The Whitefield Brothers « Earthology »

Après un remarquable et remarqué premier album "In The Raw" il y a 8 ans déjà , les Whitefield Brothers originaires de Munich comme leur nom l'indique sont de retour avec "Earthology" soit 13 titres puissants entre funk, world, jazz, et si comme sur "In The Raw" la majorité des titres reste instrumentale les Whitefield Brothers s'entourent d'artistes, et non des moindres : Percee P, Quantic, Edan, El Michels Affair ou encore les Dap Kings qui de par leurs apparitions participent a l'éclectisme de l'ensemble. Les Whitefield Brothers nous font traverser ainsi l'Afrique, l'Asie et l'Amérique Centrale pour un voyage aux couleurs arc-en-ciel, espérons qu'il ne faudra pas attendre aussi longtemps avant leur prochain coup d'éclat.

The Whitefield Brothers - Earthology - Stones Throw - 2010

Massive Attack « Heligoland »

Au début des années 90, à une époque où les skeuds se vendaient encore en magasin, le moindre mouvement musical donnait naissance à une étiquette. Il fallait bien ranger les disques en rayon! C'est comme ça qu'est né le trip-hop, à la faveur de l'émergence de groupes, pour la plupart issus de Bristol, jouant un mélange de soul et de hip-hop, de new wave et de reggae. On prévoyait alors une vie éphémère à ce mouvement purement marketing et de nombreux groupes ont disparus. Mais le talent n'a pas besoin d'étiquettes et Portishead, Tricky et Massive Attack proposent, encore aujourd'hui de savoureux albums. Avec « Third », Portishead a sorti l’un des albums les plus marquant de l’année 2007, Tricky trace sa route avec plus ou moins de réussite, à l'image de sa récente rencontre avec South Rakkas Crew, et Massive Attack, 7 ans après « 100th Windows » et 19 ans après le désormais classique « Blue Lines » sort « Heligoland », son 5ème album. Avec des invités de premier choix comme Martina Topley-Bird, l’ex égérie de Tricky, ou encore le fidèle reggaeman Horace Andy, l'album tient plutôt bien la route malgré des transitions pas toujours très soignées. « Pray For Rain » est un morceau d’ouverture bien consistant en collaboration avec Tunde Adebimpe de TV On The Radio, et « Atlas Air » évolue en pur morceau électro sur plus de 7 minutes pour un final de toute beauté. Entre les deux « Splitting The Atom » nous ramène au début du groupe et « Paradise Circus » est un petit bijou pop avec la voix sensuelle de Hope Sandoval. Finalement, il ne manque peut-être qu'un gros single pour faire de cet album une réussite totale, mais même la collaboration avec Damon Albarn sur « Saturday Come Slow » ne donne pas le résultat escompté. Quoiqu'il en soit, le trip-hop n'a peut-être jamais existé mais Massive Attack est bel et bien en vie ! 

Massive Attack - Heligoland - Virgin - 2009

La vidéo ci-dessous de « Paradise Circus » est constituée d'une interview d'une vieille femme, Georgina Spelvin, ancienne star du porno racontant ses souvenirs de tournages, entrecoupée de scènes d'un film porno de 1973 "The Devil in Miss Jones". Éloignez les enfants!



« Invictus », Clint Eastwood

Peu importe combien le voyage sera dur,
Et combien la liste des châtiments sera lourde,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.


