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Benjamin Clementine « At least for now »

Benjamin Clémentine avait scotché le public de l'Air Libre lors de sa résidence aux Transmusicales de Rennes 2013 : une voix hors du commun, un charisme naturel, une sensibilité à fleur de peau, assorti d'une mise en scène minutieuse et remarquable. Il n'avait alors, à son actif, qu'un simple EP de 3 titres avec notamment le magnifique « Conerstone ». La presse et les critiques sont dithyrambiques et l'on a vite fait de le comparer à des géants de la soul comme Gil Scott-Heron ou Terry Callier. Benjamin Clementine est originaire du Nord de Londres et s'est installé à Paris il y a quelques années. Il y a d’abord zoné un peu, avant de réellement se lancer dans la musique : Au début, il joue dans le métro et les bistrots, devant un public pas toujours à l'écoute, mais il y trouve une liberté totale. C'est seulement depuis l'an dernier, qu'il parcourt les scènes hexagonales. « At Least for Now », son premier album, confirme le talent du chanteur britannique. Accompagné de son piano et de cordes discrètes, Benjamin Clementine interprète ses chansons avec une puissance qui ne saurait masquer sa fragilité. On songe à Nina Simone, une Nina Simone au masculin. Et comme avec la diva américaine du jazz et de la soul, des frissons nous parcourent l'échine à son écoute.

Benjamin Clementine - At least for now - Barclay - 2015


The Buttshakers "Night Shift"

Nés au début de l’année 2007 dans la région lyonnaise, les Buttshakers nous livrent "Night Shift", 12 titres de soul endiablée, enregistrés en janvier 2014 à Hambourg et produits par Youz Prod / Harmonia Mundi. La formation se situe sur le créneau soul-funk vintage comme les groupes espagnols The Excitements ou The Sweet Vandals, bien que les guitares sonnent parfois plus rock.
A travers ce second album, les Buttshakers continuent de creuser les sillons du rythm’n blues et d’une soul music chaude et rageuse, le tout pimenté de l’énergie du rock.
C'est un savant dosage entre une section de cuivres machiavélique, une guitare débordante et un tempo souvent furibard. Le tout est emmené par la voix envoûtante et l’énergie de la charismatique Ciara Thompson, chanteuse débarquée de Saint-louis (Missouri). Bien que sans grande originalité, cet album est une petite bombe soul made in France qui pourrait bien enflammer votre dancefloor ou votre salle de concert préférée !

The buttshakers - Night Shift - 2014 - Youz Prod / Harmonia Mundi

 

Nick Waterhouse « Holly »

Avec « Holly » son deuxième album après « Time's all gone » en 2012, le Californien Nick Waterhouse nous propose une véritable réjouissance musicale. Du rythm'n'blues aux relents de rock'n'roll délicieusement rétro. Tout ici est vintage : les claviers, la sonorité de la gratte, les cuivres et plus particulièrement les solos de sax, les chœurs féminins, et même le chant de Nick Waterhouse où l'on entend l'influence de Van Morrisson. On baigne dans une ambiance des années 50 et on pense un peu à Black Joe Lewis, pour le côté revival psyché, mais ici c'est tout de même moins pêchu, moins rock'n'roll, vraiment bien plus rythm'n'blues. Mais qu'est-ce que ça groove ! Écoutez « Holly », au bureau ou à la maison, au casque ou sur des enceintes gigantesques, en voyage ou à la plage, et vous allez vous faire surprendre par une folle envie de danser... Et ne vous en privez surtout pas ! La musique de Nick WaterHouse est loin d'être neuve mais elle est réalisée avec tellement de fraîcheur qu'on se laisse prendre sans aucune résistance et avec beaucoup de plaisir. Et même quand il explore un autre style comme avec « Well it's fine » et son côté jazzy à la Ernest Ranglin, il nous emporte aussi. Merci Beaucoup Monsieur !

