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Tinariwen « Tassili »

C'est au milieu du désert Tassili N'ajjer, dans un décor lunaire à dominante ocre, que Tinariwen a installé son campement en novembre-décembre 2010 avec tout le matériel nécessaire à un enregistrement. C'est dire si ce 5ème album respire plus que jamais le désert. Mais dans ces conditions particulières les Tinariwen ont délaissé les guitares électriques (même si elles n'ont pas complètement disparues) pour les instruments acoustiques. Leur musique devient ainsi beaucoup plus mélancolique et empreinte de tristesse, perdant la rage revendicative des précédents albums. Ils n'ont pas pour autant abandonné leur combat pour la survie du peuple touareg et sa culture, mais il s'exprime maintenant à la manière d' « un feu intérieur qui brûle ». Finis aussi les chœurs et les youyous féminins, faisant place à des collaborations assez inattendues où les invités mettent tout en œuvre pour s’imprégner du rythme et de l'esprit touareg. La palme revenant aux deux TV On The Radio, le guitariste Kyp Malone et le chanteur Tunde Adebimpe, sur l'extraordinaire « Tenere Taqhim Tossam ». La collaboration avec The Dirty Dozen Brass Band n'est pas mal non plus même si on regrettera que le brass band de la Nouvelle Orleans n'envoie un peu plus la sauce sur « Ya Messinagh ».
L'esprit du désert règne en maître sur cet album, le fantôme d'Ali Farka Touré s'invitant même sur « Tenidagh Hegh Djeredjere » peut-être attiré par le chant murmuré et habité d'Ibrahim ag Alhabib sur  « Tameyawt ». Une nouvelle belle pépite dans le désert touareg.

Tinariwen - Tassili - V2 Music - 2011

Blakroc « Blakroc »

Depuis 1986 et la collaboration entre Aerosmith et Run DMC pour le désormais légendaire « Walk This Way », le mélange du rock avec le rap ne cesse d'inspirer les artistes. On se rappelle l'âge d'or de la fusion, fin 80-début 90, avec des groupes comme  Urban Dance Squad, Rage Against The Machine, ou Faith No More. Cette fois, c'est Dan Auerbach et Patrick Carney, les deux piliers de The Black Keys qui s'accoquine avec Damon Dash, producteur hip-hop de légende. Le duo qui nous a habitué à jouer du blues-rock assez crade, avoue avoir toujours écouté du hip-hop et qu'enregistrer cet album était finalement un rêve de gosse.  Et pour l'exaucer, on a rarement vu un tel casting défiler dans un studio. Accrochez-vous :  Mos Def, des anciens du Wu Tang Clan (RZA, Raekwon, et même Ol'Dirty Bastard, bien que six pieds sous terre depuis un moment), Q-Tip d'A Tribe Called Quest, Jim Jones, membre originel de The Diplomats ou encore Nicole Wray, chanteuse américaine de R'n'b. Au final, 11 invités pour 11 titres enregistrés en 11 jours. Les esprits chagrins pourront toujours se plaindre d'un nouveau « super-groupe » après The Dead Weather et Them Crooked Vultures, qui plus est , cette fois-ci pour contenter les amateurs de rock qui ne comprennent rien au hip-hop ou l'inverse. Et pour leur donner du grain à moudre, cet album sort le « Black Friday », le vendredi suivant Thanksgiving, journée symbole du mercantilisme à l'américaine. Mais même si cet album résulte peut-être d'un plan marketing rondement mené, il faut reconnaître la qualité artistique et l'efficacité des morceaux. Pour preuve le single « Ain't Nothing Like You (Hoochie Coo) (Featuring Jim Jones & Mos Def) » un véritable tube qui marquera certainement l'année de son empreinte et on pourrait tout aussi bien citer le morceau soul « Why Can't I Forget Him (Featuring Nicole Wray) », ou « What You Do To Me (Featuring Billy Danze, Jim Jones & Nicole Wray) » et son clavier hypnotique.
Le site de Blakroc

Blakroc - Blakroc - V2 music - 2009


Isobel Campbell & Mark Lanegan « Sunday At Devil Dirt »

Quand on entend la voix grave de Mister Lanegan doublée de la douce voix de Belle and Sebastian, il est bien difficile de rester insensible. L’association de l’univers ombrageux de l’Américain avec la grâce de l'écossaise est superbe et les violons qui alternent avec les voix contribuent à rendre l’atmosphère mélancolique. « Sunday at Devil Dirt » est le deuxième album du couple après « Ballad of the Broken Seas » et bizarrement il est sorti de façon assez confidentielle et n’a pas trusté les premières places des tops de l’année 2008. La voix grave domine l’album à la manière d’un Nick Cave, d’un Leonard Cohen ou d’un Tom Waits, mais à chaque fois que la belle blonde vient poser sa voix en écho, l’ensemble prend une toute autre dimension et devient alors plus léger, plus aérien. Entre blues, avec guitares slides, rythmes tribaux, et ballades folk, ça sent les racines de la musique américaine. « Come on over (turn me on) » fait penser à Tricky à l’époque de « Maxinquaye » quand la voix de Martina Topley-Bird venait illuminer l’univers plus sombre du Bristolien. Ici, tout du long de l’album, c’est la voix d’Isobel Campbell qui magnifie l’univers de Mark Lanegan même si ce n’est que parcimonieusement. Mais ce qui est rare est tellement précieux !

Isobel Campbell & Mark Lanegan - Sunday At Devil Dirt – V2 Music - 2008