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Bachar Mar Khalifé « Ya Balad »

J'ai découvert Bachar Mar Khalifé avec son précédent album : un savant mélange de jazz, de musique arabe traditionnelle, d'électro, et de musique contemporaine. Un album qui mariait à merveille exigence et simplicité. Avec « Ya Balad », son troisième album,  Bachar Mar Khalifé est dans la même lignée et on tient là, sans aucun doute, l’une des sorties majeure de cette année 2015. Bachar Mar Khalifé est le fils de Marcel, compositeur-interprète libanais reconnu à travers le monde, dont il reprend d'ailleurs « Madonna », l'une de ses compositions. Avec son frère Rami, musicien au sein du trio Aufgang, il a baigné depuis tout petit dans la musique. Et avec cet album "Ya Balad" il rend un hommage, émouvant, au Liban, la terre de ses aïeux, qu'il a du quitter petit pour fuir la guère. « J’ai tout d’un croyant mais je n’aime pas Dieu » nous dit Bachar Mar-Khalifé, qui se présente en se couvrant les yeux de la main, sur la cover de cet album. Et sa musique est belle comme une prière. Avec  la douceur des notes de piano et la mélodieuse langue arabe, on voyage entre la terre et le ciel, comme en suspension. Sa musique est d'une beauté troublante, entre souffrance et bonheur.

Bachar Mar Khalifé - Ya Balad - Infiné - 2015


Ibrahim Maalouf « Kalthoum »

Ibrahim Maalouf est un trompettiste franco-libanais qui s'est fait connaître grâce à de multiples collaborations : de Sting à Mathieu Chedid, en passant par Amadou & Mariam, Vanessa Paradis ou encore Thomas Fersen. C'est un personnage atypique dans le monde du jazz français, capable de marier avec délice la pop, l'électro, le hip-hop, la chanson française et ses propres racines libanaises, au jazz plus traditionnel. Ibrahim Maalouf vient de sortir simultanément deux albums en hommage aux femmes : « Red Black & Light », un album contemporain, moderne, pop aussi avec notamment une reprise d’un titre de Beyoncé. Et « Kalthoum », un hommage à la célèbre diva égyptienne Oum Kalthoum, véritable monument de l’histoire du peuple arabe. Il reprend ici l'un de ses plus grands succès « Alf Leila Wa Leila » ( « Les Mille et une Nuits ») , une chanson de 1969 qui se présente sous la forme d'une suite d'environ une heure. Et cette suite est surtout une succession de tableaux laissant la place à l'improvisation. Cet album a été enregistré et mixé à New York avec la même équipe que l’album « Wind », album hommage à Miles Davis. C'est un peu comme une continuité de cette aventure discographique avec Mark Turner au piano, Larry Grenadier à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie. C'est avec cette formation recentrée sur le jazz classique et 100% instrumental qu'Ibrahim Maalouf a choisi de célébrer les 40 ans de la disparition de la diva.

Ibrahim Maalouf - Kalthoum - Mister Productions - 2016


La Gale « Salem City Rockers »

La Gale est Suisse, et ça ne s'entend pas vraiment, c'est même un véritable lance-rocket sonore, bien loin de l'image policée qu'on se fait parfois de nos voisins helvètes. Et après un album éponyme sorti en 2012, la métissée libanaise, est de retour avec «  Salem City Rockers ». Ses textes et son flow sont toujours aussi percutants comme sur l'arabisant « Petrodollars » ou l'on peut entendre le chant flamenco de la chanteuse espagnole Paloma Pradal. Avec des cadors comme Al'Tarba et I.N.C.H à la production, les instrumentaux sont particulièrement chiadés. Et sans dénigrer les textes toujours percutants, on peut imaginer écouter la plupart des titres sans eux, sans aucun problème. La trame musicale est rock, voir blues, et le travail sur le sample est minutieux et bien senti. Comme ici avec Jack Nicholson en VF : « Lorsque nos deux motards rencontrent un jeune avocat (incarné avec brio par Jack Nicholson) qui rejette la société conformiste, il résume tout le film en une phrase : "Ces gens font de grands discours dans lesquels ils parlent de la liberté individuelle, mais s'ils rencontrent un type qui est vraiment libre, ça leur fout la trouille... et ils deviennent dangereux. ». Par la suite on y entend même un petit bout de « Born To Be Wild » de Stepenwolf, lui aussi issu du film culte « Easy Rider ». Avec La Gale, on est dans la lignée de Casey, peut-être en moins virulent, et de Kenny Arkana, en plus abouti musicalement. Il y a une énergie de fou qui se dégage de cet album et on se surprend à gueuler avec elle et ses acolytes « Tous des chiens Galeux ».

