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Mansfield Tya « Corpo Inferno »

À l'occasion de la sortie de l'album « Nyx » en 2012, on disait ceci de Mansfield Tya : « Le mal-être est parfois évident mais on ne se sent pas pour autant mal à l'aise. Bien au contraire puisqu'on en redemande ». Alors aujourd'hui que sort leur 4ème album, composé comme à leur habitude dans leur maison près de Nantes, nul besoin de nous prier pour les rejoindre faire la fête à en crever. Mansfield Tya est composé de deux artistes au féminin, un brin cinglées : Carla Pallone & Julia Lanoë. Elles nous emportent dans leur univers envoûtant, enfantin parfois, sombre souvent, intrigant toujours. On est porté par les cordes des violons, par des voix et des mélodies. Certains morceaux sont carrément sombre, comme le très glauque « Palais noir » et son effrayant brouillard. Mais la force de Mansfield Tya c'est l'alternance entre ombre et lumières, entre douceur et froideur. Pour enrichir leur propos, les Manfield Tya font souvent référence à la littérature, de Victor Hugo à Proust. Et leur « Dictionnaire Larousse » est une magnifique plongée parmi des mots choisis comme une mise en abyme d’écriture de chanson. « Il y a là de quoi passer une vie entre Amour et Zoophilie ».

Mansfield Tya - Corpo Inferno - 2015 - Vicious Circle

CocoRosie « Heartache City »

Cocorosie est un duo américain qui existe depuis bientôt 15 ans, autant vous dire une éternité dans le paysage musical actuel. Et depuis leurs débuts, Bianca et Sierra Casidy n'ont jamais cessé d'expérimenter des choses, plus ou moins réussies d'ailleurs. Car il faut bien admettre que leurs dernières sorties n'avaient pas été des plus convaincantes, avec une espèce de tentatives psycho/électro un peu indigeste. Mais cette fois, « Beso », un titre lâché sur le net, il y a quelques semaines avant la sortie de ce nouvel album était une mise en bouche particulièrement réjouissante. Alors quelle belle surprise de voir les sœurs Casidy revenir aux recettes de leurs débuts pour ce sixième album. Enregistré dans leur ferme du sud de la France avec un minimum de matériel, on y retrouve tout ce qui faisait le charme de leur premier album « La maison de mon rêve » : un bricolage sonore pleins de poésies avec des bruits de casseroles, des xylophones enfantins, des flûtes, des craquements, un vent qui souffle et des mélodies planantes. CocoRosie reste un groupe complètement inclassable, malgré un style bien identifiable. C'est comme une pop irrationnel, une musique faite de rêves, de folies et d'acrobaties. On est toujours sur un fil à une hauteur vertigineuse, pas loin des nuages, à la limite du déséquilibre. Le titre « Heartache City » en est le parfait reflet avec ses claquements de mains, ses lentes notes de piano et cette surprenante trompette.

CocoRosie - Heartache City - 2015


Diabologum "#3"

♯3 est le dernier disque de Diabologum sorti en 1996. La réédition de cet album culte en début d'année tombe à point. En effet, entre Fauve, Grand Blanc, Feu! Chatterton et autres paroliers des temps « modernes », cela fait du bien de réécouter Diabologum. Les toulousains Michel Cloup et Arnaud Michniak étaient alors les piliers de cette formation qui a construit un style bien particulier et qui prendra toute son ampleur dans ce troisième disque, #3, entre hargne et désespoir.
Les morceaux au son rock noisy et aux influences grunge absorbent les sonorités hip-hop et les résidus de pop. Les paroles sont plaquées sur des guitares rugissantes, et pourtant au combien mélodiques, comme des poèmes criés à la gueule du monde. Les mots sont alors d’une grande puissance, plein d’éclats et de tristesses larvées. Un disque brut mais qui va bien au-delà du consensus mou, il y a de la révolte dans #3. Des paroles dérangeantes et cyniques. Comme le note Sophian Fanen dans Libération : « C’est un album tout sauf didactique, tout sauf frontal dans son propos autant gorgé d’amour que de détestation, qui raconte en creux ce moment diffus où, à la fin des années 90, une génération s’est rendu compte que malgré ses efforts pour faire partie de la société occidentale plombée qu’on lui proposait, malgré les études et les envies, elle n’aurait pas sa place à moins de prendre le maquis
»... Un album essentiel aux regards des temps mouvementés, un disque à réécouter ou à découvrir sans attendre.

