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Dom La nena « Soyo »


On avait découvert la jeune violoncelliste et chanteuse originaire de Porto Alegre au Brésil, Dom la Nena, lorsqu'elle accompagnait Piers Faccini, Jane Birkin ou encore Camille. Et déjà ce petit bout de femme dégageait quelque chose de magnétique. « Ela », enregistré en 2013 dans le studio de Piers Faccini, au cœur des Cévennes, confirmait alors son talent. Et la « petite » continue aujourd'hui de grandir avec son deuxième album « Soyo », un titre évocateur comme un besoin de s'affirmer définitivement. Cet album qu'elle a réalisé en compagnie de l’auteur-compositeur brésilien Marcelo Camelo, ancien membre du groupe Los Hermanos, a été enregistré à Lisbonne, à Paris et Mexico. La jeune femme a d’abord enregistré seule les pianos, les violoncelles, les voix, quelques guitares et percussions - bref, la base des morceaux - avant de les confier à Marcelo afin qu'il y apporte sa touche personnelle. Mais son style, empreint de douceurs et de mélancolies, n'a pas fondamentalement changé, même si les influences brésiliennes donnent des morceaux légèrement plus rythmés. Cet album, semble du coup moins feutré que le premier, un peu plus lumineux voir plus coloré, plus joyeux. Et en chantant une fois en portugais, une autre en espagnol ou en anglais, et même en français sur «  Juste une chanson », on se sent toujours en voyage.

Dom La nena - Soyo - Six Degrees Records - 2015

Criolo « Covoque Seu Buda »

Criolo, Kleber Gomes de son véritable nom, s'est d’abord fait connaître dans le milieu du hip-hop brésilien en tant que « Criolo Doido» autrement dit « Le Créole Fou » en raison de la peau noire de son père et de la « folie » de sa mère. Nous l'avions découvert en France en 2011 avec son deuxième album, il a alors 35 ans et devient un véritable phénomène au Brésil. Alors autant vous dire que la sortie de « Convoque seu Buda » son nouvel album était attendu. Et pas de mauvaises surprises. Criolo nous réjouit une nouvelle fois avec son mélange de hip-hop et de musique populaire brésilienne qui en font le chouchou des figures du Tropicalisme comme Caetano Veloso qui le classe comme « la plus importante figure de la musique actuelle au Brésil ». On retrouve une nouvelle fois Daniel Ganjaman et Marcelo Cabral à la production et leur capacité à a passer d'un style à un autre, du rap, au reggae en passant par le jazz et la samba. C'est ainsi qu'on passe d'un morceau plutôt hip hop aux samples de musique orientale comme « Convoque Seu Buda » à un dub planant aux influences jamaïcaines avec « Pé De Breque ». Mais Criolo se fait aussi le porte-parole d'une génération pour faire une critique sociale percutante de l'état du Brésil. Il raconte ainsi l'histoire des plus démunis du Brésil urbain, celle d'un pauvre homme réduit à servir dans des fêtes de luxe, celle d'un junkie anonyme ou encore le combat des gamins des favelas dans « Plano de Vôo ». Criolo y pose son flow quasi-dramatique sur une musique atmosphérique qui pourrait être la bande son d'un film.

Criolo - Covoque Seu Buda - Sterns - 2015



Karol conká "Batuk Freak"

