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Balkan Beat Box « ‏‏Blue Eyed Black Boy »

La musique du Balkan Beat Box est taillée pour enflammer les dancefloors même s'il est parfois reproché au combo de Brooklyn d’user de grosses ficelles pour mener son public sur la piste. Pourtant le BBB nous offre depuis son album éponyme de 2005, une musique variée intégrant les cuivres balkaniques, les rythmiques dub et reggae, mais aussi le Gnawa marocain et des sonorités latines. Et c’est encore un peu plus le cas sur « Blue Eyed Black Boy », 3ème album du groupe centré autour d’Ori Kaplan au saxo, Tamir Muskat au rythme et à la programmation et Tomer Yosef au micro. Entourés du Jovica Ajdarevic Orkestar, qui démontre sur le tube imparable « War Again » une puissance digne du YoungBlood Brass Band, ils nous baladent à travers le monde. En Orient avec « Kabulelectro » et ses cordes orientales, au Maroc pour une transe Gnaouah en compagnie d’Hassan Ben Jaafar et de youyouyous marocains sur « Buhala », à Bogota avec « Balcumbia » s’inspirant de la Nueva Cumbia colombienne, sans oublier ses 1ers amours balkaniques avec « Lijepa Mare » et ses chants polyphoniques chères aux Bulgares, ou encore « Smatron » qui rappelle les ambiances mélancoliques des groupes macédoniens ou de la Fanfara Tirana. Pas de révolution dans la musique du BBB mais une musique toujours inspirée et en évolution, qui ne fera peut-être pas taire les sceptiques quoi que...

Balkan Beat Box - ‏‏Blue Eyed Black Boy - 2010 - Crammed


« Le soldat et le gramophone », Saša Stanišić

Dès les premières pages du roman le ton est donné puisque le récit s'ouvre sur le dernier jour de Slavko, le grand-père adoré et farfelu d'Aleksandar. On navigue tout du long entre rire et larmes dans cette histoire racontée par Aleksandar, gamin facétieux et attachant qui voit son pays, la Yougoslavie, sombrer dans une guerre fratricide. La naïveté, l'humour et la sensibilité du garçon nous rappellent parfois l'univers du Petit Nicolas, surtout quand il évoque ses souvenirs d'école et son professeur de serbo-croate M. Falgazić : « En matière d'énervement, l'ex-camarade professeur est de toute façon imbattable. Il annonce au moins une fois par semaine d'une voix tremblante : Vous finirez par me faire entrer à Sokolac ! Quand il dit "vous", il désigne, par exemple, ceux qu'il prend en train d'essayer de mettre le feu au tableau, ou ceux qui rédigent la première rédaction sur table de l'année scolaire en caractères cyrilliques, alors que, depuis la troisième mort de Tito, il est expressément défendu d'écrire en alphabet cyrillique. » Mais on ne lit pas pour autant un roman jeunesse et cet adolescent qui rend compte de son quotidien tragi-comique fait aussi penser à Momo, le narrateur de La vie devant soi, par exemple quand il découvre qu' «une fête peut devenir guerre » et qu'il raconte : « Une voix d'homme qui se met à hurler, soudain, la musique s'arrête. Il n'y a plus de chant. Le silence s'abat. »
C'est le premier roman ce ce jeune auteur qui revisite son enfance avec beaucoup d'esprit pour nous faire partager son Histoire.

Le soldat et le gramophone, Stanišić Saša, Paris : Stock, 2008.

Shantel « Planet Paprika »

