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Zone Libre "PolyUrbaine"

Zone Libre c'est le groupe à géométrie variable de Serge Teyssot-Gay, l'ex-Noir Désir, toujours la guitare acérée en bandoulière. Après deux albums bien sombre mais toujours à propos, avec la singulière Casey, Zone Libre diversifie sa musique, en nous offrant une fusion comme on n'en avait peut-être plus entendu depuis les années 90, avec des groupes comme Rage Against The Machine, Urban Dance Squad, ou encore No One Is Innocent. Et « Nobody said » en est le parfait exemple, puissant, addictif. Serge Teyssot-Gay prouve donc encore une fois qu'il a le don de savoir bien s'entourer. Cette fois-ci, on trouve à ses côtés Marc Nammour, qui fait une infidélité à La Canaille, et Mike Ladd, et son flow New-Yorkais. "J'ai pensé à Marc (Nammour) par rapport à Mike (Ladd), et inversement, parce que je trouvais intéressant de les réunir sans qu'ils se connaissent. Marc, c'est quelqu'un qui travaille beaucoup ses textes, qui est précis. Il me donne l'impression de planter ses mots sur la musique. Mike, au contraire, vient de la musique orale, du free-style, c'est un improvisateur comme il y en a peu à ce niveau-là, capable de créer en temps réel avec les mots", précise le guitariste (source : RFI Musique). Marc Namour atteint des sommets de narrations en peignant des histoires d'hommes devenus des ombres façon silhouette à la Giacometti. On aime ces solis de guitare plein de folies, ces histoires sombres mais réalistes, cette musique hors-mode qui respire la liberté, ce groove incendiaire, le flow rythmé de l'Américain, les mots pleins de sens du Français et cette énergie qui nous donne envie de relever la tête !

Zone Libre - PolyUrbaine - 2015 - Intervalle Triton

Chinese Man « The Groove Sessions vol.3 »

Depuis 2005, Chinese Man, groupe marseillais composé de Sly, Zé Matéo et High Ku, s'est forgé une solide réputation grâce à une musique basée sur des samples pertinents, des rythmes percutants et des cuivres chauds bouillants. Avec un hip-hop influencé aussi bien par le reggae, que le funk, ou la musique du monde, les Chinese Man sont sans équivalent quand il s'agit d'apporter de la joie et de la bonne humeur. « The Groove Sessions Vol.3 » est aussi l'occasion de célébrer les dix ans du label Chinese Man Records avec des convives de talents comme ASM et Deluxe pour un titre hyper-funky voir quasiment disco, La Yegros pour un titre digne d'un western hispanique, ou encore les deux Mcs sud africains, Tumi et Zubz sur le tubesque « Once Upon a Time ». Le hip-hop des Chinese Man n'est pas forcément ce qui se fait de plus original, mais il dégage une telle sincérité, une telle énergie et un tel sens du groove, qu'on ne peut que succomber et danser comme des fous. Pour leur décennie, ils ont organisé une tournée des Zénith de France avec ambiance chaleureuse et festive assurée !

Chinese Man - The Groove Sessions vol.3 - 2014 - Chinese Man Records


Karol conká "Batuk Freak"

A la vue de la pochette, de son look et au premier survol de ce disque, nous pourrions penser que chaque continent doit avoir une réplique de M.I.A. Celle de l’Amérique du Sud s’appellerait alors Karol Conká. Reconnue au Brésil, mais découverte en France depuis peu, la chanteuse née à Curitiba (capitale de l'État du Paraná, au sud de Sao Paulo) est une des figures emblématiques de la scène hip-hop brésilienne. Avec un début de parcours à 17 ans, cette jeune brésilienne de 26 ans arrive pourtant à se démarquer sans réinventer le genre.  Elle  crée un univers original à partir d'un hip-hop au bord de l'explosion. 
Après bientôt dix ans à écumer les salles, la rappeuse et parolière Karoline dos Santos de Oliveira alias Karol Conká se situe à la croisée du hip-hop, de l'électro et du baile funk, mêlant des basses puissantes et des percussions atabaques (percussions traditionnelles du Nordeste du Brézil que l'on retrouve notamment dans la capoeira). Son premier disque distribué depuis novembre 2013 en France, sur le label Mr Bongo, contient quelques bombes. L'ensemble de ses lyrics sont en portugais ce qui donne une touche originale et crée un flux saccadé et tranchant et qui reste un des points fort du disque. Son flot agressif semble en permanence sur le fil du rasoir, parfois dansant, souvent offensif, voir explosif, il nous pousse à quelques hochements de tête. Les instrus originaux mêlent sons traditionnels et beats plus ou moins festifs ou pesants. Quelques unes sont un peu faciles mais bien construites dans l'ensemble. Au final cet album demeure une belle découverte. Reste à voir à l'avenir, comment Karol Conká tiendra la longueur, en espérant qu'elle ne tombe pas dans la "soupe mondiale" qu'elle frôle de justesse...