Diabologum - #3 - Ici d'ailleurs - 1996 (réédition 2015)



Why? "Mumps, etc"

Why? fait partie de ces groupes sur lesquels on ne peut s'empêcher de s'arrêter et être certain de trouver au minimum deux ou trois morceaux imparables à chaque sortie. Malgré un fort potentiel "Eskimo snow", le précédent album, ne tenait pas entièrement toutes ses promesses. Suffisamment tout de même pour espérer faire une nouvelle bonne pêche dans ce "Mumps, etc". Avec une approche toujours aussi mélodique ainsi qu'une production impeccable, Why? touche au but. On se trouve devant un disque des plus attachants. Pas besoin cette fois-ci de faire un tri, la réussite est éclatante. Le plaisir est immédiat et ne redescend pas, en partie grâce à une habile alternance de morceaux pop et de productions plus hip hop. Si l'ensemble est majoritairement chanté, "Waterlines", "Paper hearts" ou "White english" viennent nous rappeler que l'on est chez Anticon. Beaucoup de cordes, quelques cuivres, des claviers, des chœurs et du talent à revendre, "Mumps, etc" est un album inspiré, fourmillant de bonnes idées et surtout de belles chansons où il fait bon s' abandonner. Bon, très bon cru.

Why ? - Mumps, etc - Anticon - 2012

Neneh Cherry & The Thing « The Cherry Thing »

« The Cherry Thing » n'est pas le nouvel album solo de Neneh Cherry, actuellement en préparation, mais le fruit d'une collaboration avec The Thing, trio scandinave de free jazz. Une connexion naturelle parce que la chanteuse est moitié Suédoise par sa mère et que son père Don, est tout simplement l'inspirateur du groupe qui tire son nom d'un de ses titres. Tellement naturelle que l'enregistrement n'a duré que quatre jours. C'est déjà énorme pour des musiciens rompus aux improvisations et aux "one shot", mais ça peut sembler bien peu pour une artiste comme Neneh, plus habituée aux productions bien léchées de la pop ou du trip-hop. Mais elle s'en accommode très bien, en utilisant sa voix comme un instrument, et donnant une tonalité vraiment pop à l'ensemble. L'album constitué principalement de reprises (« Dream Baby Dream » de Suicide, « Accordian » de Madvillain, « Dirt » des Stooges, «  Golden Heart » de Don Cherry justement, ou encore «  Too Tough To Die » de Martina Topley Bird  ) est bourré d'énergie et la base rythmique laisse au sax le soin de partir en vrille, ce qu'il fait plutôt pas mal d'ailleurs. Une véritable bouffée de liberté jamais bien loin du chaos.

Neneh Cherry & The Thing - The Cherry Thing - Small Town Super Sound - 2012





En bonus, le « Dream Baby Dream » revisité par Four Tet :


Delicate Steve "Wondervisions"

"wondervisions" a parait-il été fabriqué en un mois dans une chambre du New Jersey transformé pour le coup en vrai home studio. Steve Marion aurait joué lui même d'une quarantaine d'instruments dont certains à peine maitrisés. Si le buzz est beau et mérite qu'on y croit c'est parce que ce jeune architecte a réussi à se créer un véritable petit univers foisonnant de fraicheur et séduisant à plus d'un titre. Le disque n'a d'ailleurs pas laissé indifférent David Byrne qui l'a donc réédité sur son label Luaka bop. Si certains albums de bricolages sonores comme celui-ci sont sans saveurs ou deviennent très vite irritants, ici ça fourmille de véritables bonnes idées et le fait que par moments on a le sentiment que la production n'est pas totalement maitrisée donne encore plus de charme à l'album. Le sens de la mélodie de Delicate Steve se révèle assez impressionnant et des titres comme "Butterfly", "Flyin' high" ou "Sugar slash" (avec ses petits riffs superbes vers 2'45) sont totalement irrésistibles. Les titres alternent entre ambiances électriques et plus acoustiques, montées électroniques ou synthés lorgnant légèrement du côté psyché. Il y a de belles nappes qui accompagnent des guitares saturées. L'ensemble a aussi un côté enfantin qui parait assumé. Subtil et attachant "Wondervisions" est un vrai petit régal pour nos portugaises.

