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Axel Krygier « Hombre de Piedra »

On avait découvert l'Argentin Axel Krygier, il y a maintenant cinq ans, avec son précédent album « Pesebre ». On disait alors qu'on se trouvait face à un artiste touche à tout, n'hésitant pas à brasser toutes sortes d'influences et d'instruments. Un véritable crack pour une subtile fusion de folklore sud-américain et d'héritage électronique. Rien n'a véritablement changer, et Axel Krygier prouve une nouvelle fois avec «  Hombre de Piedra » qu'il est bien un cador ! Axel Krygier est un inclassable qui aime mélanger les couleurs musicales. Un véritable architecte musical et une figure de la musique métissée argentine. Son parcours professionnel n'y est pas étranger : nourri au folklore sud-américain, puis baigné dans le post punk  dans les années 70, il a été saxophoniste et flûtiste dans des groupes argentins, avant de sortir son premier album en 1999 qui lui valut le soutient d'artistes comme  Gilles Peterson, Coldcut, David Byrne, ou encore sa compatriote géniale Juana Molina. Ensuite, il a fondé un groupe en Espagne, écrit la musique pour un spectacle de danse, composé une comédie musicale. Enregistré à Buenos Aires, « Hombre de piedra », « l'Homme de pierre » dans la langue de Molière, est un concept-album inspiré par le documentaire français « Lascaux: Le Ciel des Premiers Hommes ». Une réflexion sur le rôle des êtres humains dans l’univers au cours du temps, de la préhistoire à l’ère 2.0. Un western venu d'ailleurs, plein de folie, d'airs balkaniques ou d'hymnes disco. On retrouve même un duo avec la légende argentine Daniel Melingo sur un hallucinant « Mi piel de animal ».

Axel Krygier -  Hombre de Piedra - 2015 - Crammed

Chancha Via Circuito "Amansara"

Le producteur argentin Pedro Canale (alias Chancha Via Circuito), fleuron du label électro ZZK, nous offre ici un troisième album : Amansara. Un nouveau rêve venu directement d’Amérique du sud, distribué par Crammed Discs. Une musique ancrée dans sa culture et la tradition mais qui garde une force, l’énergie d'une danse chamanique. Avec les années, son travail s’est éloigné de la digital-cumbia pour aujourd’hui affirmer un son plus original, entre nappes électroniques et instruments traditionnels, le tout sur un tempo langoureux. Pedro Canale se joue ici des frontières et des genres pour créer un nouveau son plus suave, plus spirituel. Un album tout en douceur plein de beauté et de poésie qui nous encercle, nous envoute comme dans un rêve plein de mélancolie et de chaleur. Dans une interview pour Mondomix en 2013 Pedro Canale soulignait que « l’électro produite à Buenos Aires se caractérise par une absence de préjugés pour fusionner les rythmes et les genres ». Amansara en est une belle preuve...

Chancha Via Circuito - Amansara - Wonderwheel Recordin - 2014

Soema Montenegro « Passionaria »

C'est grâce à Vincent Moon et La Blogothèque que nous avions découvert en 2010 Soema Montenegro : une artiste originaire de Buenos Aires profondément Argentine et difficilement catalogable. « Passionaria » son 2ème album après « Uno una uno » en 2008 est d'une intensité rare. Accompagnée du bandéoniste Jorge Sottile, elle prend parfois des airs de cantatrice et à l'instar de son ainée Yma Sumac, elle aime expérimenter avec sa voix hors du commun. Elle vient titiller la folie sur « Milonga de la ensoñada » , se lance à capella sur « Invocación a la passionaria », des cuivres et des percussions originales donnent  un côté bric à brac à « Flores del desierto » alors que « Profundidade » sonne plus traditionnel. Mais finalement c'est bien la folie qui l'envahit avec « Molecularmente ».
Soema Montenegro se place dans la lignée de ses contemporaines un peu barrées, Camille la Française, Bjork la pop star islandaise, ou encore Merrill Garbus de TuneYards, tout en s’imprégnant de la tradition et la mélancolie traditionnelle sud américaine à la manière de la regrettée Lhasa.

