Tricky « Adrian Thaws »

Tricky réjouit une nouvelle fois les fans de la première heure grâce à un trip-hop haut de gamme à la production toujours aussi bien léchée. Le gars de Bristol n'a rien perdu de son savoir-faire et garde cette capacité a marier les voix féminines emplies de douceur à des productions parfois rugueuses. Mais le génie de Tricky repose essentiellement sur le fait qu'il reste en recherche perpétuelle. C'est ainsi qu'il va piocher aussi bien dans le hip-hop classique que dans la house, dans le reggae ou encore dans le blues avec un « Keep Me In Your Shake » moite et sensuel interprété par la chanteuse germano-nigériane Nneka. « Adrian Thaws », le titre de cet album, est aussi son véritable nom dans le civil, un patronyme qu'il tient de son père qu'il n'a pas connu gamin. Du coup Tricky semble ici boucler une boucle dans sa carrière puisque «  Maxinquaye » le titre de son chef-d’œuvre et premier album était en fait un hommage à sa mère, suicidée lorsqu'il avait 4 ans. Malgré tout on espère bien que celui-ci ne sera pas son dernier et qu'une nouvelle boucle s'ouvrira encore. Le mini morceau qui clôture l'album, en duo avec Mazy la fille qu'il a eu avec Martina Topley-Bird, est d'ailleurs peut-être une preuve que Tricky a bien la tête tourné vers l'avenir. 

Tricky - Adrian Thaws - False Idols - 2014

Silt Alsarah & The Nubatones"Silt"

Après avoir découvert Alsarah avec Débruit chez Soundway reccord en 2013, c'est avec plaisir que nous la redécouvrons dans une nouvelle configuration. Originaire du Soudan, Alsarah est fortement marquée par la musique nubienne des années 1960 et 1970. Elle est non seulement auteur-compositeur et interprète, mais aussi ethnomusicologue. Elle qualifie elle-même sa musique de "rétro-pop est-africaine".
Très imprégné par l'histoire de la Nubie, engloutie par les eaux du Nil dans les années 1970 lors de la construction du Haut Barrage d'Assouan, avec tout ce qui s’ensuit comme catastrophe écologique et sociale, l'album est traversé par cette nostalgie d'une terre perdue. C'est d'ailleurs suite à une conversation sur les migrations entre Alsarah et le percussionniste Rami El Aasser que les Nubatones ont vu le jour.  La question de l'exil occupe donc une place centrale dans Silt. Sur une orchestration acoustique de oud et de percussions (derboukas, daf, tablas,...), Alsarah chante les déplacements, volontaires ou forcés, mais aussi l'espoir, la joie et l'amour qui perdurent malgré tout. Entre tradition et arrangements modernes, la musique d'Alsarah & The Nubatones, nous invite à un voyage riche en couleurs et influencé des sonorités folkloriques africaines sorties tout droit des années 1960 et 1970.

 Silt Alsarah & The Nubatones"Silt" - 2014 -  Wonderwheel Recordings

 

Mirel Wagner « When the Cellar Children See the Light of Day »

Mirel Wagner nous avait fasciné il y a trois ans avec son premier album. On la décrivait alors comme une « fleur noire s'ouvrant rarement à la lumière ». Si rarement qu'il a fallu attendre trois ans pour qu'elle revienne avec « When the Cellar Children See the Light of Day » et encore une sombre histoire de lumière. Cette musicienne, éthiopienne de naissance, mais élevée à la lumière finlandaise, dégage une sorte de fragilité qu'elle mêle à la force ; un peu à la manière d'une PJ Harvey ou d'une Scout Niblett. Sa musique folk, teintée de blues, est toujours aussi dépouillée avec une guitare et une voix même si on entend par ci par là, une guitare électrique, un violoncelle, un piano et quelques chœurs. Des apparitions toutes en discrétion qui participent grandement à la beauté de cet album. Cette jeune femme est habitée et sa musique est toujours aussi belle, toujours aussi envoûtante mais toujours aussi sombre. Une musique hantée par le chant et des paroles qu'on devine pas très gaies. On entend parler de la mort et même parfois d'enfants mort. Malgré tout, n'ayez pas peur les enfants, plongez-vous dans cet album et passez une bonne nuit.

Mirel Wagner - When the Cellar Children See the Light of Day - Sub Pop - 2014




Rosemary Standley & Dom La Nena "Birds on a wire"

C’est la rencontre entre la chanteuse de Moriarty, Rosemary Standley d’origine américaine, et Dom La Nena, jeune chanteuse-Violoncelliste native de Porto Alegre, dans le sud du Brésil et vivant aujourd’hui à Paris. Une rencontre douce et apaisante avec un registre piochant tour à tour dans le folk, la musique baroque ou dans les répertoires catalans, réunionnais et des Amériques. Ces influencences hétéroclites trouvent ici un nouveau souffle et une cohérence inattendue, loin du registre de Moriarty avec un répertoire aussi savant qu’éclectique... Une œuvre fantasque et très épurée voguant de Claudio Monteverdi à Leonard Cohen en passant par Purcell, Fairouz, Os Mutantes, John Lennon ou encore Tom Waits. Chanté en anglais, espagnol, portugais, italien, français et arabe, les textes sont magnifiés. Émouvant, délicat, rayonnant de grâce et de naturel, ces 15 titres évoquant souvent l’amour  s’impose comme un délicieux petit bijou…

