Vic Chesnutt « At The Cut »

chronique de l'album de Vic Chesnutt At The CutSur son nouvel album, Vic Chesnutt nous envoie d'entrée une véritable claque avec le titre « Coward ». Quelques arpèges de guitare, des cordes, puis le chant... « I am a coward », « je suis un lâche », un chant qui se mue parfois en cri de douleur. La guitare s'électrise alors, elle aussi criante, la batterie est frappée lourdement, puis le morceau se calme. Mais l'ambiance de l'album est définitivement posée. C'est sûr, on ne ressortira pas indemne de son écoute. Par la suite, on va alterner entre folk acoustique avec guitare sans aucun florilège, des airs plus jazzy où les balais caressent les peaux de la batterie, des arrangements de piano magnifiques, et des envolées électriques parfois dévastatrices comme sur « Philip Guston », où la voix revient plus puissante, et les guitares acérées. Chaque morceau est une pierre essentielle à l'édifice que forme « At the cut ». Et comme sur son précédent opus, « North Star Deserter », l'artiste canadien, à la fragilité tangible, est soutenu par Guy Picciotto, guitariste de Fugazi et les membres de A Silver Mt. Zion, des collègues du label Constellation. Des musiciens qui donnent toute son aspérité aux compositions de Vic Chesnutt où l'on flirte autant avec la mort, «  Flirted with You All My Life », qu'avec la beauté pure.

Vic Chesnutt - At The Cut - Constellation - 2009
 

Timber Timbre « Timber Timbre »

Timber timbre, c'est avant tout Taylor Kirk, chanteur canadien à la voix surprenante, comme sortie tout droit des années 50. Une voix  pleine d'écho qui résonne comme celle d'un fantôme et à certains instants on croirait même entendre celle d'Elvis. Avec cet album sans nom, le troisième après « Cedar Shakes » en 2006 et «  Medicinals » en 2007, qui il faut bien l'avouer étaient passés complètement inaperçus par ici, on baigne dans des atmosphères étranges entre folk, blues et country.  Les compositions sont dépouillées avec des titres parfois sombres, on peut ainsi entendre un blues rythmé au clavier, des guitares aiguisées et parfois même une ligne de basse et une rythmique des plus pesantes. D'autres titres sont plus doux, plus cotonneux avec des notes de guitares claires, des nappes de claviers et par endroits des chœurs angéliques. Du début à la fin, on est baladé entre enfer et paradis comme sur le magnifique titre « Trouble Comes Knoking », qui débute à la manière d'un vieux blues bien sombre avant de s'alléger avec une nappe de clavier plus clémente alors que dans la deuxième partie tous les instruments se réunissent pour nous offrir un final de toute beauté.

Timber Timbre - Timber Timbre - Arts&Crafts - 2009

Warp20

Le label Warp a eu l'excellente idée de sortir, pour ses 20 ans, une quadruple compilation divisée en 2 blocs. "Chosen" regroupe une première sélection compilée après un vote des fans sur internet. On n'y trouve pas de grosses surprises mais beaucoup de morceaux inépuisables qui ont fait en partie la renommée du label de Sheffield, avec bien évidemment Aphex Twin, Battles, Squarepusher, LFO ou Plaid avec le tube "Eyen". Sur le second disque, le tracklisting est assuré par Steve Beckett, l'un des fondateurs du label. "Recreated" propose sur les 2 CD compilés, une sélection plus en phase avec le style de productions actuelles du label. Et c'est la jeune garde qui s'emploie à la relecture de classiques avec plus ou moins de réussite. Leila s'en sort haut la main sur un morceau d'Aphex Twin, mais c'est plus compliqué par exemple pour Tim Exile sur "a little bit more" de Jamie Lidell. Quelque part, la frustration l'emporte devant certains choix qu'on aurait aimé plus pertinents, cependant ce Box set dispose tout de même de son lot de pistes stimulantes, avec entre autre, un superbe "3/4 heart" de Black Dog Productions revu ici par Mark Pritchard. Il ne faut donc pas faire la fine bouche car Warp nous offre une rétrospective riche qui confirme que, même si ce n'est plus ce qu'il était, ce label fascine toujours autant. Voici donc un bel objet pour les fêtes de noël qui approchent. 

