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Sharon Jones and the Dap-Kings - Give the People What They Want


Et oui, Sharon Jones is back ! Et pourtant l'an dernier la diva soul nous a fait une grosse frayeur en nous annonçant un putain de cancer diagnostiqué par les médecins. Finalement tout semble aller bien mieux puisqu'on la retrouve aujourd'hui au sommet de son art. Sa voix est toujours aussi puissante et sa soul toujours authentique. Sharon Jones est une figure de proue de Daptone Records, et à l'instar d'un autre membre du label, Mister Charles Bradley, qui fut cuisiner dans le passé, elle à, elle aussi, connu un autre vie, puisqu'elle fut surveillante pénitentiaire et convoyeuse de fonds avant de commencer sa carrière artistique en 1996. Ce n'est qu'en 2002, qu'elle connaît son premier succès avec "Dap Dippin' with Sharon Jones and The Dap-Kings", un succès qu'elle apprécie donc aujourd'hui à sa juste valeur. « Give the People What They Want » est un album de soul à l'ancienne, hors du temps et d'une quelconque mode, et sur lequel plane véritablement les fantômes de la Motown ! On y retrouve aussi bien des ballade rythm'n'blues que du funk hyper torride. Et comme le suggère le titre de l'album, on espère bien que l'artiste américaine va continuer de nous donner ce qu'on veut, c'est à dire une soul toujours aussi classieuse, pendant de nombreuses années. Longue vie Madame Sharon Jones !

Sharon Jones and the Dap-Kings - Give the People What They Want - Daptone Records – 2014



Charles Bradley « Victim of love »

Après une vie parsemée de difficultés (il a longtemps été cuisinier avant de faire la tournée des clubs de Brooklyn en chantant le répertoire de James Brown) et de drame (comme l'assassinat de son frère), Charles Bradley a enregistré, il y a deux ans et a plus de 60 berges, son premier album « No Time For Dreaming » avec le Menahan Street Band. Un véritable succès et une reconnaissance internationale plus que méritée. Il revient avec « Victim of love » toujours aussi habité et désenchanté même si moins désespéré. Il chante l'amour, parfois avec une effusion de cuivres (« You put the flame on it »), d’autres fois avec une simple guitare  (« Victim of Love ») mais l'émotion transpire toujours. Il est bien dans la lignée des plus grands comme Otis Redding ou James Brown et avec Thomas Brennecke aux manettes la musique est toujours aussi fine et toujours extrêmement  groovy. Les solos de guitares électriques se font bien présents comme sur le très psyché « Confusion », bourré d'effets vintages où l'influence des Temptations est omniprésente. Charles Bradley chante l'amour comme personne, il crie des larmes, il chante sa vie et c'est tellement bon !

Charles Bradley - Victim of love - Dunham Records - 2013

L'album en écoute sur SoundCloud

Menahan Street Band « The Crossing »

Après un « Make the road by walking » où « Superfly croisait Rocky », qu'on avait classé parmi nos meilleurs albums de l'année 2009, et qui a fait le bonheur de nombreux rappeurs tels que Jay-Z sur « Roc Boys (and the Winner is…) » ou Curren$y sur « Flying Iron », le Menahan Street Band revient avec son deuxième album. Ce groupe composé de membres du Budos Band, d'El Michels Affair, d'Antibalas, et des Dap Kings (rien que ça !), est aussi celui qu'on retrouve derrière les magnifiques crooners, Charles Bradley et Lee Fields. Avec le MSB, c'est du 100% instrumental d'où l'intérêt porté par les rappeurs, mais le groupe ne se contente pas de brasser ses influences funk, soul ou afrobeat, bien au contraire. Cet album ressemble bien plus à une bande originale de film, piochant subtilement chez les maitres du genre que sont Ennio Morricone, Nino Rota ou Lalo Schiffrin, ou encore chez les plus contemporains que sont le Wu-Tang, de « Ghost Dog », voir Neil Young du « Dead Man » et Ry Cooder du « Paris Texas »  de Jim Jarmusch. Et que l'atmosphère soit très love, comme sur « Keep Coming Back » ou bien plus mystérieuse comme sur « Sleight of Hand », ça groove en continue et en cinémascope s'il vous plait !

