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Mansfield Tya « Corpo Inferno »

À l'occasion de la sortie de l'album « Nyx » en 2012, on disait ceci de Mansfield Tya : « Le mal-être est parfois évident mais on ne se sent pas pour autant mal à l'aise. Bien au contraire puisqu'on en redemande ». Alors aujourd'hui que sort leur 4ème album, composé comme à leur habitude dans leur maison près de Nantes, nul besoin de nous prier pour les rejoindre faire la fête à en crever. Mansfield Tya est composé de deux artistes au féminin, un brin cinglées : Carla Pallone & Julia Lanoë. Elles nous emportent dans leur univers envoûtant, enfantin parfois, sombre souvent, intrigant toujours. On est porté par les cordes des violons, par des voix et des mélodies. Certains morceaux sont carrément sombre, comme le très glauque « Palais noir » et son effrayant brouillard. Mais la force de Mansfield Tya c'est l'alternance entre ombre et lumières, entre douceur et froideur. Pour enrichir leur propos, les Manfield Tya font souvent référence à la littérature, de Victor Hugo à Proust. Et leur « Dictionnaire Larousse » est une magnifique plongée parmi des mots choisis comme une mise en abyme d’écriture de chanson. « Il y a là de quoi passer une vie entre Amour et Zoophilie ».

Mansfield Tya - Corpo Inferno - 2015 - Vicious Circle

Clap ! Clap ! "Tayi Bebba"

Après le EP Tambacounda, chaleureusement accueilli, le Toscan Cristiano Crisci revient avec une nouvelle petite bombe sous le nom de Clap! Clap! chez Black Acre : Tayi Bebba. Un album conceptuel composé de 17 plages intenses et tribales comme un gros coup de tonnerre sous les tropiques. Tayi Bebba est une île imaginaire, chaque piste représente un lieu, un évènement ou un rituel. Musicalement, il nous entraîne dans un monde musical étrange qui se nourrit de rythmes précis et soutenus comme des tambours battants la chamade avec des nappes électroniques envoutantes et de nombreux samples. On se sent happé par les sons, à la limite de l’agression ou de la tachycardie mais c’est au final une transe qui nous submerge avec une irrésistible envie de danser. Un voyage transcendantal fou et percutant qui nous entraine dans un délire sous acide qui sous certain aspect fait penser à la musique spirituelle et mystique de Vendredi (avec un côté plus abrupt). Une bonne dose de vitamine tribale et moite pour l'arrivée de l'hiver !

Clap ! Clap !-Tayi Bebba-Black Acre-2014

Chancha Via Circuito "Amansara"

Le producteur argentin Pedro Canale (alias Chancha Via Circuito), fleuron du label électro ZZK, nous offre ici un troisième album : Amansara. Un nouveau rêve venu directement d’Amérique du sud, distribué par Crammed Discs. Une musique ancrée dans sa culture et la tradition mais qui garde une force, l’énergie d'une danse chamanique. Avec les années, son travail s’est éloigné de la digital-cumbia pour aujourd’hui affirmer un son plus original, entre nappes électroniques et instruments traditionnels, le tout sur un tempo langoureux. Pedro Canale se joue ici des frontières et des genres pour créer un nouveau son plus suave, plus spirituel. Un album tout en douceur plein de beauté et de poésie qui nous encercle, nous envoute comme dans un rêve plein de mélancolie et de chaleur. Dans une interview pour Mondomix en 2013 Pedro Canale soulignait que « l’électro produite à Buenos Aires se caractérise par une absence de préjugés pour fusionner les rythmes et les genres ». Amansara en est une belle preuve...

Chancha Via Circuito - Amansara - Wonderwheel Recordin - 2014

SBTRKT « Wonder where we land »

