Rosemary Standley & Dom La Nena "Birds on a wire"

C’est la rencontre entre la chanteuse de Moriarty, Rosemary Standley d’origine américaine, et Dom La Nena, jeune chanteuse-Violoncelliste native de Porto Alegre, dans le sud du Brésil et vivant aujourd’hui à Paris. Une rencontre douce et apaisante avec un registre piochant tour à tour dans le folk, la musique baroque ou dans les répertoires catalans, réunionnais et des Amériques. Ces influencences hétéroclites trouvent ici un nouveau souffle et une cohérence inattendue, loin du registre de Moriarty avec un répertoire aussi savant qu’éclectique... Une œuvre fantasque et très épurée voguant de Claudio Monteverdi à Leonard Cohen en passant par Purcell, Fairouz, Os Mutantes, John Lennon ou encore Tom Waits. Chanté en anglais, espagnol, portugais, italien, français et arabe, les textes sont magnifiés. Émouvant, délicat, rayonnant de grâce et de naturel, ces 15 titres évoquant souvent l’amour  s’impose comme un délicieux petit bijou…

Rosemary Standley & Dom La Nena - Birds on a wire - 2014 - Air Rytmo/L'Autre Distribution




Mobilisation Generale: French Protest and Spirit Jazz 1970-1976

Entre toutes les sorties de rééditions, en voilà une qui attire l'oreille et qui nous fait voyager tout en explorant des sonorités francophones. Mobilisation Générale est une compilation post-68 (de 1970 à 1976) qui prend racine dans un terreau politisé et underground. Dans les notes du livret écrites par Clovis Goux, cette petite information au sujet du disque de Frédéric Rufin résume bien l’engagement de ces 12 titres : « Les auteurs de ce disque s’inscrivent dans une approche « totale » de la musique, sans aucune concession au moindre objectif commercial. Une position que l’on retrouve chez de nombreux artiste de cette sélection ».
Par ces temps qui courent bien trop fade en termes de politique et d’utopie, ce disque est d’autant plus jouissif. Des airs de free jazz, du bidouillage sonore et des accents de rock prog qui redessine un territoire sans frontières, aussi spirituel que politique, parsemé de prises de parole, de poèmes, de slam avant l’heure. Une musique libre et hypnotique qui se dresse face aux injustices. Une invitation au voyage, une plongée en apnée dans la contestation ;  la révolution est sonique et la protestation se vit dans la création. Au travers de cet ovni composé de 12 titres rares, évoquant le cosmos, l’orient, l’antimilitarisme, le jazz de Coltrane, on y trouve des curiosités cosmiques et vindicatives. Une compilation publiée par le label parisien Born Bad qui représente le testament sonore d’une époque révolue mais qui nous transporte et peut nous questionner sur le monde contemporain.

Mobilisation Generale: French Protest and Spirit Jazz 1970-1976 - 2013 - Born Bad



Limousine "Siam Roads"


Laurent Bardainne (Poni Hoax), David Aknin, Maxime Delpierre et Frederic Soulard naviguaient dans le milieu du jazz expérimental à Paris jusqu’à ce qu’ils lancent un nouveau projet instrumental en 2005 : Limousine. L’objectif était de créer des paysages sonores minimalistes pour laisser place à l’imaginaire de l’auditeur.
Avec ce troisième album, intitulé "Siam Roads", ils continuent de défricher de nouveaux sentiers musicaux en nous invitant à un voyage musical délicat et envoûtant. Ce projet fait suite à un périple en Asie en 2011, lors duquel ils découvrent la région d'Isaan (Nord-Est de la Thaïlande) et sa musique le Mor lam. De cette trouvaille est née le projet d'interpréter cette musique et de s'y confronter. C’est au final l’influence de cette dernière et l'invitation faite au Thaïlandais multi-instrumentiste Yodh Warong, qui offre une tonalité originale aux 11 compositions. Enregistré dans des conditions live en janvier 2012, avec six micros et un studio mobile, à Ubon Ratchathani (Thaïlande), le résultat est un mélange de post-rock aérien et de musique thaïlandaise aux airs de
blues. La guitare électrique, le saxophone, le clavier, la batterie s’articulent et se fondent avec le pin (guitare thaïe), le Ponglang (xylophone thaï) et le khên (orgue à bouche composé d'environ quatorze tubes de bambou). Petit à petit on se laisse aller à une errance, on glisse d’un morceau à l’autre dans une atmosphère souvent éthérée. Tout en douceur les deux univers se côtoient, se rencontrent et fusionnent jusqu’à atteindre des instants magiques sur certains morceaux comme "Lam Puthai" ou "Mekong". Ce disque frôle l'envoutement par une belle invitation à la contemplation et à une errance cotonneuse. Une bande originale pour un road-movie imaginaire…