Sont les derniers vers d’un court poème de William Ernest Henley, le préféré de Nelson Mandela qui donne son titre au dernier film de Clint Eastwood. Le film est l’adaptation du livre de John Carlin Déjouer l’ennemi. Mieux qu’une biopic sur Mandela, l’histoire s’intéresse à la courte période ou en 1995 L’équipe de rugby Sud-Africaine, les Spingboks accède à la coupe du monde. Avant d’être un film sur le sport c’est avant tout un film politique et un hommage à l’intelligence de Mandela. Fraichement arrivé au pouvoir en 1994, après 27 années passées en prison qui feront de lui le leader incontesté de l’opposition et le héraut de la non-violence, et qui lui vaudra le prix Nobel de la Paix, Mandela président de la nouvelle république d’Afrique du Sud se retrouve à la tête d’une nation divisée. Cette scission est alors clairement exprimée dans la façon dont l’équipe nationale de rugby est soutenue. D’un côté les blancs, anciens détenteurs du pouvoir Afrikaner supporters inconditionnels de leur équipe nationale dont les rangs ne comporte d’ailleurs quasiment que des joueurs blancs de l’autre la population noire et pauvre adepte du foot et constant supporters de l’équipe opposée aux springbocks. L’intelligence de Mandela, plutôt que de suivre ses partisans qui veulent la tête de cette équipe, sera de faire de celle-ci une arme politique qui va lui permettre d’unir sa nation. Il trouvera alors en François Pienaar, le capitaine de l’équipe quelqu’un avec qui partager ses ambitions. L’un et l’autre savent d’ailleurs qu’ils jouent serré d’autant que l’équipe est plutôt mauvaise. La coupe du monde est cette année là prévue en Afrique du Sud et c’est l’occasion ou jamais pour Mandela de réussir son pari— Il est intéressant de voir combien ce film tombe a pic. Tant d’un point de vue sportif, puisque cette année verra se dérouler la coupe du monde de foot en Afrique du Sud, un pays qui n’a pas encore résolu tous ses problèmes que d’un point de vue politique. Clint Eastwood qu’on sait pourtant être républicain connaît la situation d’Obama aux États-Unis, mais également ici en France, où à l’heure d’un débat sur l’identité nationale qui acerbe les divisions au sein de la nation, il serait plus intelligent de suivre la voix de la sagesse et de chercher à unir les hommes— Avec Invictus, Clint Eastwood est le messager de cette idée et signe une nouvelle fois un grand film. Il n’en fini pas de tourner et d’étonner les critiques. Il y a plusieurs Eastwood : l’acteur dont la carrière à été marquée par des personnages violents, mais toujours empreint de doute dont le dernier opus Gran Torino, se faisait déjà le chantre de la sagesse – Eastwood, le réalisateur classique Hollywoodien dont L’échange était un exemple type. Invictus est la synthèse de ces deux Eastwood. Il déroule son film, certes de manière hyper-classique mais combien maitrisé. Très peu de fioriture. On pourra lui reprocher quelques clichés comme cette scène ou François Pienaar visite la cellule de Mandela ou ce plan des deux mains, l’une blanche l’autre noire portant la coupe du monde, mais il ne s’y attarde pas et d’une certaine manière cette image symbolise le sujet de son film. Qui ne l’aurait pas fait? Clint est toujours aussi grand! Son talent s’appuie ici sur celui de Matt Damon, toujours impeccable, et de Morgan Freeman, pendant noir du réalisateur, avec qui il à fait 3 films, il incarne avec justesse le grand homme qu’est Nelson Mandela. J’espère qu’il aura l’oscar!



"Jan Karski", Yannick Haenel

C'est un beau titre, un nom de héros exotique qui semble un peu mystérieux et qui se marie bien avec celui de l'auteur. Jan Karski se révèle être le faux nom d'un homme réel qui ne peut plus reprendre sa véritable identité sans se lancer dans d'inextricables soucis avec l'administration américaine. Un nom de résistant polonais, un nom de Juste, un nom de messager dont personne n'a écouté le message.

Et c'est un beau roman, qui a engendré la polémique au cours de l'automne passé mais qui mêle adroitement émotions et réflexions. Dans la première partie l'auteur décrit la séquence de Shoah, le documentaire de Claude Lanzmann, dans lequel témoigne Jan Karski. Cet officier polonais était le messager de la Résistance polonaise et dès 1942 il est chargé de témoigner auprès des alliés de l'extermination des Juifs. Par l'entremise de Yannick Haenel qui rapporte fidèlement le récit mais qui décrit aussi le visage et la voix du témoin, l'émotion qui gagne Jan Karski lorsqu'il raconte sa visite du ghetto de Varsovie se fait intense pour les lecteurs. Dans un deuxième temps Yannick Haenel s'appuie sur l'autobiographie de Jan Karski, Histoire d'un état secret, pour nous livrer la vie extraordinairement romanesque de cet homme. Mais l'auteur s'attache plus aux faits qu'aux sentiments et on se demande souvent ce qu'a bien pu ressentir le messager quand il constate que son message ne passe pas. On est donc avide de cette voix quand s'ouvre le dernier chapitre, un monologue de Jan Karski. Mais un monologue de Jan Karski imaginé et mis en scène par Yannick Haenel. Et dès sa note préliminaire l'auteur a pris bien soin de préciser qu'il s'agit d'une "fiction" et d'une "invention" tandis que les deux premières parties s'appuient sur des documents historiques. Et le monologue de Jan Karski est très fort. Il foisonne d'émotions et de réflexions intimes.

