« Lady Day : histoire d’amours », Alain Gerber

Dans ce roman, plusieurs voix s'élèvent et se mêlent en un véritable chœur pour retracer le parcours de Billie Holiday ; chacune des femmes qui témoignent, ainsi que le seul homme autorisé à le faire, sont des proches, des confidentes d'un soir, des compagnons de route ou la chanteuse elle-même. Chaque chapitre est bâti sur le monologue d'un témoin et l'histoire avance ainsi d'un point de vue à l'autre. En donnant la parole aux femmes humbles, comme la mère de Billie, aussi bien qu'aux musiciens réputés comme Lester Young, Alain Gerber recrée l'entourage de la chanteuse. C'est pour nous l'occasion d'entendre la voix de ceux qui ne s'expriment pas souvent et leurs monologues sensibles donnent corps à la fragile Lady Day. Au fil des pages la jeune femme se découvre et s'épanouit entre gourbis new-yorkais et clubs de jazz, dans un univers assez sombre. A une époque où la ségrégation fait rage, les musiciens de jazz les plus talentueux vivent dans des conditions précaires. Le combat pour l'égalité des droits est alors loin d'être gagné et la chanteuse va se frotter un peu malgré elle, à l'expression politique avec le célèbre Strange fruits qui provoque scandale et émotion. Au cœur de l'ouvrage il y aussi sa relation énigmatique avec "le président" des saxophonistes, Lester Young, celui qui lui trouvera son célèbre surnom. Une relation qui dépasse les étiquettes et les concepts de l'amour, ou de  l'amitié sont insuffisants pour exprimer la communion entre les deux esprits qui se suivront de peu dans la mort.
Alain Gerber est à l'origine d'une série de romans sur le jazz : Chet (2001), Louie (2002), Charlie (2005) et Miles (2007).

Lady Day : histoire d'amours, Alain Gerber, Paris : Fayard, 2005. Également disponible en poche.

Rachid Taha « Bonjour »

« Salam aleikoum ! » Rachid Taha et bienvenu chez nous. D'abord parce qu'on se souvient de ton formidable « Arabécédaire » de l'an dernier en duo avec Rodolphe Burger sur le très recommandable « No Sports ». Mais aussi parce c'est toi, Franco-algérien, qui reprenait en 1986 avec tes potes  de Carte de Séjour le « Douce France » de Charles Trénet. Et en cette période où la question de l'identité nationale fait débat, cette reprise semble toujours autant d'actualité.
Le nouvel album débute comme un Amadou et Mariam avec « je t'aime mon amour » et je t'aimerai toujours, accompagné de petits sons électros, et d'une guitare blues du désert. C'est comme si tu avais fait un casse chez le célèbre couple aveugle du Mali en y rajoutant ta petite touche, ta voix rauque si caractéristique, des paroles en arabe  et une guitare arabisante. La musique est métissée comme souvent chez toi, qui aime autant le chaâbi que le rock'n'roll, même si ici tu penches bien plus vers la pop. Cette inclinaison est peut-être liée à la présence de Gaëtan Roussel, chanteur de Louise Attaque et co-réalisateur du disque avec l'Américain Mark Plati. C'est en duo que vous chantez le titre au message universel « Bonjour », véritable sucrerie pop rose-bonbon à l'image de la pochette. Mais l'album n'est finalement pas toujours aussi kitch, et quelques bonnes surprises nous sont réservées comme le titre « Sèlu », où tu salues tes ainés Oum Kalsoum, Youssef Chahine et autres humanistes. On est tout de même bien loin de la sobriété des arrangements traditionnels des « Diwan 1 » en 1998, et « Diwan 2 » en 2006, et on le regrette mais tu restes le bienvenu. 

