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Ablaye Cissoko & Volker Goetze « Djaliya »

Ablaye Cissoko, chanteur et joueur de kora originaire de Saint-Louis, au Sénégal, et Volker Goetze, trompettiste d'origine allemande, aujourd'hui installé à New York, se sont rencontrés en 2001 au sein de l’Orchestre Jazz Europe Afrique, lors de la création du festival de Saint-Louis. Un grand orchestre qui réunissait des Allemands, des Sénégalais, des Norvégiens, des Camerounais, des Italiens, qui avait pour but de réunir diverses cultures. Depuis ces deux-là ne se quittent plus. « Djaliya » est le troisième album du duo et fait suite au succès d' « Amanké Dionti » sorti il y a deux ans. La veine musicale n'a pas changé : Ablaye Cissoko, grâce aux cordes cristallines de sa kora nous enracine dans sa terre africaine, alors que Volker Goetze, avec sa trompette aux sonorités aériennes, nous élève vers les cieux. La principale différence, sur ce nouvel album, réside dans la présence du percussionniste François Verly. Au final, on découvre un jazz terriblement humain, qui a su revenir aux sources, en Afrique, pour célébrer l'émotion et nous faire rêver. On se surprend à fermer les yeux pour se laisser envahir par la musique et l'émotion. Il paraît, d'ailleurs, qu'on demande souvent à Volker Goetze, pourquoi il ferme les yeux lorsqu'il souffle dans son instrument. Il répond que c'est parce qu'il a... les larmes aux yeux. L'écoute de « Djaliya » d'Ablaye Cissoko et Volker Goetze se révèle un véritable voyage spirituel.

Ablaye Cissoko & Volker Goetze - Djaliya - Ma Case - 2014


Oy « No Problem Saloon »

Oy, duo constitué de la chanteuse/musicienne mi-suisse mi-ghanéenne Joy Frempong, et du batteur/producteur Lleluja-ha, nous invite à chausser nos pompes spéciales danse pour entrer dans ce « No Problem Saloon ». Un album qui se voit offrir une nouvelle chance, et une meilleure exposition internationale sur le label belge Crammed, après une sortie plus confidentielle l'an dernier.  Et dans ce salon du bonheur se cache un véritable bric à brac ! On y découvre des chansons entraînantes avec une ribambelle de bonnes idées pour un album qui possède un véritable goût d'Afrique. Rien de surprenant puisqu'il est le fruit du voyage de la chanteuse sur le "continent noir", du Mali en Afrique du Sud en passant par le Ghana et le Burkina Faso. Des sons enregistrés sur place sont délicieusement intégrés à la musique du duo berlinois. On entend des klaxons résonner dans les rues, des gens discuter, applaudir, rire : de véritables scènes de vies. Une porte d'un taxi qui claque, ainsi que le vacarme d'une vieille machine à laver sont même utilisées comme percussion et comme basse. « No Problem Saloon » est une véritable alchimie sonore, moderne, et passionnante. C'est un peu un mix entre l'électro de MIA, les bricolages sonores de Tunes-Yards, et la trans de Juana Molina. Un salon aux airs de voyage, dans lequel on s'invite avec bonheur pour une aventure réjouissante.

Oy - No Problem Saloon - 2014 - Crammed Discs

Ablaye Cissoko & Volker Goetze « Amanké Dionti »

« Amanké Dionti » est le fruit d'une collaboration pas ordinaire entre Ablaye Cissoko, chanteur et joueur de kora sénégalais (qui a joué notamment avec Omar Pene), et Volker Goetze, trompettiste d'origine allemande, aujourd'hui installé à New York. L'un nous enracine dans sa terre africaine alors que l'autre avec sa sonorité aérienne nous élève vers les cieux. Leur musique dépasse toutes les frontières imaginables et on y retrouve la même beauté universelle que dans la collaboration entre Ali Farka Touré et Toumani Diabaté il y a quelques années. Et c'est un sentiment de plénitude et de sérénité qui nous envahit. Avec le magnifique titre « Amanké Dionti », on songe au « Folon » de Salif Keita, alors que « Haïti » rend un vibrant hommage à un peuple terriblement meurtri. Même une chanson traditionnelle comme «  Miliamba »,  d'une infinie tristesse, vous remplie de paix intérieur. Quasi-religieux (qui plus est cet album a été enregistré à l'église « Bon secours » de Paris) !