Les critiques ont mis en avant la forme innovante (ou facile) du roman et la polémique s'est emparé de la question des vérités historiques en se demandant où est la limite entre fiction et réalité. "Les alliés savaient et n'ont rien fait" n'est pas un fait prouvé pour tous les historiens. Pourtant cette idée fait écho à de nombreuses tragédies actuelles et nous ramène au conflit en ex-Yougoslavie ou au Rwanda où les gouvernements occidentaux ont laissé faire les atrocités et le génocide. Le personnage de Karski raconte que les Russes ont regardé brûler Varsovie avant d'y pénétrer et cette image fait froid dans le dos parce qu'on a l'impression diffuse que rien n'a changé ; les intérêts diplomatiques ou économiques passent avant tout. Sans doute la parole donnée à Jan Karski ne respecte pas tous les faits historiques mais elle transmet une émotion très puissante et elle s'inscrit dans une réflexion qui dépasse bien les limites de la seconde guerre mondiale pour devenir universelle.

Ecoutez la discussion entre Yannick Haenel et Annette Wievorka, historienne, dans l'émission Répliques.

Yannick Haenel, Jan Karski, Paris : Gallimard, 2009. (Prix Interallié et Prix du roman Fnac)

tUnE-yArDs « BiRd-BrAiNs »

Cet album n'est pas un objet musical tout à fait comme les autres avec ses arpèges d'ukulélé, la voix très personnelle de la chanteuse, les nombreuses boucles et les quelques samples posés dessus. C'est original, un peu bordélique et parfois même à la limite de la cacophonie. Une pop-folk bruitiste qui comblera nombre d’esgourdes aventureuses au risque d'en déstabiliser certaines. Merrill Garbus, originaire de la Nouvelle Angleterre aux États-Unis, est capable de nous mener en transe avec ses chants chamaniques, comme sur « Hatari ». On pense à l'Argentine Juana Molina mais plus dans un style à la Coco Rosie. La rythmique est souvent faite de bric et de broc. Les boucles d’ukulélé sont accompagnées de samples de gamins qui jouent dans la rue ou du toussotement d'un autre. La voix féminine mue parfois pour devenir plus rauque et peut même virer en cri strident, étonnant voir dérangeant. Mais cette femme semble tellement habitée qu'on reste abasourdi et scotché par l'univers de tUnE-yArDs. Un univers bizarre, brut et enfantin, parfois anxiogène et déstabilisant qui nous fait partir en toupie en même temps que sa responsable.

Tune-Yards - Bird-Brains - 4AD - 2009

Royal Bangs « Let It Beep »

 
Royal Bangs se lance dans la fameuse et tant redoutée aventure du second album et ma foi, cette étape douloureuse pour beaucoup semble n'avoir été qu'une partie de plaisir pour ce quintet originaire de Knoxville (USA). Ce "Let It Beep" révèle un joyeux chaos d'influences, rappelant autant le groove funky de The Rapture que le romantisme grunge façon Dinosaur Jr., et même si aux premiers jours de 2010 les Royal Bangs n'ont rien inventé de nouveau, leur énergie fait plaisir a entendre et le titre "My Car is Haunted" en est une parfaite illustration alors en voiture et let it beep. 

