« Mon traître », Sorj Chalandon

Le premier chapitre du roman plante le décor. Des patronymes imprononçables, des bars crasseux et des émotions brutales comme la première phrase, "la première fois que j'ai vu mon traître, il m'a appris à pisser". Le narrateur, Antoine, est un luthier trentenaire, sans grandes attaches dans sa vie parisienne. Solitaire, un peu blasé, il va nouer des liens passionnels avec Belfast. Il y rencontre ses alter ego dans les Catholiques Irlandais du Nord. De 1977 à 2007 Antoine raconte "son" Irlande au gré de ses séjours dans ce pays de silences et de grisaille. Il décrit l'atmosphère lourde, la violence et la pauvreté, mais aussi la solidarité et les amitiés indéfectibles. Antoine ne sera jamais tout à fait un des leurs mais enrôlé, écarté ou manipulé il prendra part, plus ou moins consciemment, à cette guerre qui agite l'Irlande du Nord. Toute sa rage et sa colère se cristallisent dans ce combat contre les Anglais. En témoin privilégié des évènements il est sensible à la résistance qui se fait autant par la fierté et le mutisme de tout un peuple que par les armes. Il nous fait revivre les heures les plus sombres de la guerre civile, la grève de la faim initiée par Bobby Sands et qui coûtera la vie à plus de 10 prisonniers de 23 à 30 ans sans que cela n'entraîne la moindre réaction de la part de Margaret Thatcher, en est un des épisodes les plus tragiques.

CHALANDON, Sorj, Mon traître, Paris : Grasset, 2008.

1 commentaire:

  1. Félicitations pour ce billet !

    Pour tous ceux qui aime Sorj Chalandon, je vous propose de découvrir le mini-site rentrée littéraire et la mise en avant de son dernier ouvrage !

    Ne patientez plus et allez découvrir les premiers extraits de son dernier roman : http://www.evene.fr/info/rentree-litteraire

    Bonne journée !

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