Nick Waterhouse - Holly - Innovative Leisure - 2014



Myron & E with The Soul Investigators « Broadway »

On connaissait The Soul Investigators, groupe finlandais au groove imparable, découvert comme back band de l'Américaine Nicole Willis. Par contre, il faut bien avouer qu'on ne savait rien de Myron & E, duo de Los Angeles, composé de Myron Glasper, un ex-espoir de football américain, ancien danseur professionnel, et Eric Cooke, un ex DJ. Ces deux là devenus choristes, se sont rencontrés lors d'une tournée avec Blackalicious.
Mais comment ces deux chanteurs américains ont bien pu s'acoquiner avec ce super groupe finlandais ? Par l'entremise de Nicole Willis peut-être ? Et bien non, pas du tout ! C'est lors d'une tournée en Europe que E s'est retrouvé par hasard à jammer avec ces musiciens. C'est le début de l'histoire. Ensuite grâce à des échanges transatlantiques de démos et de vidéos YouTube, le projet a commencé à prendre forme. Il en résulte aujourd'hui un album de Soul à l’ancienne, vraiment vintage, avec un côté très love et hyper-sucré : des claviers qui groovent, des cordes qui pleurent, une guitare funky et des cuivres pleins de peps.
Cet album est un véritable hommage à la soul des 60's et des 70's. Une époque où les duos étaient pourtant rares, même si l'on se souvient de Sam & Dave. Les artistes solos étaient  bien plus nombreux, on pense à Marvin Gaye et Sam Cooke, et les groupes tout autant avec The Impressions, The Four Tops, et The Temptations. Le duo est donc une formule originale mais qui fonctionne ici à merveille. On tient là une véritable pépite old-school. Le son le plus moderne étant un titre disco, idéal pour ressortir la boule à facette et le costume à paillettes en vogue à la fin des seventies. Let's dance !

Myron & E with The Soul Investigators - Broadway - Stones Throw - 2013



Sharon Jones and the Dap-Kings - Give the People What They Want


Et oui, Sharon Jones is back ! Et pourtant l'an dernier la diva soul nous a fait une grosse frayeur en nous annonçant un putain de cancer diagnostiqué par les médecins. Finalement tout semble aller bien mieux puisqu'on la retrouve aujourd'hui au sommet de son art. Sa voix est toujours aussi puissante et sa soul toujours authentique. Sharon Jones est une figure de proue de Daptone Records, et à l'instar d'un autre membre du label, Mister Charles Bradley, qui fut cuisiner dans le passé, elle à, elle aussi, connu un autre vie, puisqu'elle fut surveillante pénitentiaire et convoyeuse de fonds avant de commencer sa carrière artistique en 1996. Ce n'est qu'en 2002, qu'elle connaît son premier succès avec "Dap Dippin' with Sharon Jones and The Dap-Kings", un succès qu'elle apprécie donc aujourd'hui à sa juste valeur. « Give the People What They Want » est un album de soul à l'ancienne, hors du temps et d'une quelconque mode, et sur lequel plane véritablement les fantômes de la Motown ! On y retrouve aussi bien des ballade rythm'n'blues que du funk hyper torride. Et comme le suggère le titre de l'album, on espère bien que l'artiste américaine va continuer de nous donner ce qu'on veut, c'est à dire une soul toujours aussi classieuse, pendant de nombreuses années. Longue vie Madame Sharon Jones !

