Fredo Viola « The Turn »

Fredo Viola est un artiste polyvalent (chanteur, musicien mais aussi réalisateur), né à Londres d’un père Américain. Il a grandi entre Rome et l’Angleterre avant de migrer aux États Unis où il a pris des leçons de piano et de violon, et intégré une école de cinéma. Au printemps 2008 il a sorti « The Sad Song » un ep qui a attiré à lui un nombre considérable d’éloges de musiciens, de réalisateurs et de journalistes. La vidéo du titre éponyme, Réalisée avec un appareil photo ne mémorisant que 15 secondes de film est un véritable régal. L’album « The Turn » est sorti en version digitale en Décembre 2008 mais ne sortira en version CD que le 16 Mars 2009.
En attendant, on peut s’immerger dans son très original site web avec des fenêtres dissimulées ici ou là qui permettent de découvrir de nombreuses vidéos. Notamment le clip de « The Sad Song » mais aussi la vidéo accompagnant le magnifique morceau « The Turn » constituée de séquences tournées à New York, ou encore « Silent Night » montés avec des images de son ami Nils Christian Fossdal chantant avec lui de sa Norvège. Des collages qui permettent de regrouper des enregistrements de voix et d’images en une seule expérience audiovisuelle. Cet homme marie la musique et l’image de façon très originale et on est curieux de découvrir ses performances scéniques puisqu’il avoue vouloir exporter ce crossover en live.

Fredo Viola - The Turn - 2009 - Because Music


Antony & The Johnsons « Crying light »

Quel début d’année 2009! Avec la sortie de Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective, bon mais pas la révolution annoncée, de Tonight de Franz Ferdinand, qui contient quelques tubes comme le groupe a l’habitude d’en sortir, de « The turn » de Fredo Viola, qui ne sortira qu’en mars mais qu’on trouve déjà en ligne, le magnifique album de Matt Bauer (chroniqué ici), voici la sortie du nouvel album d’Antony & The Johnsons. Tout ça en attendant ceux d'Alela Diane et d'Andrew Bird.
Mais il faut prendre le temps de s’immerger dans l’univers tourmenté d’Antony Hegarty avec ses Johnsons. Dans un premier temps, on ne peut rester insensible à la pochette représentant Kazuo Ohno, un danseur japonais. A son propos Antony dit : « Dans chaque pas qu’il fait sur scène, il mêle innocence et mystère » (interview dans la Blogothèque). Et avec sa voix, sublime et irréelle, Antony aussi est mystérieux même si elle agace parfois certains. mais comme avec la poignante Nina Simone la douleur transpire à travers elle. La musique l’accompagnant (piano et violons en tête) est encore plus épurée que sur son parfait « I’m a bird now » datant de 2005 et met en avant sa voix si particulière. « shake the devil » qu’on peut entendre sur son mini « another world » présageait quelques surprises mais Antony continue son chemin artistique sur la même voie. C’est un peu dommage mais on a ici un artiste si rare qu'on le suit tout de même avec plaisir !
Le site d'Antony and the Johnsons

Antony & The Johnsons - Crying light - 2009 - Rough Trade

Daewoo

A l’occasion de la fermeture de leurs usines, François Bon a écouté les ouvrières de Daewoo et nous rapporte ici leurs récits. Plusieurs voix se mêlent pour évoquer les conditions de travail, la vie de famille qui pâtit des horaires en trois-huit et les méthodes de management des patrons coréens.
La forme littéraire originale laisse toute sa place aux paroles de ces femmes. Elles racontent leur quotidien avec humour, nostalgie parfois et une grande lucidité. En effet elles ne cachent rien de la dureté de leur vie. L’auteur est un intermédiaire qui assemble les voix et façonne la matière brute. De ces histoires d’ouvrières il fait une œuvre littéraire. Il nous permet de pénétrer dans l’usine et de côtoyer ces femmes. On salue la sensibilité d’un homme qui nous rapproche de ces filles, et nous fait partager leur univers.
François Bon est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur de grandes figures de la scène rock des années 70 : Bob Dylan, les Rolling Stones et Led Zeppelin tout dernièrement. A découvrir.
Daewoo, BON, François, Paris : Fayard, 2004.