 Ablaye Cissoko & Volker Goetze - Amanké Dionti - 2012 - Motema Music


Akua Naru « Live & Aflame Sessions »

« The Journey Aflame » sorti l'an dernier était déjà plein de promesses et on sentait bien qu'Akua Naru, jeune américaine d'origine ghanéenne installée à Cologne en Allemagne, avait un certain talent. Malgré tout il manquait parfois d'un peu de peps. Du coup ce « Live & Aflame Sessions » constitué de ré-enregistrements de son premier album est le bienvenu puisqu'il ne fait que magnifier ses morceaux. Cette session d’enregistrement avec son groupe DIGFLO et une section de cuivres en fusion, déborde d'énergie et de groove. L'enchainement « The Backflip: Reflipped », son intro à la Rage Against The Machine, le flow acéré d'Akua, et les cuivres qui rappelle Blitz The Ambassador, « Nag Champa Gold » plus jazz/soul et son sample du « Feeling good » de Nina Simone, suivi de La pépite « Tales Of (Wo)men », sa flute psyché, ses arpèges de guitare à l'africaine, et son explosion de cuivres funky, est un pure délice ! Assurément le voyage d'Akua Naru ne fait que commencer car avec un tel talent et tellement bien accompagnée, il risque de la mener très très loin !

Akua Naru - Live & Aflame Sessions - 2012 - Jakarta Records

L'album est en écoute en intégralité sur le bandcamp et  accompagné d'une série de vidéos de la session avec ici « Tales Of (Wo)Men » :

Micatone « Wish I was here »

Micatone est composé de 5 musiciens, originaires de Berlin pour la plupart, aux influences musicales diverses, du jazz (Lisa Bassenge, la chanteuse, et Paul Kleber, le bassiste, jouent aussi dans The Lisa Bassenge Trio) à l'électro (Tim Kroker, le batteur, joue aussi avec le groupe belge Front 242, et Sebastian "Hagen" Demmin, le clavier, a longtemps baigné dans la scène électro-house berlinoise). Rien à voir donc avec Pink Floyd si ce n'est ce titre d'album qui fait forcément penser à leur « Wish You Were Here ». Sur « Handbrake », le 1er morceau un peu rétro,  Stuart Staples, la voix des Tindersticks, vient se mariée parfaitement avec celle de Lisa. On entendra ensuite tour à tour du trip-hop façon Goldfrapp (oui, mais du bon!) sur « Souvenir » et « Just A Boy » ou encore façon Tricky époque « Maxinquaye » sur « Save Me », et de la soul funky à la Curtis Mayfield sur « Break My Heart ». La voix rappelle de façon surprenante celle de Camille sur « Sweet Pain », alors que sur le morceau final « Dirty Town », titre plus« sale » elle prend des airs de Janis Joplin. Un album plus qu'agréable malgré des temps un peu plus faible comme « Gun Dog » et sa pop un peu « trop » sucrée.

Micatone - Wish I was here - Sonar Kollektiv - 2012


The Brandt Brauer Frick Ensemble « Mr Machine »

Daniel Brandt, Jan Brauer et Paul Frick jouent une musique « électronique » à base de véritables instruments. Et « Mr Machine », leur 2ème album après « You Make Me Real » en 2010, est un travail expérimental où l'Homme devient machine à l'image de la cover où une boite crânienne se transforme en boite à musique. Cet album se repose sur les rythmes et la percussion puisque même le piano est utilisé comme telle. En raison de l'origine allemande du trio, la référence au krautrock et à Kraftwerk est naturelle, mais ils se nourrissent aussi de jazz, de house et de musique classique. Eux, revendiquent John Cale et Helmut Lachenmann, grands noms de la musique contemporaine, comme influences majeures. Un album ambitieux et exigeant, mais qui reste accessible avec de nombreuses portes d'entrées comme « Pretend » avec Emika au chant, « Teufelsreiter » et son clavier très « Bitches Brew », ou encore « You Make Me Real » où l'on peut deviner en filigrane la ligne de basse de « London Calling » des Clash !

