« Retour à la jungle », Nhât Tuân

Un petit groupe d'hommes trace une route à travers la jungle vietnamienne. Du matin au soir ils tentent de se frayer un passage au milieu du chaos végétal. Ils essaient de se situer dans ce labyrinthe pour donner du sens, vaincre et ordonner cette nature récalcitrante. La guerre est pourtant finie, même si elle a laissé des séquelles et tourmente toujours ces anciens soldats devenus véritables forçats. Personne ne semble comprendre la nécessité de ce "retour à la jungle". Le travail est épuisant, les conditions de vie extraordinairement rudes, l'isolement du reste du monde et la promiscuité renvoient à une vie de prisonnier. Petit à petit la folie et l'absurdité l'emportent : on ne sait plus où on est, où cette route doit conduire ni pourquoi. Un gouffre se creuse entre les ordres reçus et l'entreprise sur le terrain. Les hommes doivent obéir coûte que coûte et suivre les directives même si plus rien n'est cohérent.
Nhât Tuân dresse un portrait subtil et original de son pays et de ses maux en soulignant les souffrances physiques et psychologiques laissées par la guerre mais aussi par un système politique déshumanisé.

TUÂN, Nhât, Retour à la jungle, Paris : Editions Philippe Picquier, 2002

Noisettes « Wild Young Hearts »

Noisettes est un groupe pop britannique à la structure de base guitare-basse-batterie avec Dan Smith à la guitare, Jamie Morrison à la batterie et Shingai Shoniwa au chant et à la basse. Ces trois là se connaissent depuis les années lycée. Rien de bien original jusque là. Alors qu’est ce que peut bien avoir de plus ce groupe à côté des innombrables bandes qui tentent leur chance de l’autre côté de La Manche ? Des morceaux aux mélodies aguicheuses, de la pop 60’s, de l’électro funk, de la soul, mais ici en plus il y a la voix et la présence de Shingai Shoniwa, chanteuse d’origine zimbabwéenne. D'ailleurs, le groupe de funk-soul The Heavy ne s’y est pas trompé en l’invitant pour un titre sur son prochain album tout comme la demoiselle Olivia Ruiz, qui prouve qu'elle a de l’oreille à défaut de combler les nôtres, puisqu’en plus d’avoir invité Buck65, elle a aussi convié Noisettes pour un morceau rock (« Petit à petit ») sur « Miss Météores ». L’album « Wild Young Hearts » est le second du groupe après « What’s the time Mr Wolf », plus rock et énergique qui mettait déjà en évidence leur sens de la mélodie. Cette fois, on a toujours de l’énergie mais l’ensemble, plus soul valorise la voix de la chanteuse. Une musique acidulée à tendance soul et pop à laquelle il manque un petit quelque chose pour vraiment nous combler. On écoutera tout de même cet album avec plaisir durant l’été et il pourrait même faire quelques dégâts sur les dance-floors.
Myspace des Noisettes 

Noisettes - Wild Young Hearts - 2009 -Mercury

Olle Nyman « Venture »

Fargo, le label parisien qui avait fait découvrir le magique « Pirate’s Gospel » d’ Alela Diane en France en 2007 avec le succès que l’on sait alors que son album initialement sorti 3 ans plus tôt se vendait uniquement aux quelques spectateurs qui venaient la voir en concert, nous propose de découvrir cette fois-ci Olle Nyman, un artiste suédois. En 2006, avec « Cowboys in Scandinavia - The new folk sounds from Northern Europe », le label nous avait déjà fait entendre l’incroyable vitalité de la scène folk du Grand Nord.
« Venture », le 2ème album du suédois de 26 ans, a été enregistré dans une chapelle à Luleå au bord de l’ Océan Arctique. L’album ne paye pas de mine et contrairement à ce que son titre pouvait laisser entendre, il n'y a pas une prise de risque artistique énorme. Le blond venu du nord nous offre un folk classique avec la guitare en bandoulière et un fort joli brin de voix. On entend aussi des réminiscences country un peu à la manière d’un Bonnie Prince Billy. Une musique folk qui respire le naturel et la simplicité dont l’écoute nous installe dans un confort et un calme des plus précieux. Le charme opère et l’album se réécoute en boucle pour rester dans cet état d’apesanteur si agréable. On en redemande même encore un peu.