delicate steve - wondervisions - luaka bop - 2011


Crystal Fighters "Star of love"

Voici un album aux influences multiples où tout le monde pourra y trouver des références en fouinant un peu. Alors on peu parler de tribal pop mais il y a aussi du folk, un peu de punk, pas mal d'électro et même du dubstep. Bref tous les ingrédients pour une mixture indigeste mais les Crystal Fighters s'en sortent plutôt bien. Alors un peu à l'image des The Go! Team, ils proposent un fourre-tout musical même s'ils en font un peu moins dans le côté bordélique, mais ils se posent là quand même. Bien que ça tire dans tous les sens, on se retrouve souvent devant des morceaux bien construits. Et si l'on n'est pas allergique à ce genre de fouillis musical, il y a des titres assez irrésistibles, "Xtatic Truth" avec sa petite montée acoustique suivie d'une grosse infra-basse (essayez aussi le remix de Last Japan ), "Swallow" et son mélange pop-dubstep, "Follow" ou encore "I do this every day" et son côté électro punk tribal. Il y aussi quelques pistes bien "gentilles" mais dans l'ensemble l'énergie l'emporte et on se demande même si le groupe n'était pas bien perché en produisant cet album. Crystal Fighters ne terminera certainement pas en tête dans les bilans de fin d'année et risque de lasser assez rapidement. Mais malgré quelques morceaux pas terribles, la musique de ces hippies excités est beaucoup plus riche qu'elle n'en a l'air.

Crystal Fighters - Star of love - Zirkulo - 2010

Massive Attack « Heligoland »

Au début des années 90, à une époque où les skeuds se vendaient encore en magasin, le moindre mouvement musical donnait naissance à une étiquette. Il fallait bien ranger les disques en rayon! C'est comme ça qu'est né le trip-hop, à la faveur de l'émergence de groupes, pour la plupart issus de Bristol, jouant un mélange de soul et de hip-hop, de new wave et de reggae. On prévoyait alors une vie éphémère à ce mouvement purement marketing et de nombreux groupes ont disparus. Mais le talent n'a pas besoin d'étiquettes et Portishead, Tricky et Massive Attack proposent, encore aujourd'hui de savoureux albums. Avec « Third », Portishead a sorti l’un des albums les plus marquant de l’année 2007, Tricky trace sa route avec plus ou moins de réussite, à l'image de sa récente rencontre avec South Rakkas Crew, et Massive Attack, 7 ans après « 100th Windows » et 19 ans après le désormais classique « Blue Lines » sort « Heligoland », son 5ème album. Avec des invités de premier choix comme Martina Topley-Bird, l’ex égérie de Tricky, ou encore le fidèle reggaeman Horace Andy, l'album tient plutôt bien la route malgré des transitions pas toujours très soignées. « Pray For Rain » est un morceau d’ouverture bien consistant en collaboration avec Tunde Adebimpe de TV On The Radio, et « Atlas Air » évolue en pur morceau électro sur plus de 7 minutes pour un final de toute beauté. Entre les deux « Splitting The Atom » nous ramène au début du groupe et « Paradise Circus » est un petit bijou pop avec la voix sensuelle de Hope Sandoval. Finalement, il ne manque peut-être qu'un gros single pour faire de cet album une réussite totale, mais même la collaboration avec Damon Albarn sur « Saturday Come Slow » ne donne pas le résultat escompté. Quoiqu'il en soit, le trip-hop n'a peut-être jamais existé mais Massive Attack est bel et bien en vie ! 

