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Neneh Cherry « Blank project »

Cela faisait bientôt 20 ans que Neneh Cherry n'avait rien sorti en solo, depuis « Man » en 1996. À l'aube de son demi siècle (et oui !), elle sort un nouvel album baptisé « Blank project », un album enregistré avec le duo de frangins londonien RocketNumberNine et produit par Four Tet, nouveau petit prince de la musique électronique qui a récemment produit l'album du chanteur Syrien Omar Souleyman. « Blank Project » a été enregistré en cinq jours, ce qui lui confère une urgence tangible, tout en mariant à merveille la voix soul et toujours aussi trippante de la Suédoise à la musique électronique.
Neneh Cherry a baigné dans le jazz toute son enfance, en fréquentant les plus grands, son beau-père Don Cherry en tête et quelques uns de ses acolytes comme Miles davis. Au début des années 80, à Londres, elle fréquente le milieu punk, ce qui l'amènera à sortir trois albums avec son groupe Rip Rig + Panic. C'est en 1989 qu'elle se fait véritablement connaître grâce à son tube « Buffalo Stance » issu de son premier album solo « Raw Like Sushi ». Et en 1994, elle devient une star planétaire en interprétant « Seven Seconds » en duo avec Youssou N'Dour. Par la suite elle décide de se consacrer à sa famille, avant de participer à la fin des années 2000 à Cirkus, projet de son homme plus que le sien. Marquée par la mort de sa mère en 2009, elle revenait et il y a deux ans avec The Thing, trio scandinave de free-jazz, pour un remarquable album de reprise
Avec son nouveau projet, on se rend compte que Neneh marie toujours aussi bien les styles, et en faisant le choix de Four Tet à la production, elle reste bien dans son époque. L'album alterne le chaud et le froid, la puissance et la douceur, la gravité et la légèreté. Il n'y a jamais de boursoufflures, et on se trouve plus dans une musique épurée, percussive parfois, aérienne souvent. C'est ici un album d'électro-soul bourré d'émotions qui ravive une flamme jamais vraiment éteinte.

Neneh Cherry - Blank project - Smalltown Supersound - 2014

Neneh Cherry & The Thing « The Cherry Thing »

« The Cherry Thing » n'est pas le nouvel album solo de Neneh Cherry, actuellement en préparation, mais le fruit d'une collaboration avec The Thing, trio scandinave de free jazz. Une connexion naturelle parce que la chanteuse est moitié Suédoise par sa mère et que son père Don, est tout simplement l'inspirateur du groupe qui tire son nom d'un de ses titres. Tellement naturelle que l'enregistrement n'a duré que quatre jours. C'est déjà énorme pour des musiciens rompus aux improvisations et aux "one shot", mais ça peut sembler bien peu pour une artiste comme Neneh, plus habituée aux productions bien léchées de la pop ou du trip-hop. Mais elle s'en accommode très bien, en utilisant sa voix comme un instrument, et donnant une tonalité vraiment pop à l'ensemble. L'album constitué principalement de reprises (« Dream Baby Dream » de Suicide, « Accordian » de Madvillain, « Dirt » des Stooges, «  Golden Heart » de Don Cherry justement, ou encore «  Too Tough To Die » de Martina Topley Bird  ) est bourré d'énergie et la base rythmique laisse au sax le soin de partir en vrille, ce qu'il fait plutôt pas mal d'ailleurs. Une véritable bouffée de liberté jamais bien loin du chaos.