Olle Nyman - Venture - 2009 - Fargo



Pedro Luis e A Parede « Ponto enredo »


Voici un disque parfait pour la saison qui s'annonce. Pedro Luis est un des grands artisans réformateur de le musique populaire brésilienne. Cet hyperactif a déjà signé cinq albums avec son groupe A Parede et son orchestre de bal Monobloc lui prend aussi une bonne partie de son énergie. Pourtant il nous revient cette année avec Lenine à la production de l'album Ponto Enredo et le résultat est de haute volée. La samba se trouve au centre de la formule avec une rythmique à trois batteries et des percussions très enlevées ainsi que les sonorités électriques avec les wah wah ou les distorsions qui donnent à l'ensemble une touche irrésistible. Pour vous en convaincre écoutez donc le morceau « Santo samba », funky, groovy, bref un vrai petit bonheur. Pedro Luis e A Parede, Vive le Brésil.


Pedro Luis e A Parede - Ponto enredo - 2009 - World Village

Jimi Tenor & Kabu Kabu « 4th Dimension »

Jimi Tenor est loin d'être un novice puisqu’il enregistre des disques depuis la fin des années 80, avec ses Shamans d’abord avant de se lancer en solo à partir de 1994 avec « Sähkömies ». Il est alors considéré comme un musicien créatif et talentueux mais avec une certaine dose de mauvais goût avec une électro pop vraiment kitsch. Il passe toutes les années 90 entre Berlin, New York, Londres et Barcelone et fini par mettre tout le monde d’accord avec « Utopian Dream » en 2001 chez Warp avec un album d’acid-jazz psychédélique. En 2007, il se lance dans l’afrobeat, avec le groupe Kabu Kabu sur l’album « Joystone ». La suite nous mène aujourd’hui dans la 4ème dimension toujours avec ces musiciens africains rencontrés à Berlin dont un ex Africa70 en la personne de Nicholas Addo Nettey. Le Finlandais déstabilise parfois en passant de l’afrobeat avec des chœurs digne de la dynastie Kuti, à l’afro-funk qui groove, de la musique digne d’une bande originale de Lalo Schifrin à des boucles électros, du jazz expérimental fusionnant avec le rock. Il rend aussi hommage au groupe japonais bruitiste, parfois minimaliste, Boredoms, avec « Mega Roots » et ses percussions tribales. Jimi Tenor est un artiste européen ouvert sur le monde qui fait bouger à la fois le corps et l’esprit avec une musique non conventionnelle.

Jimi Tenor & Kabu Kabu - 4th Dimension - 2009 - Sähkö Recordings

Laurent Garnier « Tales of a kleptomaniac »

Surnommé le Godfather par Miss Kittin, Laurent Garnier est de retour avec un nouvel album très éclectique, 4 ans après « The Cloud Machine » qui avait ébranlé quelque fans de la première heure alors que le DJ délaissait ses beats électros. Ce nouvel album est bien dans la continuité puisque le DJ français, qui a connu les premières heures de l'Hacienda à Manchester, navigue du blues à la techno de Détroit en passant par le hip-hop et le jazz de Miles Davis. MicFlow, le marseillais et Tumi le Sud-Africain, qui a délaissé ses Volumes pour l’occasion, posent leurs flows sur les deux parties de « Freeverse ». Winston Mc Anuff chante sur le dub très sombre « Food For Thought ». « Last Dance @ Yellow » est un hommage au club japonais Yellow pour lequel il avait pris plaisir à mixer à l’occasion de la soirée de fermeture en Juin 2008. « Bourre Pif » fait référence à Audiard et sa culture française sous forme d’une drum’n’bass endiablée qui envoie réellement la patate. Garnier pose même sa voix sur le très jazzy « Dealing with the man ». La musique n’a vraiment plus de frontière et l’ensemble reste très cohérent. Les titres s’enchaînent à merveille même si une voix nous annonçait au tout début de l’album que nous allions passer du coq à l’âne...
Le Myspace de Laurent Garnier

Laurent Garnier - Tales of a kleptomaniac - 2009 - PIAS

Bill Callahan « Sometimes I Wish We Were An Eagle »