Sharon Jones and the Dap-Kings - Give the People What They Want - Daptone Records – 2014



Willis Earl Beal « Nobody Knows »

On l'avait remarqué l'an dernier avec « Acousmatic Sorcery », un bricolage d'idées passionnant même si pas toujours abouti. Willis Earl Beal revient avec « Nobody Knows », son véritable premier album, une voix toujours aussi puissante et habitée, une musique pleine de tensions, un certain minimalisme, et un charisme hors du commun. Le début de l'album est relativement « classique », à l'image de son duo de soul à l'ancienne avec Chan Marshall aka Cat Power (« Coming Through »). Finalement l'album prend sa véritable dimension lorsque l'artiste de Chicago laisse parler sa folie naturelle. « Je parviens à canaliser toute cette folie pour la transformer en quelque chose de magique ; ça tient presque de la sorcellerie » dit-il sur Gonzaï. Une sorcellerie qui nous file des frissons comme sur « Too Dry to Cry », ses arpèges de guitare, son tambour, ses claquements de mains, et une voix qui sort des tréfonds de son âme. Avec Willis Earl Beal, On ne sait jamais si on va plonger en enfer (« Ain't Got No Love ») ou s'envoler pour le paradis (« Blue Escape ») et « Nobody knows », peut-être même pas lui ! 

Willis Earl Beal - Nobody Knows - XL Recordings - 2013


Elvis Costello & The Roots « Wise Up Ghost »

Quelle surprise de retrouver l'auteur/compositeur/interprète british, en compagnie du célèbre crew hip-hop de Philadelphie. Elvis Costello s'est fait connaître comme chanteur punk et new wave à la fin des années 70, semant au passage quelques tubes comme « (I don't want to go to) Chelsea ». Au cours des années 80-90/2000, il s'attaque à des genres aussi variés que la soul, la country, le ska, la musique classique, le jazz et en profite pour collaborer avec de nombreux artistes comme The Pogues, Paul McCartney, Diana Krall ou encore le Royal Danish Opera.
Il n'est donc pas si surprenant de le retrouver aujourd'hui aux côté de The Roots, un groupe, qui multiplie aussi les collaborations avec entre-autres Erykah Badu, D'Angelo, Guru, Cody Chesnutt ou encore Mos Def en 2009. La collaboration s'avère encore moins surprenante lorsqu'on sait que The Roots et Elvis Costello avaient déjà collaboré en 2009, à l'occasion du « Late Night with Jimmy Fallon », une émission de la chaîne américaine NBC, animée musicalement par The Roots. Finalement, la véritable surprise de cet album est de si bien combiner la voix et les lyrics du Sieur Costello avec la touche rythmique contemporaine de The Roots. Il faut dire que l'ensemble ne sonne pas vraiment hip-hop (mais où est passé Black Thought et son flow légendaire) mais plutôt soul, une soul qui se fait parfois très actuelle comme sur « Stick Out Your Tongue » que n’aurait certainement pas renié un certain D'Angelo...

Elvis Costello and the Roots - Wise Up Ghost - Blue Note records - 2013

Black Joe Lewis « Electric slave »

Black Joe Lewis est un véritable punk et il le fait entendre dès le premier morceau « Skulldiggin » de son nouvel album « Electric slave ». Des guitares saturées plein d'effets pour un blues punk qui nous écorche les oreilles. C'est du lourd et c'est tellement bon ! Black Joe Lewis on l'avait découvert en 2009 avec « Tell' Em What Your Name Is » qu'on décrivait déjà comme « jouissif et hautement addictif ». Le deuxième album « Scandalous » n'avait rien gâté, alternant blues à l'ancienne, blues plus actuel, funk et punk. Cette fois la bande de Texans nous balance une véritable bombe électrique qui nous laisse que peu de répit. Du rockabilly à la manière de The Cramps sur « Young Girls », un chant à la Lou Reed période Velvet underground sur « My Blood Ain't Runnin' Right », ou encore une intro façon Aerosmith sur « Der Es Salaam ». Toute la gamme du rock'n roll y passe. Et pourtant Black Joe Lewis ne délaisse pas pour autant ses cuivres chéris. Ils accompagnent souvent ses brûlots rock, mais se taillent aussi parfois la part du lion sur de véritables morceau bluesy ou sur des titres carrément funky à l'image de « Come to my party ». Cet album se révèle une véritable déflagration électrique qu'on prend en pleine face !

