Blaudzun « Seadrift soundmachine »

Michael Blaudzun est un courir cycliste qui remporta plusieurs fois le titre national de contre la montre individuel au Danemark mais se contenta par ailleurs de places d’honneur au niveau international, participant notamment à 3 tours de France en 2000, 2001 et 2003. Johannes Sigmond, pourtant originaire d’Utrecht aux Pays Bas, tient son nom de scène de ce cycliste presque anonyme. Il en existe pourtant aussi des cyclistes plus ou moins célèbre au pays de la tulipe comme Gert-Jan Theunisse ou Steven Rooks, contemporain du coureur danois, mais aux noms souvent reliés au dopage. Johannes préfère certainement l’anonymat du peloton aux unes des tabloïds. En tout cas sa musique ne l’a pas non plus porté en haut des podiums pour le moment. Son album « Seadrift Soudnmachine » sorti en début d’année regorge pourtant de merveilleuses petites pépites folks « Sunshine Parade », « The Choking Game »,  « Wolf's Behind The Glass », « February Flair », aux sobres arrangements. Des jolies mélodies, une voix remarquable, pour un album qui s’écoute et se réécoute toujours avec autant de plaisir, un peu dans la lignée de Bon Iver, d’Elvis Perkins ou de Beirut. Une musique idéale pour profiter de l’été indien avant de se plonger dans la nuit hivernale.

Blaudzun - Seadrift soundmachine - 2010 - V2 Records

"Zone" de Mathias Enard

Zone s'ouvre sur une phrase déjà commencée et qui se finira 400 pages plus loin. Il n'y a pas de point dans le monologue du voyageur qui somnole dans le train entre Milan et Rome, ses réflexions et ses souvenirs s'entrechoquent dans un dense chaos, parfois interrompu par la lecture d'un roman, sur la guerre du Liban, que Mathias Enard intercale entre les pensées du voyageur. L'identité de ce voyageur n'est pas très claire mais petit à petit on arrive à composer son portrait et sa biographie. Les conflits de ce siècle le poursuivent, lui qui a participé à la guerre en Yougoslavie, puis qui a travaillé pour une agence de renseignement dans une zone sensible, notamment en Algérie. Il est aussi obnubilé par les actes de son père pendant la guerre d'Algérie et par ce qui s'est passé au cours de la seconde guerre mondiale. A cela se mêle sa fascination pour les écrivains en perdition qui naviguent entre alcool, folie et violence. On croise les fantômes de William Burroughs à Tanger ou de Lowry à Toarmine. Les histoires d'amour n'offrent pas non plus de répit au passager, les quelques femmes qu'il a côtoyées n'ont pas pu percer la carapace de cet homme tout en noirceur et leurs relations se sont finies dans le silence et la violence.

Francis Servain Markovic n'est donc pas un agent secret à la James Bond. C'est un homme seul cerné par la violence de ce siècle et dont on ne voit pas très bien quelle genre de vie il va pouvoir reconstruire. Mathias Enard nous projette dans le bassin méditerranéen et dans l'Histoire le temps d'un voyage en train et il faut se plonger dans ce texte pour que les souvenirs puissent s'imbriquer les uns dans les autres et et nous permettent de lever un peu le voile qui entoure le voyageur.

Mathias Enard, Zone, Arles , Actes Sud : 2008. Prix Inter

Ceschi « The One Man Band Broke Up »

Dans la lignée d’un Buck 65, d’un Sole ou d’un Sage Francis, Ceschi Ramos propose un hip-hop alternatif parfois décrit comme folk en raison de son mariage avec des instruments acoustiques. Et c’est sur son propre label Fake Four Inc. que l’homme-orchestre (il joue de la guitare, de la basse, du synthé, du banjo, de l’ukulélé, du violon) sort son 3ème album solo, un  concept-album produit par DJ Scientist, le patron du label berlinois Equinox. Un album jamais monotone qui alterne un flow tranchant scandé parfois à une vitesse vertigineuse et des chants mélodieux. L’ambiance est parfois sombre et futuriste comme sur « Fallen famous », d’autre fois pop aux grosses influences psychédélique 70’s  (Pink Floyd, Robert Wyatt, ...) comme sur « Bad Jokes » ou « Bridge feat. Tommy V »  d’autres fois légère dans un style folk pop comme sur la ballade « Lament For Captain Julius » ou  « Julius' Final Song » dont la descente du refrain rappelle un certain Franck Zappa, mais c’est sur un morceau comme « Hangman » où l’homme aux 4 doigts à la main droite, exprime au mieux son potentiel, bien aidé pour l’occasion par Shoshin, Mic King et son jeune frère David Ramos

Ceschi - The One Man Band Broke Up - 2010 - Fake Four Inc.

