Affichage des articles dont le libellé est Gallimard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gallimard. Afficher tous les articles

"La ligne de force", Pierre Herbart

Ce livre de souvenirs débute par l'itinéraire d'un indigné dans l'entre-deux-guerres en Indochine. Cette description cinglante et lucide de la colonisation française que même les fumées d'opium n'arrivent à masquer est une chronique d'un désastre annoncé. L'étape suivante est une grande et belle histoire d'amour russe contrariée par le stalinisme. Puis la guerre d'Espagne, où se jeter pour oublier, et le télescopage entre Gide, Aragon, Malraux et la ligne du Parti sur les barricades madrilènes. Enfin la Résistance d'un homme désinvolte pour qui la Victoire sonne le glas de ses dernières illusions. Ligne d'échec de l'Histoire, des idéologies et des hommes qui y ont crues. Ligne de fuite aussi face à la réalité. Mais ligne de force surtout dans l'amour inconditionnel de la vie tant que l'on se tient en retrait "devant la frivolité des choses sérieuses". C'est drôle, sincère, bien écrit. A découvrir absolument. Bonne lecture.

Pierre Herbart, La ligne de force, Gallimard, L'imaginaire, 2011.

"À tombeau ouvert", William Styron

Quelques mots sur un livre de nouvelles posthumes de W. Styron, l'auteur notamment d'un roman célèbre "Le choix de Sophie" adapté au cinéma par J. Pakula avec Merryl Streep & Kevin Kline. "À tombeau ouvert", c'est vingt pages (la nouvelle qui donne son titre au recueil qui en compte cinq) à tomber par terre tellement c'est bon et court comme un week-end, les w.e. d'un jeune Marine, spécialisé dans le tir au mortier, qui n'aspire qu'à vivre avec frénésie les plaisirs (charnels) de l'existence tant qu'il en est encore temps (avant le départ vers le front, la peur et la mort). Une virée de 800 bornes à toute berzingue avec un ami troufion pour rejoindre New York et sa dulcinée pour des joutes amoureuses, un retour halluciné où l'on frôle la mort, toute l'absurdité et la monstruosité de la guerre au travers la morsure d'un chien. Le style est simple et efficace. Élégant aussi, d'assez longues phrases, du rythme, de l'humour... Bref du bon, du très bon. Pas de post coïtum animal triste à la fin de cette lecture car deux autres nouvelles (elles aussi de grandes qualités) viennent clore ce très bon moment. Un autre volume de nouvelles est édité chez Gallimard "Des havanes à la Maison-Blanche" qui recèle quelques belles pages aussi, mais un peu plus inégales à mon sens.

William Styron, À tombeau ouvert, Paris , Gallimard : 2011.