Massive Attack - Heligoland - Virgin - 2009

La vidéo ci-dessous de « Paradise Circus » est constituée d'une interview d'une vieille femme, Georgina Spelvin, ancienne star du porno racontant ses souvenirs de tournages, entrecoupée de scènes d'un film porno de 1973 "The Devil in Miss Jones". Éloignez les enfants!



tUnE-yArDs « BiRd-BrAiNs »

Cet album n'est pas un objet musical tout à fait comme les autres avec ses arpèges d'ukulélé, la voix très personnelle de la chanteuse, les nombreuses boucles et les quelques samples posés dessus. C'est original, un peu bordélique et parfois même à la limite de la cacophonie. Une pop-folk bruitiste qui comblera nombre d’esgourdes aventureuses au risque d'en déstabiliser certaines. Merrill Garbus, originaire de la Nouvelle Angleterre aux États-Unis, est capable de nous mener en transe avec ses chants chamaniques, comme sur « Hatari ». On pense à l'Argentine Juana Molina mais plus dans un style à la Coco Rosie. La rythmique est souvent faite de bric et de broc. Les boucles d’ukulélé sont accompagnées de samples de gamins qui jouent dans la rue ou du toussotement d'un autre. La voix féminine mue parfois pour devenir plus rauque et peut même virer en cri strident, étonnant voir dérangeant. Mais cette femme semble tellement habitée qu'on reste abasourdi et scotché par l'univers de tUnE-yArDs. Un univers bizarre, brut et enfantin, parfois anxiogène et déstabilisant qui nous fait partir en toupie en même temps que sa responsable.

Tune-Yards - Bird-Brains - 4AD - 2009

Jamie.T « Kings & Queens »

« So British » !!! Voilà ce qu'on se dit après l'écoute du deuxième album de Jamie T, jeune artiste de 23 ans, originaire de Wimbledon, dans la périphérie de Londres, là même où se déroule chaque année le célèbre tournoi du Grand Chelem de tennis. Mais Jamie.T ne nous propose pas une musique policée à l'image du tournoi sur gazon où les joueurs ont le devoir de se vêtir tout en blanc et de réaliser des courbettes devant Sa Majesté la Reine. La musique de ce mec vient de la rue, influencée autant par le punk et la pop que par le hip-hop. Il a du écouter en boucle « Sandinista » et « Combat Rock » des Clash, mais aussi Mike Skinner à qui il a été comparé dès la sortie de son 1er album « Panic Prevention ». Ses deux premiers singles, « Stick'n Stones » et « Chaka Demus », chansons courtes aux refrains accrocheurs, prouvent à eux seuls l'efficacité de ses compositions. Mais sur cet album on retrouve aussi des titres folk acoustiques, « Emily's Heart » ou « Jilly Armeen », et sur « Earth Wind & Fire », il sample la voix de Joan Baez preuve de son respect pour Dylan et tout son univers. On entend aussi des titres influencés par ses contemporains MIA ou Arctic Monkeys sur « 368 » et « Castro Dies ». Un album aux mélodies positives et à l'énergie communicative, bien loin, très loin même, des travées discrètes du stade de Wimbledon.

Jamie.T - Kings & Queens - Virgin - 2009

Chris Garneau « El Radio »

« Music For Tourists » sorti en fin d’année 2006 avait beaucoup de grâce mais n’avait pas du tout fait l’unanimité à l'époque. La musique du chanteur/compositeur américain paraissait même monotone voir nunuche aux oreilles de certains. Avec ce nouvel album « El Radio », les grincheux seront peut-être moins nombreux. Pourtant la musique de Chris Garneau est toujours aussi épurée mais ici les morceaux sont plus éclectique que sur le 1er opus et sa musique recèle de morceaux plus optimistes et plus joyeux. Sa voix est toujours aussi douce et bouleversante et il s'accompagne toujours au piano, son instrument de prédilection. Mais on peut aussi entendre une trompette (sur « No more pirates ») ou un violoncelle. Force est de constater que l’artiste américain, encore un qui vient de Brooklyn, est talentueux et sa musique pop mélancolique vraiment touchante. Un album merveilleux n’en déplaise aux grincheux et il suffit d’écouter les pépites « Hands on The radio », « Dirty Night Clowns » ou « fireflies » et sa cover « Les lucioles en Rè-mineur » pour s’en convaincre. A ne pas louper lors de la nuit folk du 22 juillet 2009 en compagnie de Cocoon et de Howard Hugues aux Nuits de Fourvières pour ceux qui sont du côté de Lyon.
Le myspace 