Black Joe Lewis - Electric slave - Vagrant Records - 2013


The Child Of Lov "/"

Cole Williams alias The Child of Lov sort un premier album enregistré à Londres dans les studios de Damon Albarn. Un album de soul très actuelle, extrêmement sensuelle, qui se place d'emblée dans la lignée du « Voodoo » de D'Angelo sorti en l'an 2000, autrement dit il y a un siècle déjà ! Le jeune Hollandais fait tout tout seul, il joue de la guitare, il produit ses morceaux, il chante, tout ça avec une personnalité qui en impose. Tout du long de l'album, l'ombre de Prince et son sens du groove est omniprésente, mais il y a aussi du Sly & the Family Stone dans l'énergie qu'il déploie, comme sur « Heal ». Cole Williams aime ses classiques et ça s'entend, mais il ne se contente pas de rendre hommage à la musique du passé, comme il le prouve avec « One Day » du hip-hop sombre à la GhostPoet, ou en invitant le rappeur Doom sur l'excellent « Owl », de la folie douce et enfumée avec une touche de cordes orientales. En plus il sait aussi inventer des tubes pop comme « Fly » un peu à la manière de Gnarls Barkley. Ce disque est une véritable bombe.

The Child Of Lov - The Child Of Lov - Double Six Records - 2013

Charles Bradley « Victim of love »

Après une vie parsemée de difficultés (il a longtemps été cuisinier avant de faire la tournée des clubs de Brooklyn en chantant le répertoire de James Brown) et de drame (comme l'assassinat de son frère), Charles Bradley a enregistré, il y a deux ans et a plus de 60 berges, son premier album « No Time For Dreaming » avec le Menahan Street Band. Un véritable succès et une reconnaissance internationale plus que méritée. Il revient avec « Victim of love » toujours aussi habité et désenchanté même si moins désespéré. Il chante l'amour, parfois avec une effusion de cuivres (« You put the flame on it »), d’autres fois avec une simple guitare  (« Victim of Love ») mais l'émotion transpire toujours. Il est bien dans la lignée des plus grands comme Otis Redding ou James Brown et avec Thomas Brennecke aux manettes la musique est toujours aussi fine et toujours extrêmement  groovy. Les solos de guitares électriques se font bien présents comme sur le très psyché « Confusion », bourré d'effets vintages où l'influence des Temptations est omniprésente. Charles Bradley chante l'amour comme personne, il crie des larmes, il chante sa vie et c'est tellement bon !

Charles Bradley - Victim of love - Dunham Records - 2013

L'album en écoute sur SoundCloud

José James « No Beginning no end »

Après « The Dreamer » en 2008, et « Blackmagic » en 2010 sur le label de Gilles Peterson, le nouveau prodige de la soul signe « No Beginning no end » sur le légendaire label Blue Note. Un album qui fait le lien entre Steevie Wonder et D'Angelo sans jamais se laisser confiner dans un genre. Normal pour cet artiste de Minneapolis élevé autant au jazz qu'à la soul et au hip-hop et amoureux de Coltrane comme de Marvin Gaye. Ainsi après « It's All Over Your Body », une ouverture soul moderne toute en délicatesse, José James change d'univers et de continent avec « Sword + Gun » où il se laisse porter par les percussions gnawa et la voix de la franco-marocaine Hindi Zahra. Sur « Come to My Door » et « Heaven On the Ground » on tend vers du folk mélancolique à la manière d'Antony & the Johnsons pour le premier ou de l'illustre Nick Drake pour le second, en duo avec Emily King. Un album tout en délicatesse et qui ne manque pas de finesse.