Rosemary Standley & Dom La Nena - Birds on a wire - 2014 - Air Rytmo/L'Autre Distribution




Mobilisation Generale: French Protest and Spirit Jazz 1970-1976

Entre toutes les sorties de rééditions, en voilà une qui attire l'oreille et qui nous fait voyager tout en explorant des sonorités francophones. Mobilisation Générale est une compilation post-68 (de 1970 à 1976) qui prend racine dans un terreau politisé et underground. Dans les notes du livret écrites par Clovis Goux, cette petite information au sujet du disque de Frédéric Rufin résume bien l’engagement de ces 12 titres : « Les auteurs de ce disque s’inscrivent dans une approche « totale » de la musique, sans aucune concession au moindre objectif commercial. Une position que l’on retrouve chez de nombreux artiste de cette sélection ».
Par ces temps qui courent bien trop fade en termes de politique et d’utopie, ce disque est d’autant plus jouissif. Des airs de free jazz, du bidouillage sonore et des accents de rock prog qui redessine un territoire sans frontières, aussi spirituel que politique, parsemé de prises de parole, de poèmes, de slam avant l’heure. Une musique libre et hypnotique qui se dresse face aux injustices. Une invitation au voyage, une plongée en apnée dans la contestation ;  la révolution est sonique et la protestation se vit dans la création. Au travers de cet ovni composé de 12 titres rares, évoquant le cosmos, l’orient, l’antimilitarisme, le jazz de Coltrane, on y trouve des curiosités cosmiques et vindicatives. Une compilation publiée par le label parisien Born Bad qui représente le testament sonore d’une époque révolue mais qui nous transporte et peut nous questionner sur le monde contemporain.

Mobilisation Generale: French Protest and Spirit Jazz 1970-1976 - 2013 - Born Bad



Limousine "Siam Roads"


Laurent Bardainne (Poni Hoax), David Aknin, Maxime Delpierre et Frederic Soulard naviguaient dans le milieu du jazz expérimental à Paris jusqu’à ce qu’ils lancent un nouveau projet instrumental en 2005 : Limousine. L’objectif était de créer des paysages sonores minimalistes pour laisser place à l’imaginaire de l’auditeur.
Avec ce troisième album, intitulé "Siam Roads", ils continuent de défricher de nouveaux sentiers musicaux en nous invitant à un voyage musical délicat et envoûtant. Ce projet fait suite à un périple en Asie en 2011, lors duquel ils découvrent la région d'Isaan (Nord-Est de la Thaïlande) et sa musique le Mor lam. De cette trouvaille est née le projet d'interpréter cette musique et de s'y confronter. C’est au final l’influence de cette dernière et l'invitation faite au Thaïlandais multi-instrumentiste Yodh Warong, qui offre une tonalité originale aux 11 compositions. Enregistré dans des conditions live en janvier 2012, avec six micros et un studio mobile, à Ubon Ratchathani (Thaïlande), le résultat est un mélange de post-rock aérien et de musique thaïlandaise aux airs de
blues. La guitare électrique, le saxophone, le clavier, la batterie s’articulent et se fondent avec le pin (guitare thaïe), le Ponglang (xylophone thaï) et le khên (orgue à bouche composé d'environ quatorze tubes de bambou). Petit à petit on se laisse aller à une errance, on glisse d’un morceau à l’autre dans une atmosphère souvent éthérée. Tout en douceur les deux univers se côtoient, se rencontrent et fusionnent jusqu’à atteindre des instants magiques sur certains morceaux comme "Lam Puthai" ou "Mekong". Ce disque frôle l'envoutement par une belle invitation à la contemplation et à une errance cotonneuse. Une bande originale pour un road-movie imaginaire…

Limousine - Siam Roads - 2014 - EOS Records / Ekler'o'Shock

 

Kalbata & Mixmonster « Congo Beat The Drum »