Rachid Taha - Bonjour - 2009 - Barclay


Blakroc « Blakroc »

Depuis 1986 et la collaboration entre Aerosmith et Run DMC pour le désormais légendaire « Walk This Way », le mélange du rock avec le rap ne cesse d'inspirer les artistes. On se rappelle l'âge d'or de la fusion, fin 80-début 90, avec des groupes comme  Urban Dance Squad, Rage Against The Machine, ou Faith No More. Cette fois, c'est Dan Auerbach et Patrick Carney, les deux piliers de The Black Keys qui s'accoquine avec Damon Dash, producteur hip-hop de légende. Le duo qui nous a habitué à jouer du blues-rock assez crade, avoue avoir toujours écouté du hip-hop et qu'enregistrer cet album était finalement un rêve de gosse.  Et pour l'exaucer, on a rarement vu un tel casting défiler dans un studio. Accrochez-vous :  Mos Def, des anciens du Wu Tang Clan (RZA, Raekwon, et même Ol'Dirty Bastard, bien que six pieds sous terre depuis un moment), Q-Tip d'A Tribe Called Quest, Jim Jones, membre originel de The Diplomats ou encore Nicole Wray, chanteuse américaine de R'n'b. Au final, 11 invités pour 11 titres enregistrés en 11 jours. Les esprits chagrins pourront toujours se plaindre d'un nouveau « super-groupe » après The Dead Weather et Them Crooked Vultures, qui plus est , cette fois-ci pour contenter les amateurs de rock qui ne comprennent rien au hip-hop ou l'inverse. Et pour leur donner du grain à moudre, cet album sort le « Black Friday », le vendredi suivant Thanksgiving, journée symbole du mercantilisme à l'américaine. Mais même si cet album résulte peut-être d'un plan marketing rondement mené, il faut reconnaître la qualité artistique et l'efficacité des morceaux. Pour preuve le single « Ain't Nothing Like You (Hoochie Coo) (Featuring Jim Jones & Mos Def) » un véritable tube qui marquera certainement l'année de son empreinte et on pourrait tout aussi bien citer le morceau soul « Why Can't I Forget Him (Featuring Nicole Wray) », ou « What You Do To Me (Featuring Billy Danze, Jim Jones & Nicole Wray) » et son clavier hypnotique.
Le site de Blakroc

Blakroc - Blakroc - V2 music - 2009


Les 31emes Transmusicales de Rennes

Les 31emes Transmusicales de Rennes démarreront le 2 décembre 2009 avec cette année encore un programme très chargé. Toute l'équipe du festival, Jean Louis Brossard en tête, nous a encore concoctée une sélection aux petits oignons avec une pléthore d'artistes à découvrir. Rock, soul, folk, funk, world, electro sont au rendez-vous. Vous présenter ici tous les artistes m'éveillerai certainement une tendinite au poignet, je ne peux donc que vous conseiller de consulter le site des Trans qui fait cela très bien. Je vous recommande par contre de ne pas manquer le jeudi 3 Abraham Inc avec David Krakauer, Fred Wesley et Socalled, programmé cette année au Liberté pour le grand retour des Trans au Centre, du moins en partie. Le vendredi 4, Gablé, le groupe caennais, réchauffera le début de soirée à La Cité avec un set certainement inclassable. Fever Ray sera aussi très attendu, on se languit d'entendre la voix de Karin Dreijer Andeson en live. Pour cela il faudra rejoindre le Hall 9 du parc des expositions. Major Lazer, Terry Lynn, Sollilaquist of sound, Détroit Social Club ou encore Los Valentinos tenteront d'embraser la soirée. Je ne peux rien leur souhaiter de mieux. Le samedi 5, Naomi Shelton et ses gospels queens seront attendues de pied ferme à La Cité, tandis qu'un peu plus tard au Parc des expos Sixto Rodriguez et son superbe folk rock en découdra sévèrement avec les très électro Danton Eeprom, Mr Oizo, Popof ou The Japanese Popstars pour ne citer qu'eux. Il y aura aussi un set certainement très soul-funk avec Dj Haze, une bonne marmite électro hip-hop funky punk avec Ezra Bang & The Hot Machine et un bon brin de nueva cumbia avec Fauna. Je ne cite que ces quelques groupes ou dj's mais tout le monde doit pouvoir s'y retrouver. Dans tous les cas il y aura cette année encore, de belles surprises ainsi que, comme d'habitude, quelques déceptions. Mais c'est aussi ce qui fait le charme de ce festival qui a su rester durant toutes ces années un événement musical des plus stimulants et révélateurs de talents émergents. Il faut saluer le succès de cette manifestation qui n'est jamais tombée dans la programmation facile. Pour finir, des navettes circulent toute la nuit pour rallier le site du Parc des expos depuis le centre de Rennes, et inversement. Évitez les voitures, c'est gavé de contrôles. Rendez-vous est donc pris pour ce week-end musical incontournable les 2, 3, 4 et 5 décembre prochains.

