Affichage des articles dont le libellé est Turquie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Turquie. Afficher tous les articles

Hayvanlar Alemi "Guarana Superpower"

Depuis une dizaine d'années Hayvanlar Alemi, groupe fondé à Ankara par Ozum Itez (guitare électrique) et Isik Sahiran (batterie), pratique un mélange de surf rock psyché, d'improvisation noise et de blues du désert a la sauce ottomane. Cette liberté n'a pas échappé au label Sublime Frequencies (Groupe Doueh, Omar Souleyman, Group Inerane) qui nous permet avec "Guarana Superpower" de savourer ces instrumentaux frénétiques et enfumés où la silhouette de Franck Zappa n'est jamais loin. Trop longtemps ignoré par l'industrie du disque leur dernier opus devrait changer la donne. Hayvanlar Alemi nous promet un bien joli printemps, alors ouvrez grand vos fenêtres et profitez de la fraicheur de ces airs anatoliens.

Hayvanlar Alemi - Guarana Superpower - Sublime Frequencies - 2010


"Mon nom est rouge", Orhan Pamuk

On peut se sentir perdu quand on plonge dans l'univers du romancier turc, Orhan Pamuk, Prix Nobel de Littérature en 2006, comme si on n'avait pas toutes les clés nécessaires pour lire entre les lignes. Il faudrait peut être connaître les versets du Coran, la géographie sinueuse des quartiers d'Istanbul, l'histoire des pachas ottomans pour y parvenir. Mais malgré l'impression d'être toujours un peu à côté, on est peu à peu fasciné par l'univers du romancier.
Mon nom est Rouge nous plonge dans les ateliers des peintres du 16ème siècle à Istanbul. Un véritable affrontement s'y joue entre modernité et tradition, entre Occident et Orient, car les techniques novatrices des peintres vénitiens viennent troubler les pratiques ancestrales des miniaturistes ottomans. Il est aussi question d'amour et de sensualité, car Le Noir, de retour de guerre, voudrait bien épouser la belle Shékuré, pour qui il soupire d'amour depuis l'enfance. Mais pour profiter de sa maligne et belle conquête il doit élucider les meurtres qui ensanglantent l'atelier dirigé par son beau-père. Le motif de ces meurtres pourrait être un livre de miniatures commandé en secret par le Sultan et qui mettrait à mal la morale religieuse.
Intrigues policières et amoureuses, réflexions sur l'art et les rapports entre Orient et Occident se mêlent sans qu'Orhan Pamuk ne perde jamais le fil de son propos. Les narrateurs se relaient pour faire avancer le récit et le Cadavre comme l'Assassin, Le Noir, Shékuré ou les peintres de l'atelier ont droit à la parole, dans une ribambelle de personnages tous plus menteurs, fourbes, prétentieux et hypocrites. Il faut s'attaquer au roman avec une certaine disponibilité d'esprit mais l'univers et l'écriture d'Orhan Pamuk sauront ensuite vous attacher à ce récit dense et original qui ne manque pas d'ironie.

Orhan Pahmuk, Mon nom est Rouge, Paris : Gallimard, 2002.

"La bâtarde d'Istanbul" d'Elif Shafak

Asya, jeune étudiante stambouliote vit dans un monde quasi exclusivement féminin et l'ambiance dans l'appartement est souvent électrique. Sa famille se compose de femmes hautes en couleurs entre une mère moderne et indépendante, une tante qui se consacre à la voyance et une grand-mère qui règne sur son petit monde. Son grand-père est mort il y a longtemps, son père est inconnu de tous, et son oncle a migré aux Etats-Unis avant sa naissance. C'est d'ailleurs lui qui fait le lien avec le récit parallèle d'Amy une jeune américaine dont la famille n'a rien à envier à celle d'Asya entre une mère surprotectrice, une famille paternelle arménienne et un beau-père turc. Curieuse de ses origines, Armanoush, de son prénom arménien, décide d'entreprendre un voyage à Istanbul dans la famille de son beau-père sans rien dire à personne. C'est ainsi qu'elle atterrit chez Asya et que les deux jeunes filles se lient d'amitié. Évidemment tout ne va pas sans heurts entre haines ancestrales et secrets de famille qui refont surface.
Certes les personnages sont un peu caricaturaux et l'intrigue met un certain temps à s'installer mais Elif Shafak ne manque pas d'humour et ses personnages féminins sont extrêmement attachants. On se laisse aussi charmer par l'ambiance orientale et cosmopolite de la ville, on arpente ses rues avec plaisir et on en profite pour humer et goûter toutes les saveurs de la gastronomie turque.

La bâtarde d'Istanbul, Elif Shafak, Paris : 10/18, 2008.

« Crossing the bridge », Film de Fatih Akin

Fatih Akin est un réalisateur allemand d’origine turque. Il a reçu l’Ours d’or au festival de Berlin en 2004 pour son film « Head on ». Dans « Crossing the bridge », sa caméra accompagne Alexander Hacke, musicien expérimental allemand, à travers la ville d’Istanbul. Fasciné par la mégapole Alexander tente de capter sa diversité musicale en enregistrant des sons. En le suivant, on effectue un véritable voyage sensoriel dans un ville aux visages multiples où la musique est omniprésente. De l’électro avec Mercan Dede qui mixe les sons actuels avec la musique traditionnelle. De l’électrojazz avec Orient Expressions, symbole de la jeunesse branchée stambouliote. Du heavy métal avec Duman, ou du rock avec Replikas. Du hip hop avec Ceza qui nous fait une incroyable démonstration de son flow, et avec sa sœur qui essaye de faire sa place dans un milieu très masculin. De la musique traditionnelle avec la chanteuse Aynur, fière représentante de la minorité kurde, mais aussi avec Selim Sesler, représentant de la musique tzigane à Istanbul et clarinettiste prodigieux, avec lequel on se retrouve immergé dans un bistrot de son village natal. De la musique de rue avec la bande de Siyasiyas qu’on retrouve surplombant la ville du toit d’un immeuble, fumant des joints et jouant de la guitare sèche. Au final, le réalisateur nous offre une véritable mosaïque musicale reflet de la diversité culturelle d’Istanbul.

Crossing the bridge - Fatih Akin - 2004


SEMA « Ekho »

A la croisée de l’Orient et de l’Occident se situe Istanbul. La situation géographique de la ville offre à ses habitants des influences diverses donnant naissance à une scène musicale riche et singulière. Sema, c’est aussi le nom donné à la danse des derviches tourneurs, consistant a tournoyer lentement sur soi-même, la main droite tourné vers le ciel et la main gauche vers la terre, est une chanteuse, symbole de la ville. Elle avait rejoint l’Allemagne après le putch militaire de 1980 où elle s’est formée à la musique classique turque, au jazz et à l’opéra. Elle est revenue à Istanbul en 1996 comme beaucoup de ses compatriotes, sentant naître une nouvelle vague de création artistique. Son album « Ekho » est sorti en 2006 et « Ekho2 » est prévu pour très bientôt. Avec sa voix si particulière, elle se permet une relecture très personnelle de la tradition et il suffit de fermer les yeux et de l’écouter pour s’imaginer siroter un délicieux petit café turc au bord du Bosphore. A savourer sans modération.
myspace de Sema

Sema - Ekho - 2006 - Hammer Muzik