José James - No Beginning no end - Blue Note - 2013


Cody Chesnutt « Landing on a hundred »

ça faisait dix ans qu'il avait disparu Cody Chesnutt, dix ans depuis «  The Headphone Masterpiece », dix ans depuis son duo avec The Roots sur l'éternelle « Seeds (2,0) », dix ans... Au point qu'on avait presque fini par l'oublier le Cody, malgré une apparition dans le génial documentaire « Block party » de Dave Chapelle en 2005. Et son retour est une bien belle surprise. « Landing on a hundred » sonne comme un classique soul de Marvin Gay avec la voix de Steevie Wonder et la touche contemporaine de The Roots. C'est vraiment très très classe ! Avec les cuivres punchys d'« I've Been There », le plus jazzy « Don't Follow Me », le très sixties « Everybody's Brother », ou encore les énergiques « Under the Spell of the Handout » et « Don't Wanna Go the Other Way », cet album recèle de nombreuses bombes. Il fait bien de porter le casque militaire (rouge/jaune/vert tout de même) le Cody, parce qu'on sait être patient et qu'on l'attend déjà dans dix ans !

Cody Chesnutt - Landing on a hundred - 2012 - Vibration Vineyard


Menahan Street Band « The Crossing »

Après un « Make the road by walking » où « Superfly croisait Rocky », qu'on avait classé parmi nos meilleurs albums de l'année 2009, et qui a fait le bonheur de nombreux rappeurs tels que Jay-Z sur « Roc Boys (and the Winner is…) » ou Curren$y sur « Flying Iron », le Menahan Street Band revient avec son deuxième album. Ce groupe composé de membres du Budos Band, d'El Michels Affair, d'Antibalas, et des Dap Kings (rien que ça !), est aussi celui qu'on retrouve derrière les magnifiques crooners, Charles Bradley et Lee Fields. Avec le MSB, c'est du 100% instrumental d'où l'intérêt porté par les rappeurs, mais le groupe ne se contente pas de brasser ses influences funk, soul ou afrobeat, bien au contraire. Cet album ressemble bien plus à une bande originale de film, piochant subtilement chez les maitres du genre que sont Ennio Morricone, Nino Rota ou Lalo Schiffrin, ou encore chez les plus contemporains que sont le Wu-Tang, de « Ghost Dog », voir Neil Young du « Dead Man » et Ry Cooder du « Paris Texas »  de Jim Jarmusch. Et que l'atmosphère soit très love, comme sur « Keep Coming Back » ou bien plus mystérieuse comme sur « Sleight of Hand », ça groove en continue et en cinémascope s'il vous plait !

Menahan Street Band - The Crossing - Daptone Records - 2012


The Souljazz Orchestra « Solidarity »

La cover du nouvel album de The Souljazz Orchetsra avec un flambeau soutenu par 3 mains, une noire, une rouge, une jaune, illustre joliment son titre : « Solidarity, Solidarité, Solidiridad, Solidariedade, تضامن ». Une solidarité universelle qui s'accorde avec la musique du groupe canadien qui dépasse largement les frontières de l'afrobeat. Ils l'avaient déjà prouvé avec « Manifesto » en 2008 et « Rising Sun » en 2010 (leur 1er album chez Strut Records) en y ajoutant quelques touches d'ethiojazz. Cette fois ils intègrent à leur afro-funk habituel, du reggae, avec le tubesque « Jericho » digne du meilleur Burnin Spear, et « Kingpin » avec le Canadien d'origine jamaïcaine Slim Moore. Ils lorgnent aussi du côté du Brésil avec Rômmel Teixeira Ribeiro sur « Cartão Postal », qui nous promène au cœur du carnaval de Rio, ou du latin-groove voir du latin-rock avec « Ya Basta » qu'on croirait sorti de chez Fania Records. Et quelque soit le style musical, ça sonne toujours très brut avec une énergie incroyable. L'album se termine en douceur avec le « Nijaay » de l'Orchestra Baobab, pour un final magnifique.