A la vue de la pochette, de son look et au premier survol de ce disque, nous pourrions penser que chaque continent doit avoir une réplique de M.I.A. Celle de l’Amérique du Sud s’appellerait alors Karol Conká. Reconnue au Brésil, mais découverte en France depuis peu, la chanteuse née à Curitiba (capitale de l'État du Paraná, au sud de Sao Paulo) est une des figures emblématiques de la scène hip-hop brésilienne. Avec un début de parcours à 17 ans, cette jeune brésilienne de 26 ans arrive pourtant à se démarquer sans réinventer le genre.  Elle  crée un univers original à partir d'un hip-hop au bord de l'explosion. 
Après bientôt dix ans à écumer les salles, la rappeuse et parolière Karoline dos Santos de Oliveira alias Karol Conká se situe à la croisée du hip-hop, de l'électro et du baile funk, mêlant des basses puissantes et des percussions atabaques (percussions traditionnelles du Nordeste du Brézil que l'on retrouve notamment dans la capoeira). Son premier disque distribué depuis novembre 2013 en France, sur le label Mr Bongo, contient quelques bombes. L'ensemble de ses lyrics sont en portugais ce qui donne une touche originale et crée un flux saccadé et tranchant et qui reste un des points fort du disque. Son flot agressif semble en permanence sur le fil du rasoir, parfois dansant, souvent offensif, voir explosif, il nous pousse à quelques hochements de tête. Les instrus originaux mêlent sons traditionnels et beats plus ou moins festifs ou pesants. Quelques unes sont un peu faciles mais bien construites dans l'ensemble. Au final cet album demeure une belle découverte. Reste à voir à l'avenir, comment Karol Conká tiendra la longueur, en espérant qu'elle ne tombe pas dans la "soupe mondiale" qu'elle frôle de justesse...

Karol Conká - Batuk Freak - Mr Bongo - 2013

 

Dom la Nena « Ela »

Dom la Nena est une jeune violoncelliste et chanteuse originaire du Brésil. On l'avait découverte il y a quelques mois, seule avec son violoncelle dans les rues de Fès, ou accompagnant Piers Faccini et Camille,  sous l’œil amoureux de Jeremiah. On savait qu'elle devait sortir un album et on l'attendait avec beaucoup de curiosité. « Ela », enregistré dans le studio de Piers Faccini au cœur des Cévennes, respire la sérénité, bien que bourré de mélancolie. « La nena » autrement dit « la petite » nous offre des petites chansons qui nous transporte en douceur, des petits contes, des petites berceuses, des petites bossas, des petites samba (« Sambinha ») et même un duo (« Buenos Aires ») avec un Pethit, Thiago de son prénom. Et des duos il y en a d'autres puisqu'on la retrouve en compagnie de Piers faccini, évidemment, sur « Dessa Vez », une merveilleuse valse qui nous fait tourner la tête, ou encore avec Camille sur « Vocé ». Mais « Ela » c'est aussi et avant tout l'album d'une déracinée, qui à 23 ans semble déjà avoir vécue plusieurs vie, de Porto Allegre à Paris en passant pas Buenos Aires. Une déracinée qui aime se souvenir des belles choses avec un doux parfum de nostalgie.

Dom la Nena - Ela - Six Degrees Records - 2013


Baiana System

Et si la guitarra baiana était l'un des instruments vedettes de la nouvelle saison estivale qui s'annonce ? Le Baiana System avec sa tête Robertinho Barreto nous propose un album formidable où les riffs d’une mini guitare viennent sublimer des ambiances fortement gorgées de percussions et de dubs. La guittarra baiana, (accordée comme une mandoline selon Barreto) donne un timbre différend de celui d'une guitare normale. Le son est légèrement plus aigu et trouve ici parfaitement sa place en se détachant des rythmiques très adroites du combo. Les riffs du guitariste se rapprochent inévitablement des ambiances du carnaval de salvador et des "trios electricos" où les percussions sont souvent souveraines. Le Baiana System prend le parti de mettre en avant la guitare baiana en se démarquant de ses ainés. Il se détache aussi en partie de ses racines avec de très fortes influences jamaïcaines et africaines. L'impression qui s'en dégage est une grande cohérence avec un bel équilibre où alternent des tracks bien ronds avec des ambiances plus percussives. Et même si il n'y a rien de torride dans cette musique, la chaleur de l'ensemble donne sérieusement envie de se remuer les fesses. Ce disque qui est assurément une belle découverte, il est sorti en 2011, mérite de tourner en boucle au moins jusqu'à la fin de l'été prochain. Et petit détail mais non négligeable, il est disponible en téléchargement gratuit.