Menahan Street Band - The Crossing - Daptone Records - 2012


Antibalas « / »

Antibalas, dont la formation date de la fin du 20ème siècle (le temps passe, passe, passe !), est sans conteste l'un des piliers de la scène afrobeat internationale actuelle. Ils reviennent 5 ans après « Security », avec un album sans titre, comme pour marquer un retour aux fondamentaux, peut-être aussi pour signifier qu'ils reviennent en tant que groupe à part entière et non plus comme celui participant à la comédie musicale « Fela ! ». Ce 5ème album est le premier sur Daptone Records, Une maison qu'ils connaissent plutôt bien puisque la plupart des membres évoluent régulièrement avec The Budos Band, The Menahan Street Band, dont on attend avec impatience « The Crossing » (sortie prévue en octobre), ou encore les Dap Kings de Sharon Jones. Et bien qu'il ne paye pas de mine au prime abord, c'est une vraie réussite et il sonne déjà comme un classique. Les six titres qui laissent percer des influences latines, jazz et funky, font durer le plaisir. Ça déroule sans accroc avec une maestria incontestable, et ça s'écoute et se réécoute en boucle. Les dieux de l'afrobeat, Fela en tête, peuvent se réjouir, l'afrobeat vit encore de belles années.

Antibalas - Antibalas - 2012 - Daptone Records

Charles Bradley « No Time For Dreaming »

Après avoir passé une bonne vingtaine d'années comme chef cuistot en Californie, Charles Bradley a décidé à plus de 50 berges de se consacrer à la musique. Il chante alors régulièrement  dans des clubs de Brooklyn un répertoire constitué de reprises avec une préférence pour celles du roi de la soul, autrement dit Mister James Brown (Celui qu'il a eu le bonheur de voir enfant, alors qu'il accompagnait sa sœur, lors du mythique concert à l'Apollo de 1962). Mais alors qu'il commence enfin à connaître une certaine notoriété, celle dont il rêve depuis ce jour de 1962, Charles tombe au fond du trou, choqué par le meurtre de son frère par son neveu. C'est au moment de ce drame familial que la roue se décide à tourner. Gabriel Roth, de Daptone Records, le découvre un soir et l'emmène illico enregistré avec les Sugarman 3. C'est le début d'une nouvelle aventure pour Charles Bradley. Une aventure qui le conduit à l'enregistrement de ce « No Time For Dreaming ». Un 1er album réalisé à plus de 60 ans en collaboration avec Thomas Brenneck membre, fondateur et producteur des Dap-Kings, du Budos Band et du Menahan Street Band (qui accompagne Charles sur ce disque ainsi que sur scène). Un album qui sonne immédiatement comme un classique (« I Believe In Your Love » est une pure merveille), un peu comme le « My World » de Lee Fields il y a deux ans. Une espèce de perfection soul complètement intemporelle qui aurai tout aussi bien pu sortir en 1967 en même temps que « I Never Loved A Man The Way I Love You » d'Aretha Franklyn et se trouver dans les bacs des disquaires au côté de n'importe quel James Brown. Sur cet album, rempli de grâce et de mots d'amours, le chanteur, qui s'est découvert des talents de songwriters, semble vivre sa musique, toujours à la limite des larmes, au point de lâcher parfois quelques cris aussi funkys que libérateurs.  Et comme on peut le lire dans sa bio : « Charles Bradley a passé sa vie a rêver à une vie meilleure, aujourd'hui ce n'est plus le moment de rêver mais celui de chanter, de danser et d'aimer! »

