"Les mains en l'air" Romain Goupil

Suite à la prise de la Bastille par quelques sans papiers, il y a de cela deux, trois semaines, j’ai eu envie d’aller voir le film de Romain Goupil sur le sujet. En ce qui concerne les sans papiers de Bastille je crois savoir qu’ils ont été en partie régularisé, mais cette information n’a pas fait grand bruit dans le maelström médiatique qui à fait suite à la défaite navrante des bleus. En ce qui concerne le film Les mains en l’air, l’histoire suit les aventures d’une bande de gosses scolarisés dans le XVIII ème * à Paris, dont l’une des membres se voit menacée d’expulsion. Les enfants comme dans un film d’aventures qui serait tiré de Jules Vernes, prennent les choses en mains afin d’éviter à leur copine un retour manu-militari en Tchetchenie. Avec la belle sœur du président, comme Atout Cœur à la cause, Valéria Bruni Tedeschi (vraiment bien), le film réalisé par le toujours engagé Romain Goupil ne manque pas d’intérêt. Dans la lignée de la Nouvelle Vague il suit sans fioritures ce groupe d’enfants, dans leurs aventures qui malheureusement sonnent faux. Il s’agit alors plus d’une fable ou d’un conte plutôt qu’un film réaliste comme aimait le faire Truffaut par exemple. Ceci étant même si le film pêche un peu par sa naïveté, elle est surtout du au fait de son point de vue: le monde de l’enfance où un enfant est juste un enfant peu importe d’où il vient. A ce propos la scène où intervient le personnage interprété par Hippolyte Girardot fait vraiment du bien! Paradoxalement dans ce film ou la gouaille de ces Gaspards en culottes courtes à la part belle, les scènes de silence sont les plus intéressantes tant d’un point de vue poétique qu’émotionnel. Un film léger sur un sujet important de notre société. Bien moins fort que l’était Welcome.
*actuellement le seul quartier de la Capitale ou il y a encore une classe pauvre.

The Roots « How I Got Over »

Après plus de 20 ans de carrière, on pourrait ne plus rien attendre de The Roots. Et pourtant, on est aussi impatient  aujourd'hui d’écouter le 9ème album studio du combo de Philadelphie qu’on pouvait l’être à la sortie du désormais classique « Things Fall appart » en 1999. La dernière livraison de la bande à Questlove & BlackThought remontait à 2008. « Rising Down » était un album très rêche rempli de sons synthétiques qui exprimait parfaitement le désappointement américain de l’époque. Aujourd’hui Georges W. Bush a céder sa place au premier Black Président américain, les temps ont changé et la musique de The Roots s'en ressent avec un retour aux mélodies gorgées de soul. Le combo produit des tubes sans jamais renier son hip-hop en flirtant même parfois avec la pop et le r’n’b sur certains refrains. Et en plus d’inviter des artistes de la scène hip-hop comme Phonte ou Truck North, de la scène soul comme John Legend et Patty CrashThe Roots réussi en invitant Monsters of Folk pour une reprise de leur « Dear God » ou encore la chanteuse-harpiste Joanna Newsom là où Sage Francis s’était un peu perdu sur « Li(f)e ». « How I Got Over » respire la soul, le jazz, et le funk, pour un hip-hop toujours aussi digne de ce groupe de légende.

The Roots - How I Got Over - 2010 - Def Jam

Chronique d'une mort annoncée

Bravo les bleus, vous l'avez fait : Rater une Coupe du Monde, non seulement sur le plan sportif, mais aussi moral. En même temps, est-ce réellement une surprise? On voulait espérer, mais au fond de nous, on voyait que ça ne marcherait pas, un peu comme si les dieux du football voulaient nous faire payer la main d'Henry qui nous qualifia. Pourquoi ce naufrage, écrit depuis 2004. À l'époque, Raymond reprend les bleus et multiplie les 0-0. Il faut le retour des anciens pour que la France se qualifie et arrive en finale en 2006. Et depuis, toujours aucun schéma de jeu, et une équipe qui s'embrouille. Tu es donc le principal responsable, Raymond, même si en 2008 les responsables sont aussi à la FFF, trop prêts de leurs sous pour rompre ton contrat et faire signer un vrai entraîneur. Désolé Raymond, t'es peut-être un type sympa, un poil arrogant et prétentieux, mais je crois qu'il vaut mieux que tu quittes la France ou que tu te refasses le visage. Car le bilan est sans appel, tu n'es pas un bon sélectionneur, tu préfères les coups médiatiques à la tactique, et tes choix sont souvent hallucinants comme par exemple mettre Malouda, notre meilleur joueur, remplaçant pendant 2 des 3 matchs.