Baiana System - Cada Macaco - 2011

Criolo « Nó na Orelha »

Il s'est d’abord fait connaître dans le milieu du hip-hop brésilien en tant que « Criolo Doido» autrement dit « Le Créole Fou » en raison de la peau noire de son père et de la « folie » de sa mère, capable de le suivre sur les bancs de l'école jusqu'à obtenir un diplôme de philosophie et devenir psychothérapeute. A 35 ans, Criolo propose avec « Nó na Orelha » un 2ème album riche d'influences diverses où d'entrée on est cueilli par « Bogota », surprenant voyage afrobeat vers la capitale colombienne. Puis de nombreux styles vont cohabiter : du hip-hop jazzy avec « Subirusdoistiozin », du hip-hop à la Wu-Tang avec  « Grajauex » et le très Ghost-Doguien  « Lion Man » », du fado portugais avec «  Da Meia Noite »,  du reggae avec le mal-nommé «Samba Sambei », mais aussi de la soul, du funk, et de la Musique Populaire Brésilienne avec notamment la samba finale « Linha de Frente » digne du meilleur Seu Jorge. Le Brésil tient là une véritable perle créole.

Pour ne rien gâter, cet album est disponible en téléchargement gratuit sur le site de l'artiste. Et si vous désirez en savoir plus sur Criolo (ou d'autres artistes brésiliens mais pas seulement), rendez-vous sur l'excellent blog L'Elixir du Dr.Funkathus.

Criolo - Nó na Orelha -2011

Da Cruz « Sistema Subversiva »

Da Cruz est né de la rencontre entre la chanteuse de Bossa Nova, Mariana Da Cruz et le beatmaker Ane H du groupe suisse Swamp Terrorists. Un quartet s'est ensuite constitué avec Pit Lee et Oliver Husmann, respectivement batteur et guitariste de ce même groupe. Tout de suite ils ont voulu créer quelque chose de nouveau et d'actuel à partir de leurs influences, brésiliennes pour la chanteuse, électro, jazz et funk pour les musiciens helvètes. « Sistema Subversiva » est leur 3ème album et sous la houlette du label de San Francisco Six Degrees Records (Bebel Gilberto, Zuco 103) Da Cruz pourrait bien prendre une nouvelle dimension. On navigue entre titres taillés pour les dancefloors tel le single « Boom Boom Boom » très inspiré du kuduro portugais (normal,  Ane et Mariana se sont rencontrés à Lisbonne!) et d'autres beaucoup plus lounge. Le tout en explosant les frontières musicales, à la manière d'une MIA ou d'une Ebony Bones. C'est ainsi qu'ils explorent la musique éthiopienne (« Ethiopia ») ou encore l'afrobeat (« Tudo Bem Aqui ») et qu'ils réactualisent avec puissance « Warm Leatherette », titre déjà repris à l'époque par la grande Grace Jones et créé en 1978 par Daniel Miller, pionnier de la musique électronique en Angleterre. On regrettera juste la longueur (70 minutes) de l'album avec une 2ème moitié où l'électro-pop brésilienne ennuyeuse prédomine. Heureusement, l'album se termine mieux avec « Moça Feia » dans un style quasi new wave et un remix aux petites touches dub de « Papo  de » par leurs compatriotes FileWile.

Da Cruz - Sistema Subversiva - Six Degrees Records - 2011

Amon Tobin "Isam"