The Brandt Brauer Frick Ensemble - Mr Machine - !K7 Records - 2011

L'album en écoute intégrale : SoundCloud

La vidéo de « Pretend feat.Emika »

La version live au Concertgebouw à Bruges

Boys Noize records presents "Super Acid"

Voici une véritable machine pour dancefloors. Boys Noize nous présente via son label BNR sa première compilation de l'année avec ici un thème imposé, l'Acid house. Ce son cartonnait vraiment à la fin des années 80 et ceci au moins jusqu'au milieu des 90 avant que la déferlante de genres électro vienne doucement l'envoyer sur la touche. Sans avoir totalement disparue, l'Acid house a quand même eu du mal à se placer ces dernières années et chez les nostalgiques, dont je fais partie, l'Acid a toujours sa place dans un bon set. Encore faut-il qu'elle soit bonne et c'est le cas ici car Boys Noize nous propose une matière idéale pour réaliser un mix aux petits oignons. Sur certains morceaux comme "1010" de Boys Noize, l'efficace "Bleep" de Housemeister & Dave Tarrida, "Extreme compote" de Brodinsky, Noob, Djejdjotronic et Harvard Bass, ou l'excellent "Azid" de Krikor et Joakim, on se trouve clairement devant du classique Acid, et immédiatement quinze ans en arrière. D'autres morceaux essayent d'apporter un peu de fraicheur à ce style. Un tout petit peu car le disque reste quand même bien calibré, mais Djedjotronic avec "Uranus" et surtout Siriusmo avec "I like my voice" et sa ligne de basse géniale ont une approche qui ne cherche pas l'efficacité immédiate. Il est évident que cette compilation ne comblera pas tout le monde et il y a quelques morceaux un peu creux mais si vous adoriez ce son et que vous voulez retrouvez un peu de votre jeunesse, foncez dessus. C'est aussi une bonne façon de découvrir cet hommage au séquenceur TB-303 de Roland, même si j'imagine que certaines pistes ont du être montées avec un émulateur. ça n'empêche que "Super Acid" mérite de squatter les bons dancefloors pour un moment.

BoysNoizeRecords presents - Super Acid- BNR - 2011

 

Radio Citizen « Hope and Despair »

Derrière le nom de cette radio citoyenne se cache en fait Niko Schabel, un artiste allemand présenté au label Ubiquity par un certain Quantic.  Son nom, Radio Citizen lui permet de laisser libre court à ses nombreux amours musicaux : du jazz au funk, de la soul au dub, du reggae au hiphop, de l'afrobeat à l'electronica, de la musique arabe à la musique latine, sans même parler de John Coltrane qu'il idolâtre. Pour son 2ème album, qui arrive 5 ans après «  Berlin Serengeti », Schabel propose une sculpture sonore à partir de nombreuses heures d'enregistrements de musiciens. Il a aussi convié deux chanteuses d'exception à venir poser leur voix : Ursula Rucker, américaine, reine du spoken-word, déjà entendu sur l'album « Hope & Sorrow » de Wax Taylor notamment mais aussi la globetrotteuse Bajka aujourd'hui basée à Berlin, et remarquée pour son album « In Wonderland » en début d'année ainsi que par ses nombreuses collaborations avec Bonobo ou Whitefield Brothers sur « Earthology ». L'ensemble offre une musique passionnante, qui fait fi des barrières entre jazz, hip-hop et dub, un peu à la manière des Propellerheads dans les années 90. On est souvent proche d'une musique de film noir, sombre et hypnotique, mais « Summer Days » écrit et interprété par Bajka, un reggae-dub véritablement étincelant, illumine le tout.