Derrière ce nom sans voyelles prononcé « Subtrakt » se cache, littéralement puisqu'il a l'habitude de porter un masque, un producteur anglais de génie, qui s'est fait connaître grâce à des remixs de  M.I.A, Radiohead, ou encore Modeselektor. « Wonder Where We Land » est son deuxième album  et navigue toujours entre dubstep, soul, électro et pop dans la parfaite lignée de James Blake. On y retrouve de nombreuses collaborations avec notamment Sampha (chanteur à la voix langoureuse déjà présent sur le premier album et qui l'accompagne régulièrement sur scène), ou encore l’américain Ezra Koenig, chanteur des Vampire Weekend sur l'excellentissime « New Dorp. New York ». Cet album regorge de trouvailles sonores qui le rendent particulièrement riche et exigeant mais pourtant loin d'être inaccessible. Alors même si on a parfois l'impression d'entrer dans un labyrinthe musicale complexe, on ne se perd pas dans les expérimentations électroniques grâce notamment à des morceaux pop hyper mélodieux comme ce « Look Away » en collaboration avec Caroline Polachek, échappée de Chairlift. Cet album s'écoute et se réécoute du début à la fin, toujours avec autant de plaisir. Et pour un artiste qu'on croyait cantonné à l'art du one-shot et du single, c'est un véritable coup de maître. Et pour ne rien gâcher SBRTKT s'essaie aussi à l'art du hip-hop en invitant Raury, issu de la scène East Coast américaine, à poser son flow express sur « Higher ». « Wonder where we land » de SBTRKT est une pure merveille, et bien la preuve que la musique du 21ème siècle n'a rien à envier à celle du siècle dernier.

SBSTRKT - Wonder where we land - Young Turks - 2014

Vendredi "Veneris Dies"

La dernière sortie du label  NØ FØRMAT! Records, qui est cette fois-ci un EP intitulé "Veneris Dies", nous invite encore une fois à emprunter un chemin de traverse pour mieux nous surprendre. Ce nouveau projet est animé par un duo parisien (Pierre-Elie Robert et Charles Valentin). Ils se sont rencontrés en février 2012, un Vendredi ; avec leurs propres bagages musicaux, l'un classique et baroque, l'autre club techno et house, mais avec des références communes et une sensibilité pour la musique concrète. Bien que difficile à classer, cet œuvre nous entraîne dans une ballade sonore composées de 6 titres qui voguent entre bruitages, sonorités dubstep et electro.
Le titre de l'album "Veneris Dies", "le jour de Vénus" en latin, et le sanglier sur la pochette font référence à la mythologie. Chaque morceau est composé à partir d'enregistrements de bruits du quotidien, de voix ou de sonorités prises dans les rue de Paris ou Venise entre autre, dans une forêt, dans la nature...  S'y ajoutent des sons d'instruments (accordéon, dilruba...), des mélodies qui embellissent chaque plage, dénudées de parole.
Chacune des compositions recèlent une multitude d'émotions. Elles sont parfois épurées et légères, biscornues et complexes, étranges et violentes mais toujours oniriques. Un assemblage riche et surprenant qui nous ensorcelle un peu plus à chaque écoute. La magie opère simplement.  Une musique comme suspendue dans un espace temps non définissable, avec des nappes qui tourbillonnent jusqu'à déformer les sens et qui nous invite à une sorte de vertige chamanique du XXIème siècle. C'est au final un fragile équilibre duquel on ressort avec un sentiment d'apaisement, "le vide et la lumière"...

Vendredi - Veneris Dies - 2014 - NØ FØRMAT! Records

Martyn "Ghost people"

Le dubstep a connu de grands jours avec les albums de kode9, Burial ou dans une moindre mesure Chase & Status ou Skream. Cette bass musique apportait un vent de fraicheur dans le paysage électronique. Mais depuis deux bonnes années, cela reste évidemment très subjectif, le style commençait à prendre la poussière et dans l'ensemble ça tournait en rond. Certains nez fins ont alors décidé d'y opérer quelques mutations et il est difficile de leur jeter la pierre car cela méritait véritablement un second souffle. A l'instar de Zomby et de son brillant "Dedication", Martyn nous présente son second album, "Ghost people", et c'est un vrai bol d'air. En signant chez Brainfeeder, le Hollandais s'émancipe des codes du dubstep si on peut toujours parler ici de dupstep. 2-step, house, jungle, deep tech et electronica passent à la moulinette du Dj pour un résultat plus que convaincant. La musique de Martyn ne s'éloigne pas définitivement du genre mais ne s'enfonce pas non plus dans des expérimentations froides ou bizarroïdes. "Je veux être reconnu comme quelqu’un qui surprend sans cesse". C'est effectivement surprenant car il n'y a rien de réellement neuf dans sa musique, c'est plutôt l'alchimie entre les styles et la substance des morceaux qui épatent. En effet, le dubstep n'est pas reconnu pour la chaleur de ses ambiances, dans "Ghost people" les basses sont étonnamment accueillantes. Les variations de rythmes ainsi que le groove permettent à l'album de ne jamais s'étirer en longueur mais au contraire de garder un dynamique enivrante. L'album est réellement taillé pour le dancefloor. "Viper", "Masks", "Horror vacui", "Popgun" ou "We are you in the future" sont déjà en orbite pour devenir des classiques. Brainfeeder est décidément un sacré dealer et a trouvé avec Martyn un grand produit. Il y a beaucoup de nouvelles sensations dupstep qui sont de véritables feux de paille. Martyn, lui, s'ouvre une voie royale pour devenir l'un des cadors du genre.

