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« Lady Day : histoire d’amours », Alain Gerber

Dans ce roman, plusieurs voix s'élèvent et se mêlent en un véritable chœur pour retracer le parcours de Billie Holiday ; chacune des femmes qui témoignent, ainsi que le seul homme autorisé à le faire, sont des proches, des confidentes d'un soir, des compagnons de route ou la chanteuse elle-même. Chaque chapitre est bâti sur le monologue d'un témoin et l'histoire avance ainsi d'un point de vue à l'autre. En donnant la parole aux femmes humbles, comme la mère de Billie, aussi bien qu'aux musiciens réputés comme Lester Young, Alain Gerber recrée l'entourage de la chanteuse. C'est pour nous l'occasion d'entendre la voix de ceux qui ne s'expriment pas souvent et leurs monologues sensibles donnent corps à la fragile Lady Day. Au fil des pages la jeune femme se découvre et s'épanouit entre gourbis new-yorkais et clubs de jazz, dans un univers assez sombre. A une époque où la ségrégation fait rage, les musiciens de jazz les plus talentueux vivent dans des conditions précaires. Le combat pour l'égalité des droits est alors loin d'être gagné et la chanteuse va se frotter un peu malgré elle, à l'expression politique avec le célèbre Strange fruits qui provoque scandale et émotion. Au cœur de l'ouvrage il y aussi sa relation énigmatique avec "le président" des saxophonistes, Lester Young, celui qui lui trouvera son célèbre surnom. Une relation qui dépasse les étiquettes et les concepts de l'amour, ou de  l'amitié sont insuffisants pour exprimer la communion entre les deux esprits qui se suivront de peu dans la mort.
Alain Gerber est à l'origine d'une série de romans sur le jazz : Chet (2001), Louie (2002), Charlie (2005) et Miles (2007).

Lady Day : histoire d'amours, Alain Gerber, Paris : Fayard, 2005. Également disponible en poche.

Karandila Gypsy Brass Orchestra « Cyclops Camel »

« Dieu avait pour habitude de distribuer des musiciens à chaque pays à travers le monde. Mais chaque fois, il oubliait de servir la Bulgarie. Alors un ange lui demanda pourquoi il n’en lâcherait pas un dans ce pays. Mais dieu lui répondit que ce n’était pas la peine puisqu’il les prenait lui-même là bas ». Cette histoire de musiciens tziganes montre combien ils peuvent être talentueux dans ce pays du bord de la Mer Noire, où il n'y a pas que la Chalga, musique traditionnelle remixée et interprétée par des chanteuses sexys.
Karandila Gypsy Brass Orchestra a été créé en 1994 du côté de Sliven, et remarqué la même année au Festival de musique rom de Stara Zagora. L'orchestre joue une musique tzigane teintée de jazz qui se fait l’écho des souffrances et des joies d’un peuple souvent persécuté. C'est un mélange de musique traditionnelle bulgare aux influences orientales avec des sonorités parfois super funky. A l'arrivée ça groove terriblement avec tous ces cuivres, trompettes, saxos, clarinettes, et autres tubas. La musique n’a parfois rien a envier par son énergie à celle des fanfares de la Nouvelle Orléans. « Cyclops Camel » est leur dernier album et date déjà de 2005, et il serait bienvenu de la part de dieu de les relâcher sur les scènes actuelles.
Myspace de Karandila Gypsy Brass Orchestra

Karandila Gypsy Brass Orchestra - Cyclops Camel - 2005 - Mosaïc

« Crossing the bridge », Film de Fatih Akin

Fatih Akin est un réalisateur allemand d’origine turque. Il a reçu l’Ours d’or au festival de Berlin en 2004 pour son film « Head on ». Dans « Crossing the bridge », sa caméra accompagne Alexander Hacke, musicien expérimental allemand, à travers la ville d’Istanbul. Fasciné par la mégapole Alexander tente de capter sa diversité musicale en enregistrant des sons. En le suivant, on effectue un véritable voyage sensoriel dans un ville aux visages multiples où la musique est omniprésente. De l’électro avec Mercan Dede qui mixe les sons actuels avec la musique traditionnelle. De l’électrojazz avec Orient Expressions, symbole de la jeunesse branchée stambouliote. Du heavy métal avec Duman, ou du rock avec Replikas. Du hip hop avec Ceza qui nous fait une incroyable démonstration de son flow, et avec sa sœur qui essaye de faire sa place dans un milieu très masculin. De la musique traditionnelle avec la chanteuse Aynur, fière représentante de la minorité kurde, mais aussi avec Selim Sesler, représentant de la musique tzigane à Istanbul et clarinettiste prodigieux, avec lequel on se retrouve immergé dans un bistrot de son village natal. De la musique de rue avec la bande de Siyasiyas qu’on retrouve surplombant la ville du toit d’un immeuble, fumant des joints et jouant de la guitare sèche. Au final, le réalisateur nous offre une véritable mosaïque musicale reflet de la diversité culturelle d’Istanbul.

Crossing the bridge - Fatih Akin - 2004