Radio Citizen - Hope and Despair - Ubiquity - 2010

Mardi Gras BB « Von Humboldt Picnic »

Le Mardi Gras BB est un groupe allemand composé d’une grosse dizaine de musiciens. Leur 9ème album nous envoie sur les pas de l’explorateur allemand Von Humboldt, éminent scientifique du 18 et 19èmes siècles. ses recherches le menèrent du fleuve Amazone en Amérique du Sud jusqu'en en Sibérie en passant par Paris. Une vie riche, remplie d’expériences diverses. Et c’est un peu dans cet esprit que le groupe allemand avec à sa tête ‘Reverend Krug’ ancien pensionnaire du groupe de Krautrock Guru Guru, a réalisé cet album. Mais ici, la destination principale est l’Inde et les rives du Brahmapoutre. C’est ainsi qu’on est bercé par des airs de cithare et de percussions indiennes sur « Delhi Morning Raga », « Benim Ismim Mahmut Altunay », ou encore « Monk Punk », le tout allié à des cuivres funky ou une trompette jazzy. Une plongée dans l’univers hindou qui n’est pas totale puisqu'on se retrouve aussi sur un marché parisien avec des airs nostalgique du jazz des années 50 sur « Blvd. De Clichy », dans un cabaret enfumé d’une ville inconnu avec « Heart Of Darkness », immergé dans une fête foraine avec la fanfare locale dans « Lotterie Des Lebens », ou encore au Mexique avec « Americanos (Need The Coke) ». Au final, on vit un voyage surprenant aussi bien à travers le monde qu'à travers les époques.

Mardi Gras BB - Von Humboldt Picnic - 2010 Hazelwood

Playlist de la lune : la Coupe du Monde 2010 - Groupe D

La Coupe du Monde de football est, avec les Jeux Olympiques, la plus grande compétition sportive actuelle,  rassemblant des joueurs, des supporters et des téléspectateurs du monde entier. C'est ainsi l'occasion d'une grande fête populaire, et peut-être encore plus en 2010 parce qu'elle se déroule pour la première fois en Afrique après 80 ans d’existence. Le coup d’envoi sera donné le  11 Juin prochain avec le match opposant l'Afrique du Sud, pays organisateur, au Mexique. D’ici là nous allons vous présenter tous les groupes en les illustrant par une playlist musique, et par des conseils ciné et lecture. Chaque semaine deux groupes seront à l'affiche.
(Photo by Vladimir Rys/Bongarts/Getty Images)

Présentation : Après une douloureuse défaite privant l'Angleterre d'une finale en 1990, Gary Lineker lachera avec humour « Football is a simple game: 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win ». Mais les temps ont bien changé puisque l'Allemagne n'a pas remporté de titres majeurs depuis le Championnat d'Europe 96. Avec des joueurs presque tous issus de la Bundesliga, elle risque de manquer de joueurs hors du commun capables de faire la différence à tout moment. En Australie, le football n'est pas le sport roi, cela n'empêche pas ce pays isolé du reste de l'occident de participer au mondial pour la 2ème fois consécutivement. Avec son football réputé physique et peu spectaculaire, cette équipe risque d'être difficile à bouger. Récent finaliste de la CAN, battu seulement en finale par le spécialiste égyptien, les Black Stars du Ghana  ont été les premiers qualifiés de la zone africaine pour le Mondial. Si son capitaine Michael Essien, le joueur de Chelsea a le temps de se remettre de sa grave blessure au genou, et si son attaquant Asamoah Gyan trouve la confiance, cette équipe peut faire très mal. La Serbie a dominé son groupe de qualification dans lequel se trouvait l'équipe de France. Avec Radomir Antic qui a la particularité d'avoir entrainé aussi bien le Real Madrid que le FC Barcelone, La Serbie possède à sa tête un fin tacticien avec des idées auxquelles les joueurs adhèrent corps et âmes.


Favoris : Ce groupe semble plus difficile et plus serré qu'il n'y parait au premier abord. L'Allemagne, en habitué de la compétition se retrouve dans la peau du grand favori qui a plus à perdre qu'à gagner. Le Ghana est une des meilleures équipes africaines et s'il n'est pas diminué par des blessures, devrait aussi se qualifier. Mais la Serbie qui a prouvé à la France ce dont elle était capable, peut très bien jouer le trouble-fête!