Soema Montenegro - Passionaria - Western Vinyl - 2011

Vidéo :

Axel Krygier "Pesebre"

Axel Krygier fait partie de ces artistes touche à tout, n'hésitant pas à brasser toutes sortes d'influences et d'instruments. Les résultats sont plus ou moins convaincants chez certains. Ici pas de doute, on se trouve devant un crack. Les couleurs musicales de cet argentin pourraient vite donner le tournis mais c'est sans compter sur son talent de mise en forme ainsi que son grand sens mélodique. Et ce "Pesebre", plutôt que de proposer un melting pot confus, dégage au contraire une chaleur et une maîtrise assez impressionnantes. Cumbia, klezmer, dub, hip hop, rock, etc... "Campo de marte" par exemple, tend vers le psyché, bref on trouve de tout chez Axel Krygier. Ce grand brassage tient plus de l'art que de l'expérimentation. La production de Krygier est ici à son zénith et il est difficile de ne pas succomber au charme de ses morceaux. Sans être iconoclaste, il secoue gentiment les traditions musicales ce qui insuffle à ses disques une vraie fraîcheur. Il dispose d'une imagination sans limites et donne même l'impression d'avoir quelques coups d'avance. On aime ses cohabitations de genre, surprenantes, parfois improbables, mais qui font souvent mouche. Krygier nous offre ici un petit prolongement estival pour ces premiers jours d'automne, on aurait tort de s'en priver.

Axel Krygier - Pesebre - crammed discs - 2010

El Hijo de la Cumbia - L'entretien

El Hijo de la cumbia est un jeune artiste argentin qui marie à merveille la cumbia traditionnelle, musique d’origine afro-colombienne, aux sonorités plus actuelles du dancehall, du dub, de l’électro et du hip-hop. Une nueva cumbia qui nous avait enchanté sur l’album « Freestyle de Ritmos » avec notamment le titre « Soy El Control ».
Il est actuellement en tournée en Europe et passera par Sète le 7 août prochain au Festival Fiest'A Sète. Le 24 juillet dernier il était à l'affiche du Festival de Bugueles (22) organisé par l'association l'Air du Large à côté du groupe pop parisien Revolver et des légendaires Touré Kunda, pour sa seule date en Bretagne. Tous ceux qui sont restés pour la prestation de l’Argentin ne l'ont pas regretté. Le Dj de Buenos Aires était accompagné sur scène par Marcos Zarate à l’accordéon et au chant et par la charismatique et charmante chanteuse Patricia Gajardo qui officie habituellement avec  le groupe marseillais La Cumbia Chicharra. El Hijo de la Cumbia a transmis une énergie positive au public en le faisant danser avec une lune montante en toile de fond. On l'a retrouvé après son concert pour une rencontre extrêmement sympathique et rafraichissante. Emiliano Gómez, de son vrai nom, est décontracté, a une tchatche de folie et charme son auditoire avec son naturel.

Le Tango
« Aujourd’hui,  la musique populaire de Bueno Aires, c’est surtout la cumbia, le hip-hop,  et le reggae dance hall. C'’est la musique avec laquelle j’ai grandi, la musique sur laquelle j’aime travailler. Le tango est bien plus ancien, il date des années 1925-1930. Bien sûr il passe toujours à la radio et c’est une influence malgré tout. J’ai d’ailleurs réalisé un remix récemment pour Gotan Project, et un titre de mon album est fortement influencé par le tango mais pour moi c’est une musique difficile à façonner. En fait quand je ferme les yeux et que j’écoute du tango, c’est Paris que je vois. Pour moi le tango est plus une musique française qu'argentine! »

L’Europe
« Je crois qu’en Europe, les gens ont  le temps d’écouter et d’apprécier différentes musique, de bouquiner. Le public est habitué à écouter diverses musiques, aussi bien du hip-hop, que de la musique balkanique, ou de la musique africaine. Le public est sensibilisé à la culture, à l’art et exprime facilement son opinion sur des blogs par exemple. La cumbia est une musique universelle qui s’adresse à tous, qu’on parle français, allemand, anglais, espagnol, peu importe. Mon objectif est de créer une musique unique qui réunit les peuples surtout aujourd’hui où le système a tendance à diviser les gens. C’est comme une lutte pour réunifier les peuples, le monde. »

Le live
« A la base, je n’ai pas créé ma musique en imaginant faire un album et encore moins la jouer en live. J’ai juste créé la musique que je voulais écouter moi. Une musique que je ne trouvais nulle part. C’est ensuite qu'on s'est rendu compte qu'elle plaisait aussi aux gens et qu'on s'est décidé à réaliser un album. On propose maintenant une formation live qui est toujours en construction, en évolution. On est toujours à la recherche de quelque chose de nouveau. Le Projet d’El Hijo de la Cumbia en live est jeune, j’ai tourné au Chili en décembre 2009, avant j’avais tourné au Mexique et en Argentine et, en Janvier prochain, on va en Colombie, mais organiser des tournées en Amérique du Sud n’est pas évident en raison des difficultés économiques que rencontrent la plupart de ces pays. En même temps, en tournant en Europe, J‘apprends beaucoup, au niveau son, au niveau technologie, je n’ai que 26 ans et j’ai encore beaucoup à apprendre. »

