, basé à New-York.
The Guardian, la liste du quotidien britannique... 
The Telegraph, un autre quotidien britannique d'information mais qui nous propose une liste des 28 meilleurs albums de jazz de cette année.
Magazine Mojo, le mensuel anglais musical plutôt branché rock.
Les producteurs de France Musique proposent chacun leur 5 coups de cœur discographique 2014, musique classique of course!
Metalorgie, un webzine qui aime le métal et ses dérivés.
Music Story, l'encyclopédie musicale en ligne nous propose une sélection des meilleurs albums de Blues 2014.
CBC Music, un site de radio canadienne qui présente les 30 meilleurs albums canadiens.
Un autre site canadien par ici, Ma Presse
La Grosse Radio qui sélectionne les meilleurs albums Reggae
Une autre sélection reggae sur ReggaeMani
Ici Musique, propose une sélection des 5 meilleurs albums en musique du monde et plus si affinité...
Et pour terminer en image, une sélection de 10 clips sortis en 2014 sur Noisey !

En conclusion, nous pouvons noter que cela manque un peu de piment, d'audace et de voyage... mais il y a de quoi découvrir quelques disques passés à travers les mailles du filet ! Et si vous avez des suggestions, à vos claviers !

Chancha Via Circuito "Amansara"

Le producteur argentin Pedro Canale (alias Chancha Via Circuito), fleuron du label électro ZZK, nous offre ici un troisième album : Amansara. Un nouveau rêve venu directement d’Amérique du sud, distribué par Crammed Discs. Une musique ancrée dans sa culture et la tradition mais qui garde une force, l’énergie d'une danse chamanique. Avec les années, son travail s’est éloigné de la digital-cumbia pour aujourd’hui affirmer un son plus original, entre nappes électroniques et instruments traditionnels, le tout sur un tempo langoureux. Pedro Canale se joue ici des frontières et des genres pour créer un nouveau son plus suave, plus spirituel. Un album tout en douceur plein de beauté et de poésie qui nous encercle, nous envoute comme dans un rêve plein de mélancolie et de chaleur. Dans une interview pour Mondomix en 2013 Pedro Canale soulignait que « l’électro produite à Buenos Aires se caractérise par une absence de préjugés pour fusionner les rythmes et les genres ». Amansara en est une belle preuve...

Chancha Via Circuito - Amansara - Wonderwheel Recordin - 2014

Lord Paramour "Paramour"

Lord Paramour, ce sont deux amoureux du beat qui se réunissent pour créer un album ensemble. Le premier, Marrrtin porte plusieurs casquette dont celles de Graffeur, producteur, Membre du groupe Funky Bijou, Dj de Battle de Break, beatmaker et meneur du prolifique label Stereophonk, connu autant pour ses instrus joués sur les plus grands plateaux de breakdance que pour ses collaborations. Le second, Ajax Tow est un activiste de la scène Abtrack hip hop Française qui puisent ses influences à la fois dans le rock, les B.O seventies et la funk. A deux ils nous offrent sept titres de break beat qui s’enchaînent à l’univers débraillé avec des sonorités acidulées allant piocher diverses influences, des musiques orientales/indiennes, au trip-hop, en passant par le disco et tirant même vers le rock. Sur le titre Agamikal, on retrouve le MC Rennais aux origines irakiennes et ancien leader d’Aiwa. Un joyeux charivari lumineux et coloré qui nous invite au voyage avec un son parfois old school, groovy et pimenté !


Lord Paramour-Paramour-Stereophonk-2014
 

Jupiter Bokondji & Okwess International "Hotel Univers"

Cela fait longtemps que mes doigts me démangent à l'idée de pas avoir parlé de ce disque ici (sorti fin 2013)... Huit longues années ont passé depuis le documentaire La Danse de Jupiter (à voir !) qui avait fait découvrir cet artiste sans lui donné une audience internationale. Les projecteurs s’étaient davantage braqués sur le Staff Benda Bilili, que l’on voyait apparaître pour la première fois dans le film avant qu’un autre leur soit consacré. 
C’est chose résolu avec avec l’excellent album Hôtel Univers. Jupiter Bokondji et son groupe Okwess International ont façonné une petite bombe à l’image de la ville qui les a bercée, où des rythmes des veillées funéraires et de guérison et des musiques urbaines s’y mêlent
Jupiter est né dans une famille appartenant à l’ethnie mongo. Il mêle dans ses chansons le kimongo, sa langue de prédilection, le tshiluba, le kikongo,  le baluba, l’allemand ou encore le français. Ce mixte détonant symbolise comment il joue des frontières. Il sort des cadres avec un rock africain sur une basse omniprésente, une section de cuivres funky, des rythmes afro-beat, un habillage d’ambiance urbaine et un chant grave qui dénonce tour à tour l'incompétence des politiques de son pays depuis les années 1980, l'utopie du "mieux vivre en Europe" mais regarde aussi vers l'avenir... Le résultat électrique est explosif, bouillonnant et révolté !