À écouter :
1- Anthony Rebop Kwaku Bah « Funkum » (Ghana/Dacallo)
2- Whitefield Brothers « Sad Nile » (Allemagne/Paco)
3- T.O. Jazz « Owuo Adaadaa Me » (Ghana/Paco)
4- The Bamboos «Nightsport » (Australie/Paco)
5- Fejat Sejdic « DiskoFolk kolo » (Serbie/Dacallo)
6- Saban Bajramovic Feat. Mostar Sevdah Reunion « Opa Cupa » (Serbie/Paco) 
7- The Avalanches « Run DNA » (Australie/Dacallo)
8- Boys Noize « Let's Buy Happiness » (Allemagne/Dacallo)

À voir :
« En France, on a cours, Zahia cours! en Allemagne c'était Cours, Lola cours, le film qui a lancé les carrières internationales de Franka Potente, et Moritz Bleibtreu. Découvrirons nous le nouveau Maradonna, lors de cette coupe. la nouvelle star du ballon rond qui inspirera plus tard, un réalisateur de la trempe de Kusturica? Domenech sera t-il Le plombier qui colmatera les fuites de l'équipe de France ou laissera t-il à l'image de celui de Peter Weir (en fait un téléfilm mais vraiment bien! à voir) le tout en chantier? » Chi8 
Le + de Chi8 : Beyoncé,The President's Daughter (Ghana)

À lire :
Le soldat et le gramophone, Saša Stanišić
« En 1992 quand la guerre éclate Saša Stanišić ne sait pas s'il est Serbe, Croate ou Bosniaque. Dans Le soldat et le gramophone il raconte cette guerre avec ses yeux d'enfants puis le déracinement ressenti lors de son adolescence en Allemagne. » Azi

Rescapée, Fiona Kidman
« L'Australie du 19ème siècle n'a pas l'esprit très ouvert et la bonne société ne sait pas trop comment accueillir Betty qui a été kidnappée puis relâchée par les Maoris. Les rumeurs sur ses relations avec ses ravisseurs font les choux gras des commères malintentionnées de Sydney. Rescapée, de l'auteur néo-zélandaise Fiona Kidman nous livre une vision de l'Australie pas très rose dans une très belle édition de Sabine Wespieser. » Azi

The Whitefield Brothers « Earthology »

Après un remarquable et remarqué premier album "In The Raw" il y a 8 ans déjà , les Whitefield Brothers originaires de Munich comme leur nom l'indique sont de retour avec "Earthology" soit 13 titres puissants entre funk, world, jazz, et si comme sur "In The Raw" la majorité des titres reste instrumentale les Whitefield Brothers s'entourent d'artistes, et non des moindres : Percee P, Quantic, Edan, El Michels Affair ou encore les Dap Kings qui de par leurs apparitions participent a l'éclectisme de l'ensemble. Les Whitefield Brothers nous font traverser ainsi l'Afrique, l'Asie et l'Amérique Centrale pour un voyage aux couleurs arc-en-ciel, espérons qu'il ne faudra pas attendre aussi longtemps avant leur prochain coup d'éclat.