Martyn - Ghost people - Brainfeeder -2011 

Martyn "Horror Vacui"
 

Nôze « Dring »

« Dring » est le 3ème album du duo parisien composé de Nicolas Sfintescu et Ezechiel Pailhès, catalogué dans la musique électronique et plus particulièrement dans la house. Pourtant en collaborant avec des musiciens comme Alexandre Authelain à la clarinette et au saxophone, Thibault Frisoni  à la guitare (ces 2 là étant déjà présent sur le précédent) et Emiliano Turi à la batterie et Mathias Mahler au trombone, Nôze prend une forme très organique et s'éloigne de plus en plus du format house traditionnel. Et c'est pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Entre véritables morceaux mélancoliques accentués par des petites touches de piano, le sombre « Nubian Beauty » avec la voix rappelant celle de Tom Waits ou les chœurs dignes de Matt Elliott sur « When Tiger Smoked » , morceaux plus jazzy « Cinq » ou tendant vers le reggae « In The Back Of My Ship feat. DOP », le duo n'oublie jamais les amoureux des dancefloors avec le très balkanique « Dring Dring feat. Riva Starr » ou encore « Marabout » sur lequel plane l'ombre de Jacques Higelin. Le duo n'oublie pas non plus la déconne, l'une de ses marques de fabrique, avec le titre « Willi Willi », une improvisation étrange voir carrément malsaine !

Nôze - Dring - Get Physical - 2011

Amon Tobin "Isam"

Amon Tobin avec "Bricolage", "Permutation" et "Supermodified" est un artiste que j'ai adoré, quasiment idolâtré. Ma relation avec sa musique s'est considérablement détériorée par la suite, voire presque stoppée net avec "Foley Room" en 2007. Ce disque était trop éprouvant à mes yeux. Surement par fainéantise, en ne faisant pas l'effort de m'immerger dans le nouvel univers d'un artiste qui m'avait servi sur un plateau tant de morceaux immédiatement addictifs grâce à des samples fabuleux et à un sens de la construction hors norme. Je le pensais complètement perdu, un peu à l'image de Scott Heren (Prefuse 73). Alors j'ai mis du temps à me lancer dans "Isam" et plutôt sur la pointe des pieds. D'entrée avec "Journeyman", mes réserves commencent à s'évaporer. La suite ne fera que confirmer mon impression, on se trouve là devant un grand disque. Derrière ce qui pourrait paraitre comme un grand capharnaüm au détriment de toute mélodie se cache en réalité un disque subtil à l'esthétique superbe. Car "Isam" est impressionnant de maîtrise mais c' est aussi un disque très exigeant. Il faut se plonger profondément dans les entrailles de cette substance pour qu'elle révèle toute la magie qui y opère. Le port du casque pour l'écoute de ce disque est donc vivement conseillé. L'échantillonnage de morceaux n'est plus du tout utilisé dans ce nouvel album, Atom Tobin utilise des sons organiques, des percussions, cordes ou voix qu'il synthétise et malaxe pour en sortir une matière remarquable même si ce disque, et c'est une évidence, ne fera pas l'unanimité. Amon Tobin nous sert un opus magnifique qui risque de souffrir de la comparaison avec "Foley Room" (il va falloir que je m'y replonge) mais qui confirme aussi le génie d'un des grands bonhommes de la musique électronique.