Kalbata (Ariel Tagar) et Mixmonster (Uri Wertheim) nous livrent un album de dancehall inscrit dans la lignée de la musique jamaïcaine de la fin des années 1970, début 1980. Kalbata est un producteur de techno connu pour ses sorties sur des labels comme Soul Jazz, Brownswood ou encore Greenmoney et des remixes pour Fat Freddy's Drop et Spank Rock, entre autre. Il s'associe ici avec Mixmonster, chanteur, guitariste et bidouilleur, plus connu via le groupe de funk The Apples et le duo Radio Trip.
Le projet de départ était assez simple : faire un album de reggae-dub 100% analogique dans l’esprit des productions de King Tubby et autres producteurs de l’époque. L’enregistrement des instrus s’est déroulé à Tel Aviv (Israël) avec une console 16 pistes et une table de mixage "vintage" comme matériel pour enregistrer les musiciens en une prise live. Une année plus tard, les deux producteurs sont partis à la rencontre de chanteurs à Kingston (Jamaïque). On retrouve entre autre: Little John, Prince Jazzbo, Major Mackerel, Puddy Roots, Trinity & Jah Thomas… pour une galette bien réussi ! L’album aux sonorités roots/dancehall semble assez anodin à la première écoute, mais très vite il prend aux tripes. Plus les écoutes se succèdent, plus il devient intense et riche en expérimentations sonores. Loin d'être une fade copie de l’époque, il s'inscrit dans une continuité tout en apportant sa griffe, avec parfois quelques écarts qui en font un très bon disque de reggae qui sort du lot des nombreuses sorties "made in Jamaïca". Une production éditée par le label anglais Freestyle Records dans la tradition jamaïcaine pleine de fraicheurs et de couleurs!

Kalbata & Mixmonster - Congo Beat The Drum - 2014 - Freestyle Records 

 

The Buttshakers "Night Shift"

Nés au début de l’année 2007 dans la région lyonnaise, les Buttshakers nous livrent "Night Shift", 12 titres de soul endiablée, enregistrés en janvier 2014 à Hambourg et produits par Youz Prod / Harmonia Mundi. La formation se situe sur le créneau soul-funk vintage comme les groupes espagnols The Excitements ou The Sweet Vandals, bien que les guitares sonnent parfois plus rock.
A travers ce second album, les Buttshakers continuent de creuser les sillons du rythm’n blues et d’une soul music chaude et rageuse, le tout pimenté de l’énergie du rock.
C'est un savant dosage entre une section de cuivres machiavélique, une guitare débordante et un tempo souvent furibard. Le tout est emmené par la voix envoûtante et l’énergie de la charismatique Ciara Thompson, chanteuse débarquée de Saint-louis (Missouri). Bien que sans grande originalité, cet album est une petite bombe soul made in France qui pourrait bien enflammer votre dancefloor ou votre salle de concert préférée !

The buttshakers - Night Shift - 2014 - Youz Prod / Harmonia Mundi

 

Émile Parisien et Vincent Peirani "Belle époque"


Sans avoir une oreille de jazzophile, on découvre dans Belle époque, publié chez ACT Music, une rencontre formidable qui se permet de multiples petits pas de travers. Une rencontre où chacun des musiciens se met au service de l’autre, où les sons s’enlacent, se fracassent. Pour ce premier disque en duo, les deux trentenaires, Vincent Peirani et Émile Parisien, se jouent l’un de l’autre, se répondent magnifiquement avec leurs instruments respectifs : l’accordéon et le saxophone. Le disque trouve un équilibre entre tradition et expérimentation à travers 9 titres : des reprises de Sidney Bechet, Duke Ellington, Mills Irving et de deux morceaux personnels composés par chacun des musiciens. Les mélodies s’enchainent tel un long ruisseau pour devenir fleuve. Deux instrument qui nous racontent des histoires, qui s’enlacent, se séparent, chutent… Parfois avec tendresse ou mélancolie mais aussi avec beaucoup d’humour et de libertés. Cet album sonne comme une petite douceur, il nous prend par la main et nous embarque dans un tourbillon de notes plein de poésie et de fraîcheur. Une complicité musicale à découvrir pour le plaisir des oreilles !

Émile Parisien et Vincent Peirani - Belle époque - 2014 - ACT Music

 


Blitz The Ambassador « Afropolitan Dreams »

Blitz the Ambassador, rien que son nom, c'est déjà la classe. Et sa musique n'a rien à envier à son patronyme. Un véritable melting pot qui assemble les genres et explose les frontières musicales. De la soul, du funk, de l'afrobeat, du hip-hop, c'est un peu tout ça en même temps la musique de Blitz. L'essentiel c'est que ça groove ! Samuel Bazawule, de son véritable nom, a été bercé aussi bien par la soul et le jazz américains que par le highlife du Ghana. Mais sa vision de la musique a considérablement changé lorsque son grand frère lui fait écouter Public Ennemy. « Afropolitan Dream » est son 3ème album après « Stereotype » en 2009 et « Natve Sun » en 2011. Un nouvel album très personnel qui narre l'histoire d'un migrant aux États Unis. Cette histoire c'est un peu la sienne, lui qui est né au Ghana avant de rejoindre les États Unis, officiellement pour faire des études, mais secrètement pour accomplir son rêve et devenir musicien. Aujourd'hui, son rêve il le partage avec des artistes de même sensibilité : Angelique Kidjo, Seun Kuti, Nneka, Marcelo D2 ou encore Oxmo Puccino que l'on retrouve sur le titre "Africa is the future". Un titre qui symbolise une Afrique multiple, celle d'aujourd'hui mais aussi celle de demain, avec Oxmo qui rappe en français, Just A Band en swahili, Oum en arabe, et Blitz en anglais.

Blitz The Ambassador - Afropolitan Dreams - 2014  - Jakarta Records