Charles Bradley - No Time For Dreaming  -Dunham Records - 2011

The Budos Band "III"

Voici une nouvelle production Daptone, celle-ci était plutôt attendue. Après leur ep de 2009, Le Budos Band nous propose donc le troisième album du combo avec ce "III" qui suit les remarquables "I" et "II". On pourrait commencer à se dire que Thomas Brenneck et sa bande de musiciens commencent à nous sortir par les oreilles avec leur formule afro-soul-funk et pourtant c'est encore une fois une petite bombe qu'ils nous lâchent. La formule n'a pas changé, les protégés de Brenneck brassent un bon paquet de références passant par l' Éthiopie, le rock et des ambiances parfois plus psychédéliques. Le tout avec un sens du groove quasi naturel. Percussions, claviers et cuivres enflammés s'en donnent à cœur joie sur des mélodies entêtantes. Alors difficile de ne pas saluer une belle mécanique comme celle-ci, "Rite of the ancients", "Unbroken, unshaven" ou "Mark of the unnamed" ont tout pour devenir de vrais classiques. Pas de panne d'inspiration donc et grande maîtrise pour ce talentueux combo. Ce "III" est au final fortement recommandable pour la deuxième partie de saison.

The Budos Band - III - 2010 - Daptone records

Pax Nicholas and the Nettey Family « Na Teef Know De Road of Teef »

C'est un plaisir immédiat qu'on éprouve à l'écoute des 4 morceaux qui constituent cette petite galette. Un pur moment d'afro funk avec une superbe rythmique, un clavier et des guitares au son bien 70's comme on les aime, et des cuivres qui pourraient être joués par Antibalas aujourd'hui. On retrouve le son des meilleurs albums de Fela, la puissance de la voix de Mister Kuti en moins. Tout ça est bien logique puisque Pax Nicholas était, durant les années 70, membre des Africa 70 en tant que percussionniste et choriste. C'est à cette époque, en 1973 exactement, que ce disque a été enregistré à Lagos avec d'autres musiciens des Africa 70. Mais Fela goutait très peu la concurrence et n'a pas permis la sortie ce disque, du coup, resté dans les cartons. On peut aujourd’hui remercier le cratedigger Franc Gossner du site Voodoo Funk qui a proposé à ses amis de Daptone Records, reconnus pour leurs productions estampillées Soul-Funk tels Sharon Jones, The Budos Band, et Menahan Street Band, de ressortir cette perle inconnue. Une perle qu’il avait lui-même découvert chez un disquaire de Philadelphie il y a quelques années. Cette petite merveille risque de donner une deuxième vie à la carrière artistique de Nicholas Addo-NETTEY, aujourd'hui installé à Berlin, ville qu’il avait rejoint à l’occasion du Festival de Jazz de 1978 et qu’il n’a plus jamais quitté fuyant ainsi la dictature nigériane. Une belle histoire pour une bien jolie galette qui s'écoute en boucle!

Menahan Street Band « Make the road by walking »

Brooklyn est le fief des Antibalas, des Dap-Kings ou encore des Budos Band. Voici venu sous la baguette de Thomas Brenneck le Menahan Street Band réunissant plusieurs membres des groupes précités. Ces hyperactifs taquinent le groove, la soul, l' afrobeat ou encore le reggae, impossible donc de ne pas y trouver une multitude de références, essentiellement dans la blackploitation mais ce disque regorge de qualités. Quasiment tous les morceaux pourraient figurer dans une tracklist de bande originale de film. L'album aurait, parait-il été enregistré avec un 8 pistes et 2 micros dans la chambre de Brenneck. La préparation d' un second album avec Charles Bradley au chant serait en cours. En attendant sautez sur ce très bon disque ou Superfly croise Rocky en espérant les voir sur scène très bientôt ailleurs que dans la grosse pomme.

Menahan Street Band - Make the road by walking - 2009 - Dunham Records