"Predators" Nimrod Antal

Deuxième suite officielle de la saga, née en 1987 avec le cultissime Predator réalisé par McTiernan et interprété par "Schwarzy", voici le retour de l'extra-terrestre le plus dangereux de la galaxie. Un troisième volet qui arrive bien tardivement cependant, puisque le deuxième épisode fut réalisé en 1990, avec cette fois Dany Glover dans le rôle principal et un second succès à la clé. Alors quid de ce nouvel opus? — le scénario pourtant commandé en 94 à Robert Rodriguez, alors jeune réalisateur hollywoodien, était resté depuis dans les tiroirs de la Century Fox. Le Predator fut inhumé dans les années 2000 afin de l'opposer à Alien dans les deux crossovers "AVP" (Alien Vs Predator pour les néophytes), une série bien en deçà des deux séries originelles. Fort du succès de ces 2 films, la Fox s'est décidée à relancer la série d'origine à partir du scénario de Rodriguez devenu depuis le chantre de la Série B de qualité (Il était une fois au Mexique, Sin City...) Il en est même devenu le producteur à défaut (et c'est un peu dommage d'ailleurs) d'en être le réalisateur. Le film a d'ailleurs été tourné dans ses studios du Texas.— Son scénario, ne manque pas d'originalité, à commencer par le lieu de l'action qui se passe sur la planète des Prédators, sur laquelle sont parachutés dès le prologue les protagonistes de l'histoire. Tous sont des professionnels des armes, du combat ou de la chasse et vont se retrouver bien évidemment chassés par le(s) chasseur(s) extra-terrestre(s). Le film se suit avec plaisir, d'autant qu'il ne manque pas de petites surprises, comme cette scène où les protagonistes se battent contre la meute extra-terrestre des predators, le relookage de la bête créée par Stan winston est plutôt réussi aussi. Par ailleurs, le fait que l'action se déroule dans une forêt qui de surcroît ressemble d'un peu trop près à une forêt terrestre m'a personnellement un peu déçu, d'autant que ce décor rappelle un peu trop celui du premier film. Je ne demande pas que cette forêt soit aussi différente que celle d' Avatar mais quand même… Pour ma part, j'aurais choisi un autre terrain de chasse, comme les montagnes désertiques d'Afghanistan par exemple. J'aurais aussi sûrement gardé l'action sur Terre afin de mieux coller à la série. Le fait est que l'action se déroulant sur une autre planète, ça tue un peu le postulat de départ de Prédator qui tenait plus du film d'action philosophique que de la série B. Ici, on est dans la série B pure. D'autant que la réalisation de Nimrod est un peu planplan. Il est heureusement secondé par une pléiade d'acteurs de premier choix, comme Laurence Fishburne ou Adrien Brody plutôt habitué aux films d'auteurs qui trouve ici l'occasion de plaire à un plus large public.

Andreya Triana « Lost Where I Belong »

On a pu découvrir Andreya Triana cette année sur le dernier et décevant album de Bonobo « Black sands » illuminant notamment le single « The Keeper » alors qu’elle avait déjà collaboré avec Natural Self sur l’album « The Art of Vibration » en  2008 ou avec Flying Lotus sur l’ep « Reset » en 2007. Cette fois-ci c’est en solo qu’elle revient dans un style où de nombreuses chanteuses « à voix » nous servent régulièrement une soupe indigeste ou du moins rébarbative. Andreya, elle, nous envoute avec sa voix sur une musique précieuse, pleine de charme, et jamais ennuyeuse. Entre morceau soul voir parfois même funky tel « Far Closer », guitares jazzy sur « Lost Where I Belong », petites touches électro sur le single « A Town Called Obsolete » dont Flying Lotus a réalisé un remix à découvrir rempli de beats, ou encore un petit côté bossa nova sur « Something In The Silence », Andreya Triana, bien soutenu par Simon Green aka Bonobo, nous offre une bien belle surprise, par l'intermédiaire du label Ninja Tune, qui nous fait oublier le bien fade « Soldier Of Love » de Sade dans un style dans lequel l'ancienne excellait il y a quelques années !

Andreya Triana - Lost Where I Belong - 2010 - Ninja Tune

 

Lorn "Nothing Else"

Signé sur Brainfeeder, le label créé par Flying Lotus, Lorn débarque avec un deuxième album à la frontière de styles comme le dubstep, hip hop, trip hop et electro. Difficile de s'y retrouver parmi toutes ces appellations. On peut par contre de toutes évidences parler de bass music avec des ambiances assez glaciales dans l'ensemble. Cela ne veut pas pour autant dire que l'on ne se trouve pas devant un opus inspiré. L' immersion dans le monde de ce jeune garçon de l'Illinois vaut le détour, certes pas forcément évidente mais passionnante. Ce monde où ça ne rigole pas dispose de titres envoutants, les beats syncopés et les basses lourdes appuient une atmosphère oppressante mais Lorn ne perd jamais le sens de la mélodie. Derrière cette enveloppe inhospitalière se cachent des morceaux d'une grande sensibilité, avec une vraie identité. Je découvre ce disque un peu tard et contrairement à ce que j'ai pu lire parfois, je trouve que sa musique amène un peu de sang frais dans un style qui tournait par moments en rond dernièrement. N' hésitez pas à vous laisser tenter par le côté obscur de Lorn.