Une sélection à écouter :

Koudlam « Goodbye »

On ne sait pas grand chose du Français Koudlam, certains lui donnent des origines mexicaines, d'autres ivoiriennes. Toujours est il que l'univers de koudlam surprend, mêlant techno décharnée, BO de films, prog-rock et opéra. Sa musique devient une messe, une célébration, sa voix s'impose, limpide, les claviers hoquettent, les cordes pleurent, au milieu des ruines une question pourtant, reste en suspens : êtes vous prêts pour une dernière danse ? Signé sur Pan European, le label de Turzi, « Goodbye » ne fera pas de sitôt ses adieux a notre platine.

Koudlam - Goodbye - 2009 - Pan European 




The Dead Weather « Horehound »

Jack White signe avec cet album un nouvel incontournable du rock actuel. Enregistré chez lui à Nashville en trois semaines, "Horehound" réunit sous le nom de Dead Weather quelques personnalités marquantes de la scène rock ; Alison Mosshart des Kills (au chant), Jack Lawrence des Raconteurs (à la basse) et Dean Fertita des Queens Of The Stone Age (aux guitares et claviers). Jack White assure donc sur cet album les parties de batterie, étonnantes d'idées et d'imperfections rafraîchissantes. Il partage aussi le chant avec la sensuelle Alison Mosshart. De l'urgence du projet naît un album de blues-rock garage, enflammé et instinctif. Chaque morceau répond à des influences musicales différentes du «quasi-reggae» "I Cut Like A Buffalo", au tranchant "Treat Me Like Your Mother" teinté d'électro en passant par le funky "New Pony" ou à l'instrumental "3 Birds" lorgnant du côté du dub. Tout cet assemblage couine et grince à merveille. L'ambiance qui résulte de cette drôle de marmite est profondément mystérieuse et rugueuse. Et si la dernière plage acoustique de l'album "Will There Be Enough Water?", sorte de blues de griot du bayou, nous fait redescendre en douceur, elle ne suffira pas à éteindre l'incendie. 

The Dead Weather - Horehound - Third Man Record - 2009



Brother Ali « Us »

C'est l'un des meilleurs albums hip-hop de l'année que nous propose Brother Ali, le MC albinos de Minneapolis. Cet album débute avec Chuck D, le fondateur de Public Enemy, en prédicateur, clamant « Put your hands together and welcome » accompagné d'un chœur gospel. Alors on se prend les mains et avec « The Preacher », ses cuivres énergiques et le  flow affuté du brother, on plonge dans cet album de hip-hop funky à souhait. Pas étonnant d'ailleurs puisque c'est Ant, responsable de l'un des meilleurs albums du genre en 2008 avec Atmosphere, qui est aux manettes! On a aussi le droit a des pépites plus soul avec un tempo qui ralentit dont le point culminant est certainement « You Say (Puppy Love) » avec ses cordes à la Motown et chanté à la manière torride d'un Donny Hathaway. Mais les magots restent les titres funky comme le très Princier « Fresh air », avec boucles de guitares et synthé vintage ou encore « Tight Rope », l'un des tubes de l'album. Mais Brother Ali nous réserve d'autres plaisirs comme un blues hybride avec « Breakin Dawn » et des sonorités africaines sur « The Travelers » avec une mélodie entêtante jouée au xylophone.