Karol Conká - Batuk Freak - Mr Bongo - 2013

 

Oy « No Problem Saloon »

Oy, duo constitué de la chanteuse/musicienne mi-suisse mi-ghanéenne Joy Frempong, et du batteur/producteur Lleluja-ha, nous invite à chausser nos pompes spéciales danse pour entrer dans ce « No Problem Saloon ». Un album qui se voit offrir une nouvelle chance, et une meilleure exposition internationale sur le label belge Crammed, après une sortie plus confidentielle l'an dernier.  Et dans ce salon du bonheur se cache un véritable bric à brac ! On y découvre des chansons entraînantes avec une ribambelle de bonnes idées pour un album qui possède un véritable goût d'Afrique. Rien de surprenant puisqu'il est le fruit du voyage de la chanteuse sur le "continent noir", du Mali en Afrique du Sud en passant par le Ghana et le Burkina Faso. Des sons enregistrés sur place sont délicieusement intégrés à la musique du duo berlinois. On entend des klaxons résonner dans les rues, des gens discuter, applaudir, rire : de véritables scènes de vies. Une porte d'un taxi qui claque, ainsi que le vacarme d'une vieille machine à laver sont même utilisées comme percussion et comme basse. « No Problem Saloon » est une véritable alchimie sonore, moderne, et passionnante. C'est un peu un mix entre l'électro de MIA, les bricolages sonores de Tunes-Yards, et la trans de Juana Molina. Un salon aux airs de voyage, dans lequel on s'invite avec bonheur pour une aventure réjouissante.

Oy - No Problem Saloon - 2014 - Crammed Discs

St.Lô « Room 415 »

On les a découvert aux Transmusicales 2012 lors de leur première montée sur scène et une performance scotchante. Ils ont confirmés par la suite (notamment au Festival Art Rock à Saint-Brieuc) tout du long de l'année 2013. St.Lô en live c'est une véritable expérience sonore et visuelle : une alchimie parfaite entre les nappes électros de deux musiciens bretons et le charisme hors du commun de la chanteuse new-yorkaise, Hanifah Walidah que l’on connaissait sous le nom de Sha-Key lorsqu’elle officiait au sein des Brooklyn Funk Essentials. Il restait à confirmer ce potentiel en studio, après un premier ep « Flight & fantasy » prometteur mais inabouti. Et « Room 415 », du nom de la chambre d’hôtel normande dans laquelle a eu lieu leur premièr rendez-vous musical, est une grande réussite. Les morceaux, rodés sur scène, atteignent aujourd'hui leur maturité. On pense à  « In The Pines », folk song traditionnel, popularisé par le Nirvana de Kurt Cobain, et revisité ici à la manière St.Lô, ou encore à « Reach », titre qui remonte à une période antérieure à St.Lô dont Miz Walidah s’est véritablement emparé. On retrouve cette ambiance électronique alliant blues et trip-hop, et la voix soul d'Hanifah Walidah pour un album plein de grooves sombres. St.Lô confirme son potentiel incroyable avec un album plein de classe.