Lorn - nothing else - 2010 -brainfreeder

Lost in the Trees « All Alone In An Empty House »

« La musique de Lost In The Trees ne ressemble à rien que vous ayez déjà entendu mais à tout ce que vous avez envie d’entendre » ! C'est la façon dont ce collectif originaire de Chapel Hill en Caroline du Nord, et mené par le singer-songwriter  Ari Picker, défini sa propre musique sur son myspace. Voilà qui parait plutôt présomptueux. Mais dès le 1er morceau « All Alone In An Empty House », on se rend compte que la musique n’est pas faite de ce tonneau-là. Certes il y a de l’ambition et de l’inventivité mais c’est de la sincérité et de l’émotion qu’on ressent à son écoute. On est immédiatement plongé dans cette maison vide, accompagné d’arpèges de guitare et rythmé par les grincements d'une vieille chaise. Puis la section de cordes (violons et violoncelles), la section des cuivres (tuba en tête) et les chœurs viennent se marier au  folk brut. Sublime. La suite de l’album fera une place à deux titres carrément classiques « Mvt. I Sketch » et « Mvt. II Sketch », à des envolées pop dignes des plus grands groupes chorales de ces dernières années, sur « Fireplace »  notamment, ou à des morceaux plus folk et mélancoliques tel « We Burn The Leaves ». Ce n’est pas forcément la musique que vous avez toujours rêver d’entendre mais son écoute se révèle quoi qu'il en soit de toute beauté.

Lost in The trees - All Alone In An Empty House - 2010 -Anti-Records 



La  Blogothèque a eu l'occasion de réaliser récemment un concert à emporter avec Lost in the Trees illustré par la vidéo ci-dessous. Le morceau joué ne se trouve par sur cet album mais sur le prometteur ep de 2007 « Time Taunts Me ».


La renaissance française

Il faudra certainement encore quelques temps avant que le sport français cicatrise l'affaire de Knysna, mais la connerie de footballeurs au Mondial sud-africain a le mérite d'avoir sonné comme un réveil de nos sportifs. La jeune génération de L. Blanc, malgré une défaite, a montré de belles choses, et a surtout donné un peu d'air à une équipe  dont les joueurs se prenaient trop pour des stars. Enfin elle a réveillé tous les sportifs français en général, qui veulent désormais se battre pour l'honneur du maillot et moins pour les euros. Ainsi, Christophe le Maitre « el maestro », le jeune prodige, qui s'est laissé quelques poils au menton, afin de montrer qu'il avait atteint la puberté, a montré qu'un blanc courant bizarrement pouvait atteindre les sommets. Et dans la foulée, les athlètes et nageurs français multiplient les médailles, sans oublier nos cyclistes sur le tour de France (6 victoires d'étape, même si le 1er Français au général est à près d'une demi-heure des dopés; au pardon c'est vrai qu'il n'y a plus de dopage sur le tour, la performance de Lance Armstrong l'a bien montré). Dans la foulée, notre équipe de basket joue son mondial fin août en Turquie, elle aussi privée de stars blessés NBA (Turiaf, Beaubois, Pietrus), en repos (Parker), ou négociation de contrat : ainsi Joakim Noah ne vient pas, tout ça à cause d'un petit contrat de 45 millions de dollars! Nos petits jeunes menés par le valeureux capitaine Boris Diaw doivent ainsi montrer que le collectif et l'envie peuvent faire beaucoup : pour eux , le 1er match référence (même s'il est amical) aura lieu dimanche à New York au fameux Madison Square Garden contre les USA (eux aussi amoindris). Enfin, Knysna aura le mérite de nous avoir débarrasser de Jean-Michel Larqué, et çà c'est pas une mauvaise nouvelle non plus.

The Budos Band "III"

Voici une nouvelle production Daptone, celle-ci était plutôt attendue. Après leur ep de 2009, Le Budos Band nous propose donc le troisième album du combo avec ce "III" qui suit les remarquables "I" et "II". On pourrait commencer à se dire que Thomas Brenneck et sa bande de musiciens commencent à nous sortir par les oreilles avec leur formule afro-soul-funk et pourtant c'est encore une fois une petite bombe qu'ils nous lâchent. La formule n'a pas changé, les protégés de Brenneck brassent un bon paquet de références passant par l' Éthiopie, le rock et des ambiances parfois plus psychédéliques. Le tout avec un sens du groove quasi naturel. Percussions, claviers et cuivres enflammés s'en donnent à cœur joie sur des mélodies entêtantes. Alors difficile de ne pas saluer une belle mécanique comme celle-ci, "Rite of the ancients", "Unbroken, unshaven" ou "Mark of the unnamed" ont tout pour devenir de vrais classiques. Pas de panne d'inspiration donc et grande maîtrise pour ce talentueux combo. Ce "III" est au final fortement recommandable pour la deuxième partie de saison.

The Budos Band - III - 2010 - Daptone records