Jamie.T « Kings & Queens »

« So British » !!! Voilà ce qu'on se dit après l'écoute du deuxième album de Jamie T, jeune artiste de 23 ans, originaire de Wimbledon, dans la périphérie de Londres, là même où se déroule chaque année le célèbre tournoi du Grand Chelem de tennis. Mais Jamie.T ne nous propose pas une musique policée à l'image du tournoi sur gazon où les joueurs ont le devoir de se vêtir tout en blanc et de réaliser des courbettes devant Sa Majesté la Reine. La musique de ce mec vient de la rue, influencée autant par le punk et la pop que par le hip-hop. Il a du écouter en boucle « Sandinista » et « Combat Rock » des Clash, mais aussi Mike Skinner à qui il a été comparé dès la sortie de son 1er album « Panic Prevention ». Ses deux premiers singles, « Stick'n Stones » et « Chaka Demus », chansons courtes aux refrains accrocheurs, prouvent à eux seuls l'efficacité de ses compositions. Mais sur cet album on retrouve aussi des titres folk acoustiques, « Emily's Heart » ou « Jilly Armeen », et sur « Earth Wind & Fire », il sample la voix de Joan Baez preuve de son respect pour Dylan et tout son univers. On entend aussi des titres influencés par ses contemporains MIA ou Arctic Monkeys sur « 368 » et « Castro Dies ». Un album aux mélodies positives et à l'énergie communicative, bien loin, très loin même, des travées discrètes du stade de Wimbledon.

Jamie.T - Kings & Queens - Virgin - 2009

Mayer Hawthorne "A Strange Arrangement"

Encore un album rétro soul pop dans la lignée de Amy Winehouse, Raphael Saadiq ou encore Eli "paperboy" Reed me direz vous. Et bien oui. Et même si ça commence à sentir un peu le réchauffé, il est indéniable qu'il y a quelques productions qui sortent du lot, "A Strange Arrangement" de Mayer Hawthorne fait partie de celles-ci. Cet ancien DJ hip hop a été nourri au son du Motown et Stax. L'influence de ces références s'en ressent sur l'album mais le jeune homme de Détroit a réussi à trouver un style attachant. Peanut Butter Wolf et son label Stones Throw ont plutôt eu le nez fin en produisant ce disque. Car dans l'ensemble c'est réussi avec quelques morceaux un peu quelconques notamment au niveau de la voix où l'on sent que le crooner s'éparpille un peu. C'est peut être pour cela que ce n' est pas encore le nouveau grand artiste soul comme on aurait aimé l'écrire mais le disque a aussi son lot de véritables petits magots comme l'impeccable "Just ain't gonna work out" avec de très beaux chœurs, le très classe "Green eye love" ou les plus remuants "Maybe so, maybe no" et "Your easy lovin' ain't pleasin" qui permettent de s' arrêter pleinement sur cet artiste et de guetter la suite avec intérêt. 

Mayer Hawthorne - A Strange Arrangement - 2009 - Stones Throw


Black Joe Lewis & The Honeybears "Tell' Em What Your Name Is"

La relève soul sort les griffes, Black Joe Lewis & The Honeybears est un combo texan constitué de huit musiciens célébrant l'esprit de la soul et du blues avec un plaisir de jouer manifeste. Joe Lewis innove plus qu'il n' y parait, réinsufflant une vitalité et une tonalité plus "dirty sound" que la plupart des productions actuelles. Comment résister à un tel disque avec des brulots comme "Boogie", "I'm broke" ou encore "Sugarfoot" , je vous mets au défi de rester immobile en écoutant ces morceaux. Les quelques 30 minutes de ce "Tell Em What Your Name Is" ne laissent pas de place à l'ennui, jamais la fonction "repeat all" n'a été aussi utile. Black Joe Lewis et ses Honeybears nous livrent avec ce premier essai jouissif et hautement addictif, le chaînon manquant entre le blues et le punk-rock américain.
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Black Joe Lewis & The Honeybears -Tell' Em What Your Name Is - 2009- Lost Highway


Tinariwen « Imidiwan : companions »