Jupiter & Okwess International - Hotel Univers - Out Here Records - 2013

 

36ème édition des Transmusicales de Rennes

Et voilà, c'est reparti pour la 36ème édition des Rencontres Transmusicales de Rennes, une occasion de découvrir de multiples pépites musicales. Alors pour celles et ceux qui n'auront pas la chance d'y être (comme moi), vous avez à porter de mains, et d'oreilles quelques moyens de découvrir certains artistes qui seront présentés...

Sur France Culture Plus, FACE B propose cette semaine un parcours à la découverte de la crème de la sono mondiale qui comme chaque année représente une part importante de la programmation des Transmusicales, à écouter ici!

Un direct vendredi à partir de 17h sur Radio Campus par ici...

Des vidéos et des lives à regarder sur ARTE+7 par là...

A côté, une playlist, une émission et des live en direct (Jeudi 4 décembre : Max Jury / Vendredi 5 décembre : Pierre Kwenders / Samedi 6 décembre: Moses Sumney) sur Fip...

Et le site officiel pour découvrir la programmation!

La Canaille « La Nausée »

Avec ce troisième album, La Canaille se place dans la continuité d' « Une Goutte de Miel dans un Litre de Plomb » sorti en 2009 et «  Par Temps de Rage » en 2011. La Canaille évolue toujours en marge, de manière indépendante avec une liberté artistique totale. On est loin ici, du divertissement et de certaines productions formatées, sans âme véritable. On peut ainsi placer La Canaille aux côtés d'artistes comme La rumeur ou encore Casey. Ils ont en commun une rage intérieure et une profonde nécessité de l'extérioriser. De véritables révoltés. Marc Nammour est  issu des quartiers populaires, et se place un peu dans la lignée d'un certain Bernard Lavillier, lui aussi porte parole des ouvriers à l'époque du titre « Les mains d'or ». Il nous propose des chroniques de la vie d'aujourd'hui, du quotidien et nous dresse une galerie de portraits : du banquier qui a son bureau non pas au rez-de-chaussée mais « en hauteur », au couple résigné, au silence pesant, lors d'un diner au restaurant, en passant par le p'tit vieux qui sent que la fin est proche et qui supplie la mort, puisqu'il ne croit pas en dieu, de vivre encore un peu. La Canaille, avec un poil de désespoir, mais aussi beaucoup de rage et de colère, nous décrit un triste monde. Marc Nammour y pose son regard sans concession, aucune. C'est un peu  « Fenêtre sur cour » tant on se sent en immersion dans la vie des gens. Pour mettre en abime son propos, La Canaille fait appel à des featurings haut de gamme comme Serge Teyssot-Gay et sa guitare toujours aussi acérée, DJ Pone de Birdy NamNam ou encore Sir Jean du Peuple de l'herbe pour conclure l'album dans un style ragga, peu commun, pour La Canaille. Pas de doute La Canaille et bien j'en suis.

La Canaille - La Nausée - L'Autre Distribution - 2014


Jean-Louis Murat « Babel »

Je n'ai jamais vraiment écouté Jean-Louis Murat par le passé, mis à part lorsque dans ma chambre d'étudiant, j'écoutais les émission de Bernard lenoir sur France Inter. Pourtant le Monsieur sort un nouvel album presque chaque année depuis le milieu des années 80.  Mais avec celui-ci, il se passe quelque chose et la présence du Delano Orchestra, groupe de Clermont-Ferrand venus en amis et voisins, n'y est pas étranger. Jean-Louis Murat est un auteur/compositeur à l'univers rock comme l'atteste sa base rythmique guitare/basse/batterie. Mais son rock est ici largement teinté de folk, avec des bois, des cuivres (trompette en tête) et des vents. Les textes sont habités, intimes, et fragiles. Il est question de vie mais aussi beaucoup de mort, l'enregistrement de cet album ayant commencé à peine un mois après le décès de son père. Murat nous touche en chantant tel un homme triste, mais le Delano Orchestra avec sa trompette, même si parfois funèbre, lui redonne un souffle de vie, un souffle d'espoir. Cet album c'est aussi un voyage en Auvergne, au milieu des volcans. Oh certes ce n'est pas un grand voyage puisqu'on bouge entre Sancy et Chamablanc distant d'une trentaine de kilomètres. Mais le dépaysement est réel : on se retrouve un peu ailleurs, hors du temps, loin de l'agitation des villes. Et il chante un monde qui disparaît, celui des petits villages, comme il l'explique dans les pages des Inrocks : « J’essaie de refaire ce lien que mon père avait rompu en quittant la campagne pour la ville, en reniant sa culture rurale. L’ironie, c’est qu’atteint d’Alzheimer, il n’avait à la fin qu’une seule idée en tête : traire les bêtes, réparer les clôtures, rentrer les foins. » 

Jean-Louis Murat - Babel - PIAS - 2014

Les 10 ans du label No Format

Il y a 10 ans, l'aventure No Format débutait, et d'emblée le label s'est forgé une identité forte, avec des visuels toujours superbes, et l'idée de proposer des projets atypiques. L'exigence et l'ouverture sont la base du projet et les styles musicaux se côtoient, de la musique mandingue au hip-hop français. « Toto Bona Lokua », qui fait partie des premières production en 2004, réunit trois voix, celles de Richard Bona, le Camerounais, Lokua Kanza, le Congolais, et Gérald Toto l'Antillais, pour un résultat pleins de nuances et de douceurs.