Warp20 - 2009 - Warp


Black Météoric Star


Black Météoric Star est le dernier projet de Gavin Russon originaire du Rhode Island , membre de la famille New Yorkaise DFA et maintenant installé a Berlin. Ce globe trotter est un cas a part. Son dernier album éponyme témoigne de l'habileté du monsieur a créer un paysage sonore entre early house et rock psychédélique. Ses compositions a effets de tunnel sur près d'une dizaine de minutes parfois entraine l'auditeur dans une hypnose générale entre transe physique et voyage immobile. Nul doute qu'on dansera comme des dingues sur ce diable d'album.  Black Météoric Star ou la techno primitive vue par Gavin Russon, impossible d'en ressortir indemne.

Black Météoric Star - Black Météoric Star - 2009 - DFA Records



Coming Soon « Ghost Train Tragedy »

Étant donné la qualité de leur 1er album « New Grids », et des performances live de la bande originaire de Kidderminster, une bourgade virtuelle, à proximité d'Annecy, c'est avec un plaisir non dissimulé qu'on monte dans ce train fantôme en compagnie de Coming Soon. L'album démarre en trombe avec « Walking », titre bien rock, toute guitares dehors, chanté par Howard Hughes. Ainsi, le groupe marque d'entrée son évolution, et sa différence avec le précédent opus, bien plus rustique et plus folk. Par la suite, le groupe va faire la démonstration de tout son potentiel. Howard Hughes pose sa voix grave sur la majorité des morceaux, parfois accompagné par la jolie voix de Mary-Salomé, multi-instrumentiste puisqu'elle joue aussi bien  des percussions style balafon, que de la trompette ou de la flûte. Mais le leader vocal laisse aussi le micro aux autres membres du groupe avec des atmosphères chaque fois différentes bien que toujours influencés par le rock des années 70 (Comment ne pas songer au « Marquee Moon » de Television sur « Don't Sell Me To The French » ?). Leo Bear Creek, le tout jeune batteur, prouve à cette occasion avec « School Trip Bus Crash », très influencé par les mélodies des Beatles ou des Beach Boys, qu'il n'a aucun complexe. A l'arrivée le voyage en train fantôme se révèle plus être une véritable bouffée de fraicheur qu'une plongée claustrophobique dans des couloirs sombres parsemés d'étranges surprises. On est bien loin finalement de la tragédie annoncée dans le titre.

Coming Soon - ghost train Tragedy - 2009 - Kitchen  Music


« The Informant ! », Steven Soderbergh

Voici le dernier opus de Soderbergh, qui fut révélé en 1989 par son film Sexe, mensonges, et vidéo avec lequel il reçoit la palme d’or. Il est depuis un réalisateur prolifique qui alterne film expérimental (Schizopolis, Full Frontal, Bubbles) et film commercial (La série Ocean, Traffic). Ceci étant, la frontière entre ses différentes réalisations n’est pas aussi marquée: le style des unes nourrissant les autres et vice versa. Soderbergh est avant tout un cinéaste qui explore. Cette année encore, il ne déroge pas à sa réputation et a sorti en catimini au début de l’été Girlfriend Experience avec Sasha Grey, star du X américain avant de sortir à la fin de l’été The Informant avec Matt Damon — Ce film raconte l’histoire de Mark Whitacre, cadre supérieur d’une entreprise agro-alimentaire qui décide sur un coup de tête de balancer aux autorités les pratiques frauduleuses de son groupe. Il devra, pour prouver cela, devenir l’informateur du FBI mais comme l’indique l’excellente affiche du film “il ne vous a pas tout dit…”. En effet, le héros farfelu de ce film n’aura de cesse de modifier son témoignage omettant même de dire aux autorités qu’il bénéficie lui aussi de certaines de ces pratiques — C’est tout l’intérêt de ce film qui suit les mésaventures d’un personnage complexe, ambigu qui se veut à la fois le révélateur d’une politique de la transparence alors qu’il est lui même malhonnête. Soderbergh aborde ici l’un de ses thèmes de prédilection, le mensonge, la face cachée des apparences mais aussi l’adversité et l'argent— L’intrigue ne cesse de nous dérouter comme le fait Mark Whitacre avec les représentants du FBI tout au long de l’histoire et alterne ainsi entre le film d’espionnage industriel et la comédie. Un ton vériste aurait sûrement donné une vision pathétique du personnage mais c’est sans compter sur le réalisateur qui a une réelle sympathie pour lui. Les choix de mise en scène sont utilisés dans ce sens et illustrent principalement les complexes méandres du cerveau du héros et le décalage entre ce dernier et la société dans laquelle il évolue. En ce sens le film est plutôt réussi. L’histoire se passe au début des années 90 alors que par exemple la BO signée Marvin Hamlisch, un maitre de la musique de film puisqu’il a entre autre signé la musique de l’arnaque, est dans un style rétro-jazzy pleine de swing digne des soundtracks des 70's. Ces mélodies aux touches humoristiques, positives, et bondissantes, appuyée par une photographie au couleurs passées, signée Soderbergh "himself", contribuent a donner un aspect vintage au film. Le ton léger, enjoué et décalé choisi par Soderbergh pour nous raconter cette invraisemblable histoire qui s’inspire pourtant d’une histoire vraie nous aide à ne pas tomber dans l’ennui qui se fait pourtant un peu sentir dans la première partie du film. Ceci vient d’un scénario un petit peu trop alambiqué qui perd volontairement notre attention. — Même si le film gagne en intérêt sur la dernière demie-heure, on retiendra surtout de ce dernier Steven Soderberg qu’on a vu plus inspiré (L’anglais!), l’interprétation de Matt Damon. Il signe ici encore une fois une réelle performance, subtile et nuancée. Il explore toutes les facettes de son personnage qui passe de rusé potentiel à idiot éventuel, de complètement dérangé à possible manipulateur. Il rend son personnage drôle et éminemment attachant. Ce rôle lui permettra sans nul doute de concourir aux Oscars et d’y être récompensé comme Julia Roberts qui interprétait Erin Brockovich, autre film de Soderbergh basé sur un personnage réel qui défraya la chronique US.