Amon Tobin avec "Bricolage", "Permutation" et "Supermodified" est un artiste que j'ai adoré, quasiment idolâtré. Ma relation avec sa musique s'est considérablement détériorée par la suite, voire presque stoppée net avec "Foley Room" en 2007. Ce disque était trop éprouvant à mes yeux. Surement par fainéantise, en ne faisant pas l'effort de m'immerger dans le nouvel univers d'un artiste qui m'avait servi sur un plateau tant de morceaux immédiatement addictifs grâce à des samples fabuleux et à un sens de la construction hors norme. Je le pensais complètement perdu, un peu à l'image de Scott Heren (Prefuse 73). Alors j'ai mis du temps à me lancer dans "Isam" et plutôt sur la pointe des pieds. D'entrée avec "Journeyman", mes réserves commencent à s'évaporer. La suite ne fera que confirmer mon impression, on se trouve là devant un grand disque. Derrière ce qui pourrait paraitre comme un grand capharnaüm au détriment de toute mélodie se cache en réalité un disque subtil à l'esthétique superbe. Car "Isam" est impressionnant de maîtrise mais c' est aussi un disque très exigeant. Il faut se plonger profondément dans les entrailles de cette substance pour qu'elle révèle toute la magie qui y opère. Le port du casque pour l'écoute de ce disque est donc vivement conseillé. L'échantillonnage de morceaux n'est plus du tout utilisé dans ce nouvel album, Atom Tobin utilise des sons organiques, des percussions, cordes ou voix qu'il synthétise et malaxe pour en sortir une matière remarquable même si ce disque, et c'est une évidence, ne fera pas l'unanimité. Amon Tobin nous sert un opus magnifique qui risque de souffrir de la comparaison avec "Foley Room" (il va falloir que je m'y replonge) mais qui confirme aussi le génie d'un des grands bonhommes de la musique électronique.

Amon Tobin - Isam - Ninja Tune - 2011 

L'album en intégralité avec les commentaires d'Amon Tobin:
  

Saravah Soul « Cultura Impura »

Quand des musiciens brésiliens, avec à leur tête  Otto Nascarella, rencontrent à Londres des autochtones et décident de marier la musique brésilienne au funk, à la soul et à l’afrobeat, ça donne Saravah Soul. Avec « Cultura Impura », le groupe réalise son 2ème album chez Tru Thoughts, deux ans après le 1er, en faisant exploser l’image qu’on peut avoir habituellement de la musique brésilienne. Cet album dégage une énergie cuivrée issu d’un cross over inhabituel entre la musique traditionnelle brésilienne, celle des carnavals toute en percussions, ou celle plus traditionnelle comme le bayo popularisé entre autre par Luiz Gonzaga, et la musique africaine, principalement l’afrobeat, ses cuivres et ses chœurs, mais aussi des petits airs d’inspiration éthiopienne ici ou là. Mais il est inimaginable de parler de cet album sans évoquer le bon vieux funk à la James Brown tant cet album groove du début à la fin. C’est un peu comme si Seu Jorge se retrouvait sur scène avec les JB’s et les Africa 70’s pour un répertoire bien loin de la douce mélancolie habituelle du crooner brésilien. Viva Brasil !

Saravah Soul - Cultura Impura - Tru Thoughts - 2010

Playlist de la lune : la Coupe du Monde 2010 - Groupe G

La Coupe du Monde de football est, avec les Jeux Olympiques, la plus grande compétition sportive actuelle,  rassemblant des joueurs, des supporters et des téléspectateurs du monde entier. C'est ainsi l'occasion d'une grande fête populaire, et peut-être encore plus en 2010 parce qu'elle se déroule pour la première fois en Afrique après 80 ans d’existence. Le coup d’envoi sera donné le  11 Juin prochain avec le match opposant l'Afrique du Sud, pays organisateur, au Mexique. D’ici là nous allons vous présenter tous les groupes en les illustrant par une playlist musique, et par des conseils ciné et lecture. Chaque semaine deux groupes seront à l'affiche.
(Photo by Vladimir Rys/Bongarts/Getty Images)

Présentation : Le Brésil avec ses 5 étoiles de Champion du Monde cousues au fil dorée sur son célèbre maillot amarillo, est encore et toujours présent pour cette compétition. Éliminé par une surprenante équipe de France en 1/4 de finale de l'édition allemande, il revient avec à sa tête Dunga, ancien joueur et capitaine de l'équipe victorieuse en 1994. En se privant du génie de Ronaldinho le sélectionneur a décidé de privilégier le collectif et la discipline tactique aux individualités. Pour un Brésil de rêve? Pas sûr! La Corée du Nord s'ouvre sur le monde en participant à cette phase finale. Elle en est la grande inconnue et on espère que son jeu sera moins austère que ne peut l'être son gouvernement. La Côte d'Ivoire est considérée depuis quelques années comme l'équipe africaine la plus apte à rivaliser avec les nations européennes et sud-américaines dans les grands tournois internationaux. Au point d'être sacrée Championne du Monde sur son continent? Il faudra déjà s'extirper de ce groupe de la mort, ce qui ne sera pas une mince affaire mais avec un joueur comme Drogba en fer de lance, elle en est capable. Dans les années 90-2000, on promettait des titres à foison à une génération portugaise ultra-douée emmenée par Luis Figo, Pedro Pauleta et Manuel Rui Costa. Elle n'a pourtant rien gagné la faute aux équipes de France et d'Italie et surtout à la surprise grecque sur ses terres en 2004. Le Portugal se repose aujourd'hui essentiellement sur le talent de Christiano Ronaldo qui est souvent sujet à un rude traitement de la part de ses adversaires. Sera t-il capable de porter l'équipe à bout de bras ou ses coéquipiers se mettront t-ils à son diapason?