St.Lô - Room 415 - autoproduit - 2014

Neneh Cherry « Blank project »

Cela faisait bientôt 20 ans que Neneh Cherry n'avait rien sorti en solo, depuis « Man » en 1996. À l'aube de son demi siècle (et oui !), elle sort un nouvel album baptisé « Blank project », un album enregistré avec le duo de frangins londonien RocketNumberNine et produit par Four Tet, nouveau petit prince de la musique électronique qui a récemment produit l'album du chanteur Syrien Omar Souleyman. « Blank Project » a été enregistré en cinq jours, ce qui lui confère une urgence tangible, tout en mariant à merveille la voix soul et toujours aussi trippante de la Suédoise à la musique électronique.
Neneh Cherry a baigné dans le jazz toute son enfance, en fréquentant les plus grands, son beau-père Don Cherry en tête et quelques uns de ses acolytes comme Miles davis. Au début des années 80, à Londres, elle fréquente le milieu punk, ce qui l'amènera à sortir trois albums avec son groupe Rip Rig + Panic. C'est en 1989 qu'elle se fait véritablement connaître grâce à son tube « Buffalo Stance » issu de son premier album solo « Raw Like Sushi ». Et en 1994, elle devient une star planétaire en interprétant « Seven Seconds » en duo avec Youssou N'Dour. Par la suite elle décide de se consacrer à sa famille, avant de participer à la fin des années 2000 à Cirkus, projet de son homme plus que le sien. Marquée par la mort de sa mère en 2009, elle revenait et il y a deux ans avec The Thing, trio scandinave de free-jazz, pour un remarquable album de reprise
Avec son nouveau projet, on se rend compte que Neneh marie toujours aussi bien les styles, et en faisant le choix de Four Tet à la production, elle reste bien dans son époque. L'album alterne le chaud et le froid, la puissance et la douceur, la gravité et la légèreté. Il n'y a jamais de boursoufflures, et on se trouve plus dans une musique épurée, percussive parfois, aérienne souvent. C'est ici un album d'électro-soul bourré d'émotions qui ravive une flamme jamais vraiment éteinte.

Neneh Cherry - Blank project - Smalltown Supersound - 2014

Deltron 3030 « Event II »

Deltron 3030 est le projet du producteur Dan The Automator et du DJ Kid Koala avec la voix de Del The Funky Homosapien. Un trio responsable en l'an 2000 d'un premier album éponyme, considéré aujourd'hui comme une référence, dans lequel on se retrouvait téléporté dans un futur très lointain en 3030. Treize ans plus tard nous nous retrouvons en 3040, dans un monde où les banques ont disparu, tout comme les saisons, un monde désespéré qui attend son sauveur. Ce nouvel album est présenté comme un opéra rap, un concept à la limite de la prétention, tout comme pouvaient être considérés certains albums d'opéra rock dans un autre temps. La clé du succès ici est certainement de faire la part belle aux collaborations. Celles avec Damon Albarn qui apporte son savoir faire mélodique, ou avec Zach de la Rocha, chanteur de Rage Against The Machine, toujours gonflé d'énergie qui donne une dimension incroyable au morceau  electro-funky-futuriste « Melding Of The Minds ». Le trio n'hésite pas à prendre comme référence les meilleurs albums-concept de la musique pop, du célèbre « Pet Sounds » des Beach Boys au « Sgt. Pepper’s » des Beatles en passant par le culte « Melody Nelson » de Gainsbourg. Il ne se gène pas non plus pour citer le roman d'anticipation « 1984 » de George Orwell. Entre rap, pop et Science Fiction, cet album est un ovni même s'il garde un côté old-school qui fait plaisir à entendre. On retrouve même le chanteur/pianiste de jazz Jamie Cullum sur « Do You Remember ».

Deltron 3030 - Event II -Bulk Recordings - 2013


Chill Bump « The Loop »

Chill Bump est un duo de rap originaire de... Tours !!! Et il est bien difficile de faire le lien entre leur musique et la préfecture de l'Indre-et-Loire. Loin de moi l'idée de penser que Tours soit une ville complètement has-been, je n'y ai d'ailleurs jamais mis les pieds, et les seuls images que j'en ai sont celles d'un serial buteur argentin nommé Dellio Onnis qui sévissait au début des années 80 sous le maillot bleu ciel du Tours FC, et d'un Rubin Steiner, à la discographie audacieuse. Difficile de faire le lien donc, surtout parce que le duo tourangeau sonne bien plus américain que français. Et à l'écoute de « The Eponym », faire référence à un artiste pilier du hip-hop américain des années 2000 comme Edan, ne me paraît même pas usurpé. Ces deux gars-là se sont rencontrés au collège autour de leur passion commune pour le hip-hop. Le  beatmaker Bankal et le MC Miscellaneous en sont aujourd'hui à leur quatrième ep, tous proposés en téléchargements libres sur leur Bandcamp. Ils ont déjà fait la première partie de Wax Taylor et de C2C (dont ils ont remixé le titre « Happy »), sont soutenus par Nova et Le Mouv', et se considèrent avant tout comme un groupe « Do It Yourself ». La sortie de leur premier album, peut-être fin 2014, risque bien d'être un véritable tsunami. Les samples de Chill Bump sont particulièrement bien sentis, les beats sont au diapason et le flow coule dessus naturellement avec un accent anglais parfait (il n'y a pas de secret le mc a un père britannique) et donc irréprochables, au contraire parfois de certaines productions françaises. Le rap du duo est tout en harmonie et dégage des ondes plus que positives jusqu'à « Self Destrukt », dernier titre du ep aux accents hard-rock, avec un sample dont on parierait qu'il est issu d'un titre d'ACDC avec son légendaire Bon Scott.