Le nouvel album de Tinariwen, le 4ème depuis « The Radio Tisdas Sessions », est illustré par une magnifique photo. Une petite bande de gamins à la fois fiers et heureux d'être pris pour cible mais aussi intimidés par l'appareil. Des petits gars au milieu du désert, certainement à Tessalit, au cœur du désert malien, là où le groupe a transformé une vieille maison en véritable studio d'enregistrement. Un des petit gars joue d'une guitare, bricolée avec un bidon et un vieux bout de bois, et à eux tous ils symbolisent un peu le retour au source de la formation touarègue. Leur précédent album allait à la recherche de sonorités rock, et on craignait un peu que le groupe se dirige vers une musique plus commerciale, formatée pour le public occidental. On est rassuré. Ici ils vont à la recherche d'un son plus « roots », avec toujours ces lignes de guitare emmêlées si caractéristiques, une ligne de basse bien présente, des claquements de main et des chœurs féminins apportant une belle énergie et une belle émotion surtout lorsque les femmes envoient leurs « youyous ». Le premier morceau « Iidiwman Afrik Tenda », « Mes amis de toute l'Afrique », véritable tube du désert, sonne à nos oreilles comme un chant de ralliement. On rentre alors dans une sorte de transe chamanique jusqu'au dernier morceau où la parole est donnée au « vent du désert », qui nous rappelle, dans une atmosphère lourde et pesante, que la nuit dans le Sahara n'est pas forcément de tout repos, et qu'il est temps de se ressaisir.
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Tinariwen - Imidiwan : companions - 2009 - Independiente


"Un prophète", Jacques Audiard

Auréolé de son succès public et critique à Cannes, le nouveau film de Jacques Audiard était très attendu pour sa sortie. Un prophète suit le parcours en “zonzon” de Malik El Djebena. Un véritable parcours du combattant, puisqu’il s’agit avant toute chose de survivre dans cette univers extrême et violent. Pour ce faire, le jeune Malik, garçon paumé et analphabète à son arrivée, déploiera tout ce qu’il a de ressources stratégiques et d’énergie intellectuelle. A commencer par le meurtre d’un co-détenu qu’il exécutera pour le compte de César Luciani, parrain corse, maître des lieux, et devenu alors son protecteur. — Un prophète est un film dense avec plusieurs niveaux de lecture. Un aspect documentaire sur la prison comme reflet de la société extérieure: corruption, communautarisme, économie libérale. Analyse sociale du milieu carcéral: la prison comme école du crime mais également comme centre éducatif (Malik y apprend à lire), Parcours Initiatique: figure du père qu’on assassine, éloge de l’Individualisme. Une dimension fantastique qui donne au film son titre — Le film est littéralement porté par Tahar Rahim tout en retenue, secondé par Niels Arestrup qui s’offre un véritable rôle de composition puisqu’il parle corse la moitié du film.(pour moi qui suis un pinzuti* en tout cas ça le fait!) Adel Bencherif, qui interprète Ryad, personnage en quête de sérénité, est également parfait. — Mais il faut surtout ici louer le talent de Jacques Audiard. Il aborde tous les thèmes liés à la prison avec une rare finesse. Au travers de ses choix: acteurs charismatiques, mise en scène sérieuse, subtile et efficace, dialogues aux petits oignons, photographie et montage sonore adéquat, il offre ici un film certes violent mais intense, à la foi moderne notamment dans le montage et classique en ce qui concerne la construction scénaristique. Son propos est de faire de Un prophète, un anti-Scarface, héros sociopathe qui s’accomplit par la violence et la destruction, il oppose ici l’alternative d’un héros qui s’accomplit par la réflexion.
*pinzuti: littéralement "pointu" ce qui désigne ceux qui parlent avec un accent "pointu" c’est-à-dire du continent.

Un prophète - Jacques Audiard - 2009- UGC distribution

Joe Henry « Blood from stars »

L'écoute de cet album commence les larmes aux yeux par un prélude instrumental des plus poignants joué au piano par le jazzman Jason Moran. Une entrée en matière symbolisant très bien l'esprit de collaboration qui habite le New-Yorkais Joe Henry. C'est comme ça qu'on va rencontrer un casting de musiciens remarquables sur cet album. Jay Bellerose aux percussions, David Piltch à la basse et Patrick Warren aux claviers, des habitués de la maison. Levon, son saxophoniste de fils, lui aussi habitué de la maison mais qui à 17 ans vient de franchir la porte du studio familial, participant notamment au titre « Stars », et ses faux airs de « Strawberry berets » de Prince. Un nouveau venu aux samples, Keefus Ciancia et enfin mais pas le moindre, Marc Ribot, l'exceptionnel guitariste qui illumine chacun des titres où il intervient comme sur « Bellwether » ou encore « this is my favorites cages » et ses notes de flamenco. Chocolate Genius apporte aussi sa contribution au chant sur « Death the Storm ». Joe Henry aime que ses musiciens apportent leur contribution à ses propres structures c'est certainement une des raisons pour laquelle sa musique englobe plusieurs styles du folk au jazz même si ici le blues est omniprésent. Il peut ainsi chanter sans crainte sur des airs new-orleanesques que « personne ne connait l'homme [qu'il] cache » véritablement! Mais comme le plaisir est là, on s'en fout un peu.
Le site officiel