Chris Garneau - El Radio - 2009 - Absolutely Kosher


Micachu « Jewellery »

Après avoir collaboré dernièrement avec Roisin Murphy, Matthew Herbert produit ici le 1er album de Micachu. Mica Levi est une jeune chanteuse anglaise qui compose ses morceaux pop avec un côté expérimental, mais ses morceaux restent très abordables. On reconnait la griffe de Herbert dans ce joyeux foutoir avec des bruits de moteurs d'aspirateur, des boitiers de CD explosés, etc ... La base reste quand même guitare, basse, batterie et claviers afin que les morceaux gardent une veine mélodique. Fille de musiciens, elle a joué du violon et de l'alto entre autres et même composé du classique avec une œuvre post-moderne pour l'Orchestre Philharmonique de la Purcel School of Music. Son disque Jewellery est par contre un album qui n' a pas grand chose à voir avec la rigueur du classique.
L'ensemble a de quoi séduire les plus réfractaires à la pop anglaise un peu trop formatée car Micachu, 22 ans à peine, fait déjà preuve d' une grande maturité musicale et d' une originalité qui va bousculer l' univers des pop songs, c'est en tous cas tout le mal qu' on lui souhaite.

Micachu - Jewellery - 2009 - Rough Trade

Noisettes « Wild Young Hearts »

Noisettes est un groupe pop britannique à la structure de base guitare-basse-batterie avec Dan Smith à la guitare, Jamie Morrison à la batterie et Shingai Shoniwa au chant et à la basse. Ces trois là se connaissent depuis les années lycée. Rien de bien original jusque là. Alors qu’est ce que peut bien avoir de plus ce groupe à côté des innombrables bandes qui tentent leur chance de l’autre côté de La Manche ? Des morceaux aux mélodies aguicheuses, de la pop 60’s, de l’électro funk, de la soul, mais ici en plus il y a la voix et la présence de Shingai Shoniwa, chanteuse d’origine zimbabwéenne. D'ailleurs, le groupe de funk-soul The Heavy ne s’y est pas trompé en l’invitant pour un titre sur son prochain album tout comme la demoiselle Olivia Ruiz, qui prouve qu'elle a de l’oreille à défaut de combler les nôtres, puisqu’en plus d’avoir invité Buck65, elle a aussi convié Noisettes pour un morceau rock (« Petit à petit ») sur « Miss Météores ». L’album « Wild Young Hearts » est le second du groupe après « What’s the time Mr Wolf », plus rock et énergique qui mettait déjà en évidence leur sens de la mélodie. Cette fois, on a toujours de l’énergie mais l’ensemble, plus soul valorise la voix de la chanteuse. Une musique acidulée à tendance soul et pop à laquelle il manque un petit quelque chose pour vraiment nous combler. On écoutera tout de même cet album avec plaisir durant l’été et il pourrait même faire quelques dégâts sur les dance-floors.
Myspace des Noisettes 

Noisettes - Wild Young Hearts - 2009 -Mercury

Soap&Skin « Lovetune for vacuum »

Sous ce drôle de pseudonyme se cache une jeune autrichienne de 19 ans Anja Pschlag. Elle chante avec une maturité étonnante, accompagnée d’un simple piano, de synthés, de nappes de violons parfois, et de sons électros. C'est un peu comme si la Cat Power des débuts était accompagnée par des sombres Coco Rosie même si l’influence la plus évidente semble être la belle Nico, l’égérie du Velvet Underground, originaire de la même région européenne puisque née à Cologne. On est ici convié dans un pays inconnu où la couleur n’existe pas et la mort omniprésente comme le prouve les titres de certains morceaux « Thanatos », la personnification de la mort dans la mythologie grecque ou encore « marche funèbre » en français dans le texte. C'est inquiétant et fascinant à la fois. Tout est noir, tout est sombre mais malgré tout, à l'image du superbe « Spiracle », il y a quelques perles dans cet album, des perles noires bien-sûr mais des perles qui brillent tout de même.
Myspace de Soap & Skin