Chill Bump - The Loop - 2013


Darkside « Psychic »


Darkside est le nouveau projet du New Yorkais, Nicolas Jaar, petit génie de la musique électronique remarqué il y a deux ans avec « Space is Only Noise ». Le jeune producteur s'est acoquiné avec le guitariste Dave Harrington, rencontré alors qu'il cherchait des musiciens pour jouer son album sur scène. De leurs expérimentations communes est né Darkside, nom qui fait certainement référence à un célèbre album des Pink Floyd. Après un 1er ep sorti il y a déjà plus d'un an, et un remix réalisé sans autorisation du dernier album de Daft Punk (une démarche que Nicolas Jaar qualifie lui-même de Punk), le premier album du duo était très attendu. « Golden Arrow », titre d'ouverture de plus de onze minutes, planant et polymorphe, met d'entrée tout le monde d'accord. On tient là un album au tempo lent, qui, avec de nombreux bricolages sonores, se révèle particulièrement exigeant. Mais il possède aussi une cohérence indéniable avec en son cœur des titres plus accessibles. On pense à « Heart », morceau pop magique à la guitare rock, et à « Paper trails », blues très actuel, un peu à la manière de ce que nous proposait Nicolas Repac l'an dernier sur « Black Box »,  mais avec une production peut-être encore plus chiadée. Avec ses arrangements fouillés, « Psychic » s'écoute intensément, et plutôt au casque que sur un dancefloor, même si certains morceaux partent en funk électro comme « The only shrine I've seen ». Alors éteignez la lumière et laissez-vous porter.

Darkside - Psychic - Other People - 2013

Charles X / Redrum « Beats & Beast »

Charles X, jeune musicien de 23 ans originaire de Los Angeles, est le nouveau chouchou du label Tentacule Records. Sur « Beats & Beast », on le retrouve aux côtés de Redrum, le beatmaker bordelais qui façonnait déjà les ambiances musicales du 2ème album « WogDog Blues » du rappeur burkinabé Art Melody. Charles X et Redrum se sont parait-il rencontrer par l'entremise de Soundcloud. Le hasard en quelque sorte. Et le fruit de cette rencontre est un album d'une trentaine de minutes, véritable condensé de très bon hip-hop avec des samples particulièrement bien sentis. L’atmosphère qui s'en dégage est plutôt cool et positive même si Charles X se laisse parfois aller à un peu de mélancolie, aidé en cela par les influences bristolienne de Redrum (comme sur « It's on Us ft. Jazze hazze »). Charles X chante plutôt beaucoup sur cet album (en tout cas pour un rappeur) et plutôt bien d'ailleur, influencé par Frank Ocean et Mickael Jackson, mais aussi Led Zeppelin, Radiohead, Andre 3000, Gnarls Barkley, Al Green, Aerosmith, The Beatles, Sly and the Family Stone, Tracy Chapman. Toute l'Histoire de la musique pop finalement ! Au final, « Beats & Beast » se révèle comme une véritable belle surprise de Soul/Hip Hop du moment.