Favoris : Dans ce groupe de la mort, on n'est pas à l'abri de la grosse sensation. La Côte d'Ivoire va vouloir tout casser sur son chemin après une CAN moyennement réussie. Elle va tout donner dans ce premier tour pour rejoindre les 1/8ème. Ronaldo après une année sans titre avec le Real Madrid va vouloir mener son Portugal loin malgré des qualifications laborieuses. Et si le Brésil était éliminé dès le 1er tout en compagnie de la Corée du Nord?

À écouter :

1- Radio Pyongyang « Motherland Megamix » (Corée du Nord/Paco)
2- Buraka Som Sistema « Kalemba (Wegue Wegue) feat Pongo Love » (Portugal/Dacallo)
3- Tiken Jah Fakoli « Ca Va Faire mal » (Côte d'Ivoire/Paco)
4- Antonio Pinto & Ed Cortes « Convite para vida » (Brésil/Dacallo)
5- O'Questrada « Oxala te veja » (Portugal/Paco)
6- Jorge Ben and toquinho « Carolina carol bela » (Brésil/Paco) 
7- Paco Sery « Nasty girl » (Côte d'Ivoire/Dacallo)
8- Radio Pyongyang « New Model Army » (Corée du Nord/Paco)

À voir :
« Je ne m'y connais pas plus que ça en foot, d'où mon étonnement de voir dans ce groupe la Corée du Nord qui question cinéma n'a produit que 2 films l'année dernière dont Journal d'une jeune Coréenne que je n'ai pas vu. A croire que le sport et particulièrement le foot permet de réunir les hommes bien plus que la politique. Sinon il y a dans ce groupe le Brésil la nation Foot par excellence! Face au Brésil après l'Océan, l'Afrique. Espérons que Johannesburg sera pour eux La cité de Dieu! » Chi8 
Le + de Chi8 : Capitaine d'Avril (Portugal)

À lire :
Pyong Yang, Guy Delisle
« Pour découvrir la rigide Corée du Nord rien de tel que la BD de Guy Delisle. L'auteur y raconte son expérience dans les studios d'animation de la République Populaire Démocratique. C'est à la fois effrayant et hilarant. » Azi

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès
« Dans ce livre, une mosaïque de personnages et d'histoires se télescopent et s'enchaînent. On traverse des villages de pêcheurs du Brésil, les favelas, la jungle du Mato Grosso et aussi l'Italie du 17ème siècle avec le truculent Athanase Kircher, jésuite et scientifique iconoclaste. L'ambiance peut passer de la douceur de vivre à la violence sociale ou physique, de l'insouciance à la mélancolie en un clin d'œil. » Azi