Royal Bangs - Let It Beep - 2009 - City Slang



Fanga « Sira Ba »

L'absence de cuivres à part entière dans les précédents albums de Fanga était la particularité de leur afrobeat. Cette approche audacieuse était plutôt convaincante. Le groupe se démarquait donc des formations plus "classiques", du moins dans la forme. Car le combo de Montpellier distillait un son proche de la tradition musicale nigériane ou ghanéenne. Dans "Sira Ba", la section rythmique est épaulée par l'apport d'un sax, Martial Reverdy, intégrant totalement la formation et ce n'est pas qu'anecdotique, il trouve ici sa place dans un ensemble parfaitement maitrisé et son appui renforce le groove du disque. L'énergie des morceaux est omniprésente et irrésistiblement on a envie de remuer. Les guitares, claviers et percussions sont au diapason et la basse-batterie n'a plus qu'à maintenir le cap, le tout avec talent. Winston McAnuff pose sa voix sur le jamaïcain "I go on without you". Les textes de Korbo sont incisifs et The Togo Alls stars illumine le "Dounia pt2" qui conclut l'album en beauté. Le tout rondement mené par Serge Amiano à la réalisation. "Natural Juice", leur précédent album était très réussi, "Sira Ba" met la barre encore plus haut nous servant un son percutant avec son lot de montées rythmiques et d'explosions bien cuivrées. L'afrobeat se porte bien et a trouvé en France l'un de ses grands ambassadeurs. 

Fanga - Sira Ba - Underdog Records - 2009


Cinéma et Société en 2009

Tout d’abord une bonne année a tous et à toutes. Pour commencer cette nouvelle décennie, juste une petite chronique sur certains faits qui ont marqué l’année précédente, en rapport avec le cinéma.— En guise d’ouverture une petite photo de mon ami Roubi, en compagnie de Dennis Hopper venu à Paris présenter son expo. photo. Ça c’est la classe, Mister Roubi! (1). Ensuite, l’affaire Polanski. Que dire de plus qui n’ait pas été dit. Pas grand chose. Je vais donc juste dire un mot en mon nom sur cette histoire. Personnellement j’adore les films de Polanski, sans exception ou presque, par ailleurs même si j’aime ce qu’il fait dois-je pour autant le défendre pour ce qu’il est ou a été? (cette question se pose pour nombre d’artistes talentueux comme Céline par exemple en littérature ou pour parler cinéma, un acteur que j’aime bien: Mel Gibson, dois-je pour autant le supporter quand il tient des propos antisémite?). Enfin bref, je ne trouve pas obligatoirement que ce soit abuser de la part des autorités américaines qu’il réponde de ses actes. Ce qui m’interpelle, c’est plutôt le fait que ça se passe aujourd’hui trente ans après les faits qui l’accusent. Si Polanski avait été arrêté dans les années 80, cela aurait-il provoqué le même ramdam?— ensuite et sans aucun rapport, une chose m’a interpellé cette dernière année. La RATP a refusé au nom de la loi française d’afficher dans le métro l’affiche du film Coco avant Chanel, prétextant le fait qu’on y voit l’actrice principale, Audrey Tautou, fumer une cigarette. Je dis pourquoi pas après tout il est normal que les institutions respectent la loi. Pour autant ce qui m’étonne c’est qu’aucune loi n’interdise d’afficher dans ces mêmes lieux des affiches de films ou jeux vidéo où l’on voit des armes. Étonnant non! Pour exemple voici l’affiche d’un film non autorisé où on voit une brune fumer une blonde (2) et voici l’affiche d’un film autorisé où on voit un type fumer quelqu’un!!! (3)— Pour finir cette petite chronique je voulais rendre un hommage à John Hughes mort cet été. Réalisateur américain connu surtout pour ses comédies adolescentes du type La folle journée de Ferris Bueller. Alors pour tous ceux qui ont grandi dans les années 80 un petit souvenir: un extrait de The Breakfast Club (4) avec Emilio Estevez! Je voulais mettre un autre extrait de ce film mais malheureusement je n’ai pas pu le faire alors je vous est mis la fin culte sur la chanson de Simple Minds.

video

Kimi Djabate « Karam »

