Anthony Joseph & The Spasm Band « Bird head son »

C’est un jubilatoire melting pot de black music, une musique colorée et positive au groove funky que propose Anthony Joseph avec The Spasm Band. Mais c'est aussi du free-jazz, avec un saxophoniste de folie, des rythmes africains envoûtants, du rock avec une guitare parfois tranchante, des flûtes caribéennes, et le chant du leader soul, mais plus souvent déclamé en slam avec une énergie et une implication digne d’un Gil Scott Heron. Les musiciens jouent avec une très grande liberté et ce n’est pas la présence d’invités prestigieux comme Keziah Jones ou encore le tromboniste de Defunkt, Joe Bowie, qui vont gâcher notre plaisir. Anthony Joseph, originaire de Trinidad, est aussi un poète reconnu en Angleterre, suivant les traces de LKJ avec comme thème de prédilection la diaspora africaine. Il cite Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor comme influences majeures en tant que pionniers de la conscience noire, ainsi que les poètes beatniks Allen Ginsberg et William Burroughs.

Anthony Joseph & The Spasm Band - Bird head son - 2009 - Heavenly Sweetness



Fever Ray

Voici un bel OVNI venu de Suède. Karin Dreijer Anderson vient peut être de produire un des albums les plus surprenants de l' année. La chanteuse de "the knife" s' essaye au solo avec brio et même si ses morceaux ont un côté dark très prononcé, il est recommandable de se jeter sur ce disque. La voix de miss Anderson oscille entre chants grégoriens et accents plus enfantins. La production électro spectrale donnent à ses morceaux une ambiance surprenante et hypnotisante. Ce disque ne pouvait venir que du nord. Le froid, le noir sont toujours présents. On se dit qu'un disque pareil n' aurait pas vu le jour dans un pays latin et pourtant malgré tout ce qui donne envie de reculer Fever Ray accouche là d'un opus superbe qui vous hantera de longs moments. « I'm Not Done »par exemple, devrait figurer dans toutes les playlists radio qui se respectent.

Fever Ray - 2009 - Rabid Records

Balmorhea « All is wild all is silent »

Michael Muller et Rob Lowe, les deux hommes de base de Balmorhea, sont accompagnés ici par 4 musiciens pour former un sextet admirable. Entre musique de chambre et folk avec guitares acoustiques et banjo, l'ensemble est instrumental où seules quelques voix lointaines interviennent de temps à autre. Les compositions nous plongent au cœur des grands espaces du Texas, entre canyons et déserts. L’ambiance est calme avec des légères touches de piano et des subtils arpèges de guitare, on est comme dans un rêve, jusqu’au changement de rythme soudain avec une guitare plus nerveuse et des montées de cordes qui finissent par s’imposer. C'est comme si le ciel devenait menaçant, que le décor s'assombrissait. Mais finalement la tension retombe, il n’y a pas d’explosion, la menace cède sa place au calme, le soleil et la lumière reviennent, la tension nous lâche. Le grand ouest américain s’invite chez nous et tout est sauvage, tout est silencieux.

Balmorhea - All is wild all is silent - 2009 - Western Vinyl


Davy Sicard « Kabar »

Davy Sicard, né en région parisienne d’un père malgache et d’une mère réunionnaise, nous propose un maloya métissé. Ce style musical, bien que jamais officiellement interdit, avait fini par être dénigré par certains réunionnais, le considérant comme une musique de sauvage trop répétitive pour être intéressante. Mais aujourd’hui le maloya a été réhabilité et symbolise à merveille l’identité réunionnaise. Avec sa musique, plus proche de la chanson que de la musique traditionnelle, Davy Sicard nous communique une sorte de sérénité. La voix du chanteur est douce et les mélodies sont délicates. Accompagnées d’une guitare ou de percussions traditionnelles, les paroles, presque exclusivement en créole, sont difficilement compréhensibles pour le commun des francophones. Il y aborde la prise de conscience sur la vie, sur le monde après une période de deuil, mais aussi le quotidien des Réunionnais et les grands problèmes sociétaux comme le matérialisme croissant et l’écologie. C’est un hymne à la vie, un album pour ouvrir les yeux et l’esprit de ceux qui l’écouteront.

Davy Sicard - Kabar - 2008 -Up Music


Chinese Man « The Groove Sessions Vol.2 »

Sur la pochette de « The groove sessions » on pouvait voir une bande de gamins chinois a l’air espiègle. Cette photo illustrait parfaitement l'album rempli de très bonne surprises dont l’une avait d’ailleurs été exploité par une célèbre firme automobile allemande pour illustrer sa publicité. La pochette du second volume qui vient de sortir fait référence à la première. Les gamins ont grandi et sont devenus de jeunes adultes, mais ils semblent toujours prendre un plaisir énorme à l’écoute de leur transistor. Ça illustre très bien l’évolution du collectif français. Et le plaisir ils savent le partager et le répandre à travers le monde. Ça fait parfois penser à Doctor Flake ou encore à Wax Taylor pour les références françaises. Mais les influences majeures sont issus de la scène hip-hop de San Francisco symbolisée par DJ Shadow, les labels Anticon et son abstract hip-hop, Stones Throw ou encore Quannum, label né sur les cendres de Solesides. Zé Mateo, Sly et High Ku, n’ont pas peur de l’éclectisme puisqu’ils piochent leurs samples dans tous les genres, de la musique indienne au hip hop old school en passant par le folk, le funk brésilien, la musique cubaine et aussi africaine. Ils nous offrent même un remix de « Day by day » de Femi Kuti issu de son très recommandable dernier album.