The Souljazz Orchestra - Solidarity - Strut Records - 2012




Kelan Philip Cohran & The Hypnotic Brass Ensemble

Kelan Phil Cohran est un vieux bonhomme originaire du Mississippi, qui a consacré une bonne partie de sa vie à l'enseignement de la musique dans les écoles comme dans les prisons. Mais avant de se faire oublié du monde des studios, il a joué avec le Arkestra de Sun Ra (à la fin des années 50), et enregistré avec The Artistic Heritage Ensemble (au début des années 60). Il a aussi consacré son temps à sa famille, une famille tellement nombreuse que huit de ses enfants constituent aujourd'hui The Hypnotic Brass Ensemble. Tous initiés à la musique par le jazz à papa, ils se sont ensuite abreuvé de hip-hop à l’adolescence avec NWA, Public Enemy, ou encore Ice Cube. Après plus de vingt ans d'existence (ça s'entend dans la maîtrise), ils ont enregistré leur premier album en 2009 avec notamment « Alyo », une composition de leur père (déjà!). Pour leur deuxième album, ils ont eu l'idée (de génie !) de ramener leur vieux père de 85 ans en studio d'enregistrement. Le résultat est phénoménal. Ça déroule, ça grooove... C'est puissant (oh ce sousaphone !) sans jamais manqué de subtilité et de mélodie ! Cet album est sorti avant l'été et continue de tourner encore et encore !

Kelan Philip Cohran & The Hypnotic Brass Ensemble - Kelan Philip Cohran & The Hypnotic Brass Ensemble - Honest Jon's Records - 2012






Akua Naru « Live & Aflame Sessions »

« The Journey Aflame » sorti l'an dernier était déjà plein de promesses et on sentait bien qu'Akua Naru, jeune américaine d'origine ghanéenne installée à Cologne en Allemagne, avait un certain talent. Malgré tout il manquait parfois d'un peu de peps. Du coup ce « Live & Aflame Sessions » constitué de ré-enregistrements de son premier album est le bienvenu puisqu'il ne fait que magnifier ses morceaux. Cette session d’enregistrement avec son groupe DIGFLO et une section de cuivres en fusion, déborde d'énergie et de groove. L'enchainement « The Backflip: Reflipped », son intro à la Rage Against The Machine, le flow acéré d'Akua, et les cuivres qui rappelle Blitz The Ambassador, « Nag Champa Gold » plus jazz/soul et son sample du « Feeling good » de Nina Simone, suivi de La pépite « Tales Of (Wo)men », sa flute psyché, ses arpèges de guitare à l'africaine, et son explosion de cuivres funky, est un pure délice ! Assurément le voyage d'Akua Naru ne fait que commencer car avec un tel talent et tellement bien accompagnée, il risque de la mener très très loin !

Akua Naru - Live & Aflame Sessions - 2012 - Jakarta Records

L'album est en écoute en intégralité sur le bandcamp et  accompagné d'une série de vidéos de la session avec ici « Tales Of (Wo)Men » :

The Soul Rebels Brass Band « Unlock Your Mind »

Les amateurs de la série « Treme » vont certainement se régaler de cette première véritable sortie du groupe de la Nouvelle Orleans. Avec un répertoire destiné au live et une réputation qui n'est plus à faire avec un rythme de 250 concerts par an, la bande des huit balance sa mixture de jazz-funk en y apportant une véritable fraicheur faite de touches reggae, hip-hop et rock. Mais sa principale force réside dans la présence de voix sur la plupart des titres, parfois rappés comme sur « I Made It », d'autre fois chantés comme sur « Unlock your mind », reprise funky du classique reggae de Staple Singers avec Cyril Neville au chant, celui-là même qui avait baptisé la bande The Soul Rebels à ses débuts. On découvre d'autres reprises comme « Sweet Dreams », le célèbre tube 80's d'Eurythmics en version hyper funky, et « Living for the city » de Stevie Wonder, moins surprenant, mais tout aussi bon. De bien bonnes vibrations ! Laissez-vous porter par le rythme du sousaphone et entrainer au côté de la seconde ligne dans les rues de la Nouvelle Orleans.