Avec le son si caractéristique de la kora sur « Kodé - (Love) », on pense immédiatement à Toumani Diabaté, le maitre malien de cet instrument à cordes. Par la suite, notamment avec « Karam - [Education] », c’est vers son compatriote disparu Ali Farka Touré que se tournent nos esprits, en raison des sonorités de la guitare, sorte de blues hypnotique. Ces références nous ramènent au souvenir de la session enregistrée en 2005 pour le sublime « In the heart of the moon » alors qu'une suite est à venir chez World Circuit. Pourtant Kimi Djabaté n’est pas originaire de Bamako, ni même du Mali mais de Guinée-Bissau, ancienne colonie portugaise coincée entre le Sénégal, la Guinée et très proche du Mali duquel Kimi conserve tout de même des origines ancestrales.  Il y a quelques siècles, à l’invitation du roi de Guinée, tombé sous le charme de leur musique, des musiciens maliens se sont installés à Tabato, village depuis lors reconnu pour sa musique et sa créativité artistique. C'est là qu’est né Kimi Djabaté et c'est dans cet environnement propice qu'il s’est mis à jouer de la kora avant de se mettre au balafon qui rythme ici l’ensemble des morceaux. Par la suite il animera des cérémonies de mariage et de baptême avant de s'installer à Lisbonne en 1994 à l'occasion d'une tournée européenne du National Music & Dance Ensemble of  Guinée-Bissau. Sa musique fortement imprégnée par la culture mandingue se tourne aussi vers la rumba congolaise, et la musique capverdienne chère à Cesaria Evora. Entre hymne à l’Afrique, aux femmes, à sa mère, le griot dont on ne comprend pas la langue, réussit de façon surprenante à nous emporter dans ses histoires grâce à sa musique, parfois hypnotique, parfois dansante. Chapeau bas !

Kimi Djabate - Karam - Cumbancha - 2009

<a href="http://kimidjabate.bandcamp.com/track/free-download-kod-love">FREE DOWNLOAD - Kodé (Love) by Kimi Djabaté</a>  

A la recherche du selectionneur

Il reste 6 mois à Raymond Domenech comme sélectionneur de l'équipe de France, et voilà déjà son remplacement qui fait la Une des journaux. Que le français lambda y pense, soit, mais que le président de la FFF J.P. Escalettes l'annonce officiellement, il y a une différence. Je ne me souviens pas de pareil précédent, les successeurs étant souvent l'adjoint (Lemerre succède à Jacquet en 1998, qui lui succédait à Houiller en 1994), ou alors choisi suite à une bérézina (Santini après Lemerre en 2002, et Domenech après Santini en 2004). Pourquoi agir ainsi? Escalettes espère certainement redorer son blason, montrer qu'il est le patron et qu'il va mettre un terme à ce que tout le monde attend depuis le fiasco de l'Euro 2006. Attitude surprenante pour quelqu'un qui a toujours soutenu Domenech, certainement pour des raisons financières (les 800 000 euros étant finalement peu comparés à la rupture « abusive » d'un contrat). Moralité, il a réussi à enfoncer Raymond (qui l'avait réussi jusque là tout seul), validant ainsi une partie des joueurs qui le contestaient déjà. C'est comme dire à un écolier, que certes son instit est incompétent, vieux, alcoolo et puant, mais que dans 6 mois il aura une jolie maîtresse: Dur de se motiver pour l'instant présent! Encore une fois la FFF ne met pas les bleus dans les meilleures dispositions. Maintenant qui pour remplacer Ray, sur la liste des 6 proposés par Escalettes: peu de chance pour l'adjoint Boghossian sans expérience, un Guy Roux un peu trop vieux, qui reste sur un échec à Lens, mais qui pourrait devenir le Aragones français sachant que le groupe France est jeune. 2 anciens champions du monde tiennent la corde: Blanc et Deschamps, avec un avantage (en partie esthétique) pour le 1er. Encore faudra-t-il que la Fédé se débrouille pour augmenter le salaire du sélectionneur, nettement en deçà de celui d'un coach de grand club. Enfin, pourquoi pas Arsène wenger, on en parle depuis longtemps, mais il reste très attaché aux Gunners d'Arsenal. Écoute Arsène, tu commences à vieillir et les opportunités pour diriger les bleus ne se présentent pas tous les jours: signe un contrat de 4ans, et part ensuite à la retraite, les English te proposeront de toute façon un contrat après ; allez Arsène un petit effort pour la patrie.