The Souljazz Orchestra « Manifesto »

The Souljazz Orchestra a la réputation d’embraser les scènes où il se représente mais il offre aussi sur disque une énergie très communicative. « Manifesto » est son nouvel album, avec toujours une base afro-beat mais de plus en plus d’influences funk et jazz, une petite touche latine et parfois un semblant de musique éthiopienne. Le fantôme de Fela plane au dessus des Canadiens mais James Brown vient aussi y jeter une oreille et Mahmoud Ahmed prendrait certainement un énorme plaisir à se faire accompagner par cet orchestre ! L’afrobeat n’a plus de frontières musicales, ni géographiques, puisque les plus grands groupes actuels sont originaires de New York, avec Antibalas ou le Budos Band, d’Ottawa avec The Souljazz Orchestra justement, et même de France avec les Montpelliérains de Fanga. Nomo, un autre groupe originaire des Etats Unis, a aussi réalisé un très bon album l’an dernier, intitulé « Ghost rock » qui va encore plus loin dans le brassage musical et mérite vraiment d'être écouté.
Le site de The Soul Jazz Orchestra & Le myspace de Nomo

The Souljazz Orchestra - Manifesto - 2008 - Do Right

Ivo Papasov « Dance of the Falcon »

Ivo Papasov (Иво Папазов) est d’origine rom turque et né en Bulgarie à la frontière de la Turquie justement et de la Grêce. C’est un virtuose de la clarinette et un monument de la musique de mariage qu’il a révolutionnée dans les années 70 en y apportant des instruments électriques. Avec l'avènement de la démocratie en Bulgarie dans les années 90, il a atteint une notoriété internationale recevant même en 2005 le prix du public de la BBC 's Radio3 World Music Award, faisant l’admiration de tous ses compatriotes. Après plus de trente ans de carrière, « Dance of the Falcon » sort en 2008. Une collection de morceaux qu’il voulait enregistrer depuis longtemps. Des titres qu’il a hérité de sa famille et qu’il est heureux d’enregistrer, dans une version moderne, pour léguer sa culture aux générations futures avec notamment une version surprenante de « la panthère rose ». Papasov joue à une vitesse stupéfiante la musique traditionnelle bulgare ainsi que d’autres régions du sud des Balkans, une musique qui s’orientalise même parfois pour notre plus grand plaisir. Il symbolise quelque part le succès de la musique des Balkans, souvent jouée par des Roms, dans le reste de l’Europe, contrastant avec la situation précaire de la communauté tzigane dans ces pays.
my space d' Ivo Papasov

Ivo Papasov - Dance of the Falcon - 2008 World Village

Balkans-Transit

François Maspero (éditeur, traducteur, écrivain et intellectuel atypique) a effectué plusieurs voyages dans les Balkans au cours des années 90. Il en fait un récit passionnant dans Balkans-Transit. Sa sincérité, son humour, son ouverture d’esprit permettent au lecteur de voyager dans ces contrées méconnues et pourtant si proches. François Maspero, et Klavdij Sluban, le photographe, font la plupart de leurs rencontres dans les bus ou les trains, les cafés populaires ou les petites pensions chez l’habitant. Les anecdotes et les rencontres se succèdent mais l’auteur nous livre aussi des éléments de l’histoire plus ou moins récente de la région. Les échanges avec les habitants et les observations du quotidien alimentent des réflexions sur la place des Balkans dans l’Europe et sur l’avenir de cette région bouleversée par des guerres. Ces pages nous font voyager et réfléchir. Très enrichissant.

Balkans-Transit, MASPERO François, SLUBAN Klavdij. Paris : Le Seuil, 1997.
Prix RFI-Témoin du monde, 1997.

Beirut - Le clip de « La Llorona »

En attendant la sortie d'un double maxi le 17 février 2009 (« March of the Zapotec » signé Beirut et « Holland » signé Realpeople du nom du premier projet musical de Zach Condon), on peut d'ores et déjà découvrir un premier titre de Beirut « La Llorona » dans une vidéo sous forme de dessins animés. Une mise en bouche qui nous fait saliver avec une explosion de cuivres.