The Soul Rebels Brass Band - Unlock Your Mind - Rounder Records - 2012



The Funkees "Dancing Time - The Best Of Eastern Nigeria's Afro Rock Exponents 1973-77"

Soundway Records nous a habitué depuis quelques années à des rééditions plus que recommandables de musique nigériane des années 70 avec notamment la série Nigeria Special. Cette fois c'est The Funkees qui a tous les honneurs avec une sélection issue de leurs 45 tours et de leurs deux albums (« Point of No Return » sorti en 1974, et « Now I’m A Man »sorti en 1977). Et c'est de la pure balle, du feu pour les dancefloors, à caler entre un bon vieux Meters tout moite et une bombe funky de War, à qui ils empruntent d'ailleurs « Slipping Into Darkness ». À l'écoute de joyaux comme « Akula Owu Onyeara » son clavier et sa guitare funkys et ses chœurs africains, ou « Dance With Me », hymne quasi-disco, on se demande d'ailleurs comment on a pu passer à côté d'un tel groupe, surtout qu'on les avait déjà entendu sur la compilation « Nigeria 70 » de Strut Records. Quoi qu'il en soit, il n'est jamais trop tard pour danser !

The Funkees - Dancing Time, The Best Of Eastern Nigeria's Afro Rock Exponents 1973-77 - 2012 - SoundWay Records

Nick Waterhouse "Time's all gone"

Si l'on vous parle de rhythm & blues façon rétro, avec le nouveau Ray Charles qui pointe le bout de son nez, vous allez me dire qu'on vous en sert 10 comme ça par an et vous aurez certainement envie de fuir. Mais si l'on vous dit que Nick Waterhouse a signé sur Innovative Leisure (le label du génial Hanni El Khatib), que le son totalement analogique de l'album claque franchement, que ça swingue méchamment et que l'ensemble n'a quasi aucun temps mort, cela vaut quand même le coup de s'arrêter dessus. Nick Waterhouse semble promis à un avenir radieux, "Time's all gone" enfile les tubes à la chaine avec une efficacité remarquable. On le suit volontiers dans certains titres prêts à cramer les dancefloors. Les cuivres donnent beaucoup de couleurs à la production et les riffs de guitares sont tendus. L' ensemble est en plus très accessible, les titres sont courts et c'est à partir de là qu'on se dit que ce disque peut réellement devenir le phénomène "vintage" de l'été et inonder nos radios à en vomir. A ce moment là, on pourra toujours revenir sur les classiques du genre. En attendant "Time's all gone" s'écoute avec un réel plaisir. Et si sa musique n'est pas pour le moment indispensable, Nick Waterhouse reste une affaire à suivre.

Nick Waterhouse - Time's all gone - Innovative leisure - 2012

 

Sandra Nkaké "Nothing For Granted"

Sur « Mansaadi », son 1er album, Sandra Nkaké s'était  fait remarqué avec une reprise très personnelle et très soul de « La Mauvaise Réputation » de G. Brassens. Avec son 2ème album, elle a encore élargit son spectre musicale avec de la soul, du funk et de la pop, tout en s'autorisant quelques incartades vers le rock, le jazz, et le reggae. Ce nouvel album est d'une maîtrise bluffante, même si le son gagnerait parfois a être plus sale, avec une artiste qui porte véritablement son album a bout de voix ! Une voix puissante et charismatique qui nous amène où elle veut sans pour autant tourner à la démonstration technique, un peu à la manière d'une certaine Nina Simone, excusez du peu ! « Like a Buffalo » pour son énergie rock, et « Mankind », hymne à la liberté entre reggae et rock, sont deux véritables tubes au milieu de titres parfois beaucoup plus smooth, façon Sade comme « Nothing For Granted », ou Nostalgia 77 sur « I always the same ». Du travail de pro qui réussit à nous séduire et une artiste qui a vraiment tout d'une grande, d'une très grande !

Sandra Nkaké - Nothing for granted -  Jazz Village - 2012