Brother Ali - Us -Rhymesayers - 2009

« Le Ruban blanc », Michael Haneke

Des mains de son actrice fétiche, Isabelle Huppert, Mickael Haneke a reçu pour ce film la palme d’or au dernier festival de Cannes. Haneke, réalisateur exigeant et rigoriste, s’est ainsi vu consacré comme étant l’un des réalisateurs phares d’aujourd’hui. Son ruban blanc dont le titre en VO est complété en exergue par: “Eine deutsche Kindergeschichte” que l’on peut traduire par : une histoire d’enfant allemande à été vendu comme étant la volonté de son auteur de disséquer ou du moins de tenter de comprendre les origines du nazisme en Allemagne. En d’autre termes, il s’agit en quelque sorte de se pencher sur les racines du Mal. —Toute l’histoire se déroule à la veille de la première guerre mondiale dans un village protestant d’Allemagne du nord. La vie des villageois et notamment des enfants qui sont au cœur du propos, est à l’époque entièrement régie par une éducation religieuse stricte et répressive mais aussi par des rapports sociaux de dominés/dominants tout droit issus du modèle seigneurial du Moyen-âge. —Le film débute sur la chute à cheval du médecin du village provoquée par un fil tendu entre deux arbres et littéralement invisible. Ce fil est tout le propos du film. C’est la gangrène qui peu à peu s’installe insidieusement dans les rapports humains. Par cette allégorie, Haneke s'évertue, scène après scène, à travers une multitude de personnages représentatifs de cette société (le pasteur, le baron, le médecin, les paysans, l’instituteur) à démontrer le mécanisme qui fait qu’à une époque donnée, dans un endroit donné, un modèle social à bout de souffle et une éducation vertueuse mais extrêmement stricte ont été les vecteurs qui ont donné naissance à des monstres. Les chères petites têtes blondes du film font froid dans le dos et rappellent, comme l'a fait remarquer le critique de Télérama, les enfants du village des damnés —Haneke développe son film de manière austère et rêche avec beaucoup de recul et un noir et blanc de grande tenue signé Christian Berger. Il excelle dans le plan séquence non-démonstratif. Il signe plusieurs séquences qui resteront dans les mémoires, relatives aux rapports cruels entre les hommes. Par ailleurs ce que je reproche souvent à cet auteur c’est son petit côté “prof”. Toujours prêt à donner une leçon au spectateur. Il est parfois, me semble-t il , faussement humble : c'est ce que je ressens quand il utilise par exemple pour son générique une police si petite qu’on a du mal à lire même sur un écran de 12 m de base. Ou quand il laisse son générique de fin défiler sur un silence semblant nous dire: “regardez le grand film que je viens de vous faire!” Ceci étant, Le ruban blanc est effectivement un grand film et peut–être l’un de ses meilleurs. Il marque les esprits et nous interroge longtemps après l’avoir vu. Grâce à une mise en scène sobre et une direction d’acteurs adéquate. Chaque rôle est parfaitement incarné — Que ce soit la violence physique ou intellectuelle, la violence est un thème cher au réalisateur, elle est ici partout, dans les rapports de classe sociale Seigneur/Paysans, dans les rapport éducatifs Parents/Enfants, dans les rapports relationnels Homme/Femme, il s’agit ici toujours de relations sado-masochistes que semble justifier la société de l'époque. C’est l’humiliation qui détermine les rapports entre les êtres. Le réalisateur s’interroge alors sur cette violence apparemment gratuite, ces rituels punitifs qui semblent avoir été infligés par les enfants à leurs victimes (le fils du baron, l’enfant innocent) et sur sa justification. Ceci étant Haneke, dont le film est emprunt d’une ambiance de film à suspens, ne donne pas de réponse et garde le mystère. Les enfants sont–ils coupables de ces actes ou non? Après tout, ils sont les fruits de leurs ascendants. Et même si ces derniers sont de bonne foi quand ils inculquent leurs valeurs comme le fait par exemple le pasteur avec ses enfants, le résultat n’est pas obligatoirement celui escompté. C’est toute la difficulté de l’éducation. Les enfants du film qui ont entre 5 et 15 ans à la veille de la première guerre mondiale seront effectivement ceux qui glisseront du côté obscur en participant au nazisme 20 ans plus tard. Cette terreur mènera la génération allemande suivante (celle d'après la seconde guerre mondiale) à la déprime comme on le voit dans le film Allemagne année zéro, un autre film ou l'enfant est au cœur du propos et se suicide à la fin — Une question demeure, si les racines du nazisme sont en partie dues a une éducation rigide basée sur l’humiliation et une société inégalitaire qui avilit le peuple, pourrissant ainsi peu à peu les rapports humains, pourquoi le nazisme se serait plus développé en Allemagne que dans un autre pays d’Europe? Puisque à cette époque, nombre d’entre eux avait une société similaire. La seule réponse d’Haneke tient peut-être dans le choix de son narrateur et alter ego : l’instituteur du village, seul représentant laïc de cette société. Haneke, qui est proche de la France, sait aussi qu’à cette époque en France, même si l'éducation était sûrement aussi rigoriste et encore proche de la religion. La France avait connue la révolution. Ce qui n’avait certes pas entièrement changé les rapports entre les classes sociales, mais proposait un modèle sociétal déjà différent. Ce second souffle n’empêcha certes pas une partie de la population de glisser vers le fascisme ou d'autres formes de nationalismes mais évita de sombrer dans un modèle plus extrémiste… c’est juste une supposition de ma part d'autant que ça n'explique pas tout puisque la France est à l'époque un exemple à part en Europe où le reste des pays avait une société encore basée sur l'ancien régime….j’attends d’éventuels avis ou compléments d'informations.