The Whitefield Brothers - Earthology - Stones Throw - 2010

« Le Ruban blanc », Michael Haneke

Des mains de son actrice fétiche, Isabelle Huppert, Mickael Haneke a reçu pour ce film la palme d’or au dernier festival de Cannes. Haneke, réalisateur exigeant et rigoriste, s’est ainsi vu consacré comme étant l’un des réalisateurs phares d’aujourd’hui. Son ruban blanc dont le titre en VO est complété en exergue par: “Eine deutsche Kindergeschichte” que l’on peut traduire par : une histoire d’enfant allemande à été vendu comme étant la volonté de son auteur de disséquer ou du moins de tenter de comprendre les origines du nazisme en Allemagne. En d’autre termes, il s’agit en quelque sorte de se pencher sur les racines du Mal. —Toute l’histoire se déroule à la veille de la première guerre mondiale dans un village protestant d’Allemagne du nord. La vie des villageois et notamment des enfants qui sont au cœur du propos, est à l’époque entièrement régie par une éducation religieuse stricte et répressive mais aussi par des rapports sociaux de dominés/dominants tout droit issus du modèle seigneurial du Moyen-âge. —Le film débute sur la chute à cheval du médecin du village provoquée par un fil tendu entre deux arbres et littéralement invisible. Ce fil est tout le propos du film. C’est la gangrène qui peu à peu s’installe insidieusement dans les rapports humains. Par cette allégorie, Haneke s'évertue, scène après scène, à travers une multitude de personnages représentatifs de cette société (le pasteur, le baron, le médecin, les paysans, l’instituteur) à démontrer le mécanisme qui fait qu’à une époque donnée, dans un endroit donné, un modèle social à bout de souffle et une éducation vertueuse mais extrêmement stricte ont été les vecteurs qui ont donné naissance à des monstres. Les chères petites têtes blondes du film font froid dans le dos et rappellent, comme l'a fait remarquer le critique de Télérama, les enfants du village des damnés —Haneke développe son film de manière austère et rêche avec beaucoup de recul et un noir et blanc de grande tenue signé Christian Berger. Il excelle dans le plan séquence non-démonstratif. Il signe plusieurs séquences qui resteront dans les mémoires, relatives aux rapports cruels entre les hommes. Par ailleurs ce que je reproche souvent à cet auteur c’est son petit côté “prof”. Toujours prêt à donner une leçon au spectateur. Il est parfois, me semble-t il , faussement humble : c'est ce que je ressens quand il utilise par exemple pour son générique une police si petite qu’on a du mal à lire même sur un écran de 12 m de base. Ou quand il laisse son générique de fin défiler sur un silence semblant nous dire: “regardez le grand film que je viens de vous faire!” Ceci étant, Le ruban blanc est effectivement un grand film et peut–être l’un de ses meilleurs. Il marque les esprits et nous interroge longtemps après l’avoir vu. Grâce à une mise en scène sobre et une direction d’acteurs adéquate. Chaque rôle est parfaitement incarné — Que ce soit la violence physique ou intellectuelle, la violence est un thème cher au réalisateur, elle est ici partout, dans les rapports de classe sociale Seigneur/Paysans, dans les rapport éducatifs Parents/Enfants, dans les rapports relationnels Homme/Femme, il s’agit ici toujours de relations sado-masochistes que semble justifier la société de l'époque. C’est l’humiliation qui détermine les rapports entre les êtres. Le réalisateur s’interroge alors sur cette violence apparemment gratuite, ces rituels punitifs qui semblent avoir été infligés par les enfants à leurs victimes (le fils du baron, l’enfant innocent) et sur sa justification. Ceci étant Haneke, dont le film est emprunt d’une ambiance de film à suspens, ne donne pas de réponse et garde le mystère. Les enfants sont–ils coupables de ces actes ou non? Après tout, ils sont les fruits de leurs ascendants. Et même si ces derniers sont de bonne foi quand ils inculquent leurs valeurs comme le fait par exemple le pasteur avec ses enfants, le résultat n’est pas obligatoirement celui escompté. C’est toute la difficulté de l’éducation. Les enfants du film qui ont entre 5 et 15 ans à la veille de la première guerre mondiale seront effectivement ceux qui glisseront du côté obscur en participant au nazisme 20 ans plus tard. Cette terreur mènera la génération allemande suivante (celle d'après la seconde guerre mondiale) à la déprime comme on le voit dans le film Allemagne année zéro, un autre film ou l'enfant est au cœur du propos et se suicide à la fin — Une question demeure, si les racines du nazisme sont en partie dues a une éducation rigide basée sur l’humiliation et une société inégalitaire qui avilit le peuple, pourrissant ainsi peu à peu les rapports humains, pourquoi le nazisme se serait plus développé en Allemagne que dans un autre pays d’Europe? Puisque à cette époque, nombre d’entre eux avait une société similaire. La seule réponse d’Haneke tient peut-être dans le choix de son narrateur et alter ego : l’instituteur du village, seul représentant laïc de cette société. Haneke, qui est proche de la France, sait aussi qu’à cette époque en France, même si l'éducation était sûrement aussi rigoriste et encore proche de la religion. La France avait connue la révolution. Ce qui n’avait certes pas entièrement changé les rapports entre les classes sociales, mais proposait un modèle sociétal déjà différent. Ce second souffle n’empêcha certes pas une partie de la population de glisser vers le fascisme ou d'autres formes de nationalismes mais évita de sombrer dans un modèle plus extrémiste… c’est juste une supposition de ma part d'autant que ça n'explique pas tout puisque la France est à l'époque un exemple à part en Europe où le reste des pays avait une société encore basée sur l'ancien régime….j’attends d’éventuels avis ou compléments d'informations.