Avec son nouvel album, Shantel nous invite sur une nouvelle planète musicale, la planète Paprika. En utilisant les ingrédients de la musique populaire traditionnelle des pays de l'est, le musicien-DJ allemand nous sert une musique très actuelle à la rythmique fortement sautillante. Entre deux airs d'accordéon en ouverture et clôture de l'album, on devient avec plaisir « a citizen of Paprika », passant notre temps à danser sur les airs balkaniques fortement cuivrés du Bucovina Club Orkestar. La musique navigue d'Est en Ouest, et du Nord au Sud sans frontières, de  la Roumanie à la Turquie en passant par la Grèce. « Bucovina Club », un de ses classiques, enregistré précédemment avec le groupe roumain Mahala Raï Banda, est revisité ici avec guitare acoustique et petits sons électro subtils et « Being Authentic », un titre à la MIA mixé à la sauce balkanique contribuent à la modernité de l'album. Shantel est un peu à la musique de l'est ce que Manu Chao est à la musique sud-américaine. Il la popularise avec des pop songs festives entrainant son public sur les dancefloors. Il n'y a qu'à voir les vidéos de ses prestations scéniques à travers l'Europe pour se rendre compte de sa capacité à rendre un public complètement dingue.
le site / le myspace 

Shantel - Planet Paprika - Crammed - 2009


« Mausolée », Rouja Lazarova

Il y a de nombreux points communs entre l'auteur, la narratrice et les personnages du roman. Mais il y a aussi beaucoup de distance et de retenue entre ces femmes. Par exemple la narratrice, Miléna adulte qui s'exprime à la première personne, parle de la petite fille qu'elle était à la troisième personne. Et si l'enfant hait le vigile du lycée qui enduit les grilles de l'école de saindoux pour empêcher les élèves de grimper par dessus, la narratrice elle "n'éprouve plus que de la pitié". De même entre Miléna et sa mère les gestes d'affection sont pleins de pudeur : "Je l'ai prise dans mes bras. Puis je me suis détachée, car je n'étais plus la petite fille câline d'antan." C'est que ces femmes, Miléna, sa mère Rada et sa grand-mère Gaby, sans doute comme Rouja Lazarova -"née en Bulgarie communiste" ainsi que l'indique la quatrième de couverture- ont perdu spontanéité et fantaisie à force de se heurter de plein fouet à la brutalité du système communiste bulgare. On est frappé par la haine qu'éprouvent ces femmes contre le régime totalitaire et par la force de caractère dont elles font preuve pour rester intègres dans un monde corrompu et injuste. Le récit est un peu adouci par des rencontres amoureuses (qui peuvent aussi tourner au vinaigre ou rester platoniques) ou des souvenirs de vacances au bord de la Mer Noire. Et les années qui suivent la Chute du communisme ne sont guère plus riantes même si elles apportent la liberté. Les rencontres avec les étrangers entraînent de véritables chocs pour Miléna surtout quand des Français défendent le communisme qui n'est pour eux qu'une mode ou un idéal utopique. Dans son pays le fric et la mafia ont pris les manettes du pouvoir et continuent à ériger une société injuste et inégalitaire. "Mausolée" n'est pas qu'un témoignage historique c'est surtout l'imbrication littéraire de vies et de personnes qui forment tant bien que mal une famille.

LAZAROVA Rouja, Mausolée, Paris : Flammarion, 2009

«Gorazde», Joe Sacco

Joe Sacco est un journaliste-dessinateur américain qui a effectué plusieurs séjours à Gorazde entre fin 1995 et début 1996, vers la fin du conflit en Bosnie. La ville est une enclave musulmane encerclée par les forces armées serbes qui cherchent à l'anéantir ainsi que ses habitants comme ils l'ont fait à Sebrenica, une autre enclave en amont sur la Drina.
Joe Sacco s'attache à dessiner et raconter ce qu'il voit lors de ces séjours à Gorazde, les rues détruites où les enfants continuent à jouer, les bâtiments effondrés devant lesquels on coupe du bois pour affronter l'hiver rigoureux, les visages fatigués et prématurément vieillis. Le jeunesse s'ennuie fermement dans cet endroit relié au monde par une unique route ouverte par les casques bleus et qui laisse passer au compte-gouttes les convois humanitaires. Plus qu'un journaliste Joe Sacco est un témoin qui raconte le quotidien de l'enclave et qui dénonce la barbarie serbe et l'inaction de l'ONU. Les éléments historiques nous rappellent le déroulement du conflit et l'attitude des prinicpaux protagonistes mais l'auteur est avant tout le relais de toute une population et il se fait le passeur de leurs histoires. La BD permet de mettre en image les récits des habitants et des combattants. L'auteur assume sa subjectivité et son émotion et se place du côté des populations civiles et de ceux qui deviennent rapidement ses amis.