Le Ruban blanc, Michael Haneke - 2009 -  les films du losange


« Le soldat et le gramophone », Saša Stanišić

Dès les premières pages du roman le ton est donné puisque le récit s'ouvre sur le dernier jour de Slavko, le grand-père adoré et farfelu d'Aleksandar. On navigue tout du long entre rire et larmes dans cette histoire racontée par Aleksandar, gamin facétieux et attachant qui voit son pays, la Yougoslavie, sombrer dans une guerre fratricide. La naïveté, l'humour et la sensibilité du garçon nous rappellent parfois l'univers du Petit Nicolas, surtout quand il évoque ses souvenirs d'école et son professeur de serbo-croate M. Falgazić : « En matière d'énervement, l'ex-camarade professeur est de toute façon imbattable. Il annonce au moins une fois par semaine d'une voix tremblante : Vous finirez par me faire entrer à Sokolac ! Quand il dit "vous", il désigne, par exemple, ceux qu'il prend en train d'essayer de mettre le feu au tableau, ou ceux qui rédigent la première rédaction sur table de l'année scolaire en caractères cyrilliques, alors que, depuis la troisième mort de Tito, il est expressément défendu d'écrire en alphabet cyrillique. » Mais on ne lit pas pour autant un roman jeunesse et cet adolescent qui rend compte de son quotidien tragi-comique fait aussi penser à Momo, le narrateur de La vie devant soi, par exemple quand il découvre qu' «une fête peut devenir guerre » et qu'il raconte : « Une voix d'homme qui se met à hurler, soudain, la musique s'arrête. Il n'y a plus de chant. Le silence s'abat. »
C'est le premier roman ce ce jeune auteur qui revisite son enfance avec beaucoup d'esprit pour nous faire partager son Histoire.

Le soldat et le gramophone, Stanišić Saša, Paris : Stock, 2008.

Blockhead « The Music Scene »

Manhattan, New York, États Unis. C'est de là que nous vient Tony Simon aka Blockhead, habitué à des collaborations avec des MC's comme Aesop Rock ou Cage, lorsqu'il ne fabrique pas des pièces de hip-hop instrumental en solo comme c'est le cas chez Ninja Tune avec son 4ème album depuis « Music by Cavelight ». Blockhead fait de la musique atmosphérique à l'instar d'un RJD2 voir d'un Wax Taylor. Une musique qui s'écoute facilement, parfaite pour créer une ambiance, une musique dont on ne prête pas toujours une énorme attention et qui peut parfois sembler ennuyeuse mais qui se trouve être relativement riche et complexe. « It's raining clouds », par exemple, le morceau d'ouverture débute sur un rythme lancinant caractéristique du hip-hop downtempo et nous amène au final sur un rythme effréné de drum'n bass. Et tout ça en nous fourguant en passant des sons orientaux avec des samples de flutes et de cithare. Un véritable voyage musical comme l'est chacun de ses morceaux. Du fin fond d'une ruelle au milieu d'une embrouille entre toxicos avec « The Daily Routine » jusqu'au décollage dans les étoiles avec « Farewell Spaceman », Blockhead nous emporte avec un album instrumental qui même sans paroles semble nous raconter tout un tas d'histoires.