Amon Tobin - Isam - Ninja Tune - 2011 

L'album en intégralité avec les commentaires d'Amon Tobin:
  

Who made who "Knee Deep"

En signant chez Kompakt, les Danois de WhoMadeWho laissent en grande partie de côté l'electro-rock-disco clinquant qui les caractérise pour un style clairement plus électro, dans une ambiance générale assez froide et il faut avouer que c'est une belle surprise. Thomas Hoffding (basse, voix), Jeppe kjellberg (voix, guitare) et Thomas Barford (machines, batterie), bien qu’amorçant un sérieux virage, continuent à garder un sacré sens du groove. Mais "There's an answer" et "Every minute alone" nous plongent d"entrée dans plus de noirceur qu'auparavant, plus noir certes mais pas déprimant car le trio sait embrayer. "Musketeer", où l'on pense un peu à Moroder, et "Two feet of ground" constituent certainement les morceaux les plus dancefloors de ce mini-album. Les nordiques se rapprochent de la new wave avec "All that i am" et le très beau "Nothing have changed" et son côté Depeche Mode. Ils glissent aussi vers le psyché avec "Checkers". WhoMadeWho brasse large et ce n'est pas pour nous déplaire car ils touchent souvent au but. Apparemment une autre fournée de titres devrait débarquer dans l'année, on se réjouit d'avance. A noter en passant que le groupe se produira le 06 août prochain au Festival Chausse Tes Tongs en Bretagne, pour une des seules, voire la seule date de l'été en France. Foncez là-bas.

Who made who - Knee Deep - Kompakt - 2011

Wires Under Tension "Light Science"

La tête pensante de Slow Six, un groupe new-yorkais aux contours polymorphes qui s'évertuait a ériger des ponts entre musique classique et musique populaire, Christopher Tignor (violon & une armada d'autres instruments), s'associe à Theo Metz (batterie) pour créer ce nouveau projet Wires Under. Ici, les cordes entêtantes, percussions martiales, cuivres épiques et bidouillages en tous genres, nous plongent dans un univers métissé et luxuriant quelque part entre Tortoise et nos Bumcello. Avec "Light Science", nos deux experts alternent les petits plaisirs à grands coups de grooves et de mélodies déchainées tout au long de ces sept morceaux 100% instrumentaux, soit 33 minutes d'un post-rock cinématographique, mélodique et aventureux. Juste ce qu'il faut, plus aurait peut-être condamné ce disque à ne pas être écouté jusqu’à la fin.

Wires Under Tension - Light Science - Western Vinyl - 2011

Sources Matthieu de Mowno et Kalcha du magazine Vibrations


Boys Noize records presents "Super Acid"

Voici une véritable machine pour dancefloors. Boys Noize nous présente via son label BNR sa première compilation de l'année avec ici un thème imposé, l'Acid house. Ce son cartonnait vraiment à la fin des années 80 et ceci au moins jusqu'au milieu des 90 avant que la déferlante de genres électro vienne doucement l'envoyer sur la touche. Sans avoir totalement disparue, l'Acid house a quand même eu du mal à se placer ces dernières années et chez les nostalgiques, dont je fais partie, l'Acid a toujours sa place dans un bon set. Encore faut-il qu'elle soit bonne et c'est le cas ici car Boys Noize nous propose une matière idéale pour réaliser un mix aux petits oignons. Sur certains morceaux comme "1010" de Boys Noize, l'efficace "Bleep" de Housemeister & Dave Tarrida, "Extreme compote" de Brodinsky, Noob, Djejdjotronic et Harvard Bass, ou l'excellent "Azid" de Krikor et Joakim, on se trouve clairement devant du classique Acid, et immédiatement quinze ans en arrière. D'autres morceaux essayent d'apporter un peu de fraicheur à ce style. Un tout petit peu car le disque reste quand même bien calibré, mais Djedjotronic avec "Uranus" et surtout Siriusmo avec "I like my voice" et sa ligne de basse géniale ont une approche qui ne cherche pas l'efficacité immédiate. Il est évident que cette compilation ne comblera pas tout le monde et il y a quelques morceaux un peu creux mais si vous adoriez ce son et que vous voulez retrouvez un peu de votre jeunesse, foncez dessus. C'est aussi une bonne façon de découvrir cet hommage au séquenceur TB-303 de Roland, même si j'imagine que certaines pistes ont du être montées avec un émulateur. ça n'empêche que "Super Acid" mérite de squatter les bons dancefloors pour un moment.