Mais tu n'es pas le seul fautif : Tout d'abord car nos « grands » joueurs (Henry, Anelka, Ribery, Gallas, Gourcuff) ont fait une saison très moyenne et ont semblé vouloir briller individuellement plutôt que collectivement. Grâce à toi, Raymond, les joueurs se sont retrouvés sans repères, ni chef, mais menés par des « caïds » qui embêtaient le pauvre Gourcuff. Les joueurs se sont ainsi perdus au point de t'insulter (tu méritais un peu aussi!). Conséquence de l'exclusion du petit Nicolas : les joueurs ont voulu prendre les choses en main, et vu qu'ils n'ont pas forcement inventé le fil à couper le beurre, on a vu le résultat : une grève et une opinion publique prête à les lyncher. Et une carrière internationale qui s'envole pour quelques-uns comme Evra, qui passe en 2 semaines du statut de capitaine respecté à celui de paria! Quant à toi, Raymond, tu nous a presque fait pitié à la fin en lisant la lettre des joueurs, comme lors d'une prise d'otage. Et sainte Roselyne arriva!

Pourtant, tout aurait pu être différent si Govou avait marqué dès le début du 1er match. Pas si sûr, car le mal était profond. Ainsi, nous avons tous bu le calice jusqu'à la lie! Moralité : Revenons à plus d'humilité en équipe de France. Enfin et surtout, que les politiques et les philosophes arrêtent de voir dans l'échec de cette équipe un révélateur de la crise de la société française. Cela ne reste que du foot (la baballe dans les bubuts)! Et même si Domenech et les joueurs sont à critiquer, ils ne sont pas à condamner, si ce n'est au délit de connerie. Mais là, il en y a beaucoup qui pourraient suivre le même chemin. Kenavo
!

Quantic Presenta Flowering Inferno « Dog With A Rope »

Will Holland est un hyper-productif puisqu’en moins de 10 ans, le lascar a déjà réalisé 14 albums, aux influences soul et funk avec le Quantic Soul Orchestra, carrément latines avec son Combo Barbaro, ou comme ici où il mixe ces mêmes influences latines à la moulinette reggae-dub sous la forme de Quantic Presenta Flowering Inferno. « Dog With A Rope » est le 2ème album sous cette forme après « Death of the revolution » en 2008 et alors qu’il sort le 13 juillet prochain chez les anglais de Tru Thoughts, on peut déjà vous annoncer que cet album enregistré dans son studio de Cali, son nouveau chez-lui, est un pur plaisir. On a  aujourd'hui l’habitude des dj’s qui alternent avec bonheur les trésors cachés du reggae roots jamaïcain avec la cumbia colombienne, l’afro-funk ou la musique cubaine, mais on a rarement entendu un mélange si réussi et si naturel de ces genres. « Dog With A Rope » le single qui précède la sortie de l’album est un modèle de reggae aux relents latins, et « Cumbia Sobre El Mar », le magot de cet album est une véritable réussite mutante entre le reggae et la cumbia. L'été sera chaud, l'été sera chaud!

Quantic Presenta Flowering Inferno - Dog With A Rope - 2010 - Tru Thoughts

Imperial Tiger Orchestra "Addis Abeba"