Beirut, qui avait du annuler sa précédente tournée en raison d'une « grosse fatigue » plutôt inquiétante de Zach Condon, sera de retour pour une tournée internationale en 2009. Le groupe se produira sur la scène du Bataclan le 12 mai 2009. Des billets seront mis en vente dès le 16 janvier. Alors, Parisiens, Parisiennes, foncez pour ne rien regretter!

Matt Bauer « The island moved in the storm »

Certains d’entre nous ne se sont pas encore remis de l’album de Bon Iver qu’on doit déjà faire face à la sortie de nouveaux albums tout aussi excitants. « The island moved in the storm » du New-Yorkais Matt Bauer risque de marquer l’année 2009 aussi durablement que l’album « For Emma, forever ago » en 2008. Ses chansons sont toutes inspirées par un fait divers ayant marqué sa jeunesse. Dans le Kentucky où il a grandi, une femme à l’identité mystérieuse a été retrouvée en 1968, enveloppée d’un drap au fond d’une rivière. La pochette de l’album illustre d’ailleurs superbement l’histoire de cette femme surnommée « The Tent Girl ». Matt Bauer à travers ce drame, raconte un peu son histoire. Il pose sa voix rauque sur des chansons folk aux arrangements sobres, accompagné parfois de Mariee Sioux ou encore d’Alela Diane, qu’il accompagne régulièrement de son banjo sur scène. Les poils se hérissent de plaisir et la chair de poule nous prend. Cet album est beau et lumineux en dépit du côté glauque de l'histoire qui l'a inspiré.
Le site de Matt Bauer

Matt Bauer - The island moved in the storm - 2009 - La Société Expéditionnaire

Le Photographe

A travers cette bande-dessinée en 3 volumes on vit un voyage et une aventure hors du commun dans les montagnes afghanes. Didier Lefèvre y raconte sa propre expérience. En 1986 il est engagé comme photographe par Médecins Sans Frontières pour témoigner de leurs actions. Pour remplir cette mission il va suivre un convoi humanitaire au départ du Pakistan jusqu’aux régions reculées de l’Afghanistan. Le voyage se fait à pied et à dos de cheval pour le matériel et de nuit pour éviter les bombardements russes. L’équipe de MSF fait route avec les moudjahidine afghans qui eux convoient des armes pour la guérilla, et qui sont seuls capables de les guider et de les protéger. Les médecins installent des dispensaires de fortune dans les villages et tentent de soigner les blessés de guerre autant que les misères du quotidien dans un dénuement presque total. Pour clore son périple le photographe décide de faire le chemin du retour seul.
Cette BD mêle les photos de Didier Lefèvre prises lors de cette aventure et les dessins de Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier, qui permettent de faire un récit. On découvre des médecins humanistes et courageux, des guerriers farouches, des villageois qui souffrent de la guerre. Les paysages sont somptueux. Le photographe nous prête son œil et sa naïveté pour nous permettre de vivre cette aventure exceptionnelle avec eux. La forme originale qui mêle dessins et photos noir et blanc, autant que l’histoire font de cette lecture un vrai régal.
Le DVD qui l’accompagne montre des images terribles de certains épisodes racontés dans la BD. Il complète la lecture et nous plonge avec moins de distance dans les horreurs de la guerre.

http://www.lephotographe.dupuis.com/

Le Photographe tome 1, GUIBERT, LEFEVRE, D., LEMERCIER, F., Paris : éditions Dupuis, 2003, (collection Aire libre).
Le Photographe tome 2, GUIBERT, LEFEVRE, D., LEMERCIER, F., Paris : éditions Dupuis, 2004, (collection Aire libre).
Le Photographe tome 3, GUIBERT, LEFEVRE, D., LEMERCIER, F., Paris : éditions Dupuis, 2006, (collection Aire libre).