Soap&Skin - Lovetune For Vacuum - 2009 - PIAS

Oren Lavie « the opposite side of the sea »

Il a fallu 3 ans à Oren Lavie, chanteur et musicien d’origine Israélienne, pour produire et enregistrer cet album dans son appartement-studio à Berlin. On est alors en 2007 et « The opposite side of the sea » sort en Allemagne, en Suisse et en Autriche puis en Angleterre quelques mois plus tard. Il n’est pas encore sorti en France à ce jour.
Oren Lavie a vécu à Londres et à New York, où il a appris à jouer du piano ainsi que de la guitare. Sa musique est une pop jazz très calme parfois comparé à Nick Drake même si la comparaison est osée. Sa voix que certains trouvent sensuelle peut aussi s'avérer soporifique! On baigne entre rêve et cauchemar et la traversée juque la rive opposée semble parfois un peu longue.

« Her morning elegance », premier titre de l’album, a été utilisé à but commercial l’an dernier par la célèbre marque de voiture américaine Chevrolet. Véritable paradoxe pour celui qui ne se déplace qu’en bus et n’a jamais posséder la moindre voiture! La vidéo de ce titre vient de sortir et fait actuellement tabac sur de nombreux blogs et sites du net. Et son succès n’est pas usurpé étant donné la qualité du travail et le plaisir qu’on prend à la regarder. Cette vidéo a été réalisée par Oren Lavie lui-même en collaboration avec Yuval et Merav Nathan. Un superbe clip en stop motion, une technique d’animation image par image.
Le site officiel d'Oren Lavie


Oren Lavie - the opposite side of the sea - 2009 - Tuition


Fredo Viola « The Turn »

Fredo Viola est un artiste polyvalent (chanteur, musicien mais aussi réalisateur), né à Londres d’un père Américain. Il a grandi entre Rome et l’Angleterre avant de migrer aux États Unis où il a pris des leçons de piano et de violon, et intégré une école de cinéma. Au printemps 2008 il a sorti « The Sad Song » un ep qui a attiré à lui un nombre considérable d’éloges de musiciens, de réalisateurs et de journalistes. La vidéo du titre éponyme, Réalisée avec un appareil photo ne mémorisant que 15 secondes de film est un véritable régal. L’album « The Turn » est sorti en version digitale en Décembre 2008 mais ne sortira en version CD que le 16 Mars 2009.
En attendant, on peut s’immerger dans son très original site web avec des fenêtres dissimulées ici ou là qui permettent de découvrir de nombreuses vidéos. Notamment le clip de « The Sad Song » mais aussi la vidéo accompagnant le magnifique morceau « The Turn » constituée de séquences tournées à New York, ou encore « Silent Night » montés avec des images de son ami Nils Christian Fossdal chantant avec lui de sa Norvège. Des collages qui permettent de regrouper des enregistrements de voix et d’images en une seule expérience audiovisuelle. Cet homme marie la musique et l’image de façon très originale et on est curieux de découvrir ses performances scéniques puisqu’il avoue vouloir exporter ce crossover en live.