L'éthio-jazz a définitivement gagné sa place au sein des grands styles musicaux. Cette reconnaissance est tardive mais naturelle car l'Ethiopie nous a offert un véritable vivier d'énormes artistes comme Tlaloun Gessesse, Mulatu Astatke ou Mahmoud Ahmed. On peut aussi remercier, du moins en France, Francis Falceto pour l'admirable travail qu'il a effectué avec la série "Ethiopiques" sur Buda musique en rééditant de vrais trésors enfouis. La musique éthiopienne est donc en vogue et c'est tant mieux. En France quelques groupes qui reprennent ou s'inspirent de cette musique se distinguent, Le Tigre des Platanes, le Badume's Band et Arat Kilo en tête. L'Imperial Tiger Orchestra quand à lui est un groupe suisse qui se réapproprie le répertoire éthiopien et refaçonne certains standards avec un style foudroyant. L'ambiance des titres tranche en partie avec les versions plus traditionnelles de leurs ainés. "Djemeregne" démarre en électro avant que l'ensemble se place tranquillement. "Bati" nous offre un récital de percussions inattendues sur des cuivres bien lourds pour un résultat aussi étonnant que jouissif. Et que dire de la reprise du superbe "Emnete" de Mulatu Astakte qu'ils réussissent à dynamiter, donnant une furieuse envie de sauter partout. "Etu Gela" et "Harer Dire Dawa" proposent quand à eux un côté plus free-jazz, tandis que "Selam Temaguet" se tient dans un registre traditionnel pour terminer ce disque en douceur. Ces tigres impériaux n'ont pas froid aux yeux et risquent de faire des ravages sur les scènes qui les accueilleront cet été.

Imperial Tiger Orchestra - Addis Abeba - Mental Groove Records - Absinthe Music - 2010

The Black Keys "Brothers "

Après leur excellent projet Blakroc où ils croisèrent le fer et le feu avec la crème du hip-hop , le jeune duo guitare-batterie de l'Ohio alias The Black Keys est de retour avec un album qui s'annonce comme la bande son des moiteurs estivales. Avec "Brothers " fini le blues punk minimaliste de leurs débuts, place au groove; c'est rock, c'est soul, c'est blues. Les blancs bec d'Akron, Ohio se paient l'audace d'écrire un chapitre musical digne de figurer dans le livre de la great black music. On y croise une flopée de superbes mélodies soulful mélancoliques à souhait, et de la première a la dernière seconde "Brothers" est une merveille.

The Black Keys - Brothers - Nonesuch - 2010


Balkan Beat Box « ‏‏Blue Eyed Black Boy »

La musique du Balkan Beat Box est taillée pour enflammer les dancefloors même s'il est parfois reproché au combo de Brooklyn d’user de grosses ficelles pour mener son public sur la piste. Pourtant le BBB nous offre depuis son album éponyme de 2005, une musique variée intégrant les cuivres balkaniques, les rythmiques dub et reggae, mais aussi le Gnawa marocain et des sonorités latines. Et c’est encore un peu plus le cas sur « Blue Eyed Black Boy », 3ème album du groupe centré autour d’Ori Kaplan au saxo, Tamir Muskat au rythme et à la programmation et Tomer Yosef au micro. Entourés du Jovica Ajdarevic Orkestar, qui démontre sur le tube imparable « War Again » une puissance digne du YoungBlood Brass Band, ils nous baladent à travers le monde. En Orient avec « Kabulelectro » et ses cordes orientales, au Maroc pour une transe Gnaouah en compagnie d’Hassan Ben Jaafar et de youyouyous marocains sur « Buhala », à Bogota avec « Balcumbia » s’inspirant de la Nueva Cumbia colombienne, sans oublier ses 1ers amours balkaniques avec « Lijepa Mare » et ses chants polyphoniques chères aux Bulgares, ou encore « Smatron » qui rappelle les ambiances mélancoliques des groupes macédoniens ou de la Fanfara Tirana. Pas de révolution dans la musique du BBB mais une musique toujours inspirée et en évolution, qui ne fera peut-être pas taire les sceptiques quoi que...

Balkan Beat Box - ‏‏Blue Eyed Black Boy - 2010 - Crammed


Special Blockbuster

En attendant les grosses sorties que seront Shrek 4 et Toy Story 3, un avant goût des blockbusters de l’été 2010 :

"Prince of Persia : Les sables du temps" Mike Newell

Adapté du célèbre jeu vidéo, voici la nouvelle franchise produite par Jerry Bruckheimer, réalisée par le Britannique Mike Newell, auteur de 4 mariages et un enterrement et d’un autre blockbuster, H. P. et la coupe de feu, qui lui vaut sûrement sa présence aux commandes de Prince of Persia. — Au vue des cinématiques du derniers jeux de Prince of Persia, le film est d’un point de vue visuel un peu décevant et Mike Newell n’est pas vraiment à la hauteur. Par ailleurs si vous avez garder votre cœur d’enfant, le film possède les ingrédients nécessaires pour vous distraire. Le prince est vaillant, la princesse est belle, le vilain est fourbe!