The Informant ! - Steven Soderbergh - 2009 - Warner Bros



« Jouer juste », François Bégaudeau

Réservez-vous un après-midi ou une soirée pour lire d'une traite les 90 pages de « Jouer juste ». En effet il vous faudra un peu de calme et de concentration pour venir à bout de ce pourtant court roman, le premier de François Bégaudeau.
C'est la fin du temps réglementaire dans une finale de Coupe d'Europe; match nul, les footballeurs et leur coach sont au vestiaire et attendent le coup d'envoi des prolongations. L'entraîneur ne se fend pas d'un speech classique pour encourager ses troupes. Il leur sert un discours-fleuve qui mêle considérations techniques, philosophie du sport et confidences sur sa vie intime. Car « jouer juste » s'applique pour le narrateur aussi bien au sport qu'au couple et les deux sont finalement imbriqués l'un dans l'autre tout au long du récit. Un phrase peut ainsi commencer par une interpellation à un des joueurs et finir par un souvenir de la vie avec Julie. Le narrateur tente de maîtriser sa vie privée comme un match de foot en suivant des règles qu'il invente au fur et à mesure. Mais sa volonté de contraindre et de maîtriser les sentiments touche à la perversité quand les règles se font de plus en plus cruelles et finissent par mener inexorablement à la rupture.
Un objet littéraire pas vraiment réservé aux footeux.

BEGAUDEAU François, Jouer juste, Paris : Veticales, 2003 (également en poche)

Ocote Soul Sounds « Coconut Rock »

Ocote Soul Sounds est un projet mené de mains de maîtres par Martin Perna, saxophoniste-multi-instrumentiste, fondateur d'Antibalas et Adrian Quesada guitariste du Grupo Fantasma (latin rock) et de Brownout (latin funk). Ces deux expérimentateurs de talent se retrouvent pour leur 3ème album en commun et laissent une fois de plus libre court à leur imagination débordante. Et ce projet leur donne une liberté qu'ils ne connaissent pas lorsqu'ils se retrouvent en bande (12 musiciens en ce qui concerne Antibalas). Ils sont accompagnés d'un super-groupe composé d'amis proches et de collaborateurs de longues dates tel Victor Axelrod, le clavier d'Antibalas, Todd Simon, trompettiste chez Conie Price ou avec Breakestra, mais aussi la chanteuse Tita Lima. Cette chanteuse brésilienne, qui n'est autre que la fille du bassiste d'Os mutantes, démontre avec l'incandescent «  Vendendo Saude e Fe » qu'elle est surtout une magnifique chanteuse. Avec ses cuivres funky, sa rythmique latine, ses solos de guitare à la Santana, ses claviers à la éthiopiques, comme sur « U Fin, Mi Comienzo », ses chants brésiliens, ses flûtes psychédéliques, cette musique nous transporte, au point qu'en fermant les yeux, on entend le vinyle tourner et craquer sur la platine, notre corps se détend et notre esprit s'envole.