Après une trentaine de secondes et quelques arpèges de guitare, une voix grave vient nous cueillir pour ne plus nous lâcher tout du long de l'écoute de cet album. C’est une voix de baryton dans la lignée d’un Leonard Cohen ou d’un Johnny Cash qui nous vient d’Austin au Texas. Et cette voix est celle de Bill Callahan, le même qui a réalisé une bonne dizaine d’albums avec le groupe Smog. Il a aujourd’hui 43 ans et nous livre son deuxième album solo après « Woke on a Whaleheart » en 2007. La voix marque ici tout l’album de son empreinte et les compositions, mélancoliques et pleines de sobriété, avec une guitare acoustique, un piano discret, et de jolis arrangements de cordes lui offrent un écrin élégant. sur le magnifique « Faith/void » qui clôture l'album, Bill Callahan clame à de nombreuses reprises « It's time to put god away » comme pour régler ses comptes avec la religion, dans une sérénité apparente. Le temps de l'écoute de son album, on peut tout mettre de coté y compris dieu, et c'est déjà ça.
Le site de DragCity

Bill Callahan - Sometimes I Wish We Were An Eagle - 2009 - DragCity

Patrick Watson « Wooden Arms »

Patrick Watson entouré de ses « bras en bois » revient avec un nouvel album qui fait suite au très remarqué et remarquable « Close to Paradise ». Au cours des deux ans de tournée d’un bout à l’autre de notre planète, Patrick Watson a pris le temps de composer ces nouveaux titres. Le piano omniprésent sur le précédent album, se fait plus rare ici, laissant place aux musiciens et à des expérimentations musicales originales. Les percussions de Robbie Kuster notamment sont un vrai régal avec des bruits de branchage ici, une roue de bicyclette là, des bruits de bouteilles ou de casseroles, des tiroirs qui se ferment. Simon Angell à la guitare acoustique qui devient électrique parfois, ou se troque avec un banjo, accompagne l’ensemble délicieusement. Puis il y a ces chants qui nous envoûtent avec la voix de Watson en tête qui rappelle celle de Jeff Buckley. Elle illuminait l’album « Ma fleur » du Cinematic Orchestra et on la retrouve aussi sur le tout récent album de Lhasa. L’Américano-mexicaine prête d’ailleurs sa voix sur le morceau-titre tout comme Katie Moore, autre Montréalaise, sur « Big Bird in a Cage ». L’atmosphère se fait parfois étrange pour une musique folk d’un autre monde, bien passionnante.


Patrick Watson - Wooden Arms - 2009 - Tôt ou Tard

Doom « Born like this »

Voici un des plus grands mc's hip hop, Doom. Bien que toujours resté underground, il jouit d'une grande reconnaissance critique à défaut de connaitre un succès public qu'il mériterait largement en comparaison à certaines productions hip hop. Comme toujours Doom avance masqué et met en avant son style sans concessions. Clamant qu'il ne représente aucune chapelle, il trimballe ses rimes sur des morceaux produits entre autres par Madlib ou Jake One. Même les morceaux qu'il a réalisé seul sont réussis. Deux Instrumentaux de feu Jay Dee sont aussi présents. On retrouve même un sample de Giorgio Moroder sur la BO de Midnight express ainsi que des extraits de textes de Charles Bukowski. Doom assume sa schizophrénie en enchainant les morceaux selon ses humeurs et n'est pas conditionné par les codes classiques du hip hop. « Born like this » est un album brillant et à recommander comme ses précédents albums même sous ses autres pseudos comme Viktor Vaughn ou King Geedorah.

Doom - Born Like This - 2009 - Lex

Soap&Skin « Lovetune for vacuum »

Sous ce drôle de pseudonyme se cache une jeune autrichienne de 19 ans Anja Pschlag. Elle chante avec une maturité étonnante, accompagnée d’un simple piano, de synthés, de nappes de violons parfois, et de sons électros. C'est un peu comme si la Cat Power des débuts était accompagnée par des sombres Coco Rosie même si l’influence la plus évidente semble être la belle Nico, l’égérie du Velvet Underground, originaire de la même région européenne puisque née à Cologne. On est ici convié dans un pays inconnu où la couleur n’existe pas et la mort omniprésente comme le prouve les titres de certains morceaux « Thanatos », la personnification de la mort dans la mythologie grecque ou encore « marche funèbre » en français dans le texte. C'est inquiétant et fascinant à la fois. Tout est noir, tout est sombre mais malgré tout, à l'image du superbe « Spiracle », il y a quelques perles dans cet album, des perles noires bien-sûr mais des perles qui brillent tout de même.
Myspace de Soap & Skin