Iron Man 2” Jon Favreau

Certains déplorent qu’il n’y ai plus que des films de super-héros. Quand on sait que l’adaptation de Thor sera réalisée par Kenneth Branagh, habitué généralement à l’univers de Shakespeare, on peut sûrement se dire que Hollywood à définitivement sombré dans l’entertainment et que les films pour adultes ne sont plus au goût du jour. Pour ma part et pour ceux qui ont lu les Comics Marvel, ce Iron Man 2 est vraiment réussi. Le film supporté par une armada d’acteurs de premier choix, Robert Downey Junior et Mickey Rourke vraiment exceptionnels, secondés par Scarlett Johansson, Gwyneth Paltrow, Don Cheadle pour ne nommer que les plus connus, répond avec brio au cahier des charges. La réalisation est efficace, les effets sont hallucinants. Iron Man est pour l’heure avec les Spider Man de Sam Raimi, la meilleure réussite Marvel sur grand écran.

Eurêka Street, Robert McLiam Wilson

Eurêka Street c'est un peu l'anti Sex and the City. Si les deux univers pouvaient se rejoindre, nul doute que les pulpeuses new-yorkaises ne jetteraient pas un regard à la bande de potes trentenaires pas franchement glamour, sortie de l'imagination de Robert McLiam Wilson. Ici les physiques ne sont pas très avantageux, les boulots plutôt déprimants et les déceptions amoureuses quotidiennes. L'ambiance des pubs et des quartiers populaires de Belfast ne devraient pas davantage plaire à Carrie et ses copines. Dès le titre et la photo de couverture, la ville est mise en avant. On s'installe dans un décor de maisons ouvrières à la déco plutôt kitsch, dans des rues tranquilles où les voisines aiment bien jacasser et où les murs s'ornent de slogans politiques. La violence des attentats et les tensions entre Catholiques et Protestants tissent une toile de fond plutôt sombre. Mais contre la grisaille ambiante l'auteur use habilement d'un humour acerbe et il sait rendre ses personnages attachants malgré leurs multiples défauts. On se plait en la compagnie de Jake qui laisse tomber son boulot déprimant (récupérer les meubles achetés à crédit que des quidams ne peuvent plus rembourser), de Chukie qui préfère gagner de l'argent sans travailler (et qui s'en sort plutôt bien) ou de sa mère Peggy, moins banale qu'elle n'en a l'air. Une bonne lecture en période de crise où on s'aperçoit que les soi-disants paumés sont bien plus rigolos que les icônes de mode sensées nous faire rêver.

Robert McLiam Wilson, Eurêka Street, Paris : 10/18, 1999.

Ikonika " Contact, Love, Want, Have "

Derrière Ikonika se cache l'Anglaise Sara Abdel-Hamid, débusquée il y a 2 ans par Hyperdub, pilier de la culture dubstep, la miss sort son 1er album intitulé "Contact, Love, Want, Have" sur le label de Kode 9, soit 14 titres instrumentaux qu'on croirait sortis d'un jeu Nintendo. On quitte ici les sonorités dubstep pur et dur aux atmosphères glauques pour en explorer les facettes les plus funky. L'Anglaise nous livre un premier album qui reflète la culture d'une génération qui a grandi avec des manettes et des claviers comme quatrième phalange. Des litres de sueurs inonderont les dancefloors de Londres et d'au delà à n'en pas douter.