La Gale - Salem City Rockers - Vitesse Records - 2015


Bachar Mar-Khalifé « Who's Gonna Get The Ball From Behind The Wall Of The Garden Today? »

« Who's Gonna Get The Ball From Behind The Wall Of The Garden Today? » est sans conteste un album majeur de l'année 2013. Et il trônerait certainement au sommet de nos meilleurs albums de l'année si on l'avait écouté plus tôt. C'est un savant mélange de jazz, de musique arabe traditionnelle, d'électro, et de musique contemporaine, un mélange à priori très exigent mais tellement bien foutu, avec en-sus, une jolie touche d'originalité, qu'il en devient très accessible, mais attention... Car aussi hautement addictif. Comme avec « Ya Nas », une chanson traditionnelle koweïtienne, et véritable hymne à la liberté. Cet album, qui marie à merveille exigence et simplicité, on le doit à un mec de 30 balais. Ce mec c'est Bachar Mar-Khalifé, fils de Marcel, compositeur-interprète libanais internationalement reconnu, et frère cadet de Rami, lui aussi musicien, notamment au sein du trio Aufgang. Les deux frangins ont véritablement baigné dans la musique depuis leur plus tendre jeunesse en accompagnant leur père lors de ses tournées. Bachar a ensuite étudié le piano avant de se consacrer aux percussions au Conservatoire. Et en 2010, il publiait « Oil Slick » son premier album. La musique de Bachar Mar-Khalifé vient du cœur, et c'est là toute la musique qu'on aime. Le piano et la voix nous emporte avec délicatesse et beaucoup de sensibilité. Et « Ce sont des trucs qui ne s'expliquent pas... Ces jolies choses qu'on se dit tout bas » comme il le chante en compagnie de la délicieuse Kid A sur « Machins choses » titre méconnu de Serge Gainsbourg.

Bachar Mar-Khalifé - Who's Gonna Get The Ball From Behind The Wall Of The Garden Today ? - 2013 - Infiné Music


Ibrahim Maalouf « Diagnostic »

Ibrahim Maalouf, trompettiste franco-libanais aux multiples collaborations (Sting, Arthur H, Mathieu Chedid, Amadou & Mariam, Vanessa Paradis, Lhasa, Jeanne Cherhal, Thomas Fersen, ...) prouve une nouvelle fois qu'il possède son propre univers. Avec chacun des titres dédiés à l'un des siens, sa fille Lily, ses sœurs Maeva et Layla, son père Nassim, sa mère Nada, ou encore sa femme Pauline, « Diagnostic » s'écoute comme on feuillette un album de famille. Et on voyage, à l'image de « Maeva In The Wonderland » qui prend sa source dans les Balkans avec une fanfare de circonstance pour se terminer à Cuba. Les styles musicaux s’enchevêtrent (jazz, pop, classique, hip-hop, world, rock) tout comme les instruments, de la guitare blues-rock de « Never Serious » ou de « We'll Allways Care About You » (hommage au roi de la pop), au piano plus classique à la Chopin de « Your Soul », reléguant parfois la trompette, pourtant toujours aussi magique (« Everything Or Nothing »), au second plan. Un voyage qui se termine à Beyrouth, la ville qui l'a vu naître, avec 10 minutes mélancoliques où la trompette se reposent sur de délicats arpèges de guitares avant un final Led Zeppien!

Ibrahim Maalouf - Diagnostic - 2011 - Mister Productions