Neneh Cherry & The Thing - The Cherry Thing - Small Town Super Sound - 2012





En bonus, le « Dream Baby Dream » revisité par Four Tet :


Junip « Fields »

José González est un musicien suédois qui tient son nom des origines argentines de ses parents. Déjà auteur de 2 albums réussis « Veneer » et « In our nature » en 2003 et 2007 dans un style folk épuré, il s'est surtout fait connaitre pour sa reprise de The Knife « Heartbeats ». Il revient cette année avec Junip, groupe formé dès la fin des années 90 avec son ami d'enfance Elias Araya à la batterie et Tobias Winterkorn aux claviers. Plus de 10 ans d'existence pour ce groupe mais aucun album  au compteur, en raison de l’ampleur prise par la carrière de José mais aussi en raison des études et des activités diverses de ses acolytes. « Fields » est construit sur une base acoustique autour du jeu de guitare et de la voix caractéristique de José et de la rythmique subtile d’Araya. L'ensemble est enrobé des claviers de Winterkorn qui lui donnent une dimension toute particulière voir même un côté psychédélique. Les 3 compères ne jouent pas la facilité pop folk et s'amuse à jouer sur le côté répétitif des morceaux allant même parfois jusque la transe. Elias Araya émet d'ailleurs l’hypothèse que la musique éthiopienne, et son côté répétitif, que sa mère écoutait lorsqu’il était petit (et qu’il détestait de son côté), l’aurai peut-être inconsciemment influencé. Difficile tout de même de retrouver le son d’Addis Abeba dans cet album où l’on perçoit plus du folk-jazz à la John Martyn, ou de la soul-folk à la Richie Havens, voir un côté Pink Floyd pour le côté planant et The Doors pour le son de l’orgue Hammond.

Junip - Fields - Cooperative Music - 2010


Jaqee « Land of the free »

L’été approche, il est temps d'installer le hamac, de sortir le chapeau de paille et les lunettes de soleil, de servir une citronnade bien fraiche et de se lancer dans l’écoute de l’album « Land of the Free » de  Jaqee. Déjà sorti en France l’an dernier sous le titre « « Kokoo Girl » mais passé quelque peu inaperçu alors que la demoiselle faisait un carton dans son pays d’adoption, cet album fait l’objet d’une réédition par le label Makasound avec un nouveau titre et un nouvel art-work. Il serait dommage de passer une nouvelle fois à côté de cette charmante suédoise d’origine ougandaise à la voix soul  légèrement granuleuse. Après avoir baigné dans le R’n’B, la soul, le rock-blues ou dans l’univers de Billie Holiday, elle s’est acoquiné avec le producteur allemand Teka, pour réaliser un album aux influences reggae 70’s à la production subtilement riche. Et la chanteuse varie les plaisirs avec quelques titres rocksteady délicieusement rétro et sautillant, « Take it or leave it », sur un tempo plus lent laisse l’émotion s'installer et avec « Voodoo elephant », Jaqee se prend un peu pour une gentille Santigold. La bande-son idéale pour un été ensoleillé.

Jaqee - Land of the Free - Makasound - 2010

The Tallest Man on Earth « The Wild Hunt »

Officiellement l’homme le plus grand du monde est turc, s’appelle Sultan Kosen et mesure 2m47. Alors si on s’en réfère au Guiness Book, la bible en ce qui concerne les records,  Jens Kristian Mattsson, qui lui est Suédois, est un usurpateur. Fini les rêves de gloire sous forme de tournée à travers le monde en compagnie de la femme à barbe, de l’homme tronc ou autres «monstres humains ». Mais ce Suédois a une autre corde à son arc : sa voix. Elle ressemble incroyablement à celle du bon vieux Dylan et lui permettrait sans aucun doute de faire la tournée internationale des sosies aux côtés des plus grands Elvis et des meilleurs spécialistes du moonwalk. Les sosies des artistes toujours de ce monde étant tout de même bien moins populaires que ceux d'outre tombe, J.K. Mattson ne serait alors qu’un second couteau puisque Bob Dylan est bel et bien toujours en vie. C’est peut-être la raison qui a poussé l’homme venu du Nord à suivre une autre voie. Bien que très proche du folk rustique de Bob Dylan, il s’est aussi inspiré des grands bluesmen comme Skip James et Son House, de la country de Bascom Lamar Lunsford, de Nick Drake et ses harmonies jazzy, mais aussi des mélodies pop folk de la Canadienne Fest, et du rock du Velvet Underground. Une musique qui respecte la tradition avec des morceaux pour la plupart guitare-voix, mis à part sur  « Kids on the Run »  où il troque sa guitare contre un piano, agrémentés de quelques notes de banjo ici ou quelques claquements de mains là. Pas la moindre touche électro pour donner à sa musique un air de 21ème siècle mais juste une voix nasillarde, des arpèges et des mélodies et en route pour la gloire. The Tallest Man on Earth, parti du nord de l'Europe se voit d'ailleurs déjà en roi d’Espagne (« King of Spain »).