SACCO, Joe, Gorazde, Montreuil : Rackam, 2004

Karandila Gypsy Brass Orchestra « Cyclops Camel »

« Dieu avait pour habitude de distribuer des musiciens à chaque pays à travers le monde. Mais chaque fois, il oubliait de servir la Bulgarie. Alors un ange lui demanda pourquoi il n’en lâcherait pas un dans ce pays. Mais dieu lui répondit que ce n’était pas la peine puisqu’il les prenait lui-même là bas ». Cette histoire de musiciens tziganes montre combien ils peuvent être talentueux dans ce pays du bord de la Mer Noire, où il n'y a pas que la Chalga, musique traditionnelle remixée et interprétée par des chanteuses sexys.
Karandila Gypsy Brass Orchestra a été créé en 1994 du côté de Sliven, et remarqué la même année au Festival de musique rom de Stara Zagora. L'orchestre joue une musique tzigane teintée de jazz qui se fait l’écho des souffrances et des joies d’un peuple souvent persécuté. C'est un mélange de musique traditionnelle bulgare aux influences orientales avec des sonorités parfois super funky. A l'arrivée ça groove terriblement avec tous ces cuivres, trompettes, saxos, clarinettes, et autres tubas. La musique n’a parfois rien a envier par son énergie à celle des fanfares de la Nouvelle Orléans. « Cyclops Camel » est leur dernier album et date déjà de 2005, et il serait bienvenu de la part de dieu de les relâcher sur les scènes actuelles.
Myspace de Karandila Gypsy Brass Orchestra

Karandila Gypsy Brass Orchestra - Cyclops Camel - 2005 - Mosaïc

Fanfara Tirana « Albanian Wedding (Brass Explosion) »

Un Brass band de Tirana c’est plutôt original. D'ailleurs, La plupart des musiciens composant la fanfare sont issus de la Bande armée albanaise où ils avaient plus l’habitude de jouer des marches militaires et des airs patriotiques que de la musique de mariages. Et même s'il a toujours existé des fanfares au pays des aigles, ce n’est pas une tradition comme dans les pays voisins, Serbie et Macédoine en tête. C’est sans doute la raison pour laquelle leur musique ne ressemble à aucune autre. Bien sur on entend des airs balkaniques mais le style est original mêlant sons contemporains aux racines musicales traditionnelles. On alterne les complaintes instrumentales où la clarinette pleure, avec des titres aux rythmes endiablés où les cuivres, trompettes, saxophones, tuba, font merveille. Le vétéran Hysni Zela pose sa voix aux intonations orientales sur deux titres rappelant la tradition polyphonique du sud du pays. La Fanfara Tirana nous convie à un voyage musical exaltant, même si parfois déroutant, du bord de la mer Adriatique aux sommets des montagnes sauvages.
myspace de fanfara tirana

Fanfara Tirana - Albanian Wedding (Brass Explosion) - 2008 - Piranha

« Crossing the bridge », Film de Fatih Akin

Fatih Akin est un réalisateur allemand d’origine turque. Il a reçu l’Ours d’or au festival de Berlin en 2004 pour son film « Head on ». Dans « Crossing the bridge », sa caméra accompagne Alexander Hacke, musicien expérimental allemand, à travers la ville d’Istanbul. Fasciné par la mégapole Alexander tente de capter sa diversité musicale en enregistrant des sons. En le suivant, on effectue un véritable voyage sensoriel dans un ville aux visages multiples où la musique est omniprésente. De l’électro avec Mercan Dede qui mixe les sons actuels avec la musique traditionnelle. De l’électrojazz avec Orient Expressions, symbole de la jeunesse branchée stambouliote. Du heavy métal avec Duman, ou du rock avec Replikas. Du hip hop avec Ceza qui nous fait une incroyable démonstration de son flow, et avec sa sœur qui essaye de faire sa place dans un milieu très masculin. De la musique traditionnelle avec la chanteuse Aynur, fière représentante de la minorité kurde, mais aussi avec Selim Sesler, représentant de la musique tzigane à Istanbul et clarinettiste prodigieux, avec lequel on se retrouve immergé dans un bistrot de son village natal. De la musique de rue avec la bande de Siyasiyas qu’on retrouve surplombant la ville du toit d’un immeuble, fumant des joints et jouant de la guitare sèche. Au final, le réalisateur nous offre une véritable mosaïque musicale reflet de la diversité culturelle d’Istanbul.