BoysNoizeRecords presents - Super Acid- BNR - 2011

 

Crystal Fighters "Star of love"

Voici un album aux influences multiples où tout le monde pourra y trouver des références en fouinant un peu. Alors on peu parler de tribal pop mais il y a aussi du folk, un peu de punk, pas mal d'électro et même du dubstep. Bref tous les ingrédients pour une mixture indigeste mais les Crystal Fighters s'en sortent plutôt bien. Alors un peu à l'image des The Go! Team, ils proposent un fourre-tout musical même s'ils en font un peu moins dans le côté bordélique, mais ils se posent là quand même. Bien que ça tire dans tous les sens, on se retrouve souvent devant des morceaux bien construits. Et si l'on n'est pas allergique à ce genre de fouillis musical, il y a des titres assez irrésistibles, "Xtatic Truth" avec sa petite montée acoustique suivie d'une grosse infra-basse (essayez aussi le remix de Last Japan ), "Swallow" et son mélange pop-dubstep, "Follow" ou encore "I do this every day" et son côté électro punk tribal. Il y aussi quelques pistes bien "gentilles" mais dans l'ensemble l'énergie l'emporte et on se demande même si le groupe n'était pas bien perché en produisant cet album. Crystal Fighters ne terminera certainement pas en tête dans les bilans de fin d'année et risque de lasser assez rapidement. Mais malgré quelques morceaux pas terribles, la musique de ces hippies excités est beaucoup plus riche qu'elle n'en a l'air.

Crystal Fighters - Star of love - Zirkulo - 2010

The Third Eye Foundation "The Dark"

The Third Eye Foundation de Matt Elliott ne donnait que rarement signe de vie depuis "I poo poo on your juju" et c'est le bien nommé "The dark" qui fait suite à ce disque de remixes datant de 2001. Un peu de temps sera nécessaire pour prendre la mesure de ce nouvel album, d'une beauté sidérante. "The dark" ne contient que cinq pistes, cinq pistes longues, très longues mis à part "If you treat us like terrorists, we will become terrorists". Il faut s'abandonner complètement dans ces morceaux, ce n'est pas un disque qu'on effleure ou qu'on prend à la légère. Il faut se laisser saisir par l'impact et la force du travail de Matt Elliott. Épaulé par Louis Warynski (Chapelier fou) et Chris Cole (Manyfingers), il nous propose un album tendu où les ambiances sont répétitives et peuvent paraître éprouvantes, or il se dégage une vraie harmonie dans chaque morceau. "Anhedonia" est un titre superbe, assez torturé, cependant on y trouve de la douceur notamment avec cette boucle de claviers présente tout au long des 11 minutes qui le composent. Mais bien loin d'étirer les morceaux pour valider le format album, Il fabrique des fragments méticuleux et quasi insondables. "If you treat ..." démarre sur une drum'n bass où une mélodie étouffée ne demande qu'à sortir la tête de l'eau, il lui faut 1 min 30 pour trouver de l'air et terminer en explosion. The Third Eye Foundation a pris, à l'image de ses morceaux, son temps pour produire cet album mais l'attente en valait amplement le coup. "The dark" est un disque fascinant et inépuisable.

The third eye foundation - The dark - Ici d'ailleurs - 2010

 

Hidden Orchestra "Night Walks"

Les Ecossais de Hidden Orchestra débarquent avec un ambitieux premier album "Night Walk". Joe Acheson dirige ce combo dans une ambiance jazz très atmosphérique et cinématique. Contrairement à ce que ce genre de qualificatifs peut parfois laisser penser, on ne se trouve pas ici devant un disque d'ascenseur. Les deux batteries du groupe guident le style très aérien de l'ensemble pour lui donner un vrai souffle. Rythmiquement les morceaux du Hidden Orchestra sont en constante évolution, les mélodies s'adaptent et varient au gré de ces humeurs. Le groupe s'aventure du côté du trip hop, de l'électro ou de la musique classique et ceux-ci appuient ou effleurent les morceaux, la base reste solidement ancrée jazz. Les pistes de cette marche de nuit sont solides. On ne peut évidemment pas s'empêcher de penser au "Cinematic Orchestra" mais les 10 morceaux de l'album ont assez d'épaisseur et de personnalité pour tenir la comparaison. "Dust" ou "Antiphon" sont mêmes plutôt énormes. Pour 2010, en matière de disques jazzy, frais, accessibles, riches en textures et contrastes, Hidden Orchestra se trouve une belle place en tête de gondole.