On peut aussi écouter une excellente sélection de morceaux du Nicaragua, par Martin Perna sur ParisDJ en cliquant ici. 

Ocote Soul Sounds - Coconut Rock - 2009 - ESL Music

Breakestra « Dusk Till Dawn »

Quatre ans que la bande de Miles Tackett n'avait pas mis les pieds en studios après le très réussi Hit The Floor (le bien nommé). Le résultat est convaincant et on ne peut qu'être pressé d'aller se bouger sur un dancefloor en écoutant le penchant live de ce nouvel opus dédié au regretté collègue de platines DJ Dusk. On pourrait parler de recette tant les influences aux JB's ou aux Meters sont évidentes. Mais c'est bien tout le spectre du funk au sens large qui est couvert ici. La maîtrise instrumentale est telle que l'ensemble est toujours assez organique et frais. Les rythmiques font toujours mouche et les breakbeats sont toujours aussi excitants. On pourra aussi apprécier des arrangements jamais trop convenus mettant en valeur les sections de cuivres. D'emblée, l'énergie est de mise sur les titres "Need A Little Love" et "Dark Clouds Rain". Miles Tackett et Mixmasterwolf se partagent le micro et quelques invités de choix viennent épaissir la sauce; Afrodyete sur le très soul "Come On Over" et Chali 2Na pour un Hip Hop vintage "Posed To Be". Le choix est donc large avec des surprises comme cette guitare quasi garage sur le psychédélique "Show You The Way" ou des instrumentaux impeccables "Back At The Boathouse". On pourra également (moins) aimer les tentatives d'ouvrir le répertoire aux cordes "Me & Michelle" et "I Don't Wanna Wait". Si l'ensemble semble moins homogène que sur le précédent album, il s'impose tout de même naturellement dès qu'une envie de danser pointe le bout de ses jambes.

Breakestra - Dusk till dawn - Strut Records - 2009

Emily Jane White « Victorian America »


Emily Jane White, l'artiste californienne qui nous avait charmé l'an dernier avec « Dark Undercoat », revient aujourd'hui avec « Victorian America », un album dans la même veine  folk intimiste. Mais cette fois-ci la production est plus léchée, moins brute,  et l'orchestration plus riche. Elle  s'accompagne toujours à la guitare et au piano avec un enrobage de cordes (violon et violoncelle) et la pedal steel guitare tient ici une place considérable donnant parfois une atmosphère de Grand Ouest américain. Certains comparent sa voix à Cat Power, d'autres à Hope Sandoval, qui vient justement de sortir  un bel album baptisé « Through The Devil Softly » mais on peut aussi trouver un air de ressemblance avec la voix de l'Irlandaise Sinead O'Connor. La musique est sombre et mélancolique et on sent la chanteuse marquée par Nick Cave et P.J. Harvey, bien que beaucoup moins rock. Elle habite littéralement ses compositions comme sur « Stairs », indéniablement le GRAND morceau de cet album, un titre de plus de 6 minutes, avec des changements de rythme grandioses. On ne s'en remet pas. « Victorian America » avec sa mélodie fantomatique, « Frozen Heart », ou « Lizea » nous habitent aussi très longtemps. La charmante américaine ayant passé un an de sa vie dans la capitale girondine, pas étonnant que ce soit l'excellent label bordelais Talitres Records qui propose cette sortie en France. Encore un album enthousiasmant après ceux de Scary Mansion et de Forest Fire.
site officiel / myspace