Internet 
« Aujourd’hui avec internet, les moyens de communication actuels, la globalisation, c’est génial parce qu’il est facile de partager nos cultures, d’échanger sur ce qui se passe dans le monde. Et ça donne des envies, des idées.
Je n’aime pas quand des businessmans partent à travers le monde à la recherche de nouveaux sons et qu’ils reviennent comme si ils avaient découvert la bière alors que non ce n’est pas comme ça, ces sons existaient déjà depuis longtemps ce n’est pas eux qui les ont découverts!
»

L’Afrique
« Pour moi, toute la musique sud-américaine vient d’Afrique. La base de la musique c’est simple, c’est la percussion que ce soit pour le reggae, le dub, ou le dancehall. La cumbia est née en Colombie en raison d’un mix d’influences espagnoles et des esclaves d’origine africaine qui ont apporté leur culture. La source c’est l’Afrique. Mon plus grand défi, ça serait de jouer là-bas. Y jouer serait une consécration quelque part mais ça sera difficile parce qu’en ce moment l’Afrique vit aussi une révolution culturelle et artistique. Ils développent leur propre culture mais aller jouer là-bas serait vraiment un grand défi. »

L’Argentine
« J’ai le désir de réaliser un documentaire sur la cumbia en Argentine. Parce qu’en Argentine, la cumbia c’est la musique populaire des classes basses, des ghettos tout comme au Chili ou au Mexique d’ailleurs. Et je voudrais le faire moi-même avant que quelqu’un d’autre le fasse en venant de l’extérieur sans vraiment connaitre ce qui s’y passe réellement. C’est comme pour ma musique, mon idée première est de créer un son qui n’existe pas en Argentine, briser l’hégémonie de la cumbia gangster des ghettos. Donner une énergie nouvelle, de la force positive. J’ai vraiment envie d’offrir ma musique à l’Argentine, mon pays. J’ai très envie d’agir localement, de faire passer mon message et de tourne sur place. »

Grand merci à « El Traductor » Gregoire de Derapage Prod, à Kristen et Tony de l’association Chausse tes tongs qui nous ont permis de réaliser cet entretien.

Playlist de la lune : la Coupe du Monde 2010 - Groupe B

La Coupe du Monde de football est, avec les Jeux Olympiques, la plus grande compétition sportive actuelle,  rassemblant des joueurs, des supporters et des téléspectateurs du monde entier. C'est ainsi l'occasion d'une grande fête populaire, et peut-être encore plus en 2010 parce qu'elle se déroule pour la première fois en Afrique après 80 ans d’existence. Le coup d’envoi sera donné le  11 Juin prochain avec le match opposant l'Afrique du Sud, pays organisateur, au Mexique. D’ici là nous allons vous présenter tous les groupes en les illustrant par une playlist musique, et par des conseils ciné et lecture. Chaque semaine deux groupes seront à l'affiche.
(Photo by Vladimir Rys/Bongarts/Getty Images)

Présentation : Ce groupe ne semble pas le plus difficile de la compétition. L'Argentine de Diego Maradona a bien connu quelques misères lors de sa phase de qualification mais semble avoir l'effectif pour dominer ce groupe de la tête et des crampons. La Corée du Sud, capable de se hisser jusqu'aux demi-finales en 2002 à domicile, est resté invaincu lors de ses qualifications. Avec un joueur comme Park Ji Sung, habitué des grands matchs avec Manchester United, elle est capable de créer une nouvelle surprise. L'envie de gagner de la Grèce risque d'être décuplée en raison de la situation de crise économique inquiétante vécue par tout le pays. Une bouée de bonheur potentielle pour tout un peuple. Le Nigeria, vainqueur de la compétition chez les moins de 17 ans en 2007 et finaliste l'an dernier, peut compter sur une nouvelle génération de qualité. Mais après sa qualification à l'arrache, ses jeunes pousses risquent d'être encore un peu vertes.

Favoris : L'Argentine avec à sa tête le ballon d'or Leo Messi est le grandissime favori de ce groupe. Derrière, le 2ème billet pour les 1/8ème place risque de s'arracher mais le Nigeria, en tant que pays africain semble le mieux placé (à moins que la Corée... à moins que la Grèce...).