Hidden Orchestra - Night walks - Tru thoughs - 2010

Ninja Tune XX Box Set

Septembre est un mois riche en nouveautés musicales avec beaucoup de bonnes surprises mais l'événement quasi-incontournable à mes yeux est la sortie de la box set de Ninja Tune pour les 20 ans du label. Publiée à 3500 exemplaires, il faudra sortir pas moins de 115 euros pour tenir ce petit trésor dans ses mains. Le coffret comprend 6 cd avec pléthore d'inédits et remixes créés par les plus grands noms du label londonien. Avec entre autres Roots Manuva, The Cinematic Orchestra, Fog, The Bug, Mr Scruff, The Heavy, Diplo, Spank Rock et cætera, et cætera, etc ..... Il y a aussi six 45 tours, 1 livre, un poster avec toutes les pochettes d'albums, un arbre généalogique, des stickers, bref ils ont bien conçu leur bébé. Que de chemin parcouru par ces ninjas depuis la sortie de leur premier disque, le "Zen Brakes vol.1" de Bogus Order (aka Coldcut), impossible ici en quelques lignes de faire l'éloge d'un des plus grands label de ces vingts dernières années mais comment ne pas penser par exemple aux géniaux "Permutation" et "Supermodified" d'Amon Tobin, l' O.V.N.I "Let us Play" de Coldcut, les magnifiques "Every Day" et "Man With a Movie Camera" de The Cinematic Orchestra, aux scratchs de Kid Koala, au carton du "Keep it unreal" de Mr Scruff. Sans oublier le funky-hip hop de The herbaliser, Les flows énormes de Roots Manuva, le jazz fou de Jagajazzist ou le "Terrorist" de DJ Vadim. J'arrête là mais la liste est longue. Ninja Tune c'est aussi des précurseurs avec un son unique et un grand sens du marketing. On peut leur reprocher d'être un peu rentré dans le moule au milieu de la dernière décennie mais on sent que dernièrement les ninjas ont retrouvé la frite, tout le mal qu'on leur souhaite c'est de faire aussi fort les vingt prochaines années. Nous voici à la fin de ma promotion pour cette Ninja tune XX box set, sautez dessus il n'y en aura pas pour tout le monde.

ninja tune XX box set - ninja tune - 2010



Lorn "Nothing Else"

Signé sur Brainfeeder, le label créé par Flying Lotus, Lorn débarque avec un deuxième album à la frontière de styles comme le dubstep, hip hop, trip hop et electro. Difficile de s'y retrouver parmi toutes ces appellations. On peut par contre de toutes évidences parler de bass music avec des ambiances assez glaciales dans l'ensemble. Cela ne veut pas pour autant dire que l'on ne se trouve pas devant un opus inspiré. L' immersion dans le monde de ce jeune garçon de l'Illinois vaut le détour, certes pas forcément évidente mais passionnante. Ce monde où ça ne rigole pas dispose de titres envoutants, les beats syncopés et les basses lourdes appuient une atmosphère oppressante mais Lorn ne perd jamais le sens de la mélodie. Derrière cette enveloppe inhospitalière se cachent des morceaux d'une grande sensibilité, avec une vraie identité. Je découvre ce disque un peu tard et contrairement à ce que j'ai pu lire parfois, je trouve que sa musique amène un peu de sang frais dans un style qui tournait par moments en rond dernièrement. N' hésitez pas à vous laisser tenter par le côté obscur de Lorn.

Lorn - nothing else - 2010 -brainfreeder

King Midas Sound « Waiting For You »