Charles X / Redrum - Beats & Beast - Tentacule Records - 2013

Ghostpoet « Some Say I So I Say Light »

Ghostpoet, on en avait déjà parlé en 2010 à l'époque de son premier album « Peanut Butter Blues & Melancholy Jam » sorti sur le label de Gilles Peterson, Brownswood Records. Avec « Some Say I So I Say Light », Obaro Ejimiwe alias Ghostpoet reste dans la même veine, un mélange de hip-hop et de dubstep, de spoken word et de soul avec des textures sonores qui ne laissent rien au hasard. L'ensemble est toujours aussi sombre, sans être particulièrement lugubre. D'ailleurs le MC londonien concède que « la lumière (le) fascine parce que (sa) musique est sombre, donc c'est un peu comme si la lumière était le point à atteindre ». Et sur « Dial Tones », il se sert de la voix lumineuse de Lucy Rose pour atteindre son but. Le morceaux en est apaisé, presque doux même si l'on entend toujours des ambiances légèrement ombrageuses en fond sonore.  Sur « Meltdown », peut-être le plus beau morceau de l'album, c'est Woodpecker Wooliams, une chanteuse plus habituée à un univers bricolo-folk à la Coco Rosie, qui pose sa voix sur des notes de piano et une rythmique qui finit par s'emballer. Un album qui restera certainement comme l'un des albums marquants de l'année 2013 !

Ghostpoet - Some Say I So I Say Light - PIAS -2013


Tricky « False Idols »

En 1995 Tricky sortait « Maxinquaye », un album illuminé par la voix de Martina Topley Bird, considéré aujourd'hui comme une pièce essentielle du trip-hop, au même titre que le « Blue Lines » de Massive Attack. Par la suite, il a continué à produire des albums, jamais médiocres, avec quelques bonnes idées, mais auxquels il manquait toujours quelque chose, et surtout de l'émotion. Avec « False Idols » (c'est aussi le nom de son label), on a l'impression de vivre un véritable come-back après des années d'absence, alors que c'est bien là son dixième album. Tricky ne révolutionne rien mais il offre ce qu'il sait faire de meilleur, de plus beau. Des morceaux à l'ambiance plutôt sombre, avec des voix féminines (Francesca Belmonte, Fifi Rong et Nneka) qui scintillent comme des lumières ou encore celle de David Silberman, chanteur de The Antlers, sur « Parenthesis ». Quasiment chaque morceau de l'album est une réussite à l'image de « Bonnie & Clyde », véritable tube en puissance, ou encore « Nothing's Changed » pur trip-hop atmosphérique, mais la pépite de l'album est peut-être bien « Valentine » avec un sample de « My Funny Valentine » de Chet Baker... Une pure merveille ! Tricky is back et ça fait bien plaisir !

Tricky - False Idols - 2013 - False Idols


The Uncluded « Hokey Fright »

The Uncluded est un projet qui réunit Kymya Dawson, figure emblématique du mouvement anti-folk, surtout connue pour la B.o. du film « Juno », et Aesop Rock, producteur de hip-hop, auteur de 6 albums dont l'excellent « Skelethon » sorti l'an dernier. L'association des deux univers peut paraître surprenante mais quand on y regarde de plus près, elle l'est beaucoup moins. En effet ils ont déjà collaboré sur leurs albums solos respectifs puisque Kymia Dawson apparaissait déjà sur « Crows 1 » l'un des meilleurs titre du dernier album d'Aesop, qui lui avait déjà prêter main forte sur trois titres de « Thunder Thighs » dont l'excellent « Miami Advice ». Sur cet album, entièrement conçu et réalisé par les deux protagonistes, mis à part la batterie de « Delicate Cycle » joué par  James McNew de Yo La Tengo, Aesop Rock balance ses lyrics comme un boxeur des directs du droit, donnant une nouvelle dimension au chant enfantin  et aux mélodies bricolées de Kymia. Un album d'une fraicheur rare et régénératrice malgré des thèmes abordés pas très joyeux.

The Uncluded - Hokey Fright - Rhymesayers - 2013


James Blake « Overgrown »

Après un premier album éponyme qui avait déchiré la critique il y a deux ans, James Blake revient avec « Overgrown ». La cover en nuance de bleu, tout comme celle de son premier album, le place d'emblée dans sa continuité. La musique est toujours soul aux sonorités électroniques, toujours aussi belle, et peut-être même encore plus sensuelle. De la musique à danser à l'horizontale comme savait si bien en produire Marvin Gaye, une musique toute en délicatesse. Et derrière des morceaux d'apparence R'n'b se cache souvent une production très subtile comme sur  « Retrograde ». L'artiste londonnien se permet aussi quelques expérimentations en compagnie du maître de l'ambiant Brian Eno sur «  Digital Lion », ou sur « Voyeur » très smooth au départ avant de partir légèrement en vrille. Le débat sur James Blake risque de durer malgré tout puisque le bonhomme ne semble pas faire l'unanimité. N'hésitez pas à passer outre et à vous laissez emporter !