"Après la démocratie", Emmanuel Todd

Suite à la sortie de son livre en octobre 2008 Emmanuel Todd est intervenu régulièrement dans les médias pour livrer ses analyses sur la vie politique et économique française et européenne. Ses propositions sur le protectionnisme et sa critique virulente de Nicolas Sarkozy faisaient tendre l'oreille aux auditeurs de Nicolas Demorand en décembre 2008. Mais l'historien et démographe n'est pas tendre non plus avec Ségolène Royal ; il l'inclut notamment dans les candidats de droite lors de l'élection présidentielle de 2007. Les politiciens dans leur ensemble, les journalistes, les économistes ou les penseurs ne sont pas épargnés et Todd accuse ces élites d'être totalement coupés du reste de la population.

Le point de départ de la réflexion de Todd dans "Après la démocratie" est donc "le moment Sarkozy". Pour lui Nicolas Sarkozy n'a pas gagné l'élection "malgré" ses défauts mais "grâce" à eux et il analyse donc l'évolution de la société française avec des outils sociologiques, anthropologiques et historiques pour comprendre comment nous en sommes arrivés à ce "moment". De nombreux thèmes de réflexion sont donc présents dans le livre ; de l'éducation à l'économie en passant par la religion et la famille. Le thème d'étude principal de Todd et l'objet de plusieurs de ses ouvrages est l'analyse des structures familiales desquelles découleraient le fonctionnement de nos sociétés et qui expliqueraient aussi les différences entre celles-ci. Les notions de liberté et d'égalité seraient issues de ces structures sociales. D'autre part Todd analyse aussi le niveau éducatif en France qui serait arrivé à une stagnation. Le niveau d'études n'est plus lié aujourd'hui au niveau économique et social. L'arrivée d'une classe d'âge éduquée mais qui n'a plus accès aux privilèges, réservés à 1% de la population, pourrait faire évoluer la société dans les prochaines années. Troisième point de réflexion la classe politique paraît irresponsable, elle laisse se dérouler les mécanismes de l'économie libérale sans tenter d'intervenir dessus. Dans cette "politique du vide" on ne cherche plus à régler les problèmes des Français, comme l'emploi et l'appauvrissement, mais on leur désigne des boucs-émissaires, les jeunes de banlieue et les musulmans, comme le montrent encore les récents débats sur l'identité nationale ou la burqa. En conclusion le penseur propose donc de s'orienter vers le protectionnisme à l'échelle de l'Europe et fait, un peu facilement, de cette idée la solution à tous les problèmes.

Il ne faut sans doute pas prendre l'analyse de Todd pour "la bonne parole" et son ton parfois prétentieux (il aurait tout compris avant tout le monde) et acerbe peuvent déranger. Malgré cela il nous livre quelques clés pour mieux comprendre la société actuelle et son regard dépasse l'anti-sarkozysme pour s'ancrer dans une réflexion bien plus vaste.

Emmanuel TODD, Après la démocratie, Paris : Gallimard, 2008.

The Narcicyst « The Narcicyst »

Sous le pseudonyme The Narcicyst se trouve Yassin Alsaman, un MC né à Dubaï de parents irakiens et immigré au Canada à l’âge de 5 ans. Après avoir collaboré avec Euphrates, un collectif d'artistes canadiens, il s'est plongé dans la rédaction d'une thèse sur le thème de l’identité politique dans le hip-hop intitulée « Fear of an Arab Planet » accompagnée d’un album et faisant référence au « Fear of a Black Planet » de Public Enemy. Les Rennais ont pu le découvrir aux dernières Transmusicales alors que son album, déjà sorti au Canada, devrait sortir en France en 2010. Et autant vous dire qu'il est vivement conseillé de se le procurer parce que The Narcicyst frappe juste. Dès l’intro avec ses violons, on sent qu’on n’aura pas à faire à un album hip-hop classique. La suite est gorgée de soul, de jazz, d’électro, de musique orientale. On ne s’ennuie donc pas sur cet album mêlant les samples aux enregistrements live, et des interludes bien sentis relient les morceaux les uns aux autres rendant l'album très cohérent. Parmi ces morceaux, des tubes en veux-tu en voilà, dont le single « PHATWA » (Political Hiphop Attracting The World's Attention) accompagné d'un clip très ironique inspiré d'une histoire vécue. Mais il y a une palanquée d'autres tubes potentiels sur cet album : « Vietnam » et son sample soul-gospel, « Peace !!! » que n’aurait pas renier Arrested Development, « The Narcicyst » avec ses cordes orientales et son rythme lancinant, « No More Mr. Nice Guy » avec son petit synthé arabisant et des percussions au diapason. En attendant une collaboration annoncée avec les frenchies de La Caution, dont on n'a pas oublier le goût du « thé à la menthe », n'hésitez pas à vous plonger dans cet opus.