Emily Jane White - Victorian America - 2009 - Talitres Records 

Aufgang

Aufgang est un trio composé de Francesco Tristano, Rami khalifé, pianistes tous les deux, et Aymeric Westrich, batteur. Ce combo, apparu pour la première fois au festival Sonar puis aux Transmusicales de Rennes, débarque avec un premier album où la formation classique des musiciens rencontre leur passion commune pour la techno. Et on se retrouve devant un grand disque avec des morceaux absolument géniaux, je pense notamment à "sonar" ou "channel 7". D'autres pistes sont plus ardues, le côté classique pur s'y ressent par moments, mais il y a aussi quelques morceaux carrément taillés pour le dancefloor. Dans l'ensemble, il y a un véritable équilibre entre la rythmique et le piano où l'on sent qu'ils se mettent au diapason l'un de l'autre suivant l'ambiance des pistes, la retenue du piano laisse plus d'espace au travail de Westrich qui peux aussi ajouter à ses kicks des nappes électro ou des effets. A l'inverse il appuie moins sur certains morceaux, les pianistes s' en donnent alors à cœur joie, et ce n'est absolument pas un disque d'ascenseur mais plutôt un bon moment de musique contemporaine bien au dessus de certaines productions électro-classique superficielles. Jeff Mills et Agoria en sont fans, c'est d'ailleurs sur le label de ce dernier qu'ils ont signé. La créativité de ce trio est manifeste et il faut peut-être plusieurs écoutes de ce disque pour en prendre pleinement la mesure mais dans la production électro, il restera , espérons le, une référence.

Aufgang - Aufgang - 2009 - Infiné



Omar Souleyman « dabké 2020 »

Après une première compilation sidérante « Highway to Hassake », le label de Seattle Sublime Frequencies publie la suite des aventures du Syrien Omar Souleyman, chantre d'une musique qui rythme les fêtes traditionnelles du Moyen-Orient, soit une bande son mutante, modernisée, à grand renfort de boites à rythmes, de courbes hypnotiques et de synthés frénétiques, sur des poèmes écrits par ses soins et ceux de son complice de longue date Mahmoud Harbi. Cette décoction ne ressemble à pas grand chose d'entendu par chez nous. Nul doute qu'elle filera le tournis à tous ceux qui ont des fourmis dans les jambes.
Coup de chapeau à cet insolite label Sublime Frequencies qui depuis quelques années s'est spécialisé dans les curiosités planétaires (Cambodge, Iraq, Corée du Nord, ...) ou encore le Sahara Occidental avec Group Doueh, une autre de leur découverte a écouter d' urgence.

 


Omar Souleyman - dabké 2020 - Sublime Frequencies - 2009

Alela Diane featuring Alina Hardin « Alela & Alina »

On n'osait plus y croire mais avec ce nouvel ep en duo avec Mlle Alina Hardin, on retrouve le plaisir d'écouter Alela Diane. Nombreux, parmi ceux qui avaient été transis de plaisir à l'écoute de l'enchanteur premier album « The Pirate's Gospel », ont été déçus par la surproduction un peu plate de son deuxième opus « To Be Still ». Et ceux qui ont eu l'occasion de la voir sur scène avec l'omniprésence masculine de son guitariste de père et de son bassiste de boyfriend, n'avaient pas été rassurés. L'émotion ne passait plus. La choriste Alina essayait certes d'en apporter une touche d'émotion avec sa voix de velours, mais son manque de charisme ou sa timidité exacerbée aux cotés des mâles dominants ne pesait pas lourd dans la balance. Alors, même si ce n'est jamais pareille la deuxième fois, on retrouve avec ce mini album tout ce qui faisait du premier opus de la Californienne, un magnifique objet à nous hérisser les poils. Avec deux reprises de morceaux traditionnels, dont la magnifique balade « Matty groves » qui date du 17ème siècle, deux compositions d'Alela, une d'Alina et une reprise du légendaire Townes Van Zandt, les deux Californiennes nous proposent un disque très dépouillé enregistré en quelques jours entre deux concerts. Deux chanteuses et deux guitares, on ne demande rien de plus finalement!

 Alela Diane featuring Alina Hardin - Alela & Alina - 2009 - Rough Trade


Shantel « Planet Paprika »

Avec son nouvel album, Shantel nous invite sur une nouvelle planète musicale, la planète Paprika. En utilisant les ingrédients de la musique populaire traditionnelle des pays de l'est, le musicien-DJ allemand nous sert une musique très actuelle à la rythmique fortement sautillante. Entre deux airs d'accordéon en ouverture et clôture de l'album, on devient avec plaisir « a citizen of Paprika », passant notre temps à danser sur les airs balkaniques fortement cuivrés du Bucovina Club Orkestar. La musique navigue d'Est en Ouest, et du Nord au Sud sans frontières, de  la Roumanie à la Turquie en passant par la Grèce. « Bucovina Club », un de ses classiques, enregistré précédemment avec le groupe roumain Mahala Raï Banda, est revisité ici avec guitare acoustique et petits sons électro subtils et « Being Authentic », un titre à la MIA mixé à la sauce balkanique contribuent à la modernité de l'album. Shantel est un peu à la musique de l'est ce que Manu Chao est à la musique sud-américaine. Il la popularise avec des pop songs festives entrainant son public sur les dancefloors. Il n'y a qu'à voir les vidéos de ses prestations scéniques à travers l'Europe pour se rendre compte de sa capacité à rendre un public complètement dingue.
le site / le myspace 