Blockhead - The Music Scene - 2009 - Ninja Tune

Plaidoyer pour Raymond

Chers compatriotes, la patrie est en danger! Oui, comme le dirait le philosophe Friz, la guerre 14-18 approche: en effet, le 14 et 18 novembre l'équipe de France affronte l'Irlande, un Eire-France qui peut être synonyme de décollage immédiat vers l'Afrique du Sud. Autrement dit pour les supporters français, ces 2 journées s'annoncent longues et difficiles, comme dirait le non moins philosophe Castello « encore un jour où je vais chier mou ». Car les bleus n'ont jusque là que peu rassuré, même si les progrès sont réels notamment contre les Féroé , mais le cadre idyllique et le climat optimal costarmoricains y étaient pour beaucoup. Les bleus en barrage, à qui la faute? le sélectionneur Raymond Domenech peut confirmer son rang de personne la plus détestée de France, en cas de non qualification, il devra penser à l'exil et à une date pour son mariage avec Estelle. Une qualification acquise ne ferait pas oublier toutes les petites phrases de ce cher Raymond, mais cependant l'histoire peut vite s'inverser, à la manière de 2006, et qui sait, finir en fanfare. Car si les bleus passent, arrêtons de penser à le remplacer et laissons Raymond faire son travail (à la manière d'un Pierre Arditi défendant Aimé Jacquet à la veille du mondial 98 comme si il défendait l'abolition de la peine de mort). Car Ray n'a pas dit son dernier mot, et nous réserve sûrement encore quelques surprises comme remplacer un attaquant par un défenseur alors qu'on doit marquer. En même temps, quelque tactique adoptée? il y a autant de sélectionneurs donc d'équipes possibles que de citoyens français: Qui en défense centrale? Benzema doit-il être titulaire? Viera doit-il revenir? Ginola devait-il centrer (allusion bulgare)? Pas simple, moralité: Ray ne t'arrache pas les cheveux comme Agassi , ce n'est que du foot! En même temps, merde, c'est la coupe du monde qui est en jeu et qu'est-ce qu'on va faire en juin si on n'y est pas. En tout cas, au final, avec Ray en sélectionneur, on n'est sûr d'avoir des choses à raconter le lendemain aux collègues de boulot.

J.Period & K'Naan « The Messengers »

J.Period est un DJ/producteur qui a réalisé des remixes pour des poids lourds comme Mary J.Blige, The Roots, et Kanye West aussi bien que des musiques de films (American Gangster, Street Kings) ou de jeux vidéos (Tony Hawk, DJ Hero). K'Naan, quand à lui est un MC d'origine somalienne, qui a déjà sorti « Troubadour » en début d'année, un album plutôt décevant qui faisait suite au remarquable « The Dusty Foot Philosopher ». Ensemble, ils rendent hommage à trois géants Fela, le Black Président, Bob Marley, la légende jamaïcaine du reggae, et Bob Dylan, l'incarnation vivante du mythe américain, avec pour objectif avoué de transmettre leurs messages de paix et de solidarité. Cet hommage est réalisé sous forme de mixtapes, ces cassettes sur lesquelles on enregistrait une compilation de titres dans les années 80. Aujourd'hui ces compils se font naturellement sous forme de mp3, et au lieu de les échanger dans la rue ou les cours du lycée, on les partage directement sur internet. C'est comme ça qu'on retrouve l'enregistrement en téléchargement gratuit sur le site de J.Period. La mixtape dédiée à Fela est plutôt efficace, il n'y a qu'à écouter « Got My Dream » pour s'en rendre compte, et l'hommage au dieu du reggae semble plus dispensable. Mais la pépite et la palme de l'originalité revient à celle réalisée en l'honneur de Bob Dylan. Il est bien rare de voir la musique de l'américain intégrée dans le hip-hop, et ici c'est plutôt bien foutu  comme le prouvent « Relationships Lay » et « Hard Rain »! Pour ne rien gâcher, les hommages sont proposés avec un artwork de qualité réalisé par Fuse Green alors il serait vraiment dommage de ne pas en profiter, en toute légalité.