Crossing the bridge - Fatih Akin - 2004


Ivo Papasov « Dance of the Falcon »

Ivo Papasov (Иво Папазов) est d’origine rom turque et né en Bulgarie à la frontière de la Turquie justement et de la Grêce. C’est un virtuose de la clarinette et un monument de la musique de mariage qu’il a révolutionnée dans les années 70 en y apportant des instruments électriques. Avec l'avènement de la démocratie en Bulgarie dans les années 90, il a atteint une notoriété internationale recevant même en 2005 le prix du public de la BBC 's Radio3 World Music Award, faisant l’admiration de tous ses compatriotes. Après plus de trente ans de carrière, « Dance of the Falcon » sort en 2008. Une collection de morceaux qu’il voulait enregistrer depuis longtemps. Des titres qu’il a hérité de sa famille et qu’il est heureux d’enregistrer, dans une version moderne, pour léguer sa culture aux générations futures avec notamment une version surprenante de « la panthère rose ». Papasov joue à une vitesse stupéfiante la musique traditionnelle bulgare ainsi que d’autres régions du sud des Balkans, une musique qui s’orientalise même parfois pour notre plus grand plaisir. Il symbolise quelque part le succès de la musique des Balkans, souvent jouée par des Roms, dans le reste de l’Europe, contrastant avec la situation précaire de la communauté tzigane dans ces pays.
my space d' Ivo Papasov

Ivo Papasov - Dance of the Falcon - 2008 World Village

Balkans-Transit

François Maspero (éditeur, traducteur, écrivain et intellectuel atypique) a effectué plusieurs voyages dans les Balkans au cours des années 90. Il en fait un récit passionnant dans Balkans-Transit. Sa sincérité, son humour, son ouverture d’esprit permettent au lecteur de voyager dans ces contrées méconnues et pourtant si proches. François Maspero, et Klavdij Sluban, le photographe, font la plupart de leurs rencontres dans les bus ou les trains, les cafés populaires ou les petites pensions chez l’habitant. Les anecdotes et les rencontres se succèdent mais l’auteur nous livre aussi des éléments de l’histoire plus ou moins récente de la région. Les échanges avec les habitants et les observations du quotidien alimentent des réflexions sur la place des Balkans dans l’Europe et sur l’avenir de cette région bouleversée par des guerres. Ces pages nous font voyager et réfléchir. Très enrichissant.

Balkans-Transit, MASPERO François, SLUBAN Klavdij. Paris : Le Seuil, 1997.
Prix RFI-Témoin du monde, 1997.

SEMA « Ekho »

A la croisée de l’Orient et de l’Occident se situe Istanbul. La situation géographique de la ville offre à ses habitants des influences diverses donnant naissance à une scène musicale riche et singulière. Sema, c’est aussi le nom donné à la danse des derviches tourneurs, consistant a tournoyer lentement sur soi-même, la main droite tourné vers le ciel et la main gauche vers la terre, est une chanteuse, symbole de la ville. Elle avait rejoint l’Allemagne après le putch militaire de 1980 où elle s’est formée à la musique classique turque, au jazz et à l’opéra. Elle est revenue à Istanbul en 1996 comme beaucoup de ses compatriotes, sentant naître une nouvelle vague de création artistique. Son album « Ekho » est sorti en 2006 et « Ekho2 » est prévu pour très bientôt. Avec sa voix si particulière, elle se permet une relecture très personnelle de la tradition et il suffit de fermer les yeux et de l’écouter pour s’imaginer siroter un délicieux petit café turc au bord du Bosphore. A savourer sans modération.
myspace de Sema

Sema - Ekho - 2006 - Hammer Muzik