Shantel - Planet Paprika - Crammed - 2009


« District 9 », Neill Blomkamp

Le film le plus attendu de la rentrée cinéma. Avant sa sortie, le film bénéficie déjà d’une aura de film culte: “Le film de l’année” pour certains , “le renouveau de la SF” pour d’autres, attendu aussi car produit par Peter Jackson, cinéaste culte s’il en est! Le problème avec les films qui suscitent une telle curiosité, c’est qu’ils peuvent aussi décevoir quand finalement on les découvre ! Le film ne manque cependant pas de qualités, et il serait dommage de bouder notre plaisir. — En effet, le film démarre sous les meilleurs hospices, sous la forme d’un reportage télé et nous plonge directement dans une situation pour le moins étrange. Nous sommes à Johannesburg, où 20 ans auparavant une navette spatiale bourrée d’extra-terrestres s’est arrêtée au-dessus de la ville. Depuis ce “jour où la terre s’arrêta”, ces non-humains, surnommés “crevettes”, sont parqués par les humains dans un ghetto du nom de District 9. A travers le reportage, nous suivons Wikus Van der Merwe, personnage un peu minable qui travaille pour la MNU, entreprise chargée de la gestions des “crevettes”. Wikus, qui au passage est le beau-fils d’un ponte de l’entreprise se voit confié la mission d’aller faire signer aux habitants du district un papier “prétexte” à leur expulsion. Cette entrée en matière est vraiment brillante, l’utilisation de la caméra portée et de la vision subjective (artifice très à la mode ces dernières années, de Blair witch’ à Rec en passant par Cloverfield) nous font rentrer dans l’histoire immédiatement et ces procédés renforcent l’impact des effets spéciaux, donnant à leur intégration un caractère hyper-réaliste et du coup réussi. On est captivé d’autant que la parabole sociale est évidente : la nationalité sud-africaine du réalisateur et le choix de Johannesburg comme lieu de l’action faisant référence à l’Apartheid. Mais a fortiori on peut y voir aussi pour nous européens un rappel de la situation des clandestins de Sangatte. — Ceci étant, District 9 reste avant tout un film de SF et d’entertainment avec poursuites, explosions et gunfights qui sont les ingrédients classiques du film d’action actuel. En effet, dans la seconde partie du film, nous continuons à suivre les aventures ou plutôt mésaventures de Wikus, qui, contaminé par un virus extra-terrestre , devient alors le centre névralgique de l’histoire. Le style du film change puisque l’on passe d’une vision subjective à une vision objective, même si elle est souvent relayée par le prisme de la caméra des informations télé. Wikus se métamorphose peu à peu en non-humain et ça rappelle le sujet de La mouche. Hybride, il est alors capable d’utiliser la technologie extra-terrestre et, de surcroît, leurs armes hyper-puissantes qui sont évidemment le centre d’intérêt des laboratoires expérimentaux de la MNU mais aussi des gangs armés des ghettos. C’est l’histoire du citoyen lambda qui se retrouve au cœur d’une situation qui le dépasse. Il faudra alors qu’il se révèle meilleur pour pouvoir s’en sortir. Le film vire alors au buddy movie où un humain et un non-humain s’associent dans une série de scènes pétaradantes, parce qu’ils ont un intérêt commun. — La morale, au final, puisque c’est un conte, est que l’on peut à tout moment devenir le rejeté, le paria d’une société dite de droit.— Le jeune réalisateur , Neill Blomkamp (trente ans au compteur !) s’en tire quand même plutôt bien. Le problème de son film est qu’il commence tellement fort que la suite, plutôt dans l’esprit série B ou blockbuster de l’été, ne peut que décevoir. On retiendra notamment de ce film la scène où Wikus détruit un nid de non-humains. Dans cette scène tout y est horrible Même si à mon sens District 9 n’est pas aussi génial qu’annoncé, il procure son lot de moments forts. Il faut quand même rappeler que c’est un premier film, ce qui est déjà un évènement en soit! Neill Blomkamp a réalisé au préalable quelques publicités, notamment celle de la voiture Transformer Citroën. Pour ceux qui ont vu le film, ça leurs donnera l’occasion d' apprécier une nouvelle fois le goût prononcé du réalisateur pour les robots. Sinon, l’aventure District 9 se poursuit sur la toile avec pas moins de deux sites: D-9.com et MNUSpreadsLies.com. Par ailleurs il faut savoir que le réalisateur s’est inspiré directement de deux de ses court-métrages: Halo Landfall qui date de 2007 et surtout de Alive in Joburg daté de 2005 que je vous laisse découvrir pour ceux qui ne l’ont pas vu juste ici sur De la lune on entend tout.