The Tallest Man on Earth - The Wild Hunt - 2010 - Dead Oceans

Olle Nyman « Venture »

Fargo, le label parisien qui avait fait découvrir le magique « Pirate’s Gospel » d’ Alela Diane en France en 2007 avec le succès que l’on sait alors que son album initialement sorti 3 ans plus tôt se vendait uniquement aux quelques spectateurs qui venaient la voir en concert, nous propose de découvrir cette fois-ci Olle Nyman, un artiste suédois. En 2006, avec « Cowboys in Scandinavia - The new folk sounds from Northern Europe », le label nous avait déjà fait entendre l’incroyable vitalité de la scène folk du Grand Nord.
« Venture », le 2ème album du suédois de 26 ans, a été enregistré dans une chapelle à Luleå au bord de l’ Océan Arctique. L’album ne paye pas de mine et contrairement à ce que son titre pouvait laisser entendre, il n'y a pas une prise de risque artistique énorme. Le blond venu du nord nous offre un folk classique avec la guitare en bandoulière et un fort joli brin de voix. On entend aussi des réminiscences country un peu à la manière d’un Bonnie Prince Billy. Une musique folk qui respire le naturel et la simplicité dont l’écoute nous installe dans un confort et un calme des plus précieux. Le charme opère et l’album se réécoute en boucle pour rester dans cet état d’apesanteur si agréable. On en redemande même encore un peu.

Olle Nyman - Venture - 2009 - Fargo



Fever Ray

Voici un bel OVNI venu de Suède. Karin Dreijer Anderson vient peut être de produire un des albums les plus surprenants de l' année. La chanteuse de "the knife" s' essaye au solo avec brio et même si ses morceaux ont un côté dark très prononcé, il est recommandable de se jeter sur ce disque. La voix de miss Anderson oscille entre chants grégoriens et accents plus enfantins. La production électro spectrale donnent à ses morceaux une ambiance surprenante et hypnotisante. Ce disque ne pouvait venir que du nord. Le froid, le noir sont toujours présents. On se dit qu'un disque pareil n' aurait pas vu le jour dans un pays latin et pourtant malgré tout ce qui donne envie de reculer Fever Ray accouche là d'un opus superbe qui vous hantera de longs moments. « I'm Not Done »par exemple, devrait figurer dans toutes les playlists radio qui se respectent.

Fever Ray - 2009 - Rabid Records

Meilleurs albums 2008 - n°12 - Lykke Li « Youth novels »

Cette jeune Suédoise nous a offert cette année une petite sucrerie pop. Des petites mélodies à la fois simples, charmantes et originales. L’album a été produit par Bjorn de Peter, Bjorn & John, et enregistré à New York. Il ne ressemble à rien d’autres, même si on peut parfois trouver des similitudes avec la musique de la Canadienne Fest. On est séduit par la fraîcheur de la jeune fille de 22ans. Sa voix est son atout majeur en illuminant les compositions minimalistes sans batterie avec rythmique assurée par de simples percussions. Le “123456” en français dans le texte sur « Window blues », titre qui conclut l’album, ravit les francophones que nous sommes et achève de nous convaincre. Cette sucrerie est un vrai délice et on en redemande.
Le myspace de Lykke Li

Lykke Li - Youth novels - 2008 - LL Recordings