Joe Henry - Blood From Stars – 2009 – Anti-Records

« Battement d'ailes », Milena Agus

Le roman de Milena Agus est peuplé d'êtres fantasques, de conformistes qui se lâchent et de personnages angoissés. C'est une adolescente de 14 ans qui témoigne de la vie dans ce petit coin de Sardaigne où les promoteurs immobiliers n'ont pas encore réussi à déloger quelques familles. La jeune fille dresse le portrait d'une galerie de personnages, tous un peu hors-normes. Elle explique ainsi que « La famille des voisins est organisée comme une armée où le général d'armées est la grand-mère », mais personne n'ose lui avouer que son petit-fils, qu'elle croit étudiant à la Sorbonne, est musicien de jazz à Paris. La grande amie de l'héroïne c'est « Madame », une voisine qui tient une maison d'hôtes, coud ses robes dans de vieilles nappes, serviettes et rideaux et collectionne les amants pas vraiment fiables. On s'attache très vite à cette cohorte de personnages auxquels il faut ajouter le grand-père « riche citadin, professeur de philosophie par pur plaisir et non par besoin est devenu retraité et paysan prenant un malin plaisir à être pauvre ». Le décor magique de la Sardaigne apporte aussi sa note dans l'atmosphère du récit. Les odeurs de maquis, les expressions populaires, les chemins rocailleux qui descendent à la mer nous transportent dans ce petit coin d'Italie. Ce deucième roman de Milena Agus est à déguster, à lire et à relire pour profiter de la liberté de ton, de l'humour et de la naïveté présents dans le récit de ces vies cabossées mais dans lesquelles on se sent bien.

AGUS Milena, Battement d'ailes, Paris : Liana Levi, 2008

Castanets « Texas Rose, the Thaw, and the Beasts »

On avait découvert Castanets en 2004 avec "Cathedral", une musique à base de guitares folks, d'électronique, et d'envolées free jazz. On le retrouve ici pour son 5ème album sur le même label, un album plus accessible, plus "pop" mais toujours étrange et expérimental.
Castanets c'est avant tout le projet de Raymond Raposa, installé aujourd'hui à San Diego après avoir parcouru l'ensemble des États Unis. Habitué à bosser en solo, Raposa a cette fois ci invité quelques potes a participer à l'enregistrement : Jason Crane, le trompettiste du groupe punk Rocket from the Crypt, David J de Bauhaus, Pall Jenkins, le leader de Black Heart Procession, Andy Robillard de Gogogo Airheart.
Le 1er titre de l'album nous laisse imaginer du folk classique, très mélancolique, entre blues et country, avec tout de même des chœurs soul et des claquements de mains. Pourtant, dès le deuxième titre des nappes de claviers envahissent l'atmosphère pour un morceau très ambiant, un peu déroutant au départ mais finalement plus aérien que lourdingue. La suite sera une alternance de mélodies folks et d'instrumentations acoustiques avec des expérimentations sonores électro, noisy voire bruitiste parfois (comme sur l'interlude "we kept our kitchen clean and our dreaming quiet"). Entre Pink Floyd ("No Trouble"), un duo des Floyd avec Bob Dylan ("Down the line, love"), et Tangerine Dream ("Lucky old moon"), le folk de Raposa a des influences bien particulières. Finalement tout n'est pas toujours exactement comme il semble l'être réellement. C'est un peu du Lynch tout ça mais c'est passionnant aussi.

 
Castanets - Texas Rose, the Thaw, and the Beasts - 2009 - Asthmatic Kitty

Boubacar Traoré « Je chanterai pour toi »

Cet album est aussi un film de Jacques Sarasin. Une promenade à travers le Mali en compagnie de celui qu’on appelle couramment Kar Kar, « casser, casser » en souvenir de ses dribbles chaloupés qui cassaient les reins des défenseurs adverses. La voix poignante du chanteur accompagnée de sa guitare acoustique nous plonge dans l’ambiance malienne. Son histoire est racontée à travers des témoignages de proches et de témoins privilégiés. Des années 60, lorsqu’il chantait l’indépendance du pays sur radio-Mali, sans jamais gagner un sou, à l’époque actuelle et sa rencontre avec le maire de Niafunké, Ali Farka Touré en passant par la disparition de Pierette, sa chère épouse, qui l’amena à s’exiler à Paris pour travailler dans le bâtiment et chanter dans les foyers africains de la capitale. Au Mali le bruit court alors que « KarKar » est mort ! Mais un producteur anglais le ressortira de l’ombre pour le faire enregistrer ses 1ers albums à partir de 1994 pour le plus grand bonheur de ses compatriotes. Le film ne donne jamais dans le grand spectacle et joue sur la sobriété. Et cela sied très bien au personnage qu’on suit à distance, et à son humilité. C’est l’histoire parfois difficile d’un homme et aussi l'histoire d’amour d'un homme avec son pays. Mais c’est surtout un film qui met en valeur la musique et c’est là toute la magie de ce documentaire. A voir ou à écouter tout simplement.