District 9 - Neill Blomkamp – 2009 – Metropolitans Films, Tristar


« Mausolée », Rouja Lazarova

Il y a de nombreux points communs entre l'auteur, la narratrice et les personnages du roman. Mais il y a aussi beaucoup de distance et de retenue entre ces femmes. Par exemple la narratrice, Miléna adulte qui s'exprime à la première personne, parle de la petite fille qu'elle était à la troisième personne. Et si l'enfant hait le vigile du lycée qui enduit les grilles de l'école de saindoux pour empêcher les élèves de grimper par dessus, la narratrice elle "n'éprouve plus que de la pitié". De même entre Miléna et sa mère les gestes d'affection sont pleins de pudeur : "Je l'ai prise dans mes bras. Puis je me suis détachée, car je n'étais plus la petite fille câline d'antan." C'est que ces femmes, Miléna, sa mère Rada et sa grand-mère Gaby, sans doute comme Rouja Lazarova -"née en Bulgarie communiste" ainsi que l'indique la quatrième de couverture- ont perdu spontanéité et fantaisie à force de se heurter de plein fouet à la brutalité du système communiste bulgare. On est frappé par la haine qu'éprouvent ces femmes contre le régime totalitaire et par la force de caractère dont elles font preuve pour rester intègres dans un monde corrompu et injuste. Le récit est un peu adouci par des rencontres amoureuses (qui peuvent aussi tourner au vinaigre ou rester platoniques) ou des souvenirs de vacances au bord de la Mer Noire. Et les années qui suivent la Chute du communisme ne sont guère plus riantes même si elles apportent la liberté. Les rencontres avec les étrangers entraînent de véritables chocs pour Miléna surtout quand des Français défendent le communisme qui n'est pour eux qu'une mode ou un idéal utopique. Dans son pays le fric et la mafia ont pris les manettes du pouvoir et continuent à ériger une société injuste et inégalitaire. "Mausolée" n'est pas qu'un témoignage historique c'est surtout l'imbrication littéraire de vies et de personnes qui forment tant bien que mal une famille.

LAZAROVA Rouja, Mausolée, Paris : Flammarion, 2009

Céu « Vagarosa »

Autant vous le dire tout de suite, ce n'est pas la Brésilienne Céu avec son 2ème album « Varagosa » qui va nous aider à prendre le rythme d'une rentrée qui s'annonce délicate. « Varagosa » signifie « Lentement » en portugais, un mot complètement à contre-courant de ce qu'on nous demande aujourd'hui où la productivité est maître-mot. On sent que la chanteuse pauliste n'a qu'une envie, c'est de ralentir, de profiter du présent. Une humeur certainement liée à sa maternité nouvelle et sa petite fille Rosa à qui elle dédie un titre de Jorge Ben. « Rosa Menina Rosa » est joué avec Los Sebosos Postizos, une bande de Sao Paulo, avec guitare psyché, vibraphone, orgue et rythmes dub. Ce titre reflète un peu le reste de l'album où un mélange de bossa nova, de jazz et de dub accompagne la voix sensuelle et envoutante de la néo New-yorkaise. Du prologue typiquement brésilien à « Espaconave » et ses airs du « Carvanseraï » de Santana (eh oui!), l'album est rempli de titres à la beauté pure, au rythme lancinant. Et même si parfois on aimerait qu'elle se lâche un peu plus, pourquoi pas dans une veine plus hip-hop, puisqu'elle concède avoir comme influences Jurassic 5, Erikah Badu, ou encore The Roots, il faut admettre que par les temps qui court, Il est vraiment bon de prendre son temps.

Céu - Vagarosa - Six Degrees Records - 2009