The Narcicyst - The Narcicyst - 2010

Lhasa (1972-2010)


 « El Desierto »
 Disparition de Lhasa : le communiqué officiel

 

Brownout « Aguilas and Cobras »

"Aigles et Cobras" en français est le titre du second album du collectif Brownout, avec à sa tête le très occupé Adrian Quesada. Entre leurs collaborations avec le Grupo Fantasma (Brownout est une formation réduite du Grupo) ou les accompagnements de Prince en backing-guitar, le combo d'Austin nous sert ici un hardcore-latin-funk où percussions, cuivres et guitares s'en donnent à cœur joie. "Con el cuete" donne le ton en ouverture avec sa grosse basse et ses claviers plutôt bien amenés. Les musiciens alternent avec sérieux les morceaux groovy bien rétros et ambiances plus actuelles grâce à une production impeccable. Les guitares ont une forte place tout au long de l'album avec distorsions, saturations, wah-wah, cocottes et compagnie ce qui fait qu'inconsciemment on ressent un peu de Carlos Santana dans l'ensemble mais pas que. Les influences sont aussi afro ou jazzy et très clairement P-funk sur "Slinky" où l'on croirait entendre un morceau de Funkadelic ou Parliament. Les pistes de l'album sont très variées à dominante funk tout de même. Brownout propose un univers très riche et l'ennuie ne prend jamais."Aguilas & Cobras" est le genre de galette idéale à passer en boucle.

Brownout - Aguilas and cobras - 2009 - six degrees records

Ariana Delawari « Lion of Panjshir »

Lion of Panjshir c'est le surnom de Massoud, combattant pour la liberté en Afghanistan, mais c’est aussi le premier album d’Ariana Delawari, Californienne d’origine afghane. Sa famille ayant quitté l’Afghanistan quelques  jours avant sa naissance en raison de l’invasion soviétique, elle grandit aux États Unis, dans une maison où la musique traditionnelle anime les réunions familiales. En même temps, on l’imagine très bien écouter  Jimi Hendrix, John Lennon, et Janis Joplin, volume à fond, dans sa chambre d’adolescente. Après les attentats du 11 septembre, ses parents retournent dans leur pays d’origine aider à sa reconstruction, sa mère travaillant notamment pour les Nations Unies. Ariana, elle, reste, poursuivant ses études de cinéma. Elle réalisera son premier voyage à Kaboul en Octobre 2002 avant d’y retourner chaque année. L’histoire d’Ariana Delawari, brièvement résumée permet de mieux comprendre cet album à la double culture pleinement assumée et enregistré entre Kaboul et Los Angeles avec le guitariste Max Guirand et le violoniste Paloma Udovic. A Kaboul, l’enregistrement s’est déroulé dans la maison familiale en collaboration avec des musiciens afghans sous la protection de gardes équipés de AK 47. La musique est une juxtaposition d’influences plus qu’un véritable mariage et donne un résultat à la tension omniprésente. Cet album commence de façon très rock un peu à la Scout Niblett et ce n’est qu'à partir du 3ème titre « Be Gone Taliban » que les influences moyen-orientales se font entendre. Après les titres « américains », plutôt tendus, l’émotion n’est que plus forte et l’admirable « Laily Jan » chanté en afghan avec tabla, dilruba et rabab nous transporte littéralement en Afghanistan. Entre cordes et percussions c'est un pur bonheur. On navigue ensuite du Moyen Orient en Amérique avec notamment le superbe « Cheshme Siah Daree », reprise de Ahmad Zahir ou « Don't Fight the Love », dont la ligne de guitare fait penser à celle de Chris Isaak sur « Sailor et Lula », célèbre classique de David Lynch. Pas un hasard puisque cet album est signé sur le label du cinéaste qui a même produit le titre « Suspend Me ».

Ariana Delawari - Lion of Panjshir -2009 - David Lynch MC