Boubacar Traoré - Je chanterai pour toi - Harmonia - 2001

The Slew « 100% »

Le rapprochement entre rock, blues et hip hop a souvent fait crier au sacrilège les puristes des différents genres. Kid Koala, Dynamite D et les ex membres de Wolfmother forment The Slew et débarquent avec un OVNI qui pourrait réconcilier tout le monde. L'art du turntablism de Kid Koala prend ici toute sa dimension, les voix et les riffs de guitares sont scratchés, samplés, étirés et ce qui pourrait passer pour un énième exercice de style devient un album d'une richesse remarquable. On retrouve par moment chez Kid Koala sa manière de déstructurer les morceaux comme il pouvait le faire sur ses précédents albums. Pourtant ici on le sent plus au service de la rythmique, toujours présente. L'ensemble est très cohérent, beats bien lourds, groovy de temps en temps mais définitivement rock. L'influence de Led Zeppelin est évidente et la technique aux platines de Kid Koala donne au son de l' album une force et une âme qui le distingue du superficiel. Le disque est en plus en téléchargement gratuit (ici), donc n'hésitez pas à sauter dessus, pour tous les amateurs de rock'n scratch. 

The Slew - 100 % - nufonia.com - 2009


Fred Fisher Atalobhor "African Carnival"

Cette compilation retrace la carrière de Fred Fisher Atalobhor, songwriter, chanteur, tromboniste nigérian qui officia à la fin des 70's, période faste au niveau international et la scène nigériane ne fit pas exception. Une multitude de groupes naquirent à travers le pays prêts à fusionner leur héritage traditionnel comme le highlife qui submergeait alors le pays, avec la soul, la pop et le funk d'outre atlantique. C'est au milieu de cette effervescence créative que Fred Fisher Atalobhor se démarqua de ses mentors, Fela et King Sunny Ade (pour qui il ouvrit quelques premières parties) et nourrit d'autres aspirations avec son mélange d'afro-rock aux mélodies soulful d'où émane le parfum des îles. tombé dans l'oubli depuis, il continue de tourner au sein de différents groupes et semble enfin recouvrir la reconnaissance qu'il mérite. Ne gâchons pas la chance que cette compilation soignée nous offre d'écouter ces enregistrements trop longtemps oubliés.

Fred Fisher Atalobhor - African Carnival - Vampisoul - 2009

Stonephace « Stonephace »

Dès le début de l’album, avec les flûtes et le saxo mêlés, on se sent partir pour un grand voyage psychédélique, un peu comme si on réécoutait l'album "Just a Poke" de Sweet Smoke. La suite du voyage sera remplie de surprises avec toujours les flûtes et les saxos du britannique Larry Stabbins en fil conducteur, mais avec, en plus, le jeu de guitare expérimental d’Adrian Utley, échappé de Portishead, la basse de Jim Barr, lui aussi issu du groupe Bristolien, Helm De Vegas aux claviers ou encore le trompettiste Guy Barker en invité spécial, lui qui a joué avec un autre trompettiste de renom, Dizzy Gillespie. Le tout agrémenté d’une production de Krzysztof Oktalski inspirée par le hip-hop et la drum’n bass et le voyage musical qui nous est proposé nous ammène loin des frontières habituelles entre jazz et électronique. Thru Thoughts nous offre avec cet album une musique vraiment unique et innovatrice, parfois même un peu barrée et déroutante, à la manière d’un Sun Ra ou d’un Pharoah Sanders, avec un son très contemporain. Une réussite spatiale !
Le site / le myspace 