Le Ruban blanc, Michael Haneke - 2009 -  les films du losange


Black Météoric Star


Black Météoric Star est le dernier projet de Gavin Russon originaire du Rhode Island , membre de la famille New Yorkaise DFA et maintenant installé a Berlin. Ce globe trotter est un cas a part. Son dernier album éponyme témoigne de l'habileté du monsieur a créer un paysage sonore entre early house et rock psychédélique. Ses compositions a effets de tunnel sur près d'une dizaine de minutes parfois entraine l'auditeur dans une hypnose générale entre transe physique et voyage immobile. Nul doute qu'on dansera comme des dingues sur ce diable d'album.  Black Météoric Star ou la techno primitive vue par Gavin Russon, impossible d'en ressortir indemne.

Black Météoric Star - Black Météoric Star - 2009 - DFA Records



Shantel « Planet Paprika »

Avec son nouvel album, Shantel nous invite sur une nouvelle planète musicale, la planète Paprika. En utilisant les ingrédients de la musique populaire traditionnelle des pays de l'est, le musicien-DJ allemand nous sert une musique très actuelle à la rythmique fortement sautillante. Entre deux airs d'accordéon en ouverture et clôture de l'album, on devient avec plaisir « a citizen of Paprika », passant notre temps à danser sur les airs balkaniques fortement cuivrés du Bucovina Club Orkestar. La musique navigue d'Est en Ouest, et du Nord au Sud sans frontières, de  la Roumanie à la Turquie en passant par la Grèce. « Bucovina Club », un de ses classiques, enregistré précédemment avec le groupe roumain Mahala Raï Banda, est revisité ici avec guitare acoustique et petits sons électro subtils et « Being Authentic », un titre à la MIA mixé à la sauce balkanique contribuent à la modernité de l'album. Shantel est un peu à la musique de l'est ce que Manu Chao est à la musique sud-américaine. Il la popularise avec des pop songs festives entrainant son public sur les dancefloors. Il n'y a qu'à voir les vidéos de ses prestations scéniques à travers l'Europe pour se rendre compte de sa capacité à rendre un public complètement dingue.
le site / le myspace 

Shantel - Planet Paprika - Crammed - 2009


« Crossing the bridge », Film de Fatih Akin

Fatih Akin est un réalisateur allemand d’origine turque. Il a reçu l’Ours d’or au festival de Berlin en 2004 pour son film « Head on ». Dans « Crossing the bridge », sa caméra accompagne Alexander Hacke, musicien expérimental allemand, à travers la ville d’Istanbul. Fasciné par la mégapole Alexander tente de capter sa diversité musicale en enregistrant des sons. En le suivant, on effectue un véritable voyage sensoriel dans un ville aux visages multiples où la musique est omniprésente. De l’électro avec Mercan Dede qui mixe les sons actuels avec la musique traditionnelle. De l’électrojazz avec Orient Expressions, symbole de la jeunesse branchée stambouliote. Du heavy métal avec Duman, ou du rock avec Replikas. Du hip hop avec Ceza qui nous fait une incroyable démonstration de son flow, et avec sa sœur qui essaye de faire sa place dans un milieu très masculin. De la musique traditionnelle avec la chanteuse Aynur, fière représentante de la minorité kurde, mais aussi avec Selim Sesler, représentant de la musique tzigane à Istanbul et clarinettiste prodigieux, avec lequel on se retrouve immergé dans un bistrot de son village natal. De la musique de rue avec la bande de Siyasiyas qu’on retrouve surplombant la ville du toit d’un immeuble, fumant des joints et jouant de la guitare sèche. Au final, le réalisateur nous offre une véritable mosaïque musicale reflet de la diversité culturelle d’Istanbul.

Crossing the bridge - Fatih Akin - 2004