Chinese Man - The Groove Sessions Vol.2 - 2009 - Chinese Records

Le clip de « 7th street » est réalisé par Fred & Annabelle, eux aussi membres du collectif Chinese Records.

Kutiman « mixes you tube »

Ce sont des rencontres virtuelles entre musiciens amateurs que propose Kutiman sur Thru-You. En se baladant sur le web, il tombe sur la vidéo d’un batteur expliquant sa façon de jouer, l’idée lui est alors venu de trouver d’autres musiciens pour jouer avec ce mec. Kutiman joue donc le rôle de chef d’orchestre du 21ème siècle en assemblant des vidéos de musiciens amateurs issues de YouTube, le site de partage de vidéos international. Il travaille le son et l’image en découpant, collant, redécoupant, montant et remontant l’ensemble. C’est un travail sur la matière très contemporain que réalise le musicien remixeur israélien. Le résultat est un ensemble de vidéos originales plutôt réussies allant du funk à la soul en passant par le hip hop. Tous les musiciens sont crédités avec des liens vers les vidéos originales. On se rend alors encore mieux compte du boulot formidable réalisé par Ophir Kutiel alias Kutiman. Ses remix font aujourd’hui un buzz sur le net et cet art du remix à partir des vidéos amateurs, certainement la plus grande bibliothèque de samples du monde, risque de faire de nombreux émules. Par sûr toutefois que tous soient aussi talentueux que le musicien de Tel Aviv.

Kutiman - Mixes YouTube - 2009 - Thru-You 

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Ici la vidéo de « I’m New »

thunderheist

Thunderheist sort sur Big dada son premier album. ce duo canadien est composé par Grahm zilla, dj ayant collaboré avec Girl Talk, Prodigy ou encore TTC, et Isis, la chanteuse, originaire du Niger. Ce disque risque de faire beaucoup de bruit sur la planète electro hip hop. Leurs morceaux sont incisifs, les flows d' Isis se posent parfaitement sur les productions de son compère. Il faut dire que des morceaux comme "Jerk it", "Anthem" ou "Sweet 16" sont assez irrésistibles et secouent un peu la marmite hip hop en y injectant du funk, du disco ou du R & B. Grahm Zilla raconte que la création du groupe vient d' un fichier instrumental envoyé par erreur à Isis qui a posé quelques voix sur les mix et ramené tout ça a Zilla. La suite c' est ce grand disque pour fiestas qui devrait faire le bonheur de tous les bons dancefloors.
le myspace de thunderheist 

Thunderheist - 2009 - Big Dada

« La Belle Affaire », T.C. Boyle

Paru en 1984 aux Etats Unis ,«La Belle Affaire» est le récit de quelques compères décidés à se lancer dans la culture et le commerce du cannabis. Félix, Gesh et Phil sont trois trentenaires un peu paumés qui vivent de petits boulots, tournent au Quaalude et à la ganja et finissent de temps en temps au trou pour conduite en état d'ivresse. Ils s'associent à Vogelsang, le bailleur de fond et Dowst, étudiant-chercheur en botanique, pour monter une exploitation de marijuana sur les hauteurs de San Francisco. La vie en communauté des trois énergumènes, alcooliques et en manque de femmes, entraîne quelques tensions. Les apprentis paysans doivent en plus compter avec un voisinage plutôt bourru, une nature pas toujours coopérante et un flic qui se la joue shérif en lutte contre la drogue.
Le roman se lit d'une traite. Les personnages sont truculents et l'auteur sait manier les images suggestives («La mari n'a pas atterri sur la table basse, que déjà Dowst la chope, ouvre la blague de plastique et renifle - ou pour mieux dire, s'en respire plein les bronches, comme un plongeur qui refait surface à demi suffoqué -, grimace de dégoût et s'empresse de rejeter la chose, à croire qu'elle contient d'innommables rebuts, je ne sais pas, moi, des étrons de clébard ou des œufs de moineau en putréfaction, pour dire.») pour nous faire partager l'atmosphère de cette «colo» plutôt bordélique et vouée au désastre.