Melissa Laveaux « Camphor & Copper »

Melissa Laveaux est une nouvelle venue sur la scène soul folk actuelle et certainement l’une des plus originale et des plus douée. Née à Montréal, au Canada, Melissa a aujourd’hui 23 ans et vit depuis un an à Paris. Ses parents, originaire d’Haïti, pays qu’ils ont quitté pour fuir la dictature, n’ont pas manqué de lui transmettre leur culture créole. Influencée par ses origines îliennes mais aussi par des grandes dames comme Nina Simone ou Cesaria Evoria, et des chanteuses actuelles comme Lauryn Hill ou encore Lhasa, c’est une musique métissée que nous livre la jeune fille. Avec sa voix chaude et légèrement voilée, elle chante aussi bien en anglais qu’en créole et parfois en français, pour un 1er album « Camphor & Copper », très chaleureux. On est séduit par la jeune fille à qui on prédit un avenir des meilleurs.
myspace de Melissa Laveaux 

Melissa Laveaux - Camphor & Copper - 2008 - NoFormat


SEMA « Ekho »

A la croisée de l’Orient et de l’Occident se situe Istanbul. La situation géographique de la ville offre à ses habitants des influences diverses donnant naissance à une scène musicale riche et singulière. Sema, c’est aussi le nom donné à la danse des derviches tourneurs, consistant a tournoyer lentement sur soi-même, la main droite tourné vers le ciel et la main gauche vers la terre, est une chanteuse, symbole de la ville. Elle avait rejoint l’Allemagne après le putch militaire de 1980 où elle s’est formée à la musique classique turque, au jazz et à l’opéra. Elle est revenue à Istanbul en 1996 comme beaucoup de ses compatriotes, sentant naître une nouvelle vague de création artistique. Son album « Ekho » est sorti en 2006 et « Ekho2 » est prévu pour très bientôt. Avec sa voix si particulière, elle se permet une relecture très personnelle de la tradition et il suffit de fermer les yeux et de l’écouter pour s’imaginer siroter un délicieux petit café turc au bord du Bosphore. A savourer sans modération.
myspace de Sema

Sema - Ekho - 2006 - Hammer Muzik

Bar Kokhba « Lucifer : Book of Angels Volume 10 »

Chaque volume de la série « Book of Angels », regroupant des compositions du prolifique John Zorn, porte le nom d’un ange cité dans la Torah et est interprété par une formation différente. Pour le volume 10 c’est l’excellent sextet Bar Kokhda qui s’est attaqué aux compositions pas toujours très accessibles du New-Yorkais. Et c’est un véritable bijou qu’ils nous ont offert. Un travail d’orfèvre avec des musiciens énormes mais qui ne tombent jamais, bien heureusement, dans la démonstration technique. On sent du plaisir chez les musiciens et une réelle envie de nous le partager. Les cordes sont somptueuses, la rythmique est subtile avec une touche latine aux percussions, et la guitare de Marc Ribot illumine l’ensemble. Cette musique nous fait voyager en alliant tradition juive et modernité.
A noter que « Book Of Angels Volume 11 » interprété par Medeski, Martin & Woods est aussi sorti en 2008.


Joey Baron à la batterie,
Mark Feldman au violon,
Marc Ribot à la guitare,
Cyro Baptista aux percussions,
Greg Cohen à la contrebasse,
et Erik Friedlander au violoncelle.



Bar Kokhba -Lucifer : Book of Angels Volume 10 - 2008 - Tzadik

Meilleurs albums 2008 - n°1 - Bon Iver « For Emma, forever ago »


Incontestablement, Bon Iver nous a offert le disque de l’année 2008. Déjà sorti, mais de manière très confidentielle, en 2007, cet album a été composé durant l’hiver 2006 en pleine forêt, dans une cabane en bois. Justin Vernon venait de vivre une rupture difficile, le plongeant alors dans une déprime. Il vécut cette période comme un retour aux sources nécessaire, propice à la réflexion et la méditation. Il en est sorti des chansons intimes et douloureuses. Ce mec a une voix qui nous touche et nous bouleverse à la première écoute et continue de nous émouvoir par la suite. Lui qui adule Aretha Franklin pour les émotions qu’elle sait transmettre nous prouve ici qu’il est aussi capable du meilleur dans ce domaine. Un folk brut et épuré qui traversera les années à n’en pas douter.

Bon Iver - For Emma, forever ago - 2008 - jag jaguwar