Stonephace - Stonephace - 2009 - Tru Thoughts

« Inglourious Basterds », Quentin Tarantino

Le nouveau film de Q. Tarantino, que l’on pourrait surnommer le Blender tant il aime le mélange des genres, est une version fantasmée de la Seconde Guerre mondiale. Le thème principal du film est en fait le cinéma. Cette approche permet au réalisateur de revisiter l’Histoire. Pour cette raison, Tarantino commence son film par “il était une fois” à la manière d’un conte pour enfant. Cette entrée en matière est aussi l’occasion d’un hommage au cinéma de S. Leone. La séquence d’ouverture où l’on voit s’affronter deux grands acteurs : Christoph Waltz (prix d’interprétation à cannes ) et Denis Menochet (très convaincant) fait référence à la scène d’introduction du personnage de la Brute dans le Bon, la Brute et le Truand. L’imagerie du conte reste présente tout au long du film : le petit chaperon rouge (Shosanna Dreyfus), Cendrillon (la chaussure de Bridget Von Hammersmark), le prince charmant (Frederick Zoller) etc. — Même si Tarantino n’est pas au niveau de ses premières réalisations, il reste l’un des cinéastes les plus funky d’aujourd’hui , avec sa maîtrise des dialogues (moins plombant que dans son précédent film), sa conception mythologique des personnages (Aldo l’apache, le soldat Frederick Zoller, Donnie Donowitz dit le golem ou l’ours juif…), sa mise en scène, sa direction d’acteurs incroyable, et son humour décapant. A ce propos, la scène qui introduit le personnage d’Hitler en bouffon ridicule et grand guignol inscrit le film dans la catégorie des farces du type l’As des as.— Le chapitre où l’on découvre le personnage de Diane Kruger est le moment fort du film. L’histoire prend son envol et Tarantino est à son sommet. Par ailleurs, l’idée vraiment intéressante est d’avoir jouer avec les langues originales des personnages mis en scène (français, anglais, allemand, italien), cette idée parcourt le film du début jusqu’à la fin, où dans une scène drôle, le personnage de Brad Pitt, se faisant passer pour un italien, est ridiculisé par l’éloquence polyglotte du colonel Hans Landa. Le scénario ne manque pas de belles idées et, comme à son habitude, Tarantino nous concocte du cinéma “plaisir”— Son gros défaut est en revanche de manquer parfois de subtilité et surtout de ne pas avoir de message à faire passer comme pouvait l’avoir Leone, qui faisait d’un film parodique comme le Bon la Brute et le Truand une critique acerbe de la guerre. Ici, le scénario ne sert qu’à assouvir nos vils instincts, pulsions sadiques et goût pour la vengeance. La scène où Shosanna se maquille et s’habille avant la soirée où elle accomplira sa vengeance fait penser à un Stallone des années 80, d’autant qu’elle est illustrée en bande son par le tube très 80’s Cat People (Putting Out Fire) de D. Bowie. Pourquoi faut-il aussi que tous les basterds soient juifs? (ça découle d’une pensée simpliste me semble t-il) — Ceci dit on aurait aimé connaitre chaque “basterd” du titre comme c’est le cas dans Les 12 salopards. Ici, seuls trois d’entre eux ont la faveur du réalisateur. Cela vient–il de coupes réalisées pour ne pas rallonger le montage? Qui sait, peut-être aurons-nous la chance de découvrir ces personnages en bonus DVD… @+
Inglourious Basterds - Tarantino - the Weinstein company - 2009

A Hawk and a Hacksaw « Delivrance »

« Un faucon et une scie à métaux », quel étrange nom, apparemment en référence à Don Quichote, pour le binôme constitué de Jeremy Barnes au chant, à l’accordéon et à la batterie et la virtuose Heather Trost au violon. Et lorsqu’on sait qu’ils sont originaires d’Albuquerque au Nouveau-Mexique, tout comme Zach Condom de Beirut d’ailleurs, leur musique aux influences d’Europe de l’est nous étonne encore plus. AHAAH comme on les surnomme parfois nous livre un nouvel album enregistré à Budapest avec le Hun Hangar Ensemble et de nombreux invités du cru comme le joueur de cymbalum tzigane, Kálmán Balogh, ou le trompettiste et violoniste Ferenc Kovacs. Jeremy et Heather ont vécu quelques mois en Hongrie et partager quelques verres d’alcool local avec les autochtones et la musique s’en ressent. Une musique traditionnelle jouée avec un regard « d’étranger » où l’on nous ballade dans une Europe de l’est élargie. A partir de la Hongrie et de la Roumanie, on se retrouve aussi bien en Grèce, avec le morceau d’ouverture « Foni Tu Argile », qu’en Turquie, avec « Kertesz », une chanson qui vient des cafés de Bucarest des années 60 mais fortement influencée par la musique turque. Le groupe qui est réputé pour ses improvisations festives dans les rues, sait aussi transmettre son euphorie sur disque, avec un mélange de compositions personnelles et de morceaux traditionnels. Une musique souvent instrumentale, jouée à merveille, et qui nous enchante vraiment.
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A Hawk and a Hacksaw - Delivrance - The Leaf Label – 2009