La Belle Affaire, T.C. Boyle, Paris : Phébus, 1991 (également en poche)

Issa Bagayogo « Mali Koura »

Aujourd’hui à 48 ans, Issa Bagayogo est considéré comme un artiste accompli reconnaissable au timbre grave de sa voix et à sa dextérité au kamele n’goni, instrument traditionnel très populaire en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, d’où il est originaire. Pourtant, on a bien failli ne jamais découvrir son talent puisqu’au début des années 90, après deux échecs commerciaux, Issa Bagayogo décide de faire carrière comme chauffeur de bus à Bamako. Il s'enfonce alors dans la défonce, sa femme le quitte et au sein de son village on le dit même fou. Un jour il reprend sa vie en main et rencontre Yves Wernert, ingénieur du son et directeur artistique de Mali K7, avec lequel il se lance dans une nouvelle aventure musicale entre musique traditionnelle malienne et samples rythmiques. L'album « Sya » obtient un gros succès au Mali et « Techno Issa » peut alors commencer une nouvelle vie. « Mali Koura » est son 4ème album en 10 ans, il mélange les sons avec naturel et les instruments traditionnels semblent en harmonie avec les sons plus occidentaux. C’est un peu une rencontre entre la musique traditionnelle mandingue, l’afrobeat de Fela, le jazz de Miles Davis, et le blues africain d’Ali Farka Touré. L'ensemble avec un son très actuel.

Issa Bagayogo - Mali Koura - 2008 - Six Degrees

SIG « Free Cinematic Sessions »

Les « Free Cinematic Sessions » sont issus de rencontres entre musiciens amis provoqués par Siegfried alias Sig, polyinstrumentiste, cinéaste et photographe mais avant tout voyageur à la recherche de rencontres. Les sessions présentées sous formes de 3 albums réunis sont le résultat de nombreuses impros, de recherches et de trouvailles parfois. C’est une fusion entre musiciens libres chacun à l’écoute de l’autre. On voyage ainsi dans différents univers. Le « Hip Blue Session » nous mène de Tokyo à 5 heures du mat jusque la place du tertre de Montmartre en compagnie de Sig au violoncelle, au piano, et aux percussions, de Kus à la beat box et de Stalk au saxophone. L’ « Elegia Session » plus jazz et plus intimiste fait des escales à Bangkok et Istambul avec Sig cette fois accompagné d'Erik Truffaz à la trompette. « Cameleon Session » est plus orientale et navigue entre Marrakech et Istambul toujours avec Sig ici en compagnie du joueur de flutes Chris Hayward. Ces sessions sont disponibles chez Makasound, qui nous avait plus habitué à du reggae roots notamment avec la superbe collection Ina De Yard. Ici on navigue sans frontières musicales entre jazz, trip-hop, transe, et musique orientale. SIG, avec Siefried, Kus, qu’on a entendu notamment sur le dernier album de Spleen à la beatbox et Stalk, aventureux saxophoniste, est actuellement en voyage à travers l’Europe, de Sofia à Lille en passant par Bratislava, Rome et Lisbonne, afin de partager leur musique à tous les curieux européens.


SIG - Free Cinematic Sessions - 2008 - Makasound


Voici une vidéo-interview de Sig, réalisée à Paris en février dernier pour les blogs arte TV à l’occasion de la sortie de « Kinogama ».

Have a Good Night #4 – Compilation de berçeuses

Le label lyonnais Blog Up Musique propose en téléchargement gratuit sur son site Internet et depuis le 25 mars, le 4ème volume de « Have a good night ». Au revoir Simone, Grizzly Bear, Jana Hunter, Rubin Steiner, Ramona Cordova, Tender Forever faisaient parti du tracklisting des volumes précédents, toujours téléchargeables gratuitement aujourd’hui. Pour ce 4ème volume, 24 artistes indépendants sont à découvrir dans des univers musicaux variés. La majorité est constituée d’artistes français dont les plus connus sont peut-être Julien Ribot ou encore François Virot tous deux auteurs d’albums appréciés en 2008. Les autres sont des artistes en devenir comme Mina Tindle, une chanteuse à suivre dans le futur, ou encore Pollyanna, un duo folk parisien. Mais c’est aussi l’occasion de partir en Espagne avec Maria Rodés, au Mali avec Sidi Touré pour une des plus belles berceuses de l’album, ou encore en Argentine avec Julieta Sabanes. Une fois les bambins partis au pays d’Orphée, les parents pourront alors s’immerger avec grand plaisir dans des univers musicaux enchanteurs. Chaque mois le label va nous offrir une nouvelle berceuse, juqu’au 25 décembre 2009, date à laquelle on pourra télécharger entièrement le nouveau volume. Un joli cadeau de noël en prévision. On choisit même la pochette de l’album à découper soi-même parmi différents dessins réalisés pas des enfants. Des concerts vont avoir lieu durant toute l’année 2009, une tournée est même en prévision pour le mois de Septembre et les bénéfices réalisés lors des concerts seront reversés à l’association Junior Solidarité.

Have a Good Night #4 - 2009 - Blog Up Musique