Ikonika - Contact, Love, Want, Have - Hyperdub - 2010

L'heure de vérité

La révolution Domenech n'aura pas lieu. Après un match prometteur face au Costa Rica, les bleus sont retombés dans leurs travers, dont le principal est de ne pas marquer de but, ce qui est plutôt ennuyeux dans le football. Pourtant, Raymond a forcé sa nature avec une tactique plus offensive. Le problème vient donc plus des joueurs que de la tactique elle-même. En effet, Anelka est perdu comme unique pointe, on se demande si Govou est vraiment titulaire pendant les matchs, Ribery se perd dans ses dribbles et Gourcuff rate ses passes. Il y aurait pourtant des changements possibles, comme Diaby, en clone de Vieira, ou Gignac, qui au moins ne réfléchit pas ¼ d'heure avant de tirer au but. Mais on peut parler longtemps des changements possibles, n'oublions pas que le coach s'appelle Raymond, et que vu son orgueil, il va vouloir montrer à tout le monde que son 11 de départ est le meilleur (ou le plus nul), et donc ne fera aucun changement initial, malheureusement. La révolution Domenech n'aura donc pas lieu, avec en plus des bleus qui s'enferment dans la bulle dorée de leur hôtel de luxe. Par contre, la révolution tout court peut avoir lieu, et les politiques le savent, Roselyne a essayé de rattraper les égarements de Rama Yade en appelant à encourager les bleus, car pour le gouvernement, un bon parcours des bleus, c'est une réforme des retraites qui passera ni vu ni connu, tandis qu'un fiasco footballistique irritera les Français qui seront encore plus à cran contre nos politiques. Faut-il pour autant espérer la défaite des bleus pour espérer des changements politiques? Certainement pas, car nos dirigeants politiques semblent aussi tétus que Raymond. Donc, on espère simplement que les bleus nous apportent un peu de lumière dans la grisaille économique et politique actuelle. Une chose est sûre, les bleus ne sont plus favoris après leur défaite contre une DSR chinoise. Le Match contre la solide équipe d'Uruguay sera donc primordial pour la suite des événements. Une défaite, et le bateau coule; une victoire et tout repart, un nul (fort probable) et rien n'est fait. Alors pronostiquons avec le cœur, une victoire 2-1: une connerie habituelle d'Abidal en défense, contre un doublé d'Anelka! Mais là, je me rapproche vraiment de la Science-Fiction. Kenavo!

B. Dolan « Fallen House, Sunken City »

Avec  sa grosse barbe brune et son crâne rasé, ce mec a une gueule de militaire tortionnaire. Et lorsqu’il pose son flow acéré sur des beats bien sentis accompagnés d’une lourde basse, on sent bien que ce monsieur a quelques revendications (à l’image du site alternatif cofondé avec son collègue de scène et accessoirement patron de label Sage Francis). « Fallen House Sunken City », entièrement produit par Alias, est le 2ème album de B. Dolan,  après « The Failure » sorti à l’origine en 2003 avant d’être réédité sur Strange Famous Records. L'atmosphère de cet album est plutôt sombre et parfois un peu pesante. Mais derrière cette noirceur, derrière des beats drum’n bass et des sonorités électriques voir industrielles, se dissimulent des mélodies imperceptibles à la première écoute qui font de ses morceaux de petites bombes à retardement. Et pour s'en rendre compte, il suffit d’écouter « Leaving New-York », morceau initial post-11septembre, « Marvin », hommage émouvant au prince de la soul assassiné par son pasteur de père, ou encore et surtout « Border Crossing » qui aurait paraît-il demandé 6 mois de taf aux protagonistes pour un résultat monstrueux. Un titre à l’ambiance martiale où les couches sonores se superposent les unes aux autres,  avec des chœurs masculins qui nous prennent aux tripes et une trompette qui donne un air mexicain au morceau. Pour ceux qui avaient cru Nas, le rappeur New-Yorkais, qui annonçait dès 2006 la mort du hip-hop, cet album est chaudement recommandé.

B. Dolan - Fallen House, Sunken City - Strange Famous Records -2010

Blundetto "Bad bad things"

Rares sont les artistes français qui pour leur premier album peuvent afficher une liste de guests aussi riche et fournie. Jugez plutôt : Lateef, General Electriks, Tommy Guerrero, Shawn Lee, Le Budos Band, Hindi Zahra et Chico Mann. Ce petit chanceux se nomme Blundetto, le style et le bon gout de ses mixs "No ID, no entry" ont certainement chatouillé les oreilles de cette belle brochette d'artistes. "Bad bad things" nous propose un condensé de 12 titres où l'on ressent l'amour de son auteur pour le reggae, la soul, l'electro, le funk , le dub et les ambiances plus latines. Ce disque se déguste tranquillement en appréciant le soin porté à la production. La basse a une belle place dans l'ensemble, comme une base sur laquelle viennent glisser les autres instruments et où chaque invité vient poser sa petite patte pour un résultat plus que convaincant. Le "Nautilus" de Bob James est revisité dans une version qui rappelle le son d' Ernest Ranglin. "Mustang" avec les cuivres du Budos Band a vraiment fière allure. L'ensemble manque peu être un peu d'énergie mais on succombe facilement à toutes les belles atmosphères distillées. "Bad bad things" est un disque parfait pour démarrer ou alors finir vos soirées en douceur cet été.