Pour télécharger :

Tony Allen & Jimi Tenor « Inspiration Information 4 »

Après le très bon album de Mulatu Astatke & The Heliocentrics dans la série « Inspiration Information » sorti au début de l'année, voici le 4ème volet de haute facture réunissant Tony Allen et Jimi Tenor. Le label Strut frappe ici un grand coup avec un disque très inspiré. Tony Allen, grand architecte de la rythmique afrobeat, avec une bonne quinzaine d'années au service de Fela, s'affirme décidément comme l'un des batteurs actuels les plus classes. Jimi Tenor qui s'éloigne de plus en plus, voir complètement de l'électro avec le groupe Kabu Kabu, se met ici au diapason de la rythmique de Allen. Sur les neuf pistes qui composent leur réunion, afrobeat, jazz et funk s'enchainent avec brio et l'ensemble est très cohérent. L'esprit demeure très groovy et la collaboration des deux musiciens, sans transcender les genres, épice la session d'horizons frais. On sent qu'il n'y a pas de véritables frontières dans leur musique. Le Nigérian et le Finlandais sont en phase tout au long de ce disque, où les fans de l'un ou de l'autre se retrouveront sans problème. Au delà de la simple rencontre marketing, cet album mérite une place de choix sur la discothèque 2009.

Tony Allen et Jimi Tenor - Inspiration information 4 - 2009 - Strut

Les Triaboliques « Rivermudtwilight »

Voilà trois gueules de gangsters qui s'affichent à découvert sur la pochette du 1er album «  Rivermudtwilight » des Triaboliques. Et pour tout avouer ils ont un peu l'air  des trois filous Croquignol, Filochard et Ribouldingue, le trio composant les Pieds Nickelés. Mais Justin Adams, Lu Edmonds et Ben Mandelson, les trois musiciens en question n'ont rien des escrocs imaginés par le dessinateur Louis Forton au début du siècle dernier. Ce sont en fait trois musiciens britanniques qui ont débuté leurs carrières à la fin des années 70 et au début des années 80, à l'époque du Punk (Lu Edmonds jouait avec les Damned) et de la New Wave. Depuis ces 3 musiciens ont bourlingué à travers le monde aussi bien en Asie qu'en Afrique ou au Moyen-Orient. Leur rencontre donne ici naissance à une musique riche de nombreuses influences. La musique américaine du 20ème siècle, avec le blues et le folk, en est une avec l'omniprésence de la guitare, instrument fétiche de Justin Adams. Mais l'apport de nombreux instruments à cordes, récoltés à travers le monde, comme des luths, des bouzoukis, la  mandoline, donne à l'ensemble une sonorité parfois turque, d'autres arabisante. Et même si leurs voix sont plutôt discrètes, elles se font parfois entendre au milieu des instruments avec un chant en russe sur « Gulaguajira (I, The Dissolute Prisoner) », un titre pourtant aux influences sud-américaines ou  sur «  Don’t Let Me be Misunderstood », plus connu pour l'interprétation magistrale de Nina Simone. Avec ces 11 morceaux, pour la plupart des compositions originales, Les Triaboliques nous offrent une musique d'esthètes qui en s'appropriant des instruments d'origines diverses, ont finalement inventé une musique très personnelle, aux sonorités mondiales sans jamais tomber dans la copie des musique traditionnelles.