À écouter :

1- Seun Kuti « African problems » (Nigeria/Dacallo)
2- Gotan Project « Rayuela » (Argentine/Paco)
3- Garion « Old Story » (Corée du Sud/Dacallo)
4- Petalouda «What You Can Do In Your Life » (Grèce/Paco)
5- El Hijo de la Cumbia « Soy el control » (Argentine/Dacallo)
6- MC Sniper « Run&run » (Corée du Sud/Paco) 
7- Mad Man Jaga « Hankuri » (Nigeria/Paco)
8- Aphrodite's child « The battle of the locusts » (Grèce/Dacallo) 

À voir :
« Il faudrait bien une arnaque du type  Les Neuf Reines (film Argentin) pour sortir la Grèce du marasme économique dans lequel elle se trouve. En leur souhaitant une bonne coupe du monde! Je conseille par ailleurs à nos amis Irlandais qui comme le flic de Memories of Murder  doivent être frustrés de passer à côté de l'essentiel, le visionnage de ce chef d'œuvre du polar à la coréenne. » Chi8
Le + de Chi8 : Le Nigeria est le 3ème producteur de films au monde, d'où son surnom de Nollywood mais très peu de films viennent jusqu'à nous! 

À lire :
Daewoo, François Bon.
« Le titre peut évoquer un récit de voyages en Corée du Sud mais il s'agit en réalité d'une émouvante plongée dans le quotidien des ouvrières de  Daewoo en Lorraine. » Azi

La caverne des idées, Jose Carlos Somoza.

« Des meurtres au milieu des apprentis philosophes dans la Grèce Antique, un traducteur qui se fait rattraper par l'intrigue et un auteur espagnol : un polar un rien bizarre mais plutôt réussi. » Azi

El Hijo de la Cumbia « Freestyle De Ritmos »

La nueva cumbia jouit en Argentine d' une popularité qui commence tranquillement à dépasser ses frontières. Le label Soot Records a décidé de parier sur ce mouvement en produisant le premier album de El Hijo de la Cumbia « Freestyle De Ritmos ». ce jeune homme de 23 ans nous livre un album riche en mariant les traditionnels rythmes afro-colombiens de la cumbia avec une production électro très habile. Les pistes se succèdent avec une variété d' influences tels le dub, le hip hop ou la drum & bass mais il ne perd jamais le fil des racines de la cumbia et dispose sur son disque de quelques morceaux à faire chavirer un dancefloor.

Le site de El Hijo de la Cumbia

L'entretien

El Hijo de la Cumbia - Freestyle De Ritmos - 2008 - Soot Records

Diego Armando Maradona

Diego Armando Maradona foulera la pelouse du stade vélodrome de Marseille le mercredi 11 février 2009 à l’occasion de la rencontre entre l’équipe de France de football et celle d’Argentine. Dommage qu’on ne soit pas à la fin des années 80, on aurait alors pu se délecter des dribbles fantasques du joueur mais Maradona est aujourd’hui le sélectionneur de l'Albiceleste et on devra se contenter des dribbles du génial lutin Lionel Messi.
Maradona c’est un destin hors du commun. Originaire des quartiers difficiles de Buenos Aires, il a époustouflé les spectateurs du monde entier en portant les couleurs du Boca juniors, du Barça et du Napoli, où il a la réputation d'avoir entretenu des relations ambiguës avec la Camorra. Son plus beau trophée il l’obtient avec la sélection argentine en 1986 avec notamment un doublé contre les « ennemis » anglais dont un but inscrit par « la main de dieu ». Sa fin de carrière sera plus difficile en raison de contrôles anti-dopage positifs et des problèmes récurrents avec la cocaïne.
El pibe de oro est un documentaire jubilatoire de Jean-Christophe Ros datant de 2006 sur l'homme qui confiait dès l’âge de 12 ans qu’il avait deux rêves : « Le premier est de jouer la coupe du monde… et le second de la gagner ! »
Maradona by Kusturica est la réalisation d’un rêve d’enfant par le cinéaste qui s’autoproclame le Maradona du cinéma. C’est un film décevant mêlant des extraits de films du cinéaste, des images d'archives, des animations et des discussions entre les deux hommes. Le mystère Maradona subsite. Dans ce film, « La vida tombola », a été composée par Manu Chao.

Meilleurs albums 2008 - n°3 - Juana Molina « Un Dia »


Juana Molina a bossé pendant 8 ans comme animatrice vedette sur une chaîne de télé argentine ce qui lui a donné une liberté matérielle pour enregistrer des disques comme « Un dia » où l’on ressent une grande liberté artistique. « Tres cosas » et « Son », ses précédents album étaient plutôt folk et mélodieux avec déjà des samples et des boucles. Mais ici, elle se lâche vraiment et les boucles de voix se superposent sur des boucles de guitare puis encore d’autres boucles de guitares, des claquements de mains, des rythmes improvisés sur des objets en studio. Elle n’hésite pas à mettre des boucles sur des boucles créant une sorte de transe. On est entraîné dans une espèce de tourbillon sonique qui nous élève dans une autre dimension sans qu’on s’en aperçoive vraiment et c’en devient même une addiction.


Juana Molina - Un Dia - 2008 - Domino