Blundetto - Bad bad things - heavenly sweetness - 2010

Alina Orlova "Laukinis Suo Dingo"

A à peine 20 ans Alina Orlova se lance dans la musique, la suite, la blogosphère jamais a cours de nouveaux noms, s'emballe. La rumeur selon laquelle la pop aurait trouvé une nouvelle fiancée grandit et force est de constater que cette jeune chanteuse, pianiste, compositrice lituanienne a bien du talent. Elle dévoile sur son 1er album "Laukinis Suo Dingo" publié par le label Fargo, 16 miniatures musicales qui oscillent entre folk et électronica, sans jamais perdre l'essentiel : la mélodie. On se surprend a écouter en boucle cet album au contenu riche et émouvant sans jamais se lasser, une bien belle surprise.

Alina Orlova - Laukinis Suo Dingo - Fargo - 2010


Le Concert à emporter de La Blogothèque :

Daniel Johnston « Beam me up »

La musique où la personnalité de son auteur nous saute aux oreilles comme celle de Daniel Johnston est rare. Dès l'entame de « Beam me up » on est pris aux tripes par l’introduction a capella avec cette voix tremblotante, mal assurée, qui émeut en même temps qu'elle dérange. Cet homme-là semble vouloir nous déballer tout son mal être et ouvrir au monde la faille qu’il a en lui. On a peur de s’enfoncer dans un album dépressif sans aucune lueur d’espoir. Mais la musique de Daniel Johnston est loin d’être monolithique à l’image de la personnalité de son interprète, un personnage « inadapté », à la limite de l’autisme révélé sur le film « The Devil and Daniel Johnston » en 2005. C’est la fragilité qui domine, un peu comme chez Vic Chesnutt, mais on entend aussi une certaine forme de bonheur et par instant, il semble vouloir rire ou du moins sourire même si c'est peut être avec ironie. Déjà auteur d’une vingtaine d’albums, il est aujourd’hui un musicien culte notamment grâce à Kurt Cobain qui à une époque portait régulièrement un t-shirt à son effigie. Ce nouvel album regroupe 9 classiques et 3 titres inédits enregistrés avec un orchestre hollandais, loin de ses enregistrements lo-fi habituels. Il désorientera peut-être quelques uns mais l’accompagnement musical avec cuivres et cordes semble bien là pour mettre en exergue les magnifiques mélodies de l’artiste, sans jamais masquer sa fragilité. 

Daniel Johnston - Beam me up -2010 - Hazelwood

“Mammuth” Gustave Kervern, Benoît Delépine

Les deux anciens grolandais continuent leurs parcours de réalisateurs et signent avec Mammuth, le film de l’année. Loin des films d’auteurs à la française qui nous serinent avec la vie des bobos parisiens, Mammuth s’intéresse à la France d’en bas, c’est à dire à ceux qui ont les mains dans le cambouis. Le film suit le parcours de Serge Pilardosse, "un bon gars" qui toute sa vie a fait les sales boulots et qui arrivé à 60 ans se voit contraint de remettre la main sur certaines fiches de payes, afin de pouvoir toucher sa retraite. Sous les conseils de sa femme, Pilardosse enfourche alors sa vieille Mammuth 1973. Ce voyage dans le passé, sera pour lui l’occasion de faire le point. Le film en forme de road-movie, genre que l’on voit peu par chez nous est l’occasion de retrouver Gérard Depardieu, dans un rôle taillé pour la bête de scène qu’il est! Il est tout simplement ÉNORME! Le film un brin nonchalant, poétique et mélancolique, sonne toujours juste (ou presque), il n’oublie jamais d’être drôle voir parfois absurde. Delépine et Kervern maîtrisent leur réalisation, souvent marquée par de long plans fixes, et des cadrages bord-cadre. Comme l’a été The Wreasler pour Rourke, Mammuth restera dans la filmographie de Depardieu comme le film qui le fait renaitre. On y retrouve aussi, Yolande Moreau (géniale), Anna Mouglalis, Isabelle Adjani (toujours magnifique) et Benoit Poelevoorde qui fait une apparition magistrale! Sans parler de Miss ming, personnage barré et attachant. Mammuth, un film à voir sans modération!