James Blake - Overgrown - Atlas Recordings- 2013

Art Melody « WogDog Blues »

Art Melody nous avait déjà envoyé une bonne claque il y a deux ans avec « Zound Zandé », mais cette fois il revient encore plus fort avec une voix toujours aussi puissante. Il dégage une énergie et une urgence propre à un continent toujours en proie à des problème politiques et sociaux. Celui qui dit que « le Rap est né en Afrique parce que les griots et les artistes qu'écoutaient ma mère, c'était du Rap ! » dépasse ici toutes les frontières grâce notamment à des collaborations avec High Priest d'Anti Pop Consortium, Walter Kibby des Fishbone, mais aussi Ousmane Zaré de Waguess Family, groupe pionnier du hip-hop au Burkina Faso ou le rappeur français Fils du Béton. Sur des architectures sonores concoctées par le beatmaker bordelais Redrum, l'artiste burkinabé balance un flow de folie et on le sent prêt, plus que jamais, à faire voyager sa musique à travers le monde.

Art Melody -WogDog Blues - 2013 - Tentacule Records - Akwaaba Music

Lonnie Holley « Just before music »

Depuis 1979, Lonnie Holley consacre sa vie à l'improvisation créative. Après s'être illustré dans le dessin, la peinture, la sculpture, et la photographie, il vient de se mettre à la musique avec « Just Before Music ». Un album sous forme d'expérimentations et d'improvisations sonores fabriqué avec l'aide d'un Deerhunter et d'un Black Lips. Il s'en dégage quelque chose de magnétique, d'étrange aussi, mais merveilleusement étrange même si parfois anxiogène (« The End of the Film Era »). On a l’impression que Lonnie Holley met sa vie sur le tapis à chaque création tant ses morceaux sont intenses, des morceaux aux formats sans normes voir anormaux (on trouve un titre de 15 minutes et un autre de 25 minutes !!!). La façon qu'il a de poser sa voix sur ses sculptures sonores rappelle les derniers albums de Gil Scott Heron et de Bobby Womack, ce qui rend l'objet un peu moins hors du commun, mais ça reste impressionnant !

Lonnie Holley - Just before music - 2012 - Dust to Digital

Why? "Mumps, etc"

Why? fait partie de ces groupes sur lesquels on ne peut s'empêcher de s'arrêter et être certain de trouver au minimum deux ou trois morceaux imparables à chaque sortie. Malgré un fort potentiel "Eskimo snow", le précédent album, ne tenait pas entièrement toutes ses promesses. Suffisamment tout de même pour espérer faire une nouvelle bonne pêche dans ce "Mumps, etc". Avec une approche toujours aussi mélodique ainsi qu'une production impeccable, Why? touche au but. On se trouve devant un disque des plus attachants. Pas besoin cette fois-ci de faire un tri, la réussite est éclatante. Le plaisir est immédiat et ne redescend pas, en partie grâce à une habile alternance de morceaux pop et de productions plus hip hop. Si l'ensemble est majoritairement chanté, "Waterlines", "Paper hearts" ou "White english" viennent nous rappeler que l'on est chez Anticon. Beaucoup de cordes, quelques cuivres, des claviers, des chœurs et du talent à revendre, "Mumps, etc" est un album inspiré, fourmillant de bonnes idées et surtout de belles chansons où il fait bon s' abandonner. Bon, très bon cru.