King Midas Sound nous propose en cette fin d'année, une musique dub à l'atmosphère souvent étouffante voir carrément angoissante. La musique est signée Kevin Martin, musicien londonien, connu pour différents projets comme The Bug, ou diverses collaborations avec des musiciens aussi différents que John Zorn, DJ Vadim ou Anti-Pop Consortium. Il est rejoint ici par le poète d'origine trinidadienne Roger Robinson, maître du spoken word, déjà présent sur "You & Me" de The Bug pour une collaboration étonnante. La voix à peine chantée, et à la limite du murmure contrebalance les ambiances souvent urbaines de son collègue. Elle est posée sur une sorte de dubstep vaporeux, pour une musique vraiment étrange qui ne ressemble à rien d'autres même si ça nous rappelle quelque part la musique d'African Head Charge des années 90 ou le Maxinquaye de Tricky. Et lorsque la chanteuse Kiki Hitomi qui officie habituellement avec Dokkebi Q, autre groupe de dub londonien, vient apporter sa douceur à la manière d'une Martina Topley Bird ça ne fait que renforcer notre impression. Parfois Robinson, que certains comparent aux reggae-lovers comme Gregory Isaacs, déclame ses textes à la manière d'un LKJ comme sur le superbe « earth a kill ya » ou sur « Sometimes ». Si vous n'êtes pas claustrophobe et que vous n'avez pas peur du noir, plongez vous dans cet album, vous ne le regretterez pas!

King Midas Sound - Waiting For You - Hyperdub Records - 2009

Voici « Cool out » et le Fact Mix n°103 de King Midas Sound réalisé pour Fact Magazine en novembre 2009 avec entre autres Burial, Gregory Isaacs, Sade, Vincent Gallo et King Midas Sound évidemment :


Koudlam « Goodbye »

On ne sait pas grand chose du Français Koudlam, certains lui donnent des origines mexicaines, d'autres ivoiriennes. Toujours est il que l'univers de koudlam surprend, mêlant techno décharnée, BO de films, prog-rock et opéra. Sa musique devient une messe, une célébration, sa voix s'impose, limpide, les claviers hoquettent, les cordes pleurent, au milieu des ruines une question pourtant, reste en suspens : êtes vous prêts pour une dernière danse ? Signé sur Pan European, le label de Turzi, « Goodbye » ne fera pas de sitôt ses adieux a notre platine.

Koudlam - Goodbye - 2009 - Pan European 




Stonephace « Stonephace »

Dès le début de l’album, avec les flûtes et le saxo mêlés, on se sent partir pour un grand voyage psychédélique, un peu comme si on réécoutait l'album "Just a Poke" de Sweet Smoke. La suite du voyage sera remplie de surprises avec toujours les flûtes et les saxos du britannique Larry Stabbins en fil conducteur, mais avec, en plus, le jeu de guitare expérimental d’Adrian Utley, échappé de Portishead, la basse de Jim Barr, lui aussi issu du groupe Bristolien, Helm De Vegas aux claviers ou encore le trompettiste Guy Barker en invité spécial, lui qui a joué avec un autre trompettiste de renom, Dizzy Gillespie. Le tout agrémenté d’une production de Krzysztof Oktalski inspirée par le hip-hop et la drum’n bass et le voyage musical qui nous est proposé nous ammène loin des frontières habituelles entre jazz et électronique. Thru Thoughts nous offre avec cet album une musique vraiment unique et innovatrice, parfois même un peu barrée et déroutante, à la manière d’un Sun Ra ou d’un Pharoah Sanders, avec un son très contemporain. Une réussite spatiale !
Le site / le myspace 


Stonephace - Stonephace - 2009 - Tru Thoughts

Terry Lynn « Kingstonlogic 2.0 »

Kingstonlogic 2.0 est à n'en pas douter un des albums les plus étonnants de l'année en Jamaïque, Terry lynn frappe un grand coup dans le paysage musical de l'île. Le style virulent de la jeune femme ne passe pas inaperçu auprès du producteur Russell "Phred" Hergert qui la prend sous son aile. Avec lui elle découvre de nouveaux sons, de nouvelles façons de produire les morceaux et à partir de là, ils peuvent se mettre à la construction d'un album scintillant. Ce disque bouscule une certaine uniformité ou plutôt frilosité jamaïquaine à l'électronique en général; et ceci grâce à une production soignée, des flows acerés ainsi qu'une énergie terrible. Avec l'arrivée de Major Lazer (le groupe de Diplo et Switch) qui eux aussi sortent un opus très original enregistré dans le studio de Bob Marley, la Jamaïque est en train de vivre sereinement une petite révolution qui l'entraine vers de nouveaux horizons musicaux et peut être que la fracassante Terry Lynn en est une des fers de lance.

Terry Lynn - Kingstonlogic 2.0 - Phree Music - 2009