« Là où les tigres sont chez eux », Jean-Marie Blas de Roblès

Un nom d'auteur à rallonge mais inconnu, un titre mystérieux, une belle édition suffisent pour donner envie d'ouvrir ce livre, qui tient toutes ses promesses. Pourtant rien qu'en lisant le résumé on se sent perdu entre les époques, les personnages et les continents. Mais on se rassure vite et il ne reste bientôt plus rien de cette impression. Certes ce bon gros pavé qui a pris dix ans de la vie de l'auteur, est dense et fourmille de héros et de lieux exotiques. Malgré tout on passe d'une histoire à l'autre avec plaisir et sans difficulté. L'écriture est fluide, la galaxie des personnages s'organise autour d'Eléazard von Wogau, un intellectuel, journaliste et traducteur, une sorte de Woody Allen amoureux de belles femmes mais angoissé, semant toujours le doute dans ses réflexions et conversations. On parcourt les villages de pêcheurs du Nordeste brésilien, la forêt amazonienne dans le Mato Grosso, les favelas. Ce n'est pas un Brésil de carte postale que nous dépeint l'auteur puisqu'on croise la route d'un ancien nazi devenu familier de la jungle, d'étudiants qui se défoncent, de promoteurs immobiliers et des politiques qui magouillent sans vergogne. L'ambiance festive et ensoleillée peut devenir amère et violente mais on ne sombre pas dans le désespoir. Seule une pointe de mélancolie vous assaille comme dans les chansons populaires du Sertão.
Au dessus de tous les personnages plane également l'ombre d'
Athanase Kircher, jésuite du 17ème siècle, dont Eléazard doit traduire et annoter la biographie. Ce scientifique raté se passionne pour les hiéroglyphes, l'astronomie ou la Chine mais apporte des réponses pour le moins farfelues aux grandes énigmes de son époque.
Pourtant des siècles plus tard Athanase Kircher conserve une certaine emprise sur Eléazard et son entourage.
Ainsi au fur et à mesure des fils se nouent entre les protagonistes. Les distances géographique ou figurée qui les séparent au départ se rétrécissent et des liens se dessinent tout en laissant chacun poursuivre sa destinée.

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Paris : Zulma, 2008.
Prix Médicis 2008. Également disponible en poche.

Céu « Vagarosa »

Autant vous le dire tout de suite, ce n'est pas la Brésilienne Céu avec son 2ème album « Varagosa » qui va nous aider à prendre le rythme d'une rentrée qui s'annonce délicate. « Varagosa » signifie « Lentement » en portugais, un mot complètement à contre-courant de ce qu'on nous demande aujourd'hui où la productivité est maître-mot. On sent que la chanteuse pauliste n'a qu'une envie, c'est de ralentir, de profiter du présent. Une humeur certainement liée à sa maternité nouvelle et sa petite fille Rosa à qui elle dédie un titre de Jorge Ben. « Rosa Menina Rosa » est joué avec Los Sebosos Postizos, une bande de Sao Paulo, avec guitare psyché, vibraphone, orgue et rythmes dub. Ce titre reflète un peu le reste de l'album où un mélange de bossa nova, de jazz et de dub accompagne la voix sensuelle et envoutante de la néo New-yorkaise. Du prologue typiquement brésilien à « Espaconave » et ses airs du « Carvanseraï » de Santana (eh oui!), l'album est rempli de titres à la beauté pure, au rythme lancinant. Et même si parfois on aimerait qu'elle se lâche un peu plus, pourquoi pas dans une veine plus hip-hop, puisqu'elle concède avoir comme influences Jurassic 5, Erikah Badu, ou encore The Roots, il faut admettre que par les temps qui court, Il est vraiment bon de prendre son temps.

Céu - Vagarosa - Six Degrees Records - 2009



Pedro Luis e A Parede « Ponto enredo »


Voici un disque parfait pour la saison qui s'annonce. Pedro Luis est un des grands artisans réformateur de le musique populaire brésilienne. Cet hyperactif a déjà signé cinq albums avec son groupe A Parede et son orchestre de bal Monobloc lui prend aussi une bonne partie de son énergie. Pourtant il nous revient cette année avec Lenine à la production de l'album Ponto Enredo et le résultat est de haute volée. La samba se trouve au centre de la formule avec une rythmique à trois batteries et des percussions très enlevées ainsi que les sonorités électriques avec les wah wah ou les distorsions qui donnent à l'ensemble une touche irrésistible. Pour vous en convaincre écoutez donc le morceau « Santo samba », funky, groovy, bref un vrai petit bonheur. Pedro Luis e A Parede, Vive le Brésil.


Pedro Luis e A Parede - Ponto enredo - 2009 - World Village