Les Triaboliques - Rivermudtwilight - 2009 - World Village Music

« Jennifer's Body », Karyn Kusama

En cette période d’Halloween, voici un teen-movie à la sauce horrifique. Bien vendu grâce à une affiche qui fait son effet, puisqu’elle joue avantageusement sur le physique faussement angélique de la très sculpturale bombe américaine Megan fox, appuyée en France par le slogan “drôle, gore et sexy” signé Mad Movie. Le film est réalisé par Karyn Kusama, spécialiste de film à tendance “girlpower” puisqu’elle fût reconnue avec Girlfight qui révéla Michelle Rodriguez. Cette dernière ne tarda pas à devenir une icône de la culture lesbienne. Il en sera peut-être de même avec Megan Fox qui prouve avec ce film où elle joue une mangeuse d’hommes sans états d’âme qu’elle peut interpréter d’autre rôle que celui de “bonne” copine du héros dans les décérébrés Transformers. — Dans un bled paumé des États-Unis, Jennifer, une lycéenne belle et libertine se retrouve possédée par un démon. Elle s’offre alors des gueuletons en forme de “michetons”! Son amie Needy, au caractère prude et réservé va s’ériger contre le suppôt de Satan, qu’elle est devenue et ce malgré toute l’attraction physique et spirituelle que cette dernière éprouve pour elle. — L’histoire débute par cette phrase “Hell, is a teenage girl” qui aurait pu être le slogan de Carrie au bal du Diable. Avec moins de brio que dans le De Palma, Jennifer’s body respecte les règles des genres qu’il aborde. Le teen-movie avec toutes les scènes incontournables auxquelles les films hollywoodiens nous ont habitués comme par exemple, la pom-pom girl, le joueur de football, le bal de fin d’année. Les personnages à tendance caricaturale : la blonde angélique la brune démoniaque, le bad guy, le good guy. Le film d’horreur, avec ces quelques scènes sanglantes et ces dégueulis sans fin se référant ici principalement au meilleur d’entre tous : Evil Dead. Le scénario signé Diablo Cody, qui a également écrit Juno, respecte le sujet et est effectivement plutôt drôle. Les dialogues ainsi que la mise en scène aux sous-entendus sexuels soutiennent le propos et tentent de transgresser la morale établie. Le film qui se veut rock’n’roll et “schoking” reste au final bien conventionnel et proche de la morale puritaine chère à nos amis d’outre-atlantique. Ceci dit, on ne s’ennuie pas et le film se laisse regarder avec plaisir. On aurait aimé qu’il soit un peu plus sexy voir érotique a l’image de cette scène de saphisme entre les deux actrices. Ce genre de scénario typiquement hollywoodien serait sûrement intéressant à voir entre les mains d’un réalisateur européen du style Verhoeven. Cependant comme toujours dans les films américains le casting est parfait et chacun(e) joue sa partition sans fausses notes. L’actrice Amanda Seyfried tient la dragée haute à Megan Fox que la réalisatrice s’évertue à employer même dans les scènes d’horreur comme une icône à la plastique irréprochable. Elle crée ainsi des visuels ou l’actrice est “horriblement belle”. Ce qui appuie finalement le propos! — Jennifer’s body est une série B plutôt distrayante. La scène du sacrifice est cependant un peu ratée, mais ce qui l’est encore plus c’est la robe que porte Needy pour le bal de fin d’année. Je comprend bien qu’elle joue la petite fille modèle mais ces épaulettes "gaufrées"! je ne savais pas que ça pouvait encore se faire !

Jennifer's Body - Karyn Kusama - 2009 - 20th Century Fox


Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Le vendredi matin sur France Inter Vincent Josse nous fait visiter des bibliothèques d'écrivains, de cinéastes ou de musiciens dans son émission « Esprit critique ». Ce jour-là Pascale Ferran lit un extrait plutôt sensuel d'Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil et elle qualifie Kafka sur le rivage de chef-d'œuvre. L'étrangeté et la poésie des titres annoncent un univers particulier et la couverture du livre de poche finit de me convaincre.
Dès le début de la lecture on a du mal à définir le genre du roman ; le héros est un adolescent japonais plutôt étrange qui trouverait sa place dans un manga, mais une histoire de prophétie nous ramène plutôt à la Grèce Antique. En parallèle des préparatifs de sa fugue on explore des dossiers secrets de la seconde guerre mondiale qui nous plongent dans une atmosphère fantastique. Mais
Kafka sur le rivage est aussi un roman d'amour et d'apprentissage, où la réalité laisse facilement la place à l'extraordinaire, où l'espace et le temps peuvent se tordre et se télescoper. On quitte donc très vite les sentiers balisés des genres littéraires connus et on plonge dans un univers indéfinissable. Mais même si le lecteur peut ressentir un certain désarroi on ne quitte pas facilement le récit et les personnages qui révèlent au fil des pages une fragilité et une poésie inattendues.

Écouter La bibliothèque de Pascale Ferran.

MURAKAMI, Haruki, Kafka sur le rivage, Paris : Belfond, 2006. Egalement en poche.