Why ? - Mumps, etc - Anticon - 2012

Aesop Rock "Skelethon"

Voici une bien bonne nouvelle, cinq ans après "None shall pass", le nouvel opus d'Aesop Rock débarque enfin. Dire que "Skelethon" était attendu est un doux euphémisme, en particulier depuis la sortie du terrible single "Zero dark thirty". Alors voilà, l'album est bel et bien là et avant toute chose, il me faut avouer avoir un faible pour ce monsieur. A la deuxième écoute de "Skelethon", je suis déjà accro et je confirme qu'Aesop Rock frappe un grand coup dans  le milieu hip hop de 2012, certainement le plus fort. Totalement auto-produit et entouré de quelques guests très intéressants comme Hanni El Khatib ou Rob Sonic, "Skelethon" ne fait finalement que confirmer l'étoffe de compositeur de Ian Mathias Bavitz. Les productions ont une véritable épaisseur et ne sont pas juste là pour servir son flow. Sa voix n'a pas changée mais sur quelques pistes, une légère mutation s'est opérée et ses flows sont alors plus mélodiques. Le débit reste toujours aussi rapide et tranchant quand il le faut. Inutile de tourner autour du pot, il n'y a rien à jeter dans "Skelethon", les morceaux ne faiblissent jamais et en plongeant dans cet univers on est tout de suite saisi par la qualité et l'évidence d'écouter un grand disque. "zzz-top", "1'000 o'clock", "Cycles to gehenna", etc.. Il n'y a de toute façon que des bombes et je dis cela bien évidemment sans indulgence. J’arrête là-dessus cette chronique qui manque assurément d'objectivité mais quand on aime .... Quel talent ! Aesop Rock est un grand !

Aesop Rock - Skelethon - Rhymesayers - 2012

Akua Naru « Live & Aflame Sessions »

« The Journey Aflame » sorti l'an dernier était déjà plein de promesses et on sentait bien qu'Akua Naru, jeune américaine d'origine ghanéenne installée à Cologne en Allemagne, avait un certain talent. Malgré tout il manquait parfois d'un peu de peps. Du coup ce « Live & Aflame Sessions » constitué de ré-enregistrements de son premier album est le bienvenu puisqu'il ne fait que magnifier ses morceaux. Cette session d’enregistrement avec son groupe DIGFLO et une section de cuivres en fusion, déborde d'énergie et de groove. L'enchainement « The Backflip: Reflipped », son intro à la Rage Against The Machine, le flow acéré d'Akua, et les cuivres qui rappelle Blitz The Ambassador, « Nag Champa Gold » plus jazz/soul et son sample du « Feeling good » de Nina Simone, suivi de La pépite « Tales Of (Wo)men », sa flute psyché, ses arpèges de guitare à l'africaine, et son explosion de cuivres funky, est un pure délice ! Assurément le voyage d'Akua Naru ne fait que commencer car avec un tel talent et tellement bien accompagnée, il risque de la mener très très loin !

Akua Naru - Live & Aflame Sessions - 2012 - Jakarta Records

L'album est en écoute en intégralité sur le bandcamp et  accompagné d'une série de vidéos de la session avec ici « Tales Of (Wo)Men » :

Alt-J (∆) "An awesome wave"

Originaires de Leeds, les jeunes membres de Alt-j risquent de frapper un grand coup dans le paysage musical de 2012. Après leur single "Matilda/Fitzpleasure" sorti en début d'année, c'est avec beaucoup d'impatience que l'on attendait "An awesome wave" et savoir si les espoirs fondés sur ce groupe allaient se transformer dans le long format. A l'écoute de l'album on est tout suite frappé par l' ambition, la maitrise et le talent de ces gaillards. Ce disque est d'une extrême beauté, Alt-j réussit son passage à l'album haut la main, entre math-rock, pop, folk, hip-hop et quelques incursions electro, le quatuor déploie un savant mélange de timbres d'une sensibilité étonnante. La voix de Joe Newman se déploie avec facilité sur ces ambiances, il  module ses intensités à travers les titres, l'ensemble prend alors une toute autre dimension qui l'envoie chatouiller les grands classiques pop-rock anglais. Les références paraissent multiples mais il se dégage une vraie profondeur et fraicheur dans cette musique qui devient dès la première écoute addictive. "Breezeblocks", "Tessellate" sont irrésistibles et le reste est aussi au niveau. Fascinantes de bout en bout les atmosphères se laissent porter par les cordes et les claviers/piano qui trouvent un équilibre parfait, la basse et la batterie entretiennent sur certains titres un groove sans en mettre plein la vue mais avec suffisamment d'impact pour que les morceaux gardent toujours une belle dynamique. Par moments, quelques nappes électro  font basculer certains titres dans de légères ambiances psychédéliques bien agréables. Alors "An awesome wave" petit chef-d’œuvre ? Certainement.

Alt-j - an awesome wave - infectious - 2012