Fredo Viola - The Turn - 2009 - Because Music


Antony & The Johnsons « Crying light »

Quel début d’année 2009! Avec la sortie de Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective, bon mais pas la révolution annoncée, de Tonight de Franz Ferdinand, qui contient quelques tubes comme le groupe a l’habitude d’en sortir, de « The turn » de Fredo Viola, qui ne sortira qu’en mars mais qu’on trouve déjà en ligne, le magnifique album de Matt Bauer (chroniqué ici), voici la sortie du nouvel album d’Antony & The Johnsons. Tout ça en attendant ceux d'Alela Diane et d'Andrew Bird.
Mais il faut prendre le temps de s’immerger dans l’univers tourmenté d’Antony Hegarty avec ses Johnsons. Dans un premier temps, on ne peut rester insensible à la pochette représentant Kazuo Ohno, un danseur japonais. A son propos Antony dit : « Dans chaque pas qu’il fait sur scène, il mêle innocence et mystère » (interview dans la Blogothèque). Et avec sa voix, sublime et irréelle, Antony aussi est mystérieux même si elle agace parfois certains. mais comme avec la poignante Nina Simone la douleur transpire à travers elle. La musique l’accompagnant (piano et violons en tête) est encore plus épurée que sur son parfait « I’m a bird now » datant de 2005 et met en avant sa voix si particulière. « shake the devil » qu’on peut entendre sur son mini « another world » présageait quelques surprises mais Antony continue son chemin artistique sur la même voie. C’est un peu dommage mais on a ici un artiste si rare qu'on le suit tout de même avec plaisir !
Le site d'Antony and the Johnsons

Antony & The Johnsons - Crying light - 2009 - Rough Trade

Beirut - Le clip de « La Llorona »

En attendant la sortie d'un double maxi le 17 février 2009 (« March of the Zapotec » signé Beirut et « Holland » signé Realpeople du nom du premier projet musical de Zach Condon), on peut d'ores et déjà découvrir un premier titre de Beirut « La Llorona » dans une vidéo sous forme de dessins animés. Une mise en bouche qui nous fait saliver avec une explosion de cuivres.

Beirut, qui avait du annuler sa précédente tournée en raison d'une « grosse fatigue » plutôt inquiétante de Zach Condon, sera de retour pour une tournée internationale en 2009. Le groupe se produira sur la scène du Bataclan le 12 mai 2009. Des billets seront mis en vente dès le 16 janvier. Alors, Parisiens, Parisiennes, foncez pour ne rien regretter!

Meilleurs albums 2008 - n°6 - Joseph D’Anvers « Les choses d'en face »

Il avait déjà été l’auteur d’un bon album de chanson folk en 2006 avec « Les choses d’en face » mais pour ce nouvel essai l’artiste a décidé de quitter la France pour le Brésil. Pourtant cet album ne respire pas le soleil de Copacabana c’est le moins qu’on puisse dire. mis en forme par Mario Caldato Jr, producteur américain, habitué aux Beastie Boys, l’album est pop et sombre aux influences marquées tel Gorillaz ou autre Beck. Avec lui, et Mathieu Boogaerts, le paysage de la chanson française s’ouvre de nouveaux horizons. Il ouvre les portes de la pop à la chanson en expérimentant des sonorités nouvelles. C’est une année particulière pour lui puisqu’il a aussi écrit et composé un album complet à Dick Rivers, une chanson sur le très bon dernier opus de Bashung et enfin son propre album. Celui-ci est certes loin d'atteindre la perfection mais a le mérite d'ouvrir pas mal de portes.

Joseph D’Anvers - Les choses d'en face - 2008 - Universal

Meilleurs albums 2008 - n°7 - Emiliana Torrini « Me & Armini »

La chanteuse islandaise est longtemps restée sous l’ombre de sa compatriote et star internationale Bjork, en dépit notamment d’un très bel album acoustique « Fisherman’s woman » en 2005. Elle se démarque aujourd’hui avec une musique variée entre pop, folk, touches électroniques, et même une petite rythmique reggae. La diversité des morceaux de l’album en font toute sa richesse. On n’a jamais l’impression d’écouter une musique extraordinaire, mais on écoute cet album avec grand plaisir et on se plait à y revenir. Cet album nous fait du bien et on se laisse caresser par la voix douce d’Emiliana et les mélodies de ses chansons. L’ensemble est plutôt léger, dans le bon sens du terme, mais la chanteuse nous réserve ici et là quelques surprises sympathiques évitant, et de loin, la monotonie.
Site officiel d'Emiliana Torrini


Emiliana Torrini - Me & Armini - 2008 - Rough Trade