Soap&Skin - Lovetune For Vacuum - 2009 - PIAS

Mulatu Astatke & The Heliocentrics « Inspiration Information »

La série « Inspiration Information » a été lancée à l’automne 2008 par le label Strut avec la rencontre entre Amp Fiddler et les légendes du reggae Sly & Robbie. Pour le 2ème volume, Horace Andy a répondu à l’invitation d’Ashley Beedle, le DJ acid-house anglais. Le concept consiste à réunir des musiciens contemporains avec des maîtres de la musique pour une session d’enregistrement studio de moins d’une semaine. Cela donne un résultat plein de spontanéité où parfois la magie opère. C'est le cas avec le 3ème volume, une collaboration entre Mulatu Astatke, le père de l’éthio-jazz, révélé en Europe par la superbe collection éthiopiques et au grand public grâce au succès de la B.O. du film « Broken Flowers », et The Heliocentrics, formation britannique issue du label Stones Throw influencée par Sun Ra, David Axelrod, James Brown et Ennio Morricone.
Mulatu Astatke se fond à merveille dans l’univers funk, jazz et légèrement foutraque du combo anglais en même temps qu'il le guide vers une musique d'inspiration éthiopienne. Le mélange de genre entre instruments traditionnels comme le krar (instrument à 6 cordes), le washint (flûte en bambou), ou le begena (sorte de harpe à 10 cordes), et les cuivres et les expérimentations rythmiques et sonores des anglais donne naissance à une musique totalement nouvelle et originale. Une bien belle rencontre pour un enregistrement réussi.
Une collaboration entre Tony Allen et l’étonnant finlandais Jimi Tenor est attendue pour un prochain volume de la série. Encore de l’expérimentation au rendez-vous et au vu de ce qu'avait pu réaliser le batteur nigérian avec Doctor L il y a quelques années sur Psycho On Da Bus et de la qualité de la dernière galette de Jimi Tenor, l'afrobeat risque de nous étonner encore une fois.

Mulatu Astatke & The Heliocentrics - Inspiration, Information - 2009 - Strut


« Cantique des Plaines », Nancy Huston

Si vous ne savez pas par où commencer dans l'œuvre de la romancière franco-canadienne, vous ferez bonne pioche en ouvrant ce «Cantique des Plaines». La première œuvre écrite dans la langue maternelle de l'auteur et peut être sa plus intime.
La narratrice, Paula, touchée par la mort de son grand-père, s'adresse directement à lui et retrace ce que fut sa vie. La petite-fille relate l'histoire d'amour restée taboue de son aïeul, Paddon, avec une Indienne. Par la voix de cette femme qui se mêle au récit de Paula, c'est toute l'Histoire du Canada qui refait surface. Aux souffrances endurées par les Indiens se joignent celles des pionniers. Mais c'est avant tout l'histoire d'une vie avec ses compromis et ses désillusions, ses passions et ses rêves, qui est au centre du récit. C'est aussi pour Paula l'occasion de s'interroger sur les thèmes de l'amour et de la vie, et du souvenir que nous gardons de ces évènements.
Une lecture passionnante qui mêle les émotions d'une vie et le récit d'une période historique captivante.

Cantique des Plaines, HUSTON, N., Arles : Actes Sud, 1993

Mop Mop « Kiss of Kali »

Mop Mop est le projet du musicien, producteur, DJ italien Andrea Benini. Son précédent album l'avait catalogué dans la catégorie nujazz, mais aussi rangé dans les artistes à suivre. D'ailleurs, à l'époque, c'était en 2005, Gilles Peterson, avec son oreille avertie, avait sélectionné son single « Perfect day » pour sa compilation Digs America sur Ubiquity. Signe incontestable de qualité. Plus de 20 musiciens ont participé à l'enregistrement du nouvel album « Kiss of Kali », pour un résultat navigant entre un jazz à l’ancienne époque Duke Ellington, du funk à la James Brown, du latin-jazz, et un son plus actuel. La pochette, une représentation de danseuses blacks faisant référence aux années 30 et Joséphine Baker, donne envie à elle seule de découvrir l’album. Le résultat en est digne même si c'est loin d'être la découverte du siècle : une atmosphère suave avec un mélange qui groove et fait monter la température ambiante.

Mop Mop - Kiss Of Kali - 2009 - Infracom