Par la suite le label ne va cesser de varier les plaisirs, en produisant le premier album soul/folk « Camphor & Copper » de la Canadienne Mélissa Laveaux, le rap sans concession de Rocé sur « Identité En Crescendo », ou encore l'audacieux duo Kouyaté/Neerman. En 2012, c'est la sortie de « Black Box » de Nicolas Repac qui marque les esprits. Cet album regorge de bijoux de blues contemporain fabriqués en empruntant des sons ici et là. Nicolas Repac les manipule et les ré-assemble tel un véritable orfèvre.



En 2014, le label nous a proposé trois albums bien différents : Un album de pop brésilienne contemporaine signé Lucas Santtana, celui du griot malien Kassé Mady Diabaté, entouré de la fine fleur de la musique mandingue, Ballaké Sissoko, Lansiné Kouyaté et Badié Tounkara, et enfin « Song of Time Lost » de Piers Faccini guidé par le violoncelle de Vincent Segal. Ces deux-là nous enchantent avec leur folk mélancolique et notamment une reprise délicieuse du Réunionnais Alain Péters.



Le label No Format nous invite à l'occasion de ses 10 ans, au Café de la danse à Paris, du 1er au 4 décembre pour une série de concert non formatés !

SBTRKT « Wonder where we land »

Derrière ce nom sans voyelles prononcé « Subtrakt » se cache, littéralement puisqu'il a l'habitude de porter un masque, un producteur anglais de génie, qui s'est fait connaître grâce à des remixs de  M.I.A, Radiohead, ou encore Modeselektor. « Wonder Where We Land » est son deuxième album  et navigue toujours entre dubstep, soul, électro et pop dans la parfaite lignée de James Blake. On y retrouve de nombreuses collaborations avec notamment Sampha (chanteur à la voix langoureuse déjà présent sur le premier album et qui l'accompagne régulièrement sur scène), ou encore l’américain Ezra Koenig, chanteur des Vampire Weekend sur l'excellentissime « New Dorp. New York ». Cet album regorge de trouvailles sonores qui le rendent particulièrement riche et exigeant mais pourtant loin d'être inaccessible. Alors même si on a parfois l'impression d'entrer dans un labyrinthe musicale complexe, on ne se perd pas dans les expérimentations électroniques grâce notamment à des morceaux pop hyper mélodieux comme ce « Look Away » en collaboration avec Caroline Polachek, échappée de Chairlift. Cet album s'écoute et se réécoute du début à la fin, toujours avec autant de plaisir. Et pour un artiste qu'on croyait cantonné à l'art du one-shot et du single, c'est un véritable coup de maître. Et pour ne rien gâcher SBRTKT s'essaie aussi à l'art du hip-hop en invitant Raury, issu de la scène East Coast américaine, à poser son flow express sur « Higher ». « Wonder where we land » de SBTRKT est une pure merveille, et bien la preuve que la musique du 21ème siècle n'a rien à envier à celle du siècle dernier.

SBSTRKT - Wonder where we land - Young Turks - 2014

tUnE-yArDs "Nikki Nack"

Trois après l’excellent Whokill (2011), revoilà une petite joyeuseté à découvrir de tUnE-yArDs ! Quel plaisir de sortir des sentiers battus en écoutant ce nouveau disque, toujours plein de surprises, de fraîcheur et de légèreté.  L'auteure-compositrice-interprète Merrill Garbus est de nouveau  accompagné de Nate Brenner à la basse mais ils ont cette fois-ci lâché un peu de leste sur la production en la déléguant à Malay (Frank Ocean, Big Boi, Alicia Keys) et John Hill (Rihanna, MIA…). Le son et les arrangements sont plus lissés ce qui malheureusement enlève le charme bricolé du précédent disque mais qui lui permettra peut-être une plus grande audience (Merrill Garbus travaillait à coups d’enregistrements sur dictaphone retravaillés par ordinateur). Musicalement alors que le saxophone et les pédales d’effets étaient les principaux composants des deux premiers albums, c’est ici une rythmique omniprésente et le synthé qui sont au centre avec une ligne de basse renforcée. Le chant reste criard et poignant, doux et plein de charme.
Parfois calme, parfois très dansant, c’est au final un joyeux bazar original et décalé qui nous est offert.  Les influences se chamboulent, un punk sautillant, un ragga acrobatique, un chant et des percus africano-urbaine, une pop ludique ou encore un rap saccadé. L’album déborde d’inventivité tout en conservant un univers originale et coloré . Avec ce troisième album, tUnE-yArDs nous offre un petit bonbon qui pétille dans la bouche en se moquant bien des frontières musicales… et ça fait du bien !

tUnE-yArDs - Nikki Nack - 4AD - 2014