Limousine - Siam Roads - 2014 - EOS Records / Ekler'o'Shock

 

Kalbata & Mixmonster « Congo Beat The Drum »


Kalbata (Ariel Tagar) et Mixmonster (Uri Wertheim) nous livrent un album de dancehall inscrit dans la lignée de la musique jamaïcaine de la fin des années 1970, début 1980. Kalbata est un producteur de techno connu pour ses sorties sur des labels comme Soul Jazz, Brownswood ou encore Greenmoney et des remixes pour Fat Freddy's Drop et Spank Rock, entre autre. Il s'associe ici avec Mixmonster, chanteur, guitariste et bidouilleur, plus connu via le groupe de funk The Apples et le duo Radio Trip.
Le projet de départ était assez simple : faire un album de reggae-dub 100% analogique dans l’esprit des productions de King Tubby et autres producteurs de l’époque. L’enregistrement des instrus s’est déroulé à Tel Aviv (Israël) avec une console 16 pistes et une table de mixage "vintage" comme matériel pour enregistrer les musiciens en une prise live. Une année plus tard, les deux producteurs sont partis à la rencontre de chanteurs à Kingston (Jamaïque). On retrouve entre autre: Little John, Prince Jazzbo, Major Mackerel, Puddy Roots, Trinity & Jah Thomas… pour une galette bien réussi ! L’album aux sonorités roots/dancehall semble assez anodin à la première écoute, mais très vite il prend aux tripes. Plus les écoutes se succèdent, plus il devient intense et riche en expérimentations sonores. Loin d'être une fade copie de l’époque, il s'inscrit dans une continuité tout en apportant sa griffe, avec parfois quelques écarts qui en font un très bon disque de reggae qui sort du lot des nombreuses sorties "made in Jamaïca". Une production éditée par le label anglais Freestyle Records dans la tradition jamaïcaine pleine de fraicheurs et de couleurs!

Kalbata & Mixmonster - Congo Beat The Drum - 2014 - Freestyle Records 

 

The Buttshakers "Night Shift"

Nés au début de l’année 2007 dans la région lyonnaise, les Buttshakers nous livrent "Night Shift", 12 titres de soul endiablée, enregistrés en janvier 2014 à Hambourg et produits par Youz Prod / Harmonia Mundi. La formation se situe sur le créneau soul-funk vintage comme les groupes espagnols The Excitements ou The Sweet Vandals, bien que les guitares sonnent parfois plus rock.
A travers ce second album, les Buttshakers continuent de creuser les sillons du rythm’n blues et d’une soul music chaude et rageuse, le tout pimenté de l’énergie du rock.
C'est un savant dosage entre une section de cuivres machiavélique, une guitare débordante et un tempo souvent furibard. Le tout est emmené par la voix envoûtante et l’énergie de la charismatique Ciara Thompson, chanteuse débarquée de Saint-louis (Missouri). Bien que sans grande originalité, cet album est une petite bombe soul made in France qui pourrait bien enflammer votre dancefloor ou votre salle de concert préférée !

The buttshakers - Night Shift - 2014 - Youz Prod / Harmonia Mundi

 

Émile Parisien et Vincent Peirani "Belle époque"


Sans avoir une oreille de jazzophile, on découvre dans Belle époque, publié chez ACT Music, une rencontre formidable qui se permet de multiples petits pas de travers. Une rencontre où chacun des musiciens se met au service de l’autre, où les sons s’enlacent, se fracassent. Pour ce premier disque en duo, les deux trentenaires, Vincent Peirani et Émile Parisien, se jouent l’un de l’autre, se répondent magnifiquement avec leurs instruments respectifs : l’accordéon et le saxophone. Le disque trouve un équilibre entre tradition et expérimentation à travers 9 titres : des reprises de Sidney Bechet, Duke Ellington, Mills Irving et de deux morceaux personnels composés par chacun des musiciens. Les mélodies s’enchainent tel un long ruisseau pour devenir fleuve. Deux instrument qui nous racontent des histoires, qui s’enlacent, se séparent, chutent… Parfois avec tendresse ou mélancolie mais aussi avec beaucoup d’humour et de libertés. Cet album sonne comme une petite douceur, il nous prend par la main et nous embarque dans un tourbillon de notes plein de poésie et de fraîcheur. Une complicité musicale à découvrir pour le plaisir des oreilles !

Émile Parisien et Vincent Peirani - Belle époque - 2014 - ACT Music

 


Blitz The Ambassador « Afropolitan Dreams »

Blitz the Ambassador, rien que son nom, c'est déjà la classe. Et sa musique n'a rien à envier à son patronyme. Un véritable melting pot qui assemble les genres et explose les frontières musicales. De la soul, du funk, de l'afrobeat, du hip-hop, c'est un peu tout ça en même temps la musique de Blitz. L'essentiel c'est que ça groove ! Samuel Bazawule, de son véritable nom, a été bercé aussi bien par la soul et le jazz américains que par le highlife du Ghana. Mais sa vision de la musique a considérablement changé lorsque son grand frère lui fait écouter Public Ennemy. « Afropolitan Dream » est son 3ème album après « Stereotype » en 2009 et « Natve Sun » en 2011. Un nouvel album très personnel qui narre l'histoire d'un migrant aux États Unis. Cette histoire c'est un peu la sienne, lui qui est né au Ghana avant de rejoindre les États Unis, officiellement pour faire des études, mais secrètement pour accomplir son rêve et devenir musicien. Aujourd'hui, son rêve il le partage avec des artistes de même sensibilité : Angelique Kidjo, Seun Kuti, Nneka, Marcelo D2 ou encore Oxmo Puccino que l'on retrouve sur le titre "Africa is the future". Un titre qui symbolise une Afrique multiple, celle d'aujourd'hui mais aussi celle de demain, avec Oxmo qui rappe en français, Just A Band en swahili, Oum en arabe, et Blitz en anglais.

Blitz The Ambassador - Afropolitan Dreams - 2014  - Jakarta Records


Adieu Gary Cooper "Bleu bizarre"

Après avoir écumer les salles de Suisse sous le nom de Périne et les garçons, voilà enfin un premier album très rétro de trois musiciens de cette formation accompagné d’un nouveau batteur. Cela donne un album signé sous le nom d’Adieu Gary Cooper chez Moi J'connais Records. Un album très rock’n roll et blues qui rappelle les eighties d’Alain Bashung avec des influences gainsbouriennes ou du Velvet.
Entièrement chanté en français, les morceaux voyagent entre atmosphère psychées et folk garage avec des ambiances vintages et mélodiques. Un album francophone de cette trempe ça fait du bien ! Malgré quelques fragilités et des morceaux un peu courts, ce disque nous embarque dans un autre temps. Après quelques écoutes, on chantonne, on chaloupe, on chavire entre joie et mélancolie… En somme, le Velvet et Bashung en vacances aux Caraïbes.

Adieu Gary Cooper - Bleu bizarre - Moi J'connais Records - 2014




Chinese Man « The Groove Sessions vol.3 »

Depuis 2005, Chinese Man, groupe marseillais composé de Sly, Zé Matéo et High Ku, s'est forgé une solide réputation grâce à une musique basée sur des samples pertinents, des rythmes percutants et des cuivres chauds bouillants. Avec un hip-hop influencé aussi bien par le reggae, que le funk, ou la musique du monde, les Chinese Man sont sans équivalent quand il s'agit d'apporter de la joie et de la bonne humeur. « The Groove Sessions Vol.3 » est aussi l'occasion de célébrer les dix ans du label Chinese Man Records avec des convives de talents comme ASM et Deluxe pour un titre hyper-funky voir quasiment disco, La Yegros pour un titre digne d'un western hispanique, ou encore les deux Mcs sud africains, Tumi et Zubz sur le tubesque « Once Upon a Time ». Le hip-hop des Chinese Man n'est pas forcément ce qui se fait de plus original, mais il dégage une telle sincérité, une telle énergie et un tel sens du groove, qu'on ne peut que succomber et danser comme des fous. Pour leur décennie, ils ont organisé une tournée des Zénith de France avec ambiance chaleureuse et festive assurée !

Chinese Man - The Groove Sessions vol.3 - 2014 - Chinese Man Records


Liz Green « Haul Away »

On avait découvert le folk épuré guitare-voix de Liz Green, il y a deux ans, avec son premier album « O'Devotion ». On disait alors qu' « elle chantait avec délicatesse, des petites histoires aux personnages bizarres, un peu à la manière d'une Tom Waits au féminin ». Autant vous dire que l'artiste britannique n'a rien perdu de son talent. Et son univers est toujours aussi magique et étrange. Comme son 1er album, « Haul Away » est le fruit d'une collaboration avec Liam Watson, à qui l'on doit notamment le célèbre « Elephant » des White Stripes. Et même avec un piano omniprésent, remplaçant souvent la guitare en renforçant le côté cabaret, le producteur british réussit une nouvelle fois, à tirer le meilleur de l'artiste mancunienne. On a souvent la sensation de se retrouver sur un fil, en équilibre parfois instable... Avec ceux qui rient d'un côté et ceux qui pleurent de l'autre. En équilibre sur ce fil, on oublie tout, on rit, on pleure, on vit... à tel point qu'on ne souhaite plus qu'une chose, c'est de suivre le fil encore et encore, loin, très loin, toujours plus